La suite. ^^
La machine s’enclenchât alors dans un bruit assourdissant. Des vapeurs argentées s’échappaient du dessus. Au départ quelques volutes, puis vint ensuite un énorme panache. La salle fut bientôt envahie de cette étrange masse d’argent. Je la regardais, indécis, en attendant. Je ne savais pas trop quoi, mais il devait logiquement se passer quelque chose. Sinon, l’homme n’aurait pas eu besoin de moi pour mener à bien son étrange expérience, si s’en était une d’ailleurs.
L’effet ne se fit pas attendre plus longtemps. Au moment où la salle fut emplie de fumée, chaque bouffée supplémentaire s’échappant de l’engin produisait en moi une réaction horrifiante. Je sentais la vie me quitter. Pas comme si j’allais mourir, non. Tous mes sentiments s’en allaient à mesure que le temps passait. Ma haine contre mon père, mon amour pour ma mère. L’appréhension que j’avais ressentie en entrant ici. La peur, la joie, la tristesse, la mélancolie. Je ne voulais pas, ces sentiments étaient à moi, pas à lui. Je criais. Ni de rage, ni de désespoir. Un cri vide et perçant. Je ne voulais pas. Pitié !
J’entendis l’homme parler.
« - Je crois que j’en ai assez pour le moment. Tu es très productif mon petit, c’est très bien. »
Puis il se remit à ricaner d’un rire dément. La fumée se dissipait, mes sentiments avec elle.
Il se dirigea alors vers moi, ouvrit la porte et me montra un flacon. Dans ce flacon tournoyait en spirale une fumée, dorée cette fois. Quant à moi, je me sentais vide. Affreusement vide.
« - Tu vois, ce sont tes sentiments mon petit. Ils sont beaux, n’est-ce pas ? »
Il s’en alla, je le suivis. Je marchais comme un zombie, comme une âme en peine à la recherche de je ne sais quoi. Machinalement, j’enjambais la marche qui séparait cette salle de l’autre. Une fois arrivé, l’homme prit le flacon contenant mes sentiments, et le fit inhaler à la femme. Elle se montra docile, et le fit sans résister. Une fois le tout aspiré, elle recommença à changer. Ses horribles cheveux se rétractèrent pour laisser place à d’autres, plus soyeux. Ils étaient couleur paille. Ses yeux de reptile redevinrent verts. Sa peau reprit une couleur plus blanche. Ce blanc était toujours aussi immaculé. Elle redevint la somptueuse demoiselle que j’avais rencontrée à la terrasse de ce café. Une fois cette métamorphose achevée, mes sentiments me revinrent aussi. Je me remis à la trouver parfaite, à haïr mon père et à aimer ma mère. Et aussi à avoir peur.
L’homme prit alors la parole.
« - Tu vois, quand je te disais que c’est grâce à toi qu’elle survit. ».
Et il se remit à rire de plus belle.
« - Vous êtes complètement taré, je sais pas qui vous êtes, ni pourquoi vous vous amusez à jouer avec mes sentiments, mais je vais pas jouer avec vous très longtemps !
- Allons mon petit, qui parle de jouer ? Ce que je veux, c’est rendre cette femme parfaite. Le résultat de l’union de deux êtres parfaits, il n’y a rien de plus beau tu ne crois pas ? C’est ce que je recherche. En manipulant tes sentiments à ma guise, je pourrais modeler la femme parfaite et ainsi obtenir la première pièce de mon rêve.
- Et c’est quoi vôtre rêve ? Dominer le monde ? Laissez-moi rire, des tarés comme vous, il en naît des dizaines par jour.
- Non, je veux juste obtenir ce que je veux. Et c’est bien plus que le monde. Dominer est bien trop futile. J’ambitionne à de biens plus grandes choses. Et sans toi, ces choses sont impossibles à obtenir. Tu vois c’est drôle, j’ai besoin de toi comme tu as besoin de moi. »