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Liste des sujets

Behave in Society

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
22 novembre 2005 à 18:10:31

Grhyll==>Complexe de supériorité, ça s´explique pas. Pourquoi Hitler pensait-il les aryens supérieurs alors que lui-même les décrivait comme débiles dans Mein Kampf?

Sinon, rien d´autre à dire : très bon texte, je savais que j´avais eu raison d´venir sur c´pic. :-)

xbq_
xbq_
Niveau 9
07 février 2006 à 19:40:37

Texte légérement amélioré, parce que j´avais envie de l´améliorer légérement. Tout à fait inutile de relire si vous étiez déjà là sur la première page, c´est juste fluidifié et avec moins de répétitions.
Par contre, Grhyll je ne t´ai pas pris en compte sur ce coup-là, je rejoins Az´...

___

Comportement sociable (Behave In Society)

- Quel plaisir de vous revoir, Monsieur le Comte, s’enthousiasma Richard. Ma maison est honorée de votre visite.
- Non, se défendit discrètement l’homme, du ton calme et policé des gens de bonne éducation. Votre maison se fait connaître par son hospitalité et son raffinement. L’honneur est mien d’y être accueilli, mon ami.

Richard considéra son « ami ». A dire vrai, il était presque sûr de le voir pour la première fois. Ses cheveux longs et gris s’arrêtaient impeccablement sur une seule ligne, au niveau de la nuque, et ses traits taillés au couteau auraient marqué sa mémoire. Le duc doutait que l’on puisse naître de sang bleu avec un tel visage, et décida sans tergiverser qu’il avait affaire à un bourgeois opportuniste. La façon dont l’importun appuya sa canne contre la table, sans le moindre égard, le renforça dans sa certitude. Mais ça n’avait pas d’importance. Il se retourna vers la Comtesse et lui prit galamment une main bardée de diamants.

- Ma Dame, fit-il avec une admiration feinte à la perfection. Je me suis senti fort mal habillé dès que j’ai aperçu vos atours.

Il avait opté pour des habits classiques, mais plaisants. Le violet de son par-dessus contrastait légèrement avec celui de son pantalon de toile, qui deviendrait bientôt trop terne pour être utilisé en public. Dommage, il l’aimait bien.

- Merci, Monsieur le Duc, gloussa la Comtesse (Richard se persuadait que l’apprentissage de ce rire, indispensable à toute femme qui se voulait au-dessus du peuple, se faisait dans une basse-cour, devant l’enclos des dindes.) Vous comprenez, sans mes bijoux, j’aurais peur de paraître laide.
- Vous n’avez pas d’inquiétude à vous faire dans ce domaine, lui assura le Duc.

Sa première parole sincère de la soirée. En effet, la Comtesse n’aurait jamais l’occasion de sembler repoussante ; avec ses yeux rapprochés, son menton un peu trop proéminent sous des lèvres quelconques, son nez retroussé et ses appas fades, il n’y avait pas de raison d’employer un verbe tel que « paraître » pour nuancer ses propos quand on évoquait son apparence.

- Comment faites-vous pour toujours trouver une réponse flatteuse à nos propos ? s’émerveilla-t-elle, les yeux brillants – mais sûrement pas de malice.
« De très longues heures de pratique », pensa-t-il très fort, avant de sourire.
- Vous êtes une grande source d’inspiration, Ma Dame.

Se détournant, il aborda le prochain invité, en tentant désespérément de se souvenir de son titre ; "le vieux Calvin" ne conviendrait évidemment pas, bien que la jeunesse de Monsieur Laxton ait depuis fort longtemps été remplacée par son arthrose. Petit, ridé, chevrotant le décrivaient mieux que fringant, souriant, ou même valide. Il était atteint d’un terrible complexe d’infériorité, mais Richard ne s’en étonnait pas, considérant à quel point il avait raison de se s´estimer inférieur.

- Bienvenue, cher comte, murmura-t-il tout doucement, profitant de la presque surdité de son invité pour éviter un incident en cas d´erreur. Ravi que vous ayez pu vous joindre à nous.

Calvin répondit par un grognement des moins compréhensibles, sans doute une formule de politesse, sans oser lever les yeux vers le Duc. Comme celui-ci continua à le scruter, il se mit à rougir et se replia sur lui-même. Mais à son grand soulagement, Richard se détourna pour s’intéresser au dernier invité.

Sire Pendrell était un héros, sans le moindre doute. Le seul des cinq à arriver à la cheville de Richard – mais tout de même pas plus haut. Il portait une sorte de cape rouge du plus bel effet, et un sourire emprunté se forma sur ses lèvres exsangues devant l’empressement de son hôte. Il détestait son regard, un regard franc, honnête, celui du paladin fidèle et incorruptible, mais, presque contradictoirement, intelligent. A chaque fois qu’il lui rendait visite, Richard s’étonnait qu’il ne dépose pas un glaive – qu’il aurait emporté juste au cas où – dans le vestibule.

Un domestique referma la porte de la salle ; tout le monde avait accepté son invitation.

Chacun prit place derrière une des chaises ouvragées. Se rembrunissant au passage, car le Comte avait posé les mains sur le dossier, au lieu de se tenir droit comme l’aurait dicté l’usage, il n’en laissa rien paraître et s’assit le premier, donnant le signal aux autres. Tout se fit en silence.

Puis les conversations suivirent leur train. Assis le plus à gauche, Richard avait tout loisir d’observer, en face de lui, le brave sire Pendrell discutant paisiblement avec la Comtesse, à côté de lui. Cet état de fait ne perturbait nullement son époux, de l’autre côté, trop occupé à lorgner son assiette vide d’un air morne. Pourtant pas d’une taille remarquable, il masquait presque entièrement le vieux Calvin, qui aurait aussi bien pu disparaître sous la table tant il regardait ses mains, jointes sur ses cuisses comme s’il priait intérieurement.

Tandis que son regard s’attardait dans cette direction, il remarqua la canne du Comte. Evidemment, l’objet – qui n’aurait jamais dû dépasser le vestibule – n’allait pas manquer un jour ou l’autre de glisser de sa position précaire. Mais le remettre en position, ou même signaler le problème à son propriétaire, aurait démontré un intérêt superflu du détail. Et il était important, dans ce genre de situations, de pouvoir alterner entre préparation minutieuse et repas décontracté, sans quoi l’on passait pour indiscret, voire même impoli. D’un petit geste éloquent de la tête, Richard héla le majordome. Celui-ci comprit tout de suite le danger et, avec toute la courtoisie appropriée, vint proposer au Comte de le délester de ses attributs inutiles, de crainte qu’ils ne l’encombrent.

Le Duc appréciait la compagnie des domestiques. Comme tout le monde, bien sûr, ils le traitaient avec la déférence requise, mais eux au moins n’avaient pas la prétention de s’imaginer en mériter une parcelle en retour. Leur humilité renforçait ses convictions, et cela lui faisait un bien fou.

Le repas, exquis, passa lentement, sur fond de conversations exquises. Richard adressa des sourires exquis à la Comtesse dès qu’elle en requérait, observa des silences exquis dès que Sire Pendrell se lançait dans la narration d´un acte de bravoure, supporta avec une patience exquise les manières peu inspirées du Comte. Pour l’exemple, le fâcheux s’était emparé de son couteau avant que tout le monde soit servi, réalisant sa méprise au dernier moment. Il l’avait alors brandi devant lui dans un geste simulant la menace, comme s’il voulait appuyer son propos ainsi, mais il n’avait pu tromper son voisin par cet artifice. Et le couteau en question gisait maintenant dans l’assiette vide, presque en équilibre sur le bord, lui donnant des envies de meurtre.

Pour la plupart des gens, penser à leurs conséquences suffisait à tempérer de telles intentions. Aux futurs assassins, il manquait le plus souvent l’occasion ou le courage, si ce n’était les deux. Richard se trouvait seul avec eux, et personne ne pouvait rivaliser avec lui : en clair, il jouissait des deux. Mais son garde-fou personnel se nichait dans sa dignité. Ces gens si inférieurs… Planter une arme dans leurs corps ne serait-il pas déjà leur accorder beaucoup trop d’attention, s’abaisser à leur niveau ?

Il avait pourtant établi un plan : pour commencer, il devait se lever et trancher la gorge de Sire Pendrell, avant qu’il n’ait une chance de réagir. Cette partie de la manœuvre présentait le plus de danger, du fait de la rapidité du héros et de la nature du couteau qui, bien que très affûté, restait destiné aux aliments plus qu’aux chairs. Il s’arrangerait ensuite pour ne pas jeter un œil au mourant, de peur que la vue peu ragoûtante ne lui fasse manquer de précision pour le prochain geste, à savoir poinçonner le cœur du Comte, dans la continuation de son mouvement. A ce moment, la Comtesse, horrifiée, s’enfuirait sans doute. Richard s’emparerait donc du couteau du Comte (voilà qui était beaucoup plus lucide que de perdre du temps en se focalisant sur son arme de départ, enfoncée dans une poitrine), et, au lieu de miser sur sa chance en lançant le poignard, sauterait à sa suite et la courserait. Au vu de sa condition physique, elle n’irait évidemment pas très loin. Quant au vieux Calvin, s’il avait réagi, le rattraper tiendrait plus du jeu d’enfant qu’autre chose. Et le Duc prendrait beaucoup de plaisir à ne pas le tuer trop vite.

Une arrestation ne l’inquiétait pas. Comment le peuple, si inférieur, aurait-il pu l’obliger à se plier à sa loi ? C’était d’un mauvais goût intolérable. Non, le seul bémol de toute l’opération résidait dans la possibilité qu’il soit contraint d’occire son majordome.

Le couteau à la main, Richard se leva. Il réajusta un peu son par-dessus, qui glissait le long de son épaule droite, puis tapota le bord de son assiette avec son arme, dans l’espoir d’attirer l’attention de la vermine qu’il avait nourrie, grâce au tintement cristallin.

- Eh bien, il semblerait que la soirée touche à sa fin, déclama-t-il, d’une voix attristée. Mon majordome vous raccompagnera. J’espère ne pas trop vous avoir déplu.

Chacun lui assura, l’hypocrisie s’écoulant de leurs yeux comme les mots d’un texte fluide, qu’ils n’avaient jamais passé meilleur repas. Puis, le serviteur les raccompagna au dehors.

Une fois seul, le Duc s’entailla le bout de l’index droit, en triangle, de la pointe déçue de son arme. Pas encore le bon soir.

Mais qui sait ? Peut-être qu’en rentrant, le cocher du Comte allait manquer un virage, envoyant ses maîtres dans un ravin. Peut-être que, une roue enfoncée dans le flanc, la Comtesse ne mourrait pas tout de suite. Et avec un peu de chance, ils souffriraient tous – beaucoup plus qu’après tout ce qu’il aurait pu infliger. Quoiqu’on en dise, la Mort restait la plus inventive.

Richard suça lentement le bout de son doigt, appréciant le goût du sang. Puis, sans se départir du grand sourire avenant qui lui collait aux lèvres, il gagna son lit.

AShnRuins
AShnRuins
Niveau 10
07 février 2006 à 19:43:42

Merde, pas le temps ce soir. Je m´empresse toutefois :o))

ptit-hobbit
ptit-hobbit
Niveau 10
12 mars 2006 à 10:31:03

Hey, voilà c´est fait!
Très bon texte, style très fluide et plaisant (comme si besoin était de le préciser). L´histoire est plaisante et bien traitée; tout est suggéré, interprété par les pensées du personnage principal, ce qui rend énormément mieux que si les "faits" étaient simplement énoncés. La personnalité de Richard est vraiment bien réussie, entre complexe de supériorité, psychopathie et TOC^^
Pour finir, je trouve fot appréciable que le récit reste du début à la fin dans le même ton froid, morbide et malsain des pensées de Richard.
Et comme mon commentaire sert à rien, j´en profite pour te livrer deux fautes - trois fois rien, certes.

par-dessus :d) pardessus
"Comme celui-ci continua à le scruter" :d) comme celui-ci continuait

Ca doit être l´influence vieux chieur© ^^

Comment ça mon commentaire sert toujours à rien?

Zech
Zech
Niveau 23
11 juillet 2006 à 00:23:43

Un texte très agréable à lire, pas de lourdeur que j´ai pu remarqué à une première lecture, une scène, bien ficelé, qui ne s´éparpille pas, vers le passé, ou le futur, mais reste concentré sur le passage présent.

Des archétypes de perso, bien décrits, respectant une psychologie cohérentes et attrayante, bien sur principalement le duc.

Un regard distant, lucide, et pourtant partiel, qui ne peut que nous faire sourir, tout en nous laissant un petit frisson dans le dos. :-)))

Une fin surprenant, après une surprise, fort inconvenable.

Marrante la fin, si on le prend avec un peu de recul, on pourrait même le penser très réaliste, dans le sens d´un amusement, un peu pervers certe, effrayant aussi, mais anodin, comme beaucoup des amusemnts des hommes.

Bref j´ai bien aimé :-)))

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
02 avril 2016 à 23:23:42

Ce texte m'avait été conseillé par un grand ami. Quelle joie de lui dire combien ses gouts sont excellents et fins !

Quand bien même tu ne passeras plus sur le forum, je tiens à saluer la performance, mon cher xbq. Ce petit traité de bienséance en société est un régal. Peu à dire qui n'ait déjà été dit : tout est parfait. Le rythme, le choix du vocabulaire, les personnages (esquissé d'un seul trait net mais ô combien profond dans leur apparente légèreté au sein de ce dîner mondain), le style, l'intrigue (qui apparait en creux, subtile, délicieuse). Le texte a plus de dix ans, il n'a pas pris une ride.

Reste à savoir si ce brave Richard aura la chance de ne jamais subir que ses fantasmes :hap: .

FatuiteR
FatuiteR
Niveau 10
02 avril 2016 à 23:28:16

Nécromancie ! Hérésie !

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