´jour, les gens.
Une petite nouvelle sans intérêt de moi, donc, juste pour voir si je suis rouillé dans ce domaine. J´irai pas jusqu´à dire " enjoy", mais, vos commentaires sont bienvenus, quoi^^
---
- Quel plaisir de vous revoir, Monsieur le Comte. Ma maison est honorée de votre visite.
- Non, se défendit discrètement l’homme, du ton calme et policé des gens de bonne éducation. Votre maison se fait connaître par son hospitalité et son raffinement. L´honneur est mien d´y être accueilli, mon ami.
Richard considéra son « ami ». A dire vrai, il était presque sûr de le voir pour la première fois. Ses cheveux longs et gris s’arrêtaient impeccablement sur une seule ligne, au niveau de la nuque, et ses traits taillés au couteau auraient marqué sa mémoire. Le duc doutait que l’on puisse naître de sang bleu avec un tel visage, et décida sans concessions qu’il avait affaire à un bourgeois opportuniste. La façon dont l’importun appuya sa canne contre la table, sans le moindre égard, le renforça dans sa certitude. Mais ça n’avait pas d’importance. Il se retourna vers la Comtesse et lui prit galamment une main bardée de diamants.
- Ma Dame, fit-il avec une admiration feinte à la perfection. Je me suis senti fort mal habillé dès que j’ai aperçu vos atours.
Il avait opté pour des habits classiques, mais plaisants. Le violet de son par-dessus contrastait légèrement avec celui de son pantalon de toile, qui deviendrait bientôt trop terne pour être utilisé en public. Dommage, il l’aimait bien.
- Merci, Monsieur le Duc, gloussa la Comtesse ( Richard était certain que l’apprentissage de ce rire, indispensable à toute femme qui se voulait au-dessus du peuple, se faisait dans une basse-cour, devant l’enclos des dindes.) Vous comprenez, sans mes bijoux, j’aurais peur de paraître laide.
- Vous n’avez pas d’inquiétude à vous faire dans ce domaine, lui assura le Duc.
Sa première parole sincère de la soirée. En effet, la Comtesse n’aurait jamais l’occasion de sembler repoussante ; avec ses yeux rapprochés, son menton un peu trop proéminent, ses lèvres quelconques et son nez retroussé, il n’y avait pas de raison d’employer un verbe tel que « paraître » pour nuancer ses propos quand on évoquait son apparence.
- Comment faites-vous pour toujours trouver une réponse flatteuse à nos propos ? s’émerveilla-t-elle, les yeux brillants – mais sûrement pas de malice.
« De très longues heures de pratique », pensa-t-il très fort, avant de sourire.
- Vous êtes une grande source de motivation, Ma Dame.
Se détournant, il aborda le prochain invité, en tentant désespérément de se souvenir de son titre ; le vieux Calvin ne conviendrait évidemment pas, bien que la jeunesse de Monsieur Laxton ait depuis fort longtemps été remplacée par son arthrose. Petit, ridé, chevrotant le décrivaient mieux que fringant, souriant, ou même valide. Il était atteint d’un terrible complexe d’infériorité, mais Richard ne s’en étonnait pas, considérant à quel point il avait raison de se penser inférieur.
- Bienvenue, cher Comte, murmura-t-il, profitant de la presque surdité de son invité pour éviter un incident en cas de faux titre. Ravi que vous ayez pu vous joindre à nous.
Calvin répondit par un grognement des moins compréhensibles, sans doute une formule de politesse, sans oser les yeux vers le Duc. Quand celui-ci continua à le scruter, il se mit à rougir et se replia sur lui-même. Puis Richard se détourna, le soulageant pour s´intéresser au dernier invité.
Sire Pendrell était un héros, sans le moindre doute. Le seul des cinq à arriver à la cheville de Richard – mais tout de même pas plus haut. Il portait une sorte de cape rouge du plus bel effet, et un sourire de circonstances se forma sur ses lèvres exsangues devant l´enthousiasme de son hôte. Il détestait son regard, un regard franc, honnête, celui du paladin fidèle et incorruptible, mais, presque contradictoirement, intelligent. A chaque fois qu’il le voyait, Richard s’étonnait qu’il ne dépose pas un glaive – qu’il aurait emporté juste au cas où – dans le vestibule.
Un domestique referma la porte de la salle ; tout le monde avait accepté son invitation.
Chacun prit sa place, derrière une des chaises ouvragées. Se rembrunissant au passage, car le Comte avait posé les mains sur le dossier, au lieu de se tenir droit comme le dictait l´usage, il n’en laissa rien paraître, et s’assit le premier, donnant le signal aux autres. Tout se fit en silence.
Puis les conversations suivirent leur train. Assis le plus à gauche, Richard avait tout loisir d’observer, en face de lui, le brave sire Pendrell, qui discutait présentement avec la Comtesse, à côté de lui. Cet état de fait ne perturbait nullement son époux, en face d’elle, qui lorgnait son assiette vide d’un air morne. Pourtant pas d’une taille remarquable, il masquait presque entièrement le vieux Calvin, qui aurait aussi bien pu disparaître sous la table tant il regardait ses mains, jointes sur ses cuisses comme s’il voulait se mettre à prier.
Tandis que son regard s’attardait dans cette direction, il remarqua la canne du Comte. Evidemment, l’objet – qui n’aurait jamais dû dépasser le vestibule – n’allait pas manquer un jour ou l’autre de glisser de sa position précaire. Mais le remettre en position, ou même signaler cet état de fait au Comte, aurait démontré un intérêt superflu du détail. Et il était important, dans ce genre de situations, de pouvoir alterner entre préparation minutieuse et repas décontracté, sans quoi l’on passait pour indiscret, voire même impoli. D’un petit geste éloquent de la tête, Richard héla le majordome. Celui-ci comprit tout de suite le problème et, avec toute la courtoisie appropriée, vint proposer au Comte de le délester de ses attributs inutiles, de crainte qu´ils ne l´encombrent.
Le Duc appréciait la compagnie des domestiques. Comme tout le monde, bien sûr, ils le traitaient avec la déférence qu’il méritait, mais eux au moins n’avaient pas la prétention de s’imaginer en mériter une parcelle. Leur humilité renforçait ses convictions, et cela lui faisait un bien fou.
Le repas, exquis, passa lentement, sur fond de conversations exquises. Richard adressa des sourires exquis à la Comtesse à chaque fois qu’elle en requérait, observa des silences exquis à chaque fois que Sire Pendrell narrait un de ses actes de bravoure, supporta avec une patience exquise les manières peu inspirées du Comte. Pour l’exemple, le fâcheux s’était emparé de son couteau avant que tout le monde soit servi, réalisant sa méprise au dernier moment. Il l’avait alors brandi devant lui dans un geste simulant la menace, comme s’il voulait appuyer son propos ainsi, mais il n’avait pu tromper son voisin par cet artifice. Et le couteau en question gisait maintenant dans l’assiette vide, presque en équilibre sur le bord, lui donnant des envies de meurtre.
Pour la plupart des gens, penser à leurs conséquences suffisait à tempérer de telles intentions. Aux futurs assassins, il manquait le plus souvent l’occasion ou le courage, si ce n’était les deux. Richard se trouvait seul avec eux, et personne ne pouvait rivaliser avec lui : en clair, il jouissait de ces deux choses. Mais son garde-fou personnel se nichait dans sa dignité. Ces gens si inférieurs… Planter une arme dans leurs corps ne serait-il pas déjà leur accorder beaucoup plus d’attention qu’ils n’en méritaient ?
Il avait déjà établi un plan : pour commencer, il devait se lever et trancher la gorge de Sire Pendrell, avant qu’il n’ait une chance de réagir. Cette partie du plan présentait le plus de danger, du fait de la rapidité du héros et de la nature du couteau qui, bien que très affûté, restait destiné aux aliments plus qu’aux chairs. Il s’arrangerait ensuite pour ne pas jeter un coup d´œil à son œuvre, de peur que la vue peu ragoûtante ne lui fasse manquer de précision pour son prochain acte, à savoir poinçonner le cœur du Comte, dans la continuation de son mouvement. A ce moment, la Comtesse, horrifiée, s’enfuirait sans doute. Richard s’emparerait alors du couteau du Comte ( voilà qui était beaucoup plus précis que de perdre du temps à se focaliser sur son arme de départ), et, au lieu de miser sur sa chance en lançant le poignard, sauterait à sa suite et la courserait. Au vu de sa condition physique, elle n’irait évidemment pas très loin. Quant au vieux Calvin, s’il avait réagi, le rattraper tiendrait plus du jeu d’enfant qu’autre chose. Et le Duc prendrait beaucoup de plaisir à ne pas le tuer trop vite.
Une arrestation ne l’inquiétait pas. Comment le peuple, si inférieur, aurait-il pu l’obliger à se plier à sa loi ? C’était d’un mauvais goût intolérable. Non, son seul ennui, dans toute l’opération, résidait dans la possibilité qu’il soit contraint d’occire son majordome.
Le couteau à la main, Richard se leva. Il réajusta un peu son par-dessus, qui descendait le long de son épaule droite, puis tapota le bord de son assiette avec son arme, dans l’espoir d’attirer l’attention de la vermine qu’il avait nourrie grâce au tintement cristallin.
- Eh bien, il semblerait que la soirée touche à sa fin, déclama-t-il, d’une voix attristée. Mon majordome vous raccompagnera. J’espère ne pas trop vous avoir déplu.
Chacun lui assura, l’hypocrisie s’écoulant de leurs yeux comme les mots d’un texte fluide, qu’ils n’avaient jamais passé meilleur repas. Puis, le serviteur les raccompagna au dehors.
Une fois seul, le Duc s’entailla le bout de l’index droit, en triangle, de la pointe déçue de son arme. Pas encore le bon soir.
Mais qui sait ? Peut-être qu’en rentrant, le cocher du Comte allait manquer un virage, envoyant ses maîtres dans un ravin. Peut-être que, une roue enfoncée dans le flanc, la Comtesse ne mourrait pas tout de suite. Et avec un peu de chance, ils souffriraient tous – beaucoup plus qu’après tout ce qu’il aurait pu infliger. Quoiqu’on en dise, la Mort restait la plus inventive en termes de manière.
Richard suça doucement le bout de son doigt, appréciant le goût du sang. Puis, sans se départir du grand sourire avenant qui lui collait aux lèvres, il gagna son lit.
---
Bonne lecture ( genre ! )
Impressionnant. L´idée est original, et très bien traitée ( le deuxième point étant plus rare de nos jours)
Le style est fluide, pas d´incompréhension, l´atmosphère s´installe. C´est bizarre, un peu glauque, mais étrangement jouissif. Qui n´a pas rêvé d´étrangler certaines personnes, en certains lieux?
Je suis cependant déçue.
Personne n´est mort.
Et bien, le style et l´époque convienne parfaitement à ma personne. Je me suis bien impregné du personnage principal, ce qui est un bon point. Une fin originale, enfin, pas totalement, mais disons que c´est toujours plus original que de tuer tout le monde. Peut être une descripion plus poussé de ses fantasmes meurtriers auraient été le bienvenue. Ah oui, et aussi, l´univers aurait pu être un peu plus édulcoré à mon goût ( il en reste toutefois bien), il aurait pu être aussi coloré qu´un verre d´absinthe par exemple. ![]()
Rien d´autre à ajouter si ce n´est que j´aurais aimé une histoire longue écrite par tes soins plutôt qu´une simple nouvelle.
Salutations.
J´aime particulièrement cette histoire, car tu ne nous donne pas une fin d´action. Tu restes dans ce calme morbide, et on attend jusqu´a la derniere phrase qu´il se passe quelque chose. Tu réussis a nous accrocher sans montrer le moindre moment de grande action, tout en nous faisant croire qu´il va arriver.
Du bon xbq. Par contre, une question me titille... Pourquoi ce titre en anglais? Il aurait tres bien marché en francais aussi, non?
Je viens de me rendre compte que mon commentaire est bien faible. Donc je vais en faire un moins développé, moins intelligent, mais tellement plus sincère
Génial cette nouvelle. Vraiment, j´adore.
Merci aux trois d´avoir pris le temps de lire, pour commencer
Soul tu pourrais préciser ce que tu entends par "édulcoré" ? J´avoue que j´ai un peu de mal à te suivre là, ça doit être mon neurone qui fatigue ô.O
Pour les textes de grande envergure, bah il y en a, mais je les avance lentement... Comme pour tout ce qui me concerne, quoi.
Pour ce qui est du titre en anglais, c´est un de mes problèmes :/ Les titres me viennent plus spontanément dans la langue de Shakespeare que dans celle de Molière, je sais pas pourquoi. Faudra pas que je tarde avant de corriger ça, certes. Merci de le faire remarquer.
Rien à ajouter pour Lili, je crois que ma réaction msn aura suffi
Si d´autres gens pouvaient prendre le temps de lire et trouver quelque chose à ajouter, je suis ouvert à tout ![]()
Très bon texte, bien écrit, avec une fin originale dans le sens ou on s´attend à quelque chose, comme le disait loveisgreat, et que rien n´arrive^^.
Pour ce fort bon texte
Comme cela a déjà été dit, très bon texte. Ca coule tout seul, sans problèmes, à peine une ou deux fautes bêtes.
On attend l´action, on la sent arriver, on se dit jusqu´au dernier moment que le sang va gicler, mais non. Limite frustrant, mais amusant et très sympa comme texte.
Fichtre, doublebigre et triplediantre !
J´avais pas vu ce topic, je te promets de le lire X´ mais là il est tard ... ![]()
"Shyzo Posté le 29 août 2005 à 01:43:34
à peine une ou deux fautes bêtes."
Merci d´avoir lu et commenté, sinon
Ostra, fais ce que tu veux
. Mais tous les commentaires sont bons à prendre, alors si tu lis...
Et se uppa un autre topic, dans le même état d´esprit que le premier, sans aucun scrupule.
En effet, bon texte
Maintenant que j´y pense, j´aurais pu y apporter des notes comme tu le fais toi-même pour les autres, mais je n´aurais sans doute pas eu grand chose à dire au final
Toutefois :
Le premier paragraphe (pas les dialogues, donc), je l´ai trouvé franchement obscur. Bien sûr, si je le relis maintenant, il va me paraître très simple, mais quand je l´ai lu pour la première fois, je n´arrivais strictement pas à comprendre de quel personnage tu parlais : il y a deux hommes au début et tu les mêles dans ce paragraphe, bref gestion moyenne, j´ai trouvé.
Autre remarque : ce personnage est certes infiniment supérieur, mais ça serait ptête bien de savoir pourquoi. C´est chouette, qu´il soit si fort, si beau, et tout, mais ça manque quand même de fond ; quelles raisons a-t-il de croire cela ?
A part ça, j´ai moi aussi bien aimé la fin, c´était peu attendu
Et dans l´ensemble, c´est bien écrit, agréable à lire, bref, un bon texte ^_^
merci pour le commentaire
On m´a effectivement reproché une confusion dans le premier paragraphe, mais sans aller plus loin, du coup je ne sais pas trop comment modifier^^ C´est le "son ami" qui pêche, c´est ça ?
quelque chose comme "de l´amitié duquel il jouissait", mais c´est assez moche...
Dans le final, j´ai simplement glissé "entama Richard" dans la première phrase de dialogue pour clarifier qui est qui, tu crois que ça suffirait ?
Pour ce qui est des pensées de Richard, les raisons qu´il a d´y croire se cachent dans son esprit. N´étant pas exactement fier de moi-même, je ne peux pas t´expliquer plus avant la psychologie du complexe de supériorité de base, surtout de celui doublé d´une psychopathie, pour tout arranger ![]()
Ceci dit, je ne pense pas avoir décrit là un cas unique.
Je pense que le "entama Richard" devrait suffir
J´avais mal lu ton commentaire avant de commencer ma réponse et c´est exactement ce que j´étais en train de proposer quand, pris d´un doute, j´ai relu ton message.
Pour ses pensées... ben tant pis, enfin je trouve que ça manque.
J´aime bien comment sont décrites les manières des nobles dans ce texte avec toute l´hypocrésie et l´étiquette obligatoire et les apparences à donner.
Un texte vraiment sublime, bravoà toi Xbq car je viens de me décrasser l´esprit en lisant ta merveille. ![]()
Mais ça va pas de faire des commentaires pareils
Sinon Grhyll, j´avoue que j´ai un peu de mal à te suivre par rapport aux pensées de Richard... Tu aurais un exemple de ce que tu aurais imaginé à ma place, histoire que Neurone se représente mieux où tu veux en venir ?^ ^ Dsl de faire chier...
Non, je n´ai pas spécialement d´exemple, et c´est ce que je te reproche
Certes tu n´y es pas obligé, mais je trouve qu´une piste aurait été bien.
Je sais pas, moi, ptête il a fait plein d´études et a lu plein de bouquins, ou alors il fait partie d´une organisation secrète qui lui donne le sentiment d´être important, ou n´importe quoi d´autre, mais une raison. Même une raison moins matérielle, comme par exemple le fait qu´il puisse être très savant et connaître beaucoup de choses. Là, il connaît l´étiquette, et à priori c´est tout, ça fait peu pour se penser si supérieur...
Bah alors, pourquoi il n´y a que si peu de messages ? L´est pourtant vach´ bien ce texte, non ? En tout cas c´est ce que j´en pense...
Je confirme ! Ce texte est génial ! ![]()