Je viens de découvrir ce forum, et il m´a donné envie d´écrire rapidement une petite nouvelle. Je la laisse à vos critiques, en espérant qu´elle vous plaira ! Enjoy !
Elles m’attendent…et me rafraîchissent.
---------------------------------------
Je restais allongé là, sur le sol de ma chambre.
L’haleine de la nuit s’infiltrant à travers les rideaux en mouvement dans la chambre, telle une ombre grisâtre et lénifiante, me faisait doucement frissonner. La lueur de la lune transparaissant derrière une fine vague de nuages sombres m’apaisait de sa clarté surnaturelle. Grelottant de froid malgré la douce chaleur qui se répandait peu à peu dans mes membres, recroquevillé dans un coin, à côté de l’armoire d’acajou, j’observais les ombres inquiétantes et malignes tourbillonner autour de moi, perçant mon être de leur doigt accusateur…Pourquoi ? Quel était mon crime ? Pour la dernière fois, je doutais, égaré. Ces ombres, d’abord floues et frémissantes, s’assombrissaient à mesure que leurs traits se précisaient. Je les voyais très distinctement maintenant. Elles voltigeaient de plus en plus vite sur les murs de la chambre, se croisaient, survolaient le parquet sombre, embrassaient les formes des meubles…Tout à coup, elles s’arrêtèrent. Immobiles, elles me fixaient de leurs yeux vides, elles me toisaient de toute leur hauteur. Apeuré et vulnérable, je me blottis de plus en plus contre le mur austère, recouvert d’une vieille tapisserie aux motifs troublants, obsédants de complexité et de mauvais goût. Elles continuaient à observer l’être pitoyable et terrifié qui gémissait devant eux. Non, ce n’était pas moi qu’elles considéraient. Elles dévisageaient mon âme. Je le sais aujourd’hui, je l’ai senti. Cette pointe acérée qui m’a traversé la poitrine, cette douce chaleur, c’était elles. Elles voulaient connaître la raison, elles la cherchaient dans mon cœur. Leurs réponses se trouvaient dans mes questions.
-Pourquoi ? Balbutiai-je. Elles me fixaient toujours, impassibles devant l’infini.
Désemparé, ivre de savoir, je me levai, animé de la force du désespoir et je hurlai, mon cri traversant la brume, se répercutant dans le lointain :
-JE VEUX SAVOIR POURQUOI !
Haletant, j’attendis une réponse qui ne vint pas.
Saisi d’une rage indescriptible, je fendais l’air de mon couteau, frappant dans le vide. Les ombres se délectaient du spectacle, savourant les premières gouttes du nectar de leur vengeance. Je m’écroulai sur le lit, aux côtés de celle que j’aimais.
-C’est amusant, me dis-je. Elle dort encore.
A cet instant, l’effroi me paralysa. Il me fallut une éternité, 11 minutes en fait, pour me relever, cette fois d’une quiétude inébranlable. Une brusque bourrasque s’engouffra dans la pièce, écartant les rideaux, laissant à la lune le privilège de me révéler la scène d’une lueur blanchâtre de mort. Son corps à elle, étendu sur le lit, était déchiqueté en plusieurs endroits. Ses lacérations étaient profondes, comme le chagrin qui me rongeait depuis des années. J’ai honte de le dire, mais j’avais éprouvé un plaisir proche de la jouissance en sentant ma lame s’enfoncer lentement dans sa chair douce, encore…et encore. Le corps des enfants, de mes enfants, gisaient là. L’un près du lit, inerte, et l’autre dans l’embrasure de la porte, baignant dans son sang. Je ne voulais pas les tuer, mais les cris de leur mère les ont réveillés, et ils ont accouru. Ce fut facile. Ils étaient tétanisés d’horreur à la vue du cadavre chaud de Mary, étendu sur le lit dégoulinant d’hémoglobine. Je me suis approché lentement, je les ai pris dans mes bras, puis j’ai soutenu quelques secondes leur regard humide, interrogateur et profondément marqué par la terreur. J’ai poignardé Nathan au ventre, et j’ai récupéré son corps tombant lourdement au sol. J’ai ensuite attrapé Jeremy, qui s’enfuyait, à la cheville. Je l’ai ramené vers moi, et je l’ai égorgé. Il mourut dans les bras de son père, dans une étreinte pleine d’amour et d’amertume.
Quelle injustice.
Je m’adressai à Mary, d’un calme de dément :
-Pourquoi doivent-ils payer pour tes actes ? Pourquoi m’as-tu trompé ? Pourquoi si souvent ? Dans notre lit ? JE TE HAIS ! Je...Je t’aime...Et je les aime. Je dois purger mon âme de ces actes.
Ces paroles à peine prononcées, je pris mon couteau et, sous le regard de la lune et des ombres, que le spectacle amusait de plus en plus, je traçai sur mon corps, à coups de lame imprécis :
« Odi et Amo. Excrucior. »
Je hais et j’aime. Je suis torturé.
Ce châtiment était imparfait, incomplet. Les ombres menaçantes me regardaient toujours, avides de sang, avides de vindicte. Incapable de soutenir plus longtemps leur regard accusateur, je transperçai, au moyen du couteau sali par mes crimes, mes deux yeux souillés à jamais par la vision de cette scène morbide. Lentement, profondément, je retournai à maintes reprises la lame dans mes globes oculaires.
La douleur fut insoutenable, mais animait en moi une divine euphorie rédemptrice. Le sang chaud coulait abondamment sur mon visage. J’en empreignit mes mains souillées par le crime et j’écrivit de nouveau sur le mur la célèbre citation de Catulle. Cette imploration à leur clémence ne fut toujours pas suffisante.
Aujourd’hui, croupissant dans ma geôle, elles ne m’ont toujours pas pardonné, les ombres. Mes yeux sont aveugles, mais mon âme les voit toujours. Je suis le seul à les voir, même le docteur Murray ne les distingue pas. Elles sont là, pourtant. Sur les murs…Elles m’attendent, silencieuses…
Et je reste là, assis sur le sol de ma cellule, emmitouflé dans ma camisole, qui me réchauffe à peine de leur haleine gelée, de ce souffle qui transperce mon corps et mon essence. Des profondeurs de l’enfer, elles me rafraîchissent.
J´ai vraiment beaucoup aimé. Un peu trop gore à mon gout par moment, mais pas de fautes, un style fluide, bref, une très bonne nouvelle. ![]()
Je lirai cette nouvelle plus tard..
![]()
Ca ressemble fort à Atomix ce petit pseudo ![]()
Merci FFrules3 ! Pour le gore, j´ai regardé Dragon Rouge hier...Ceci explique peut-être cela
Nonon, je ne suis pas Atomix...D´ailleurs, qui est-ce ? Je l´ai jamais vu sur les autres forums ![]()
Génial. Style fluide et sans fausse note, vocabulaire développé, ambiance très présente et oppressante, psychologie travaillée,... Du tout bon, merci! ![]()
Lu et approuvé ^_^!
Plus sérieux:
SkySoft Posté le 26 juin 2005 à 21:54:24
Génial. Style fluide et sans fausse note, vocabulaire développé, ambiance très présente et oppressante, psychologie travaillée,... Du tout bon, merci!
rien à redire!
De rien. Merci à toi, ça m´encourage à continuer
. J´en écrirai probablement d´autres, je vous les ferai lire
!
Je restais allongé là, sur le sol de
ma chambre.
L’haleine de la nuit s’infiltrant à travers les rideaux en mouvement dans
la chambre
Argh ! Répétition...Je me relirai 2 fois pour la prochaine ![]()
J´ai vraiment adoré, ton style est fluide, l´histoire excessivement macabre, dérangeante... ![]()
simpa..... sa me fait penser au film gothika au niveau de l´ambiance
Seskoisa, ça me fait vraiment plaisir ce que tu me dis là, ça prouve que j´ai atteint mon objectif ( au moins auprès d´un lecteur
)
J´ai jamais vu Gothika...Paraît qu´il est pas terrible.
C´est
et
! Mais ça fait
! !
J´ai lu, et j´ai trouvé ça très bien écrit, de plus, les amateurs de gore doivent être ravis
^^
Lol momio, ça vaut mieux qu´un long discours
Merci aussi anonymous ![]()
Epatée et horrifiée…Deux mots qui qualifiraient bien mon état d´esprit après la lecture de cette nouvelle dérangeante! Excellent travail d´écriture,preuve qu´il existe parmis beaucoup de talent inconnu
Bravo!
Pim´
Encore une fois, merci beaucoup !
Je me lancerai dans l´écriture d´une seconde petite histoire d´un autre registre ( je ne sais pas encore lequel) quand je serai remis de mon opération ! ![]()
Sous la demande de Xbq qui n´arrive pas à poster j´envoie le message à sa place.
Xbq :
Aie, BreeZ, tu n’as pas de chance. C’est ton premier texte sur ce forum, et en outre, il est excellent. Tu ne risquais donc pas d’échapper à ton pavé xbq.
Quasiment rien de ce que je dis ci-dessous n’est incontestable.
[Mode vieux chieur / ON]
« Je restais allongé là, sur le sol de ma chambre. »
Pour une introduction, l’emploi du passé simple donnerait un meilleur rythme, et ferait mieux entrer dans ton texte.
Tu as déjà parlé de la répétition de chambre donc je passe.
« j’observais les ombres inquiétantes et malignes tourbillonner autour de moi »
Même remarque. L’imparfait donne une impression de lenteur qui ne m’apparaît pas opportune dans ce que tu décris là.
« Pour la dernière fois, je doutais, égaré »
Tu n’as pas évoqué les premières fois, aussi, avec la même idée, « enième » rendrait beaucoup mieux.
« Cette pointe acérée qui m’a traversé la poitrine, cette douce chaleur, c’était elles. »
Nan. C’étaient elles. Certes, ça se dit aussi de ta façon, mais c’est tellement plus beau dans un texte soutenu…
« Elles voulaient connaître la raison, elles la cherchaient dans mon cœur. Leurs réponses se trouvaient dans mes questions. »
« -Pourquoi ? Balbutiai-je. »
Vire-moi sans délai cette immonde majuscule xD
« Elles me fixaient toujours, impassibles devant l’infini. »
Pareil pour cette phrase, ça doit être clair dans ton esprit, mais l’infini que tu évoques ici, je ne puis me le figurer, et cette phrase m’est donc inutile. Il ne faudrait pas la supprimer, car le rythme est bon à présent, mais peut-être la reformuler. Ou alors, ça vient de moi, c’est aussi possible.
« Saisi d’une rage indescriptible, je fendais l’air de mon couteau »
Non. Le participe passé implique une action ponctuelle, ce qui est démenti par l’emploi de l’imparfait.
« Il me fallut une éternité, 11 minutes en fait, pour me relever, »
Déjà, ce serait mieux « onze ». Ensuite, comme cette remarque entre virgules a été ajoutée au texte par le narrateur après une réflexion, et non pas dans la continuité de son récit, elle serait beaucoup plus à sa place entre tirets qu’entre virgules.
« cette fois d’une quiétude inébranlable. »
Euh, le « d’une » n’est pas en connexion logique avec le reste de la phrase. J’aimerais dire « avec cette fois une quiétude inébranlable », mais le mot sonne mal par rapport au paragraphe. Mouais… Au moins là, il n’y aurait pas de faute de français.
« Une brusque bourrasque s’engouffra dans la pièce, écartant les rideaux, laissant à la lune le privilège de me révéler la scène d’une lueur blanchâtre de mort. »
Tu as déjà employé le mot lueur, et la lune était de toute façon déjà censée éclairer la pièce de sa lumière blanchâtre. De plus, la phrase est un peu trop longue, ce qui m’amène à la conclusion de te proposer de virer tout le « d’une lueur blanchâtre de mort »
« Le corps des enfants, de mes enfants, gisaient là. »
Plusieurs enfants impliquent plusieurs corps.
« à la vue du cadavre chaud de Mary, étendu sur le lit »
« dégoulinant d’hémoglobine »
J’ose te proposer de reformuler ? Outre que ce n’est pas une très belle expression, la longueur des mots nuit à la conclusion de la phrase.
« Je m’adressai à Mary, d’un calme de dément »
Tu peux t’adresser à quelqu’un d’une voix, mais le calme n’est pas un moyen, seulement une manière. Par conséquent, le *de* n’est pas justifiable. « Avec un calme dément » ?
« JE TE HAIS ! »
Effectivement, on ressent bien son calme dément à travers ces majuscules xP
« avides de sang, avides de vindicte »
Tout à fait correct, mais je résiste pas à la tentation de te proposer un zeugma, ici, non ? « avides de sang et de vindicte » ?
« La douleur fut insoutenable, mais animait »
L’emploi des adverbes de la phrase précédente indique une action lente, ce qui n’est pas retranscrit par ce verbe « être » tout simple. Je le remplacerais par « venir » ( il faut une virgule après le verbe, et une répétition du sujet avant « animait », si tu choisis de suivre mon conseil).
« J’en empreignit mes mains souillées par le crime et j’écrivit de nouveau »
Ah non. J’en empreignis, j’écrivis. Et tu as déjà décrit les mains du personnage en employant *souillées par le crime*, aussi je te dirais de le reformuler, ou de le supprimer.
On se doute bien qu’il parle des ombres, par conséquent cette apposition casse le rythme de manière inutile. « Aujourd’hui, alors que je croupis dans ma geôle, elles ne m’ont toujours pas pardonné. »
Petite remarque supplémentaire sur tout le texte, il y a un peu trop de participes présents. Je sais que ça évite d’avoir à faire des relatives, mais en placer une ou deux de temps à autre permettrait d’éviter ce sentiment de répétition.
[mode vieux chieur / OFF]
Même pas deux pages Word pour une correction, m’aurait fallu user de mauvaise foi pour dire autre chose. C’est très rare. Aussi, au plaisir de te relire, le plus vite possible, si possible ( XD)
Merci, Ostra. A mon avis, c´est la longueur du message qui fait planter ce bon vieil ordi ^.^´
Tu me l´avais pas fait à moi ça ´Biquiou...^^