Ceci est une ode à l´imagination.
Je remercie encore les internautes qui m´ont lu et soutenu sur un autre forum il y a de ça très longtemps quand j´ai commencé ma fiction.
Si l´un d´eux passe par ici et que mon histoire l´intéresse toujours un peu, ce que je vais publier là est simplement une version corrigée de ce que j´ai déjà fait sur l´histoire sans fin, avec donc les imperfections stylistiques et les incohérences en moins, car cette fois-ci je sais où je vais !
En conséquence j´ai clairement défini la suite et je pense la mettre en forme durant les vacances.
Le souffle de Vie
Partie 1 : Marauld le vampire.
CHAPITRE PREMIER
Marouble était un jeune homme maigre et blême, des lambeaux de tissus en guise de vêtements et une bourse de cuir abîmée pour bagage. Elle représentait un conifère de fil d´or, semblable à ces arbres noirs et tortueux qui s´étendaient à perte de vue dans les régions froides de l´Ancien Monde.
Cette bourse était son bien le plus précieux.
N’importe quelle femme l’aurait trouvé beau, si son regard n’avait pas été aussi fiévreux et sauvage et son épaisse chevelure d’ébène devenue grise de poussière. Il ne se souciait toutefois guère de son apparence. Il vivait dans un univers gris d‘indifférence traversé par le passage blanc de la faim. En cela quiconque l’ayant vu aurait compris que cet homme était mort.
Marouble avait traversé le désert de Derluk. Il en était sorti plus maigre que jamais. Un zombie, avait pensé le fermier qui l’avait recueilli. La mort, s’était dit sa compagne. D’autres voyageurs les ont retrouvés tous deux sans vie, recouverts de mouche et les artères vides.
Et Marouble continuait son chemin, empli d’une énergie nouvelle, jusqu’à l’arrivée tant redoutée de la faim.
Deux mois après sa sortie du désert, il arriva à Corlogna, grande ville portuaire servant de relais aux bâteaux de commerce, mais peuplé comme chaque grande ville de l’Ancien Monde de racailles, voleurs, détrousseurs, mendiants, mercenaires douteux, composée de tripôts, galeries marchandes et armureries.
Marouble marchait au milieu de la chaussée de pierre menant à la porte Est de Corlogna, au milieu de marchands en charrettes, voyageurs de grand chemin et cavaliers. Il se cachait les yeux du soleil. Marouble n’aimait pas le soleil, il lui semblait transpercer sa cervelle de part en part jusqu’à ce que la douleur devienne insupportable. En conséquence, il préfèrait voyager de nuit. Il se sentait d’ailleurs une telle puissance en lui-même lorsque le monde était plongé dans le noir, que même la faim ne lui faisait plus peur. La peur, de toute manière, était une émotion qu´il ne réservait plus que pour des rares choses. Les hommes, il avait pris à reconnaître leur faiblesse, et aucun, son périple le lui avait prouvé, n´était de taille à l´affronter, pour peu que le soleil fût couché. Le jour, hélas, les choses apparaissaient différemment. Il était faible, vulnérable, et les humains mauvais, perfides, ne perdant jamais une occasion de mesurer leur égo à celui d´autrui. Lorsque cela ne dépassait pas l´égo. Aux abords d´une fourmilière humaine, cette journée ne pouvait être différente.
Un jeune et bruyant cavalier vêtu de beaux atours criait de colère en fonçant à travers les voyageurs à pieds. Ces derniers l’invectivèrent avec force.
“Hors du chemin, manant ! ”
Marouble, qui de journée n´accordait que très peu d´attention aux hommes, ne comprit pas sur le moment que l’on s’adressait à lui. Il se retourna enfin pour lancer au jeune homme un regard glacial.
“J’ai dit hors du chemin ! dit de nouveau le cavalier. Je dois être au centre de la ville dans moins d’une passe, mendiant, tu entends mal ? ”
Marouble ne répondit pas et reprit son chemin. Le cavalier gronda de colère et piqua brusquement sa monture. Celle-ci fonça à toute allure et percuta Marouble, puis l’écrasa de tout son poids. Les passants hurlèrent d’indignation alors que le cavalier continuait de fendre la foule. On se précipita sur Marouble. Ce dernier avait le dos broyé, une jambe presque arrachée. On le crut mort, plus qu’il ne l’était déjà, mais il essaya contre toute attente de se remettre d’aplomb.
“C’est un miracle” murmura un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu de fourrures semblables à celle de l´ours des montagnes et portant un sac de trappeur, épaisse peau de cuir avec un système de boucles complexe.
Marouble retomba sur le pavé. Il avait mal. Très mal, une douleur laninante qu’il n’avait jamais éprouvée jusqu´alors.
“Il faut l’amener à la caserne des soins, dit quelqu’un. Mais il faut le porter et c’est dans le district sud, très éloigné.
-Je vais m’en charger” dit le vieil homme.
Il montra alors une force étonnante pour une personne aussi âgée ( peu dépaissaient le stade de sexagénaire dans le vieux monde ) et hissa Marouble sur ses épaules, qui se sentit perdre conscience.
La nuit. Le déclic retentit dans l’esprit de Marouble. Il se redressa sur son lit en s’apercevant que son tronc était intacte et qu’il pouvait de nouveau bouger sa jambe. Plus rien ne le faisait souffrir. Il se sentait de nouveau fort. Il sentait aussi la faim. Son pouvoir appelait toujours la faim. Il sortit du lit et contempla d’une manière beaucoup plus plaisante la caverne des soins où on l’avait apporté. Il se rappelait vaguement avoir été transporté en hauteur. La grande salle était soutenue par de vielles arcades de bois. Des deux côtés, des rangées de lits où gémissaient ou dormaient des hommes, femmes, enfants, blessés, mourrants. Il s´avança jusqu’au centre. Une femme à l’air âgé arriva en portant un plateau de bois où des mouches continuaient à bourdonner sur les remèdes de fortune. Depuis que les magiciens avaient disparu de l’Ancien Monde, la mortalité était nettement plus courante. La femme le regarda d’un air éberlué.
“Impossible... "
Elle avait la voix de celle qui avait depuis longtemps perdu l´espoir de sauver ses semblables d´un monde en proie à tous les fléaux et tous les malheurs.
" Comment est-ce possible, reprit-elle. Vous n´auriez pas dû passer le coucher du soleil..."
Marouble fit un effort, se concentra, et à ses mâchoires donna un ordre qui n´avait plus été reçu depuis longtemps, l´acte du parler.
" Ce pouvoir que tu vois, vieille femme, est celui qui hante les cavernes profondes et les ruelles sombres, celui qui gronde sous ton lit lorsque tu éteins les bougies, celui enfin qui rôde dans les profondeurs de ce monde flétri depuis son enfance, bien avant ta naissance. Il est mien, et tel que tu me vois je suis certainement le pire fléau que tu ne rencontreras plus dans la vie que tu aurais pu avoir."
La femme sursauta. La voix qu’elle avait entendu ne provenait plus de devant elle. Elle se retourna et le vit tel qu’il était. Ses yeux n’appartenaient plus à un homme, mais à une bête. Ses dents n’étaient plus dents mais crocs. Elle hurla tandis que Marouble prit son bras, le tordit d’une main au niveau du coude, et enfonça ses canines dans l’artère saillante du poignet. Le hurlement de la femme devint cri, puis murmure. Le sang se retirait doucement de sa dépouille charnelle. Elle retomba sur le sol, les yeux vitreux.
Marouble releva la tête et gémit de plaisir.
Sa faim n’était plus. Plus pour le moment. Maintenant il se sentait invincible. Le veilleur de la caserne accourut au cri de la guérisseuse. Il la vit gisant aux pieds de Marouble, sortit une dague et s’élança.
Les soldats de la milice nocturne avançaient silencieusement dans le gris lugubre du district miséreux. Le capitaine portait à bout de bras une lanterne rouillée qui peinait à percer la brume. Ses hommes étaient inquiets, et lui aussi. Les patrouilles nocturnes n´étaient jamais des promenades de détente ; on comptait trop de gens qui disparaissaient mystérieusement dans les taudis.
Enfin la maison de soins émergea du rideau opaque. L´édifice était un grand bâtiment noir, aux formes grossièrement cubiques, comme toutes les constructions des colons du millénaire passé. Corlogna était une ville qui vieillissait, pensait le capitaine. Le Vieux Monde lui-même pourrissait, et lorsque l´odeur devenait trop infecte, on le quittait pour de nouveaux rivages. On navigait vers l´ouest, évidemment. De l´est, aucune expédition ne revenait plus, ni même les expéditions chargées de retrouver celle qui étaient perdues. Même sur le continent, on n´entendait plus aucune nouvelle de l´est. Les duchés ne communiquaient plus. Le royaume du centre n´existait plus que par son nom, la lignée royale s´étant éteinte depuis des décennies, et aucune volonté de la part des ducs d´en fonder une nouvelle. Ce monde portait vraiment bien son nom, pensait-il. Il n´était plus que décadence. Rien à voir avec les histoires fabuleuses que lui racontait son grand-père quand il avait une dizaine d´années. Des histoires où les hommes avaient encore des idéaux, des valeurs, des passions, toutes ces choses qui vous donnaient l´impression de vivre une chose fabuleuse. La vie, tout simplement.
Les réflexions du capitaines furent coupées court par un retentissant fracas à l´étage de la maison de soins. Une des fenêtres explosa soudain sous la lancée d´une masse sombre difficilement reconnaissable dans la brume. Elle percuta violemment le mur adjacent de la rue, rebondit une fois sur le rebord d´un balcon et s´affala aux pieds de la milice. Encore une belle soirée, pensa le capitaine.
Le vieux soldat se pencha vers la masse et distingua un homme. Ou plutôt le cadavre d´un homme. Le capitaine se redressa et observa attentivement la fenêtre brisée.
" Qu´est-ce qu´on fait, chef ? demanda l´un des soldats.
-On y va, bien évidemment..." répondit le capitaine d´une voix lasse.
La milice se rua à l´intérieur de la maison et dévala les escaliers, homme après homme. A l´étage, le capitaine s´arrêta net. Plusieurs dépouilles étaient étendues sur des dalles ensanglantées. Parmi l´une d´elles, il reconnut la guérisseuse. Debout parmi eux, s´affairant parmi les lits, un homme de taille moyenne et aux cheveux d´un noir envoutant. Leur arrivée ne sembla pas l´étonner outre mesure. Il se saisit d´une bourse de cuir d´une taille remarquable posée sur un tabouret, et se redressa pour les regarder. Le capitaine vit alors ses yeux et eut un malaise étrange, tout en ressentant un frisson parcourir son échine. Ces yeux brillaient dans la pénombre.
La milice n´eut pas le temps de poser un pied dans la salle qu´elle aperçut un des volumineux lits de guérison projeté dans sa direction. Le bois massif percuta le capitaine de la milice de plein fouet, lui défonçant le crâne, et rejeta ses hommes sur les marches de l´escalier. Quelques-uns jurèrent, et investirent en courant la salle du massacre. Derrière les malades qui se réveillaient, gémissaient ou agonisaient, une ombre se dissipait par la fenêtre pulvérisée. Un des soldats risqua un oeil dans la ruelle. Mais en contrebas il ne vit que le cadavre du veilleur de nuit.
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Chapitre suivant au prochain post.
CHAPITRE CINQ
« Alors, quand est-il venu te voir ?
-Il y a deux ou trois semaines… »
-Et que t’a-t-il acheté ?
-Je… je ne sais plus !
-Steve, le fer. »
Le dénommé Steve sortit de l’âtre un tisonnier chauffé à blanc et l’enfonça dans le nombril de l’infortuné marchand de biens. Ce dernier cria.
« Vas-y, hurle, dit Marvin. Personne ne peut t’entendre. »
Steve tourna le fer. Marvin fit un petit geste et il le retira.
Le maître assassin prit la tête du marchand entre les deux mains.
« Ecoute, Franckie, je sais que tu sais où est ce type. Et je sais aussi que tu sais à quel point ma guilde ne peut se permettre de perdre son temps… jusqu’où elle peut aller. »
Un tonitruant coup de tonnerre vint ponctuer sa phrase. La lumière vive de l’éclair illumina sa face imberbe et diaboliquement dénuée d’expression. Franck frémit.
« Je te jure que je ne sais plus ! Je traite ce genre d’affaire au moins une centaine de fois la semaine, comment veux-tu que je m’en souvienne ? !
-Steve, le fer.
-Non ! Je sais seulement qu’il voulait une maison close dans un coin paumé. Je n’avais pas compris sur le moment. Mais je sais qu’il a trouvé son bonheur dans les Fevers !
-Et bien voilà, tu vois quand tu veux… »
Marvin se retourna et regarda le port au-dehors. Un autre éclair plus éloigné tomba dans le lointain. Les Fevers… pas étonnant que le vieil homme s’y soit réfugié. Le problème restait de trouver une maison close habitée sur une centaine d’autres. Il ne s’en inquiéta toutefois pas outre mesure. Sa guilde lui avait confié l’affaire parce qu’elle savait son efficacité légendaire, même dans le monde de l’ombre.
Un de ses hommes vint l’interrompre.
« Qu’est ce qu’on en fait ?
-Comme d’habitude. »
L’homme fit un hochement de tête. Il sortit une dague et se dirigea vers Franck.
« Non ! Vous avez promis ! »
L’assassin se contenta de couper ses liens.
Le marchand de biens eut un soupir de soulagement, soupir qui se changea en hoquet de stupeur.
L’assassin l’avait attrapé par les cheveux et tiré en arrière, mettant sa gorge en évidence. Il y appliqua sa dague et trancha les carotides.
Une fontaine de sang aspergea les planches de la cabane. L’ancien marchand s’affaissa dans un dernier râle. Une pluie fine commençait à tomber.
« Brûlez cet endroit. La pluie arrêtera le feu, et si par hasard la milice venait à se mettre au courant de cet incident, elle n’y découvrirait que des cendres. »
Marvin sortit et marcha sur la plage. Un éclair zébra l’horizon, suivit de quelques secondes par les impressionnants roulements de tambour du tonnerre. Il n’était pas passé bien loin celui-là…
Les assassins se dispersèrent, laissant derrière eux la carcasse brûlante de la cabane de pêcheur.
Non, il n’était vraiment pas passé loin du tout. Conrad prit le rat et le coupa en deux morceaux de sa hachette. Il prit les portions et les pressa au-dessus d’un bol de bois, forçant le sang encore fumant à se déverser.
Il regrettait déjà son attitude avec Marouble. Jamais il n’avait tant ressenti le besoin de faire du mal à quelqu´un. Après une semaine rongé par la torture et la faim, il commençait à avoir de la pitié pour lui. Et quoi ensuite ? C’était un vampire. Un démon suceur de sang. Une bête sans pitié. Pourquoi en aurait-il lui ? Il prit la hache et la jeta avec force contre la cloison qui s’ébranla légèrement.
Mais il ne devait pas succomber à la colère. Il ne lui restait que très peu de temps. Et si le vampire ne voulait pas coopérer, il serait obligé de faire quelque chose dont la seule pensée lui donnait la nausée. Une chose odieuse que même le pire des assassins ne méritait pas de subir.
Il n’avait simplement pas le choix. Il écarta le premier bol et en extirpa un autre de son sac. Son père avait été sorcier. Le sorcier de la tribu. Il lui avait appris l’art des potions, comme la fiole de lumière, et celle qu’il s’apprêtait à faire.
Tout d’abord la base. Une solution d’Idelvyse, la fleur des montagnes, aux propriétés magiques saisissantes. C’était également le produit le plus utile et aux effets très malléables. Il sortit trois de ces fleurs d’un tissu gris replié. Il retira sa hachette et se servit de son manche en guise de pilon pour les écraser. Il rajouta une cruche d’eau. La mixture semblait bonne.
« Du sang humain… »
Il fit balader la paume de sa main gauche sur le tranchant de la hache. Des gouttelettes de son sang perlèrent la surface trouble. Il se servit d’une baguette pour mélanger correctement le tout.
Marouble était à demi éveillé. Cela lui faisait très drôle, car il ne lui était jamais arrivé de dormir réellement depuis son état de vampire. Il n’avait plus la notion du temps. Il savait uniquement qu’il faisait jour, ne sentant aucun supplice dans son corps tremblant. A moins qu’il ait perdu également la notion de souffrance, ce qui n´était pas à écarter.
Avec le tonnerre et la pluie battante sur la ville, il n’entendit pas Conrad ouvrir la porte et entrer dans la chambre. Il ne le sentit pas non plus défaire ses liens et le redresser sur le lit. Il sentit en revanche une odeur familière et presque délicieuse. Il ouvrit les yeux et vit sous son nez un bol de bois contenant du sang.
Il réussit à le prendre et le but avidement. A tel point qu’une partie du contenu coula sur sa poitrine.
« Doucement. »
Il finit le bol et sentit ses forces revenir. Sa vision se fit clair et il reprit conscience des choses autour de lui. Il était sur le lit, et l’homme qui le détenait prisonnier était assis à le regarder. Il réussit à parler.
« Du sang de rongeur… dit-il. Ca calme la faim, mais ça n’a rien d’agréable.
-L’important est que tu puisses entendre mon histoire. » répondit Conrad.
Marouble lâcha le bol et se mit en position d’écoute.
Conrad commença.
« Tu te demandes peut-être ce que tu fais là, et pourquoi tu es ENCORE là sans doute… Ceci n’a rien de simple, ni pour toi, ni pour moi.
-Cela justifie-t-il en tout cas ce que j’ai eu à subir depuis… une semaine... un mois ?
-Considère ça comme une épreuve. Essaie aussi d’en tirer une leçon de morale.
-Je ne connais pas votre morale. »
Les paroles de Maroubles étaient froides et cinglantes. Un souvenir fugitif de son ancienne vie lui rappelait qu´il n´était pas si mauvais en tant qu´orateur.
« Et bien tu vas apprendre ! »
Les yeux de Conrad lançaient des éclairs.
« Je vais maintenant continuer, et ne parle que lorsque je t’y autoriserai.
Il me faut par contre commencer loin avant mon arrivée, tout comme la tienne, dans cette ville. Très loin, par delà les ans et par delà les montagnes du vieux monde. J’étais alors un aventurier, plus très jeune mais sage et beaucoup plus vigoureux que je ne le suis aujourd’hui ( ce qui n’est pas peu dire, crois-moi ) . Pour ne pas tergiverser, j’étais dans le Nouveau Monde. »
Marouble, jusque là redoutant de subir le récit ennuyeux d´un vieux routier, redressa l´oreille à la mention du nouveau continent.
« J’étais un pionnier, oui. Je ne pourrais te dire où j’ai été ni tout ce que j’y ai fait, le Nouveau Monde est encore plus vaste que cette portion du monde.
J’étais arrivé dans une grande région, riche en ressources minières et renommée dans toutes les villes-comtes du continent, pour ses aventures, ses créatures et aussi ses nombreux dangers. Elle attirait de tout : aventuriers comme moi, prospecteurs, mercenaires, entrepreneurs… des villes-champignons construites de part et d’autres… et surtout des bandes de brigands détrousseurs de trésors. On y aurait même vu des dragons. Cette région fut appelée ‘La Côte des Appenders’.
Sarabonde, la cité la plus populaire, était représentative en tout point du pays. J’arrivais de nuit. J’atteignis le tripot le plus proche car, pour ainsi dire, j’étais fourbu. Siroter un verre d’alcool dans une salle bondée a aussi ses avantages. Qui prête une oreille attentive peut apprendre beaucoup de choses. J’allai néanmoins prendre une chambre pour la nuit, quand elle est arrivée. Ma femme. Enfin, ma future femme à ce moment-là. Elle n’était vêtue littéralement que d’un drap blanc, qu’elle pressait pudiquement contre son corps menu. Elle était magnifiquement belle, Marouble. J’ai été charmé, comme je ne l’avais jamais été auparavant.
Elle suppliait de l’aide. Tous les hommes se moquèrent d’elle, et la brusquèrent. Ce n’était après mûre réflexion que de pauvres bougres qui voulaient s’amuser. Mais j’étais hors de moi. Je me suis interposé et je l’ai défendue. J’en ai fait couler, du sang... Je l’ai emmenée avec moi, à l’extérieur. Elle s’est confiée à moi. Elle m’a dit s’appeler Ifigina ainsi que des démons la poursuivaient. Je ne l’ai pas vraiment crue au début. Je la croyais juste en état de choc. Je l’ai amenée sous un vieil arbre saule, à l’extérieur de la ville. Nous nous sommes endormis. J’ai passé avec elle la meilleure nuit de ma vie. C’est également ici que ma fille fut conçue. Tout ceci peut te paraître un peu rapide, en imaginant que tu aies l´expérience ou le sens des relations entre un homme et une femme, mais c´est pourtant ainsi que ça c´est passé.
Je me suis réveillé aux premières lueurs de l’aube. Ifigina était à mes côtés, mais muette de terreur. C’est à ce moment-là que je l’ai enfin crue. Quand j’ai regardé la ville, celle-ci n’était plus que flammes ou cendres. Une véritable armée de cavaliers tout vêtus de rouge à sa place. Aucun survivant. Sauf nous. Je l’ai secouée. J’étais complètement perdu. Je lui ai demandé ce qu’elle représentait pour eux, quelle importance elle avait pour que ses ennemis aillent jusqu’au point de mobiliser des rangées de soldats armés jusqu’aux dents. Elle a recommencé à pleurer en me disant qu’elle n’en savait rien. Je me suis calmé et je n’ai pas insisté. Je l’ai prise avec moi, ai enfourché ma monture, et pendant presque un an nous avons fui. Nous nous sommes cachés dans presque tous les abris existants. Canyons, grottes, montagnes… nous sommes partis dans tous les coins du Nouveau Monde. Ces cavaliers, ces… j’ai peur de le dire, mais ces DEMONS, nous retrouvaient à tous les coups. Je ne comprenais pas comment.
Ma fille est finalement née dans un relais abandonné. Nous étions seuls. J’étais terrifié à l’idée que nos poursuivants puissent surgir alors même que ma femme était en train d’accoucher. Mais tout s’est passé sans incident. Ma fille était probablement le plus bel être que j’aie vu avec Ifigina. C’est aussi ici que nous nous sommes mariés, symboliquement. J’ai alors décidé qu’Ils ne nous trouveraient plus, que je pourrais fonder un foyer, sans jamais plus fuir. J’ai presque réussi. »
Conrad avait les yeux brillants. Il continuait pourtant sans interruption.
« Le relais était construit près d’une falaise qui bordait une mer. Je Leur ai tendu une embuscade. Une simple potion que j’avais conçue. Mais elle a fait merveille. J’ai amené Ifigina et ma fille que nous avions appelée Aurore dans un abri caché sous terre. J’ai ensuite jeté ma potion de brumes, qui a formé le long de la falaise un brouillard artificiel. L’idéal. J’ai enflammé un petit monticule qui s’est transformé en feu de joie, visible à des miles à la longue sans aucun doute. J’ai planté quelques carreaux dans le sol, chargé mon arbalète, et j’ai attendu. Ils sont arrivés exactement une passe plus tard. J’avais fait en sorte que mon brouillard dure dix fois plus. Ils n’avaient aucune idée du piège que je leur avais tendu. Ils ont avancé au petit trot. Ainsi je les ai provoqués. J’en ai bien tués une dizaine avec mon arbalète. Ca les a rendus furieux. Ils ont chargé droit sur moi et le rebord de la falaise. J’ai sauté au dernier moment, et je me suis caché dans une grotte naturelle au moyen d’une corde que j’avais attachée au préalable. Les démons ne m’ont pas vu sauter à travers la brume. Et ils sont tombés. Tous. Ils n’ont eu aucun moyen de s’arrêter, et ils ont chuté à une centaine de mètres dans les flots.
J’ai ainsi amené… ma famille… dans une cabane, perdue au milieu d’une forêt du centre du Nouveau Monde. J’avais engagé un serviteur qui habitait dans un abri à proximité. J’ai fait construire en cas d’extrême danger un souterrain partant de notre maison et aboutissant à l’orée de la forêt. Mais pendant douze ans nous avons vécu heureux. Nous vivions du produit de la chasse. Ma fille a grandi dans les meilleures conditions que nous avons pu lui offrir. Nous l’aimions tous deux avec chaleur. Aurore est devenue une adorable petite fille, ouverte à tout et aimant beaucoup les animaux de la forêt.
Elle a montré pour les première fois son Don vers l’âge de huit ans.
Aurore est en fait très loin d’être une enfant comme les autres. C’est quand nous avons rencontré lors de nos balades forestières un faon blessé. Le flanc déchiqueté. Sans doute l’acte d’une bête sauvage. J’allais l’achever quand Aurore s’est jeté sur lui en pleurant. Je n’ai pas eu le cœur de continuer. Elle a alors appliqué ses mains contre le faon, et une lumière blanche m’a aveuglé un court instant. Quand j’ai rouvert les yeux, le faon courait joyeusement, aussi joyeusement qu’Aurore riait, comme l’aurait fait n’importe quel enfant de son âge. Et pourtant… »
Conrad se leva et s’appuya contre le mur.
« Et alors ? fit froidement Marouble.
-Et alors ? Et alors, dix jours après les douze printemps de ma fille, les Démons nous ont retrouvés. Ils ont tout incendié sur leur passage. Arbres, animaux… Je les ai vus alors que je coupais du petit bois. J’étais paralysé. J’avais vécu la conscience tranquille en croyant que j’avais détruit nos poursuivants, mais ceux-ci ont survécu. Un profond désespoir m’envahit. J’ai tout de même couru vers la maison, et j’ai hurlé à Mangouda, notre domestique, d’emmener Aurore et Ifigina dans le souterrain. Celle-ci m’a demandé pourquoi. Elle m’a regardé, et en fondant en larmes elle comprit. Aurore m’a dévisagé comme si je ne la reverrais plus jamais…et elle avait probablement raison. Je leur ai dit adieu à tous, ai bloqué le passage derrière eux, et j’ai pris ma hache. J’étais décidé à mourir, mais pas avant de les avoir tués tous de mes mains, jusqu’aux derniers. Mais les Démons ont disparu. »
A la mine vaguement déconcertée de Marouble, il ajouta :
« Comme la fumée à la fin de l’incendie. J’ai bien attendu une passe. Quand je compris. Ils ne me cherchaient pas MOI. Mais ELLE. Pas Ifigina, Aurore. Ils le savaient depuis le début. Avant même que je rencontre ma femme. Et ils venaient la prendre. J’ai couru comme un fou. J’allais à la sortie du souterrain. Je suis arrivé trop tard. Juste à temps en fait pour voir la tête d’Ifigina et de Mangouda au bout d’un piquet, et les Démons se volatiliser. Aucune trace d’Aurore. C’était il y a un an… »
CHAPITRE HUIT
Marouble toussait en essayant de vomir la mixture qu’il avait absorbée. Le goût qui lui restait sur la langue était atroce. Conrad le maintint étendu sur le dos, le temps que l’infâme liquide s’insinue dans son organisme, sans possibilité de retour. Puis il se détourna et regarda la pluie tomber. Marouble ne s’était jamais senti aussi mal, pas même lors de ses nuits passées avec la sphère lumineuse. Son estomac se révulsa, et il eut l’impression que ses yeux s’enfonçaient dans ses orbites. Sa chair elle-même semblait s’amaigrir. Quand il parla, sa voix était tellement éraillée qu’on l’aurait facilement assimilée au son du luth désaccordé.
« Qu’est-ce que tu m’as fait… ? »
Conrad semblait être sur le point de répondre, lorsqu’un éclair fit violemment trembler les cieux. La ville était maintenant au cœur de la tempête.
Le chasseur se dirigea vers l’entrée et colla son oreille au bois de la porte, la hache à la main. Ni lui, ni le vampire n’avaient été dupes. Marouble écoutait attentivement. Les gouttes d’eau contre la vitre, le tonnerre, et autre chose… Conrad ouvrit brusquement la porte, et trancha l’air de son arme dans le couloir côté ouest. Marouble entendit un cri humain, suivi d’un bruit sourd. Le chasseur se baissa, pivota sur ses pieds, et trancha les tibias d’un deuxième homme qui se faufilait derrière lui, dague au poing. Le malandrin s’effondra en hurlant, essayant de porter la main à ses moignons de jambes. La lumière de la chambre permit de le distinguer. Un homme cagoulé, vêtu d’une cuirasse noire, une multitude de dagues et autres armes furtives à la ceinture. Un assassin. Conrad abattit sa hache, et l’homme se tut, le crâne fendu.
Il le retourna du pied, et fouilla une petite besace. Il sortit une rondelle de bois vert, et la regarda les yeux brillants.
« Ils m’ont retrouvé… » dit-il faiblement.
Il jeta la rondelle et enjamba Marouble. Il ramassa une hachette qu’il attacha à l’arrière de sa ceinture, prit l’autre à la main, et partit, sa lourde hache sur l’épaule.
« Ne bouge pas d’ici » lança-t-il à Marouble.
Ce dernier s’esclaffa. Sa potion l’avait cloué au sol, et la lumière surnaturelle de la pièce l’empêchait de remuer ne serait-ce qu’un seul doigt.
D’autres fenêtres furent défoncées en contrebas, mais cette fois-ci les maraudeurs n’avaient pas attendu la venue de la foudre. Ils fonçaient.
Conrad enfonça sa hachette dans la gorge de l’assassin. D’un geste il circulaire il faucha les deux autres derrière lui. Il poussa un rugissement mêlé à la fois de colère et de plaisir. Même sa vieille hache runique, couverte de sang, semblait contente du carnage. Un autre assassin surgit de la porte menant au premier étage. Il portait un arc court qu’il banda en le visant. Conrad lança la hachette avec force, amputant l’homme du bras droit. Celui-ci recula en gémissant. Il perdit l’équilibre et passa par la fenêtre à grand bruit de verre brisé. Des sons similaires se firent entendre au-dessus de lui. La guilde assassine de Corlogna avait mis le paquet… Qu’importe, il s’occuperait d’eux plus tard. Il reprit le grand nettoyage.
Marouble entendit des pas dans le couloir. Deux assassins entrèrent dans la zone de lumière. Ils jetèrent des regards furibonds sur les cadavres, puis aperçurent le vampire étendu sur le plancher.
« C’est lui qui a fait ça ? » fit l’un d’une voix rauque.
Marouble sentit son instinct animal refaire surface. D’ordinaire, il se serait contenté de les tuer et de boire leur sang, mais il était dans l’incapacité de faire quoi que ce soit. Son malaise avait disparu, mais la lumière le privait encore de tous ses moyens. Il décida donc pour la première fois dans son existence de mort-vivant d´entamer les hostilités par la langue.
« Qu’entends-tu sous tes pieds, mon brave ? »
Le premier assassin révéla de l´inecertitude apeurée dans son regard.
« C’est le bruit du fracas des armes, continua Marouble. Le meurtrier de tes camarades se trouve bien ici, mais ce n’est pas moi qui, comme tu le vois, ne puis esquisser le moindre geste.
-Qu’est-ce que tu as ?
-Il m’a fait boire une mixture paralysante.
-Et pourquoi il t´a laissé en vie ? Tu me racontes des histoires, va-nus-pieds.
-Cet homme est un sadique. Il prend plaisir dans la souffrance des autres. Toi et moi, avons le même ennemi. Tu pourrais peut-être m’aider.
-Pas de témoins" souffla son compère de sous sa cagoule.
L’assassin aquiesça. Il sortit une dague de sa ceinture et l’enfonça dans le ventre du vampire. Marouble n’eut pas besoin d’imiter la souffrance, il la ressentait bel et bien. Il ferma les yeux, et ne bougea plus.
« Ce vieillard est plus coriace qu’il n’y paraît, à ce que j’entends.
-Ouais, fit l’autre assassin. Pour quelqu’un qui a déjà un pied dans la tombe…
-On l’aura. Viens, il faut explorer le reste de l’étage.
-Attends. Cette lumière. »
L’assassin se planta au dessus de la fiole.
« Quoi ?
-Elle risque d’attirer l’attention sur la maison.
-Le coin est désert…
-On sait jamais. »
Il l’écrasa. La pièce tomba dans une semi-obscurité, à peine éclairée par le peu de lune visible. Exactement ce qu’attendait le vampire. Le pouvoir revenait. L’obscurité coulait dans ses veines. Marouble ouvrit ses yeux de bête, et sourit de ses canines aiguisées. Il se releva sans élan. L’un des assassins cria de surprise. Marouble le repoussa de la main et il alla percuter le mur du couloir. L’autre se retourna d’une lenteur pitoyable. Le vampire retira la dague, prit l’homme par l’épaule, le força d’une pression à plier les genoux, et le frappa du couteau dans l’abdomen. Une fois. Puis une autre. Et encore une autre. L’assassin, saigné à blanc, resta ainsi accroupi et mourut. Marouble relâcha la dague et entendit l’autre s’échapper dans le couloir. Celui-ci serait le dessert… Le sang de rat ne l’avait pas du tout apaisé.
L’assassin allait prendre la poignée de la porte du deuxième étage, mais rencontra une masse dure qui lui enfonça une main dans le ventre, tordit ses boyaux, et le souleva jusqu’au plafond. Marouble le laissa tomber, contemplant avec satisfaction la mare de sang s’écouler ; il prit la nuque du malheureux et le releva en l’appuyant contre le mur. Il leva la tête et enfonça ses crocs dans l’artère du cou. Il aspira goulûment, son cœur inerte repartit d´un unique battement supplémentaire, alors que l’hémoglobine sucrée de l’homme parcourait ses veines… mais prit soudain un goût salé, beaucoup trop salé. Amer. Putride.
Il infiltra ses poumons, inactifs, mais qui réagirent violemment en l’expulsant par la fosse nasale.
Marouble repoussa l’assassin décédé et vomit la dernière partie son contenu. L’expérience l’avait dégoûté, révulsé, et en même temps choqué. Pourquoi le sang de cet humain était-il si avarié ? Anxieux, il retourna dans la chambre, trempa un doigt dans le sang de l´homme perforé et le lécha. Il recracha avec rage. Sa seule source de vie, dans une existence morte, venait de lui être volée. Il sentit la peur l’envahir. Il devenait impuissant contre sa pire ennemie. La faim. Dans le même temps il ressentit un sentiment différent, autrement plus destructeur. La colère.
Il se releva et poussa un hurlement bestial.
CHAPITRE NEUF
Deuxième étage. La lune se voila subitement. Les assassins binômes jetèrent des coups d’œil furtifs autour d’eux. Pour seul bruit la pluie fracassante. Un cri dans la nuit. L’assassin se retourna pour être aspergé d’une matière gluante et tiède. Il sentit la chose venir vers lui. Il dégaina une épée de courte taille qui lui fut soudainement arrachée. La chose l’attrapa par le cou et broya sa nuque.
Premier étage. Après le hurlement de bête, un cri de terreur.
Steve se souvenait pleinement du cirque de sa jeunesse, et il aurait juré avoir entendu un tigre, ou bien un lion.
« Bon, dit-il d´une voix rauque. Tu as fini de fouiller les chambres ?
-Non, j’y vois rien dans cette pénombre.
-Allume ton briquet.
-Evidemment. »
Le second assassin fit jaillir une petite flamme jaune. Le couloir, faiblement éclairé, avait une allure funeste.
« Steve, je la sens mal cette mission.
-Pas d’inquiétude. Ils doivent avoir fini le vieux. On fouille et on se barre.
-Mais c’était quoi ce cri ?
-Quel cri ?
-Ce rugissement…
-Rien que ton imagination. Maintenant grouille-toi. »
L’assassin acquiesça, et entreprit d’ouvrir les pièces restantes. Il ressortit en faisant un signe négatif. Steve hocha la tête et pointa la porte de liaison du rez-de-chaussée. La lumière s’éteignit brutalement.
« Qu’est-ce qui s’passe ? ! hurla l’assassin.
-Tais-toi ! »
Steve sortit sa dague et se posta près de la porte amenant au deuxième étage. Des pas sourds résonnaient juste derrière. Il ressentit alors un frisson. L’ombre.
Son partenaire se mit à hurler. Un éclair fit sursauter Steve. Le bref diffus lumineux lui permit de voir l’assassin, les mâchoires écartées par un colosse sombre aux yeux brillants de férocité. Des yeux jaunes. Il jura en lançant sa dague. De nouveau le frisson. L’ombre avait disparu du couloir, mais il était déjà mort.
Rez-de-chaussée. Conrad fonça tête baissée dans le thorax de l’assassin et y enfonça les cornes de son heaume. Il prit à deux mains le manche de sa hache et poussa le corps à l’intérieur de la cuisine. Septième victime. Un autre homme était debout près de la grande table. Il portait une même cuirasse noire, mais ne possédait pas de cagoule, et arborait aux flancs deux longs katanas noirs impressionnants.
« J’imagine que tu es le chef, n’est-ce pas ? »
L’homme ne répondit rien, si ce n´est en sortant la main de derrière son dos, où se cachait une petite arbalète. Le trait fusa vers Conrad qui le détruisit d’un revers de hache. L’homme lâcha l’arbalète et sortit ses katanas, bras entrecroisés. Conrad reconnut un maître assassin, ennemi autrement plus redoutable que ce qu’il avait rencontré ce soir.
L’homme se déplaça en crabe, sur le côté, un pas après l’autre. Il n’était plus qu’à quelques pas du chasseur. Alors, comme une ombre, il attaqua. Conrad para une spirale étincelante de lames acérées. Il abattit sa hache trois fois de suite. L’assassin dévia le premier en croisant ses armes, puis se baissa alors que le second coup pulvérisait le cellier. Il roula sur le côté et évita le dernier.
Conrad sentit un douloureux coup de pieds dans les reins, suivi d’une autre attaque fulgurante de katanas. Les épées glissèrent contre le manche de la hache runique, mais entamèrent sérieusement la chair de son bras gauche. Conrad ignora la douleur cuisante qui l’élançait et abattit le manche sur la face de l’assassin. Ce dernier fut repoussé ; son nez saignait abondamment. Le chasseur en profita pour dégoupiller une de ses fioles, laissant l´air s´infiltrer dans le récipient et provoquer la combustion de l´essence instable, et la balancer sur le maître assassin. La fiole s´écrasa sur quelque chose de dur et embrasa momentanément les restes du cellier avant de s´éteindre aussitôt. L’assassin, lui, avait disparu.
« Montre-toi… »
Et pour la première fois, l´homme parla.
« Pourquoi me mettrais-je à découvert, fit-il d’une voix nasillarde. Les assassins travaillent dans l’ombre.
-Les assassins sont faits pour frapper dans le dos, répliqua le chasseur. Quant à se battre comme un homme, c’est une autre paire de manche, n´est-ce pas ?
-Tes sarcasmes ne peuvent pas m’atteindre, vieil homme. »
Conrad frappa le placard d’où provenait la voix ; une dizaine de couverts en bois s’en déversèrent, mais aucune trace de l’homme.
« Tu n’as aucune chance, vieillard, reprit celui-ci. Abandonne la lutte, tu n’en as de toute façon plus pour très longtemps. »
Le chasseur rit longuement.
« Que t’ont dit tes supérieurs, jeune homme ?
-Que tu étais un homme fatigué sur le point de mourir, mais dont les activités devenaient trop gênantes pour un jour de plus te laisser vivre.
-Oui ! en bref, tu n’es qu’un pantin. »
Et il repartit de son rire tonitruant.
Le maître assassin surgit de l’ombre. Il fonça, ses lames en avant. Conrad les dévia du tranchant et frappa, ne touchant que le plancher. L’homme en noir sauta en arrière, posa un genou sur le sol, et lâcha dans les airs une poire noire. Une explosion de fumée en jaillit.
La vapeur s’infiltra dans les poumons du chasseur, qui toussa. L’assassin leva ses katanas. Conrad rugit et brandit son arme. Il l’abattit. Un choc le fit sursauter. Un autre encore.
Le maître assassin se trouvait derrière lui, ses épées dégoûtantes d’un liquide poisseux. Un filet de sang s’échappa de l’abdomen de Conrad, un autre de ses omoplates. Il cracha rouge. Son bras, si fort jadis, lâcha sa fidèle hache. Il s’effondra.
L’assassin rangea ses armes.
« Tu penses… que… c’est fini ? »
Conrad toussa.
« C’est loin… d’être la fin. »
Un hurlement à l’un des étages.
L’assassin se mit en position d’alerte.
« Tes hommes… passent un sale quart d’heure… »
Le chasseur réussit à rire.
Marvin était sur ses gardes. Le vieux avait son compte, mais le silence qui suivit lui fit froid dans le dos. Quelque chose d’autre était dans la maison. Le vieux le savait.
La pluie était plus drue que jamais. Il sortit un briquet pour éclairer son chemin. Le hall d’accueil jonchait des cadavres de ses hommes. Il découvrit l’escalier menant au premier étage. La porte était fermée. Il écouta. Rien d’autre que la pluie. Son cœur battit très fort dans sa poitrine alors qu’il était pris d’une peur irraisonnée. Devait-il appeler ses hommes ? Non, ils étaient tous morts, il le savait maintenant. Il s’adossa au mur et réfléchit. Après tout, il avait rempli sa mission, il lui suffisait de partir en laissant cette demeure maudite derrière lui. Il avait toutefois des doutes quant à la crédulité de sa guilde. Croirait-elle vraiment que le vieux avait tué une vingtaine d’habiles assassins avant de succomber ? Peu probable. En même temps, il était furieux contre lui-même d´être impressionnable à ce point. Il était maître assassin, peut-être le plus compétent de toute la ville. Décidé, il ouvrit la porte et la referma derrière lui, prêt à se défendre. La flamme de son briquet n’avait qu’une portée très limitée. Lentement, il sortit l’un des ses katanas. Un éclair à proximité. Le couloir se découvrit dans toute son horreur. Un de ses assassins était étendu, une moitié de tête sur les épaules. Un autre au fond près de la porte menant au deuxième étage. Il n’avait apparemment rien subi, mais son visage, était empreint d’un air de terreur subite. La flamme disparut mystérieusement. Marvin fit rouler la pierre, mais rien ne se produisit. De lourds bruits de pas au fond du couloir, à l’endroit même où il était entré. Il dégaina sa deuxième épée. Les pas se rapprochaient. La panique essayait de l’envahir. Il se contint. Il tenta d’ouvrir la porte menant au deuxième. Des chaînes l’avaient condamnée. Les pas se rapprochaient toujours, lentement, comme dans un jeu sadique. Marvin ouvrit à la volée la porte en face, entrant dans une des chambres. Il se posta dans un coin en s’efforçant de ne pas respirer. Il n’avait aucune raison de paniquer. Le noir était son royaume. Oui… Les bruits de pas s’étaient arrêtés.
Marvin comprit alors qu’il n’avait que très peu de chances de s’en sortir dans cette obscurité. Il décida d’atteindre la porte du rez-de-chaussée en passant par les différentes chambres. Cette maison close était assez ancienne, et heureusement pour lui des portes communiquaient l’accès entre chaque pièce. Première porte. Les pas ne se faisaient toujours pas entendre. Seconde porte. Toujours rien. Troisième porte.
Marvin respirait bruyamment. Il lui suffisait de sortir de la petite pièce et de faire quelques pas dans le couloir pour atteindre le rez-de-chaussée et quitter ce cauchemar. Il fit un pas en avant et rencontra du pied quelque chose de dur. Il s’agenouilla et palpa la chose. Il reconnut avec dégoût des cheveux ainsi que des dents. Il reprit sa progression vers le couloir. Toujours aucun bruit. Enfin la porte. Il sentit l’espoir renaître, mais la porte était fermée. Des chaînes. De nouveaux bruits de pas au fond du couloir. Juste à l’endroit où il s’était posté il n’y avait même pas une minute. La chose JOUAIT avec lui.
Marvin toucha la fenêtre du doigt. Dehors, complète obscurité. Son cœur fit un bond. Les pas étaient maintenant juste derrière lui. Il ferma les yeux, et brandit ses lames.
Ultime cri dans cette nuit sanglante, qui prenait apparemment plaisir à s´éterniser. Conrad serra les dents et agrippa la table. Il réussit à se relever, mais ses blessures étaient trop profondes. Il retomba sur ses genoux, et ferma les yeux. Lentement son corps se dévidait. L’épicentre du mal qui l’avait rongé était maintenant noir comme la suie. Quelqu’un ouvrit la porte de la cuisine. Il redressa la tête et ouvrit les yeux. Le vampire se tenait sur le pas de la porte. Il avait subi une curieuse métamorphose. Sa bouche s’était allongée pour se transformer en véritable gueule. Ses crocs dégoûtaient de bave blanche. Ses oreilles étaient devenues légèrement pointues, mais le plus déroutant était de loin sa chevelure. Doublée dans son volume, dans sa longueur et teintée de bleue, elle faisait véritablement office de fourrure et pendait dans son dos. Le reste de son corps n’était que muscle. Sa taille atteignait les deux mètres et l’ouverture de la porte était juste assez grande pour le laisser passer. Alors qu’il avançait, lentement l’ombre se retira, comme le liquide s’échappe du solide qui émerge.
Il balança une cuirasse au milieu de la pièce. Le tronc du maître assassin. Son visage n’était plus qu’une bouillie ensanglantée.
Patiemment Conrad attendit. Le vampire écarta la table et posa sur lui une main griffue. Un grognement sortit de sa gorge, et il saisit le chasseur. Conrad gémit. Une autre mare de sang se forma sur les planches.
« Marouble… »
Le vampire hurla et l’attrapa par le cou.
« QUE M’AS-TU FAIT ? fit-il d’une voix caverneuse.
-Ce que tu m’as obligé à faire.
-POURQUOI ?
-Je te l’ai dit. »
La voix du chasseur était sévère.
« Tu aimes le sang humain, je t’en ai privé. Si vraiment ta nature est de tuer les hommes, alors tu es à ma mercie. »
Le monstre grogna en le regardant de ses yeux de fauve. Ses lèvres frémissaient.
« Je te condamne à ne plus boire le sang des mortels. Tu es maudit tout autant que je le fus. Ta malédiction est irréversible et permanente, tant que tu seras sur ce continent. Il n’existe qu’un seul moyen de l’abjurer. »
Le vampire serra son poing. Conrad laissa échapper un grincement de dents. Sa voix devint plus faible encore.
« Marouble… je m’adresse à la part d’humanité qui reste en toi… Je sais qu’après tout ce n’est pas de ta faute, mais… Trouve-la. Protège-la. Elle est la chose la plus précieuse au monde, quoi que quiconque puisse en dire. »
La foudre tomba sur la maison. Le dernier étage se désintégra en grande partie, ne laissant que des planches brûlées. Le feu gagna rapidement toute la maisonnée.
Marouble desserra la main. Le cadavre de Conrad Bristone, chasseur des montagnes et homme libéré, tomba et ne bougea plus.
Le corps du vampire se soulagea de la colère. Sa carrure perdit en volume et en taille, et son faciès retrouva son ancienne beauté sauvage. Il lui restait néanmoins les séquelles de la rancœur. Ses cheveux devaient à jamais rester bleutés. Marouble n’était plus. Un nouveau vampire l’avait remplacé.
Il s’aperçut qu’il tenait dans la peaume de sa main la bourse de cuir avec un sapin brodé qui fut sienne de nombreuses années durant, sans même qu´il ait su pourquoi, ni ce qu´elle pouvait bien signifier. Le seul bien qu’il ait jamais possédé en dix ans. Son contenu ne lui disait rien. Il appartenait à un quelqu’un qui avait disparu.
Il la jeta dans le brasier qui avait déjà rongé le hall.
Le nouveau vampire arracha un rideau de la fenêtre, l’étendit à plat, y plaça la hache runique du feu chasseur ainsi que son heaume, et enroula le tout.
Le paquet sur l’épaule, il traversa la fenêtre et se fondit de nouveau dans l’ombre.
Cette nuit-là tout le district des Fevers devait être ravagé par le feu. Après deux jours et deux nuits de lutte entre l´incendie et la milice de Corlogna, ce fut la tempête qui l’emporta.
Game over ! poster une looooongue brique d´un coup n´est pas une bonne idée car on est qu´une bande de feignasse, comme sur tous les forums et qu´on se dit tous qu´on lira ta fic ( probablement bonne) " quand on aura le temps"
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-58-13793-1-0-1-0-0.htm
![]()
Atomix n´a pas tort...
Tu n´attireras pas grand monde en publiant de tels blocs...
Joli titre, ça manquait. ^_^
Je ne peux que conseiller ton texte qui m´a tenu en haleine de longs moments...
Bonne chance à toi aussi, si tu passes des examens.
Ah zut
.
Bah puisque j´ai commencé comme ça je vais continuer de la même façon. Il suffira au forumeur de lire le premier post et si ça ne lui dit vraiment rien il pourra toujours quitter la page.
( PS de début de message : salut à toi Masterbow
)
Voici la deuxième partie de Phantasia : le souffle de Vie, nommée Samantha la rousse.
CHAPITRE UN
L’aube approchait. Le premier rayon de soleil inonda le vampire, qui sentit sa force disparaître petit à petit. Quand le gigantesque disque argenté émergea, son pouvoir avait totalement disparu.
Marauld n’en appréciait pas moins ce moment. Il lui restait encore quelques vagues souvenirs de sa vie passée ; dans une cité de sable, le soleil se levait, tel le conquerrant des terres du sud, majestueusement massif et éclatant de beauté. C’était le roi du désert.
Un petit coup faible retentit à la porte de sa cabine. Un gnome, minuscule même parmi les gnomes, l’ouvrit péniblement, un épais livre relié sous le bras qui touchait presque le sol. C’était son troisième passage depuis le début du voyage avait quitté Corlogna.
“Votre nom, s’il vous plaît ?
-Marauld Bristone.”
Le gnome parcourut du doigt les dizaines de pages cornées à une allure stupéfiante. Il s’arrêta à une certaine ligne et la tapota du doigt.
“Vous êtes sur le registre. Une marmite de soupe attend les passagers sur le pont babord s’ils désirent déjeuner.”
Le gnome déguerpit en traînant son livre, sans prendre la peine fermer la porte. Marauld ne comptait pas déjeuner sur le pont. Les journées exposé au soleil ne lui étaient pas propices. Il souleva une planche de sa cabine et extirpa du plancher un rat mort. Pourri depuis plusieurs jours déjà, mais mieux valait se constituer une réserve. Il allait en effet devoir passer encore un petit moment dans ce lieu clos.
Une semaine s’était déroulée depuis le départ du navire. La péninsule était maintenant à deux jours de navigation derrière lui. L’océan s’étendait dans sa quasi-infinité. Il n’était plus très loin de la barrière du nord, et pour un voyage de dix jours, le séjour avait été plutôt calme...Un calme penchant maintenant vers l’angoisse. La brume de l’océan, phénomène naturel dû aux geysers, entourait en effet l’embarcation depuis plusieurs passes déjà.
Marauld s’étendit sur la couchette et ferma les yeux à cause de la luminosité, rendue plus sourde par le brouillard. Il se mit à somnoler légèrement. Presque dans un rêve. Un rêve entrecoupé de sons étranges, comme une ancre sombrant dans les profondeurs... et une explosion.
Un choc terrible ébranla le navire. Marauld en fut éjecté du lit, et l’armoire se pencha. Une odeur de bois brûlé atteignit ses narines. Il jeta un coup d’oeil par l’écoutille et aperçut les premières flammes. Un gigantesque navire était accroché au bateau de voyage par des cordages. Son reflet n’aurait pu être plus déformé, pensa le vampire. Il était en effet biscornu, noueux, comme les branchages d’un arbre centenaire. Des brigands à la mine patibulaire sautaient sur le bateau et brandissaient des sabres ou des lances en se lançant sur les marins. Ces derniers se défendaient bien, mais étaient trop peu nombreux face à ces hordes d‘hommes enragés. Ils périrent l’un après l’autre.
Les flammes atteignirent le versant sud du bateau, et déjà le martèlement des armes étaient dans le couloir. Les pirates enfonçaient les portes, tuaient leurs occupants et pillaient les lieux. Un forband aux oreilles couvertes de boucles fantaisistes s’introduisit dans la sienne. Marauld sortit d’un pan de son manteau une épée courte finement ciselée. L’héritage sanglant d’un armurier de Corlogna. Le pirate brandit gauchement son sabre. Marauld fit un rapide geste du coude et lui trancha la gorge. Il saisit le lourd sabre et sortit de la cabine. Un pirate fonçait sur lui. Il l’arrêta d’un coup de sabre dans l’abdomen et enfonça son épée entre les deux seins. Le pirate déversa ses entrailles sur sa chemise neuve et râla une dernière fois. Derrière lui un paladin combattait courageusement. Il entonnait un champ de guerre en pourfandant tout ce qui passait dans le champ de sa gigantesque épée à deux prises. Une volée de flèches le foudroya sur place. Marauld se retourna et décapita un autre pirate. S’il perdait ses pouvoirs durant la journée, il ne s’était pas moins découvert des talents de bretteur. Mais la mort du paladin le laissait maintenant seul entouré d’une demi-douzaine de pirates. Il projeta le sabre en direction d´un grand à la peau foncée. La lame siffla en tournoyant, mais c´est de la garde que l´épée le percuta. Le pirate rit et bondit sur le vampire. Il entendit un raclement de corde. Un choc dans son dos le cloua au mur, et le grand Noir le faucha. Marauld s’agenouilla. Le grand pirate lui arracha des mains son épée courte.
“Belle arme ! ”
Et il la lui enfonça dans le ventre.
Le vampire reprit conscience en un sursaut. La nuit était tombée sur l’océan, et pourtant le bateau était éclatant de lumière. Des flammes se rapprochaient de Marauld. Le vampire réagit en un quart de seconde. Il bondit par-dessus les flammes, infiltra sa cabine, attrapa au passage son paquetage et traversa la fenêtre. L’embarcation s´effondra, dispersant des milliers de débrits flamboyants. Le vampire tomba dans l’eau noire à une vingtaine de mètres de l´épave brûlante. La lumière diffusée par le feu l’avait légèrement étourdi, mais ses lésions mentales disparurent. Il s’aperçut qu’il était sous l‘eau, et que pareille situation ne lui était jamais arrivée. Sous lui, une immensité de ténèbres. Cette opacité le rassura. Les ombres lui étaient un moyen de locomotion bien plus sûr et efficace qu’un bateau. Il se rendit compte également qu’il était aussi à l’aise sous la mer que sur terre. Il ne respirait pas. Il dispersa son corps parmi les ombres et se propulsa à la surface. Il reprit forme et constata avec surprise qu’il pouvait à merveille marcher sur les flots, tant que le noir se trouvait sous ses jambes... Il leva la tête et ses yeux de bête traversèrent la brume. Il vit le bateau pirate. Une lieue, tout au plus. Le vampire sourit et, son sac sous le bras, se dématérialisa.
Le bateau fonçait en sillonnant l’océan. Deux pirates scrutaient la brume.
“Tu crois qu’on peut faire de mauvaises rencontres, fit l’un.
-Je ne sais fichtrement pas, répondit l’autre. Mais on raconte que la flotte impériale navigue dans la région de la grande barrière.
-Ils n’ont aucune chance.
-Peut-être...”
Le premier partit faire le tour du pont. La brume traversait même le pont du navire. Il ne vit pas l’ombre qui s’étendait autour de lui. Une cordelette noire s’enroula autour de son cou... et serra. Il émit un son étouffé, puis cria. L’ombre devint solide, et lui aspira le contenu de la carotide. Le pirate gargouilla jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus une goutte. Le vampire se matérialisa et recracha le tout avec dégoût. Il s’essuya la bouche.
L’autre pirate accourut, alerté. Marauld le souleva par les côtes et serra, jusqu´à ce qu´un bruit de fêlure retentisse. L´homme hurla.
Le grand Noir découvrit le cadavre, complètement désarticulé. Il sortit son sabre et avança prudemment sur le pont. A travers la fumée il vit deux autres égorgés. Tout d´un coup son oeil capta une ombre sur sa gauche. Il réagit à la seconde et abattit son arme dans sa direction. Une poigne de fer lui attrapa le poignet et serra. Le grand Noir hurla et lâcha son sabre. Il ne sentait plus sa main. Marauld l´attrapa par le cou.
“T...oi ? ”
Le vampire sourit de ses dents bestiales et lui murmura à l’oreille.
“Tu as quelque chose qui m’appartient..."
Marauld accomplit deux brefs pivotements du poignet et jeta la tête massive du pirate sur le bastingage. Il extirpa sa précieuse épée courte de la ceinture de toile du cadavre et observa les hauteurs du navire.
Il aperçut une cabine luxueuse où brillait un chandelier. Probablement les quartiers du capitaine. Marauld déposa son sac, puis s’arrêta net. Il renifla attentivement, et fit face à une porte qui conduisait de toute apparence dans les entrailles du bateau. L’odeur qu´il recherchait le plus ardemment au monde. Elle était là. Elle ruisselait presque de derrière cette porte. Le regard du vampire s’illumina.
Les deux pirates se relevèrent en sursaut, manquant de renverser leur échiquier. Ils n’avaient pas rêvé : chacun avait entendu le cri.
“Qu’est ce qui se passe là-haut ? !” cria l’un d’entre eux.
Aucun réponse. Les esclaves se mirent à s’agiter en tirant sur leurs chaînes. Le pirate leva son fouet et cingla violemment le premier venu.
" Reste avec eux, j´y vais, fit l´un des deux gardes."
L´autre aquiesça en silence, guère rassuré. Le premier gravit lentement les escaliers menant vers le pont.
La porte en hauteur s’ouvrit soudainement et laissa une entrer une rafale de vent. Les cheveux ébouriffés, le pirate regarda au-dehors.
“Johnny, redescends ! ”
L’intéressé lui fit signe de se taire. Le pont était lugubre. La légère brume qui était tombée le rendait encore plus inquiétant.
“JOHNNY ! ”
Ledit Johnny se retourna pour voir son camarade la bouche grande ouverte. Le vampire se tenait derrière lui, le poing enfoncé dans son crâne. Il l’agita et la tête du malheureux se tordit en un rictus monstrueux. Un liquide verdâtre s’échappa du coin de ses yeux.
Johnny sortit son arme et dévala les escaliers en hurlant férocement. Le vampire retira sa main, l´essuya soigneusement contre la chemise du mort, puis le souleva haut des deux bras et le projeta contre le pirate qui se précipitait dans sa direction. Le choc coupa le souffle à ce dernier, et il finit sa descente en roulant sur les membres. Sa jambe lui faisait atrocement mal. Il n’eut pas le temps de se reprendre que Marauld agrippa son pantalon et son col et tira brusquement vers le haut. Le pirate alla percuter le plafond de la cale et retomba à plat ventre. Sous le déluge de douleur qui s´ensuivit il crut comprendre que ses côtes n´avaient pas tenu. Le vampire s’agenouilla par dessus lui et attira sa tête vers ses épaules. Il y eut un bruit de fêlure, et il lâcha le pirate devenu froid.
Les esclaves poussèrent de petits cris plaintifs. Un petit garçon dans les bras d’une femme se mit à pleurer bruyamment. Marauld sentait l’odeur du sang à pleines narines. Elle n’était pas loin, il touchait au but.
Il se dirigea vers la première rangée. Les prisonniers rampaient aussi loin que leurs entraves leur permettaient. Il s’arrêta devant un homme crasseux. Il renifla, mais l’odeur ne venait pas vraiment de lui. Il regarda derrière l’homme. Une jeune femme rousse, ayant physiquement un âge très proche du sien, le fixait avec des yeux sauvages. Presqu’autant que ses propres yeux de vampire, constata-t-il avec amusement. Il sentait aussi la peur qui émanait d´elle. Il écarta l’homme d’un coup de pied et saisit la rousse par son carcan. Il renifla sa peau. Cette odeur. Ce n’était pas elle, mais cette femme avait gardé son odeur. La rousse trembla légèrement, mais supporta son regard. Marauld pivota la tête et plissa ses yeux. Il infiltra les doigts dans son cou et lui arracha le collier de métal. Il prit ensuite ses chaines et les broya. Libre, la femme courut vers les escaliers. Elle s’arrêta horrifiée face au cadavre du pirate à la cervelle transpercée. Un violent coup sur le côté la projeta contre la paroi de la cale. Le vampire attrapa une touffe de ses longs cheveux roux et la souleva à hauteur de son visage. La femme siffla.
“Cesse de te débattre et je ne te tuerai peut-être pas...”
Elle regarda ses yeux et cracha sur son visage.
Marauld la laissa tomber et porta la main au crachat.
“Monstre ! ”
La rousse ramassa le couteau laissé par le pirate et lui transperça le dos. Le vampire grogna et écrasa son coude sur la tempe de la jeune fille.
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Bon ben en fait je vais limiter les pots cassés et publier la suite demain si Dieu le veut.
Les autres ont raison, ça donne pas envie de lire des blocs comme ça.
Ca c´est pas la faute de l´auteur…
Chapitre treize
Samantha se réveilla en sursaut. Il lui avait semblé sentir un contact sur sa peau. Mais la salle était déserte. Aucune trace du monstre, si ce n’était la table en copeaux et la vitrine brisée. Elle eut alors une brusque accès de nausée. Le cadavre du capitaine commençait à se décomposer et la puanteur était infernale.
Une secousse terrible à l’avant du navire l’envoya rouler contre la paroi, suivie d’un fracas sifflant. Sam se hissa jusqu’à une fenêtre-hublot. Une flotte gigantesque abordait le bateau. D’innombrables embarcations de la taille de forteresses, et dont les voiles éclairées par les torches arboraient le serpent vert de l´Empire, lui balançaient des projectiles enflammés.
Un sifflement parcourut l‘air, et un énorme globe de feu traversa le toit en explosant au centre de la pièce. Sam relâcha un cri de surprise. Le souffle la repoussa à travers le verre de la fenêtre ; elle se sentit traverser la passerelle et atterrir sur quelque chose de mou qui amortit sa chute. Lorsqu´elle se remit d´aplomb, du sang coulait dans ses yeux et sa bouche.
Une autre boule percuta le flanc droit du navire, qui tanga dangereusement. Sam bascula du sac de voile et roula de nouveau jusqu’à la rambarde. Dans les profondeurs du bâtiment, des cris humains traversèrent la coque.
“..les esclaves.”
Ses mots résonnèrent avec horreur. Elle vit au loin un bras de trébuchet se détendre en lâchant une boule enflammée. Elle siffla l’air et manqua de peu le navire. Le cratère d’eau se répandit sur le pont et calma quelque peu l’incendit.
Une quatrième explosa peu après sur la partie supérieure de la cale. Les cris se turent. L’ossature du bateau s’embrasa.
Samantha reçut un coup de fouet glacé. Un accès de panique la saisit alors que les ténèbres l’entouraient. Des ténèbres gelées qui l’étouffaient. Un rai de lumière rouge transperça la densité opaque. Elle comprit alors qu’elle se trouvait sous l‘océan. Au-dessus d’elle le navire pirate se consumait, et la flotte meurtrière s’éloignait du carnage. Tous les esclaves avaient dû périr... Sam battit frénétiquement des jambes et aspira à la surface une goulée d’air plus froide encore que les flots. De l’épaisse fumée sortait de ses poumons. Elle ne pouvait plus remonter à bord, et autour d’elle s’etendait l’immensité aqueuse. Elle aperçut néanmoins à une bonne mille de distance la lanterne d´une petite embarcation de pêche qui s’éloignait. Elle nagea sans réfléchir à sa suite. L’eau glacée la transperçait de part en part, mais elle possédait en elle sa propre flamme : Aurore avait besoin d’elle, maintenant plus que jamais.
Elle nageait depuis une passe. Ou plutôt mimait l’acte de la nage. Ses bras étaients lourds, tout comme ses jambes. Son esprit de brume ne vit pas l’aube, qui réchauffa peu son sang de plomb.
Mais elle continuait. Au prix d’efforts qui auraient pu paraître surhumains, elle acéléra le rythme.
Une autre passe se déroula ainsi. Ses jambes ne fonctionnaient plus. Son coeur avait légèrement tendance à baisser la cadence. Puis elle perdit totalement conscience du temps.
Finalement, au bout de ce qu’il lui avait semblé être une journée, ou peut-être une semaine, une saison, elle heurta quelque chose de solide. L’élément liquide ne la soutenait plus. Elle toucha terre, ou plutôt du sable. Du sable cuisant qui réchauffa ses jambes, son ventre, ses bras. C´était agréable. Elle tourna la tête et crut voir le bateau qu’elle avait suivi. Ou peut-être bien en était-ce un autre. Elle finit par fermer les yeux.
Thib ramassa les ossements de poisson de son déjeuner dans une toile trouée et sortit du petit navire de pêche, qui lui servait également d’habitat depuis qu´il essayait de remplacer les planches de la coque, vermoulue par le temps et l´eau salée. Les prises n´étaient pas bonnes. Elles ne pouvaient être bonnes tant que son bâteau serait bloqué sur la plage et qu´il ne pourrait atteindre le large. Il grogna de mauvaise humeur et jeta ses ordures à la mer. A la périphérie de la petite crique, le port s’évaillait à son tour. Thib bailla de façon sonore et observa son reflet dans l’eau. Il avait pour ainsi dire la mine d’un déterré. Fourageant ses mains dans la sable, il en fit une coupe et entreprit de laver son visage à la bonne boue marine des Appenders. Il s’essuya dans le tissu de sa chemise sans manche, puis se figea sans bouger. Le reflet de l’eau lui donnait une vue d’ensemble de la côte. Une masse blanche troublée par le courant était étendue de l´autre côté de son bateau. Thib le contourna prudemment et découvrit une femme rousse ne portant pour seul vêtement qu’une robe de paysanne déchirée. Ses jambes et ses bras étaient nus et blancs comme le sable. Son visage était caché. Thib s’approcha en silence. Il retourna sa tête parmi le foisonnement de cheveux rouges qui juraient avec son teint, et dévoila une figure blème. Pas mal agréable au regard cependant. Il la souleva de ses bras. Pas plus lourde qu’un sommier de plume, mais bien bâtie; elle aurait fait une formidable catin de duc, pensa-t-il. Sa chair était pourtant très froide, et son coeur battait faiblement. Elle était sûrement arrivée de la mer, et de nuit. Peut-être même une rescapée du navire mutin coulée la veille par la flotte impériale.
Comme s’il portait un panier d’oeuf, il rentra délicatement dans le bateau.
Chapitre quatorze
Sur la plaine desertique du Bowing, un homme se déplaçait parmi les ombres projetées par le soleil du Nouveau Monde, un soleil géant qui s´effondrait progressivement dans une terre rouge à l´horizon. Bientôt la lune, petite et malicieuse, émergea de l´océan oriental. Marauld répondit à son salut d´un hochement de tête, et se fondit dans la nuit.
La jeune femme s’agita et tomba du lit. Elle avait les cheveux en bataille, et de l’extérieur souffla une brise froide qui fit voleter les plumes du sommier. Sam se recroquevilla contre un des flancs de la pièce. Une petite cabine où se faufilaient les cris de mouettes. L’esprit encore embrumé, elle sortit sur la pointe des pieds. Sur une plage de sable blanc et fin, un homme âgé agitait les braises d’un petit feu de bois très vert. Le vent apportait à Sam ses relents de poisson avarié. Elle s’avança et les planches du bateau enfoncé dans le sable se déformèrent avec force de grincements.
“Ah tiens, voilà la demoiselle qui se lève ? ”
L’homme s’était retourné et affichait un sourire légèrement imbécile. Il saisit un lourd bâton terminé par une masse de métal et l’abattit sur une sorte de crustacé grisâtre, dont la carapace éclata en fragments qui voltigèrent sur les bancs de sable.
“Elle a peut-être faim la demoiselle ? Elle tombe bien ! Aujourd’hui c’est du bon crabe pour déjeuner.
-Vous voulez... avaler ces choses ? ” fit Sam la langue pâteuse mais le ventre criant famine.
L’homme perdit son sourire niais.
“C’est tout ce qu’a à offrir les Appenders pour un pauvre côtier tel que moi.”
Il se remit à écraser les crustacés. Sam porta la main à sa figure. Elle était donc aux Appenders. Elle observa la côte alentours et aperçut le vieux port typiquement crasseux de Sarabonde. La ville-capitale ravagée par un fléau mystérieux, il y avait de cela bien dix ans, mais que les colons avaient fini par reconstruire tant son importance en matière d´interface était grande. Sam se rappela la force hors du commun qu´elle avait observée chez ces hommes lorsqu´elle avait posé le pied sur le nouveau monde. Des êtres humains capables d´accomplir des prouesses pour survivre et perpétuer leur lignée.
Aurore avait eu raison, comme toujours. L´humanité n´était peut-être pas totalement perdue. Les colons et leur nouvelle terre sauvage à conquérir en étaient la preuve. Ils échappaient de ce fait à la volonté de l´Empire, fondé par quelques anciens seigneurs puissants de l´ancien continent, qui s´étaient installés en dessous des Appenders, plus au sud sur la côte du Sable Blanc. Les Appenders et leur indépendance légendaire n´était certainement pas au goût de ces vieux nobles, qui revendiquaient une autorité d´organisation du Nouveau Monde afin " d´en exploiter au mieux la fertilité". Aux yeux de Sam, c´était aux colons, qui avaient construit les cités, les mines, les relais et toutes les autres exploitations du territoire, que revenait l´autorité de régie. Dans un sens, elle comprenait les mutineries et résistances qui avaient lieu au sein de l´empire ; même si les méthodes de certains d´entre les colons étaient révoltantes, telle qu´elle en avait fait l´expérience.
Pour l´heure elle se souvint qu´elle était en compagnie. Son esprit se dégagea de son brouillard matinal, et elle se rappella tout.
L’homme enfonça sa main dans un seau cabossée et en ressortit de volumineuses algues vertes dégoûtantes de boue grise.
“Exusez-moi, dit finalement Samantha. Je vous dois la vie et je n’ai pas à critiquer votre hospitalité.”
Sois polie et ne te fais pas d’ennemis, tu en as déjà assez à travers l´inconnu. Ainsi que sa mère le lui avait toujours dit.
L’homme gratta sa joue infestée de poils gras et reprit son large sourire.
“Oh c’est pas grave ma ‘tite dame. Après tout c’est vrai, j‘ai pas grand-chose à moi-même, mis à part mon voilier...”
Sam frissonna et s’aperçut que le drap sâle qui lui servait de robe était déchiré jusqu’à ses cuisses. L’homme désigna une voile à côté du bateau en souriant de plus belle.
“C’est qu’il serait dommage de faire prendre mal à vos gambettes, n’est-ce pas ? ”
Sam saisit le voile et s’en drapa précautionneusement.
“Y a-t-il longtemps que je suis arrivée ?
-Oh... non. La demoiselle était étendue ici même il y a une journée quand je l’ai trouvée. Elle a dormi, dormi longtemps hein... Hier et cette nuit, ça oui.”
Trente passes ! Trente passes qu’elle n’avait avalée le moindre aliment. Même le pain poussiéreux des pirates lui paraissait alléchant à cette heure.
Le pêcheur, comme s’il avait entrevu ses pensées, assembla la chair de crabe et les algues dans une assiette de fortune et la lui porta. Elle enfonça sa main dans le mélange pâteux et la porta à ses lèvres. Le goût était infect, mais son ventre était aussi vide que devait l’être la bourse du marin. Elle empoigna le crabe et mordit dedans. L’homme l’accompagna, et bientôt l’écuelle fut vide. Tout en se curant les dents, il l’interrogea.
“Vous venez de l’autre côté ?
-Non, je suis du continent. Enfin, depuis mon enfance.
-Et comment qu’vous êtes retrouvée dans la flotte ? ”
Sam lui porta un regard franc signifiant clairement qu´elle ne répondrait pas aux questions indiscrètes. L’homme lècha le fond de l’assiette.
“Mouais. Esclavagisme, hein ? ”
Sam fronça des sourcils tandis que l’homme arborait un sourire vicieux.
-J’ai remarqué la marque sur votre cuisse et autour de votre cou.
-Je ne...
-Alors, la demoiselle, qu´est-ce que tu vas faire pour moi, hein ? Tu m´dois la vie, et on dit que les esclaves des duchés procurent beaucoup de plaisir...
-Vous êtes taré ! ”
Sam recula en furetant la plage du regard. Mais le bateau faisait obstacle.
“Non pas que je suis fou ! Je suis né ici, moi, on ne m’a pas donné le choix, garce ! Alors si j’ai bien le droit à quelque chose, c’est de m’offrir un petit plaisir d’temps en temps...”
Samantha s’élança sur sa droite pour contourner le bateau. Elle fut stoppée net par la massue du pêcheur qui laissa un trou béant dans la coque. L’homme hurla de rage et releva son bâton. Sam se baissa pour éviter le métal contondant et rejeta brutalement sa voile qui s’empêtra contre le pêcheur. Ce dernier jura, puis poussa un grognement de douleur lorsque la jeune femme lui donna un coup de coude sur la nuque. Elle ramassa le bâton alors qu’il s´effondrait sur le sable.
Impulsivement, elle l´abattit sur les vertèbres du vieil homme. Un bruit de brisure résonna atrocement parmi le cri des mouettes. L’homme râla en essayant de se redresser. Samantha abattit de nouveau la masse, et le bassin du pêcheur se compressa sous le choc. Elle la releva et frappa, encore et encore.
Thib ne ressentait même plus la douleur. Il entendait juste le bruit de son propre gourdin fracasser sans scrupule chaque membre de son propre dos. Il fut secoué d’un spasme et toussa des gouttelettes de sang frais. Maudissant une dernière fois la côte, il cracha de la bile noirâtre et retomba la tête dans le sable blanc.
Sam lâcha le bâton. Elle avait agi sans réfléchir, par pur instinct, comme il lui était trop souvent arrivé. Et maintenant l’homme était mort. Et cela lui ne faisait toutefois ni chaud ni froid. Et et cette idée l’inquièta.
Un an auparavant, elle aurait sans nul doute déguerpi en hurlant à la mort face à pareille situation. Sa propre attitude l’étonnait.
Elle agrippa le cadavre et s’efforça de le retourner. La face de l’homme était recouverte du sable fin, et de sa bouche jaillit une giclée d’hémoglobine noire comme la suie d’un âtre, souillant le visage et la poitrine de la jeune femme. Elle pesta avec dégoût et lui retira son épais manteau de peau. Le corps maigre roula jusque dans les lames de l’eau, et se mit à dériver.
Samantha s’éloigna jusque dans une cuvette d’eau claire et prit un bain. L’eau était sur la côte particulièrement douce ; une autre aberration du Nouveau Monde.
Elle se vêtit du manteau et entama la longue pente de la plage vers le coeur de Sarabonde.
( à suivre )
( suite du chapitre 14 )
Mercutio Gingilad était peut-être l’aventurier le plus représentatif de tous. Débarqué sur la côte est du continent depuis une bonne décennie, il s’était depuis, à la force de l’épée et surtout du capital, retrouvé à la tête d’une bande de mercenaires - la plupart douteux - et s’était installé comme tous les riches aventuriers de la côte est du continent à Sarabonde, le “trou des rats et des souris”. Car les rats étaient seigneurs, et les souris trinquaient sous leur égide. Mercutio détenait une boutique renommée dans ce qui faisait office de quartiers chics, et y proposait minerais, breuvages, livres antiques, armes de métal et de bois ainsi que ce qui passait pour les derniers colliers magiques d’une légendaire civilisation, soi-disant disparue du continent bien avant la venue des premiers colons.
Il siégeait dans un manoir en hauteur avec vue sur la mer, la base de son propre empire. Chaque commerçant, chaque tanneur, chaque armurier et chaque vendeur jusqu’au moindre des chapeliers dans son district devait effectivement lui verser un tribut proportionnel à sa fortune. Ce qui faisait la sienne. Sa force de persuasion était celle de son bras et de ses sbires.
Ce jour, Mercutio profitait de ses rares moments de solitude. La baie panoramique de son appartement de travail donnait sur le soleil levant. Le moment qu’il aimait par dessus tout le plus dans la journée. Il lui rappelait son arrivée sur le nouveau monde. Il était alors encore jeune.
Il sortit de sa nostalgie à l’arrivée de son homme de lettres, Sabin.
“Que me veux-tu si tôt dans la matinée ? fit-il, menaçant.
-Pardonne-moi, mon maître, mais une femme voudrait s’entretenir avec toi.
-Une femme ? ”
Il se remémora sa jeunesse au-delà de l´océan. Oui, il était vraiment coureur de jupons à la cour de sa cité. Peut-être même l’un des pires.
“Comment est-elle ?
-Pardon, maître ?
-Sa couleur de cheveux ?
-Oh. Mais c’est une rush, maître.”
C’était étrange, mais ses fantasmes les plus fous se partageaient avec les rousses, les rush appelées vulgairement, ou catins verdoyantes, des femmes le plus souvent évitées pour une obscure raison. Ce qui expliquait peut-être ce qui les rendait à ses yeux aussi attrayantes.
“Dis-lui que je prendrai audience avec elle quand le soleil sera haut dans le ciel” finit-il par dire.
Les chevauchées n’étaient plus de son âge, de toute façon, et il aspirait à retrouver sa solitude.
“Bien, maître.”
Sabin s’éloigna, et Mercutio retomba dans son fauteuil de velours. Le soleil s’était élevé d’un léger cran. Sabin enfonça soudainement la porte et s’étala de tout son long sur le tapis de sels colorés de l´entrée.
Il avait le crâne défoncé. Un objet siffla vers l´aventurier. Mercutio se jeta à bas de son siège, juste à temps pour éviter une massue de métal qui fracassa le dossier du fauteuil. Il se releva et sortit de sous son bureau marbré, attachée d´habitude à des lanières de cuir brun afin de la dissmuler, une gigantesque épée longue recouverte de symboles inconnus. C’était son secret, une arme plus magique que toutes les fausses qu’il ait jamais vendues dans sa boutique. Il l’avait découverte des années plus tôt dans des ruines inconnues au nord-ouest du continent, preuve incontestable de l’existence d’une ancienne civilisation disparue. L’épée n’en demeurait pas moins spéciale. Elle avait en effet la particularité de cisailler la chair avant même un seul contact avec sa lame. Une simple blessure pouvait donc s’avérer mortelle, quelle qu’en soit la force d’impact.
Du couloir sombre se dégagea une silhouette féminine ; tout sauf frêle, vêtue d’une cape à cagoule. Elle tenait dans la main droite un bâton d´une taille presque supérieure à la sienne, déjà assez élevée. Son visage restait caché dans l’ombre, ne laissant voir qu’une épaisse fourrure de feu.
“Sur qui ai-je l’honneur de porter mon regard ce matin ? fit-il un brin cynique.
-Sur quelqu’un qui a beaucoup de questions.”
La voix de la femme était grave. Elle s´avança d´un pas pesé dans la pièce, et enjamba le cadavre de l´homme de lettres.
" ...et qui exige des réponses, dès maintenant."
Tout en parlant, elle se pencha légèrement en avant.
“Et bien, posez, fit Mercutio.
-Je vais d´abord vous faire une démonstration.”
La femme se détendit alors tel un ressort et, prenant appui sur le bâton, s’élança au-dessus de sa tête. Elle atterrit avec la souplesse d´un acrobate juste derrière son dos. Mercutio pivota avec ce qui lui restait de souplesse personnelle et fendit l’air de façon oblique. Sa lame fut stoppée par le bout du bâton qui s’avéra être de fer forgé. L’épée s´entoura néanmoins brièvement d’une aura bleutée, et une coupure de flammes vives cisailla l’épaule de la femme. Cette dernière émit un petit cri de douleur et trébucha, entraînant dans sa chute une tablette contenant l’entière collection des livres de compte de Mercutio. Elle se tâta la tête en poussant un soupir. L’aventurier approcha sa lame de la cape qui se mit à roussir à sa proximité.
“J´attends toujours” dit-il.
La femme releva la tête et le fixa du regard, dévoilant pour la première fois son visage à la faible lumière de l’aube. Mercutio recula en écarquillant les yeux. C’était une femme, bien sûr, mais une femme jeune, pas la matrone qui avait semblé se cacher sous la voix sévère qu´il avait entendue. Ses longs cheveux rouges encadraient irrégulièrement un visage empli de vie, de vivacité et surtout de beauté fraîche et farouche. Elle dut profiter de son inattention, car il se sentit arracher du sol et s’effondrer lourdement sur le tapis, près du cadavre du pauvre Sabin. Il leva son épée, mais la fille lui martela le poignet du bout de son bâton. Il ne sentit plus sa main, juste des effluves de douleur parcourant vicieusement ses nerfs jusqu´à sa cervelle. Le manche du lourd bâton entrava son cou, et bientôt il se sentit étouffer. Il finit par pousser un râle éraillé. La fille relâcha la pression et dégagea du pied la lame runique.
“Tu te souviens de moi maintenant, vieux chacal ?
-Non...”
La fille le frappa à l’abdomen. Mercutio grogna, puis observa avec plus d´attention son faciès de rush. Non, pas son visage. Cette crinière de feu. Il n’avait connu qu’une seule autre femme aussi rougeoyante de vie. Une vie qu´il avait emportée en partie des années et des années auparavant, lors du grand départ qui avait porté ses pas jusqu´au nouveau monde.
“Tu es sa fille...
-Oui, répondit Samantha. La petite fille que vous laissiez seule aux pieds du lit alors que tu prenais ma mère comme un animal, puis que tu délaissas après des promesses de vie meilleure... Je t’ai haï pour cela.”
Mercution jeta un regard affolé sur la porte défoncée. Personne ne viendrait à son aide. Sam lui prit ses cheveux devenus gris par les ans et tira sa tête vers le levant.
“Mais je ne suis pas venu pour tirer vengeance sur un être aussi faible et détestable que toi, vieux chacal. Il y a aujourd’hui cinq cycles de la lune, une de tes bandes de chiens fidèles a capturé un convoi de fermiers et d’ouvriers en partance par la porte nord pour la Plaine Verte. Je sais qu’elle travaille dans l’ombre pour toi, et je sais quel sort tu donnes aux malheureux qui tombent dans ton sale trafic. Je n’ai qu’une seule question : une petite fille s’y trouvait avec moi, et je ne l’ai plus revue après que tes barbares nous aient tous mis en cage. Où est-elle ? ”
Mercutio ne répondit pas. La fille pouvait devenir très dangereuse. Pour lui comme par sa guilde. Il lui fallait faire quelque chose. Impatientée, Sam pressa sa masse sur la pomme d’Adam de Mercutio, qui laissa s´échapper un hoquet essouflé.
“Réponds ou meurs.
-...comment... pourrais-je le savoir ? Je ne sais pas tout ce...
-Tu sais FORCEMENT où tu envoies les esclaves que tu ne vends pas aux pirates. Réponds à l’instant même ou je te broie quelque chose, je le jure par les dieux.
-...ils... sont envoyés.. dans une ville minière, une petite, au désert de Bogo. A l’ouest. Elle s´appelle Grey.
-Bogo ? La frontière de cet enfer est à plus de deux centaines de milles de Sarabonde.
-Je ne peux rien y faire.”
Sam relâcha la poussée du bâton et se releva.
“Sache que si tu me mens...” Elle leva le bout contondant de la masse.
“Non ! ”
Mercutio se rejeta sur le côté et gémit. Jamais il ne s’était senti aussi faible et misérable. La femme l’enjamba et s’arrêta sur le balcon de la baie. Elle jeta un dernier regard dégoûté en arrière, puis s’enfonça dans l’obscurité agonisante.
Mercutio s’appuya sur le rebord de la table de marbre et se redressa péniblement. Il porta la main à son cou et toussa.
Misère, tout ce qui lui restait ne dépassait plus ce stade. Un pas lourd résonna derrière lui. Il se retourna, l’air las.
“Toi...
-Moi. Nous avons attendu longtemps. Nous avons été très patients. Et maintenant nous sommes récompensés. Car nous sommes les serviteurs du Grand Scarabée, et rien ne peut s´opposer à sa volonté.”
L’épée bleutée transperça le torse de l´ancien aventurier. Ses poumons s’emplirent de sang et débordèrent jusqu’à gorge. Lentement, Mercutio Gilgilad sombra dans le néant.
L’homme contempla en silence son agonie, puis sortit par le couloir principal de la demeure déserte.
Comme l´a si gentiment dit Atomix, beaucoup ( comme moi) vont attendre d´avoir le temps, et ne jamais lire cette fic.
Tu as le choix entre continuer comme ça ou faire effacer ton topic puis le recréer et poster un chapitre par jour.
Perso je lirai plus tard si je trouve le courage.
Je pense que le problème sera le même : les chapitres que j´écris semblent être anormalement longs pour les internautes de ce forum ( heureusement qu´Emile Zola n´a pas procédé de cette manière pour mettre ses romans en ligne donc ) .
Donc à la limite je continue comme ça, au moins ça a l´avantage de ne jamais demander d´avis favorables pour écrire la suite lol. Si ça encombre cependant, je comprendrai.
Chapitre 15
La biche sauta par-dessus le mur buissonneux et se positionna au centre de la clairière. Elle se tourna et se retourna encore, affolée. Une ombre guettait dans une ombre encore plus dense. Les nuages au dessus des arbres s’estompèrent un court instant, laissant les rayons de la lune inonder la clairière d’un blanc laiteux. La biche n’avait pas l’habitude de se trouver éveillée à la tombée de la nuit. Mais fuir ne lui était également pas coutumier dans ce bois où rien ne se passait jamais pour les animaux. Jusqu’à cette nuit. Un buisson s’agita derrière elle. La biche rua droit sur sa gauche. Un éclat noir obscurcit le sentier devant elle. L’ombre se répandit tel un liquide visqueux autour des arbres, étendant un gigantesque voile noir autour de la biche. Cette dernière frissonna lorsque l´ombre s´abattit sur elle telle un rapace.
Marauld se releva en respirant d´apaisement. Le sang de cet animal coulait à présent dans ses veines. Mais il ne sentait plus le plaisir. Ni même un quelconque désir. Il déploya de nouveau ses fils d´obscurité. Du noir intense, pur, immatériel, qui jaillissait de son esprit et se répandait comme une gangrène dans les bois, traversant chaque touffe, chaque arbre, chaque souche. Bientôt la forêt entière fut sous son emprise. Voilà pourquoi Marouble avait toujours aimé les forêts. Elles étaient la nuit un abri sûr, calme, mystérieux, en symbiose avec sa nature, un endroit où aucun Conrad Bristone n´aurait jamais pu le vaincre avec une stupide potion tant le noir y était présent et se fondait avec le sien. Mais il n´était plus Marouble, et il avait une quête. Un but, qui l´obsédait.
Il se fondit dans ses ombres, et attendit. Chaque information rencontrée par sa toile arrivait à son esprit, et il les interprétait. Puis, petit à petit, l´image de la maison lui apparut. Il l´avait trouvée. Lentement mais sûrement, il se laissa guider par l´obscurité.
La demeure était immense. Immense et incroyablement inquiétante. Elle se trouvait sur un monticule herbeux et dépassait le niveau des plus grands arbres. Majestueuse, elle possédait deux étages, et une énorme cheminée de bois dépassait de la toiture apparemment intacte. L’ensemble de la maison paraissait d’ailleurs intouchée, chose anormale, car censée être inhabitée depuis une année révolue. Le clair de lune particulièrement intense en cet endroit lui donnait également une lueur fantômatique. Elle aurait probablement mis en déroute n’importe quel humain doté de raison. Mais Marauld n’était à sa connaissance plus humain, et la peur ne le touchait jamais la nuit. Il se déplaça jusqu’au porche, enjambant des débris de bois et ce qui ressemblait à une balancelle arrachée puis découpée en copeaux. Lorsqu’il posa le pied sur les planches, une avalanche de poussière blanche dévala du bas-plafond. Deux chauve-souris s’envolèrent du trou qui leur servait de nid et allèrent se suspendre aux extrémités de ses épaules. Marauld les caressa d’un toucher. Il possédait des affinités avec toutes les créatures nocturnes telles que lui ; lui et elles avaient la même façon de penser. Il s’apprêta à tourner le bouton de la porte. Quand il entendit les murmures. Des voix de toute évidence humaines, qui suinteaient de derrière la porte. Le vampire recula et contempla la maison. Une énergie malsaine s’en dégageait par à coup. Cette demeure avait subi une présence obscure et maligne, et en était devenue maudite.
Derrière lui un grognement retentit. Marauld ne se retourna pas. Il ferma les yeux et se concentra sur l´esprit du loup venu en maraude près de la maison. Le loup finit par gémir sous la présence qui l´avait envahi, et alla se poster à l’entrée du portail enfoncé, obéissant aux ordres du vampire. Celui-ci hocha la tête, et les chauve-souris déployèrent leurs ailes pour aller le rejoindre.
Enfin seul, Marauld se positionnna de nouveau devant la porte, resta immobile une dizaine de secondes, pensif, puis abattit son pied sur la surface de bois. La porte s’arracha de ses gonds et s’écroula contre une cloison à l´intérieur. Des rafales d´air mystérieux s’échappèrent de l´ouverture, et le vampire sentit ses tympans aiguisés résonner alors qu’une onde, imperceptible pour une oreille humaine mais que ses compagnons près du portail avaient ressentie aussi, se répandit dans la forêt. Les murmures s’étaient tu. Marauld s’enveloppa d’un manteau d’ombres qui le souleva du plancher, pour léviter jusque dans le hall. L’intérieur ne semblait pas être aussi bien conservé que l’extérieur de la maison. Tout y était renversé, et des lattes au plancher et au plafond pendouillaient au bout de fils grisâtres. L’obscurité du vampire envahit les pièces qui furent comme purifiées. L’essence maléfique s’était retirée en un autre endroit de l’édifice.
Marauld parcourut les couloirs désertiques jusqu’à ressentir de nouveau l’esprit. Son don de prescience fit jaillir une image de cadavre dans ses pensées. Il était devant l’entrée de la cuisine. A l’intérieur, une massive table de bois renversée. Un sol nu. Non. Le vampire sentit de l’air frais s’infiltrer de sous le plancher. Il plissa ses yeux, puis enfonça ses ongles dans la pierre. Il tira et arracha l’énorme dalle de pierre qui recouvrait le sous-terrain. Un hurlement d’outre-tombe retentit des ténèbres.
Une masse fantômatique surgit de l’ouverture. Elle portait des peaux de bêtes et brandissait une énorme hache runique. Mais son visage n’avait pas de forme, si ce n’était deux braises en guise d’yeux. Marauld crut d’abord avoir affaire à une illusion, mais ses yeux de vampire étaient immunisés contre de tels maléfices, et le tranchant qui entama sa chair était bien réel. L’apparition abattit la hache sur le bras gauche du vampire qui se désagrégea. Marauld le frappa violemment au torse, puis écrasa son coude contre son crâne. La créature fut repoussé jusqu’à la face nord de la cuisine et percuta la cloison, entraînant avec lui un éboulis de lattes et de poussière. Marauld regarda son bras, coupé au niveau du radius. Son manteau d´ombre s´étendit jusqu´au moignon, et petit à petit ses os, muscles, chair se reconstituèrent. Il se dissipa lorsque l´apparition se rua de nouveau sur lui. Le monstre leva sa hache puis l’abaissa lourdement sur le vide. Marauld abjura totalement son manteau, joignit ses deux mains et percuta son ennemi à l´abdomen. Le monstre tomba à genoux, mais ses yeux étaient des plus brûlants dans le noir de son visage. Le vampire retroussa ses doigts, d´où sortirent des griffes d´apparence très pointue, et les enfonça dans la nuque de la chose. Cette dernière ne sembla pas en ressentir la moindre douleur. Au contraire. Marauld lui donna un coup de pied latéral et il tomba lourdement sur le plancher. Le vampire sauta en arrière et défit le paquetage qu´il portait fixé à son dos depuis sa fuite du navire pirate. Il déballa le tissu et en sortit la lourde hache de Conrad Bristone. A sa vue, son fantôme - ce ne pouvait être que cela - se figea telle une statue. Marauld la lança sans hésitation. Le monstre disparut subrepticement au simple contact du manche. La hache continua sa route et s’enfonça dans la cloison.
Des pans de mur se détachèrent alors que Marauld la délogeait. L’ensemble de la maison donnait maintenant une impression de fragilité, et semblait devoir s’écrouler au moindre nouveau choc. La présence malsaine avait quitté l’esprit du vampire. Ce devait être un souvenir. Un souvenir violent et empli de colère, dangereux pour quiconque possédait des perceptions poussées du monde immatériel. Marauld observa les ténèbres du passage sous les dalles. Son ouïe aiguisée perçut de faibles bruits de pas. Quelque chose s’enfuyait à travers le sous-terrain. Un autre souvenir ? Le vampire ramassa son paquetage et sauta dans la cavité. Pour le savoir, il allait de nouveau falloir jouer au chasseur.
Une passe s’était écoulée depuis son entrée dans le passage. Ce dernier était à présent en une totale obscurité. Le vampire sentait néanmoins qu’il devenait plus étroit à mesure qu’il y avançait. Les bruits de pas n’avaient quant à eux ni perdu ni gagné en ampleur. Une oreille humaine, même exercée, ne les aurait ressentis que par les vibrations du sol pierreux. Marauld fit promener sa main contre la paroi supérieure. La roche y était nettement plus friable. Il déambulait donc bien sous les étendues boisées.
Il aperçut subitement un point de lumière blanche, très loin dans l’étendue du souterrain, mais suffisamment fort pour attirer l’oeil du vampire. Ce point commençait à disparaître ! Marauld pressa le pas.
“...fort bien.”
Le cavalier brandit son gigantesque cimeterre. Il était d’un noir profond, mais il brillait maintenant comme le soleil. Il faucha la tête de la femme en blanc, dont le tronc devenu monstrueusement grossier retomba sur celui de l’homme à la peau noire.
Marauld observa la scène avec un intérêt décuplé. Il l’avait déjà vue, dans un temps non si reculé. L’attrait le plus étonnant de ce souvenir demeurait toutefois dans la forêt environnante. Il faisait jour. Un jour mourant, mais bel et bien un jour, alors que le vampire ressentait toujours la nuit autour de lui.
Le cavalier fit avancer sa monture au-dessus des corps libérés de leur tête. Il était entièrement vêtu de rouge. Une épaisse cuirasse de mailles le recouvrait de la tête aux pieds, et un lourd heaume protégait sa tête, cachant à moitié un visage fin. Sur ce heaume figurait une étrange gravure de scarabée rouge. Ses doigts ornaient des bagues également en forme de scarabée, ainsi qu’un gantelet, d’un rouge plus sombre.
Il contempla les cadavres, puis fit un geste à deux de ses hommes, qui mirent pied à terre et y plantèrent deux longues lances. Le cavalier descendit à son tour de sa monture, ramassa les deux têtes par les cheveux, et les planta sur les lances.
“Direction nord, fit-il alors qu’il regagnait son destrier.
-Mais, Jin,...”
Il leva la main, d’où se dégagea une aveuglante lumière rouge, qui teinta un court moment les arbres de rouille. Une explosion tonitruante retentit auprès du malheureux qui avait ouvert la bouche. Il s´effondra, brûlé à vif. Dans ce souvenir, la vision de cet homme était plus précise. Son casque avait roulé de côté. De son visage, il ne restait que des lambeaux de chaîr brûlée qui pendaient vers les feuilles sur lesquelles il était tombé.
Marauld regarda attentivement le cavalier rouge, qui prononça à son groupe des paroles qu´il connaissaît déjà. Tous les détails concordaient. C´était le sorcier qui, plus tard dans ce souvenir, devait condamner Conrad Bristone à un long tourment. Avec ses yeux de vampire habitués aux jeux sadiques, Marauld comprit que les deux têtes n´étaient que les acteurs d´une mise en scène. Le regard malsain qu´avait ce jeune homme, sans doute aussi impitoyable que Marouble l´avait été, ne faisait que confirmer le piège qu´il tendait à Conrad. Son infiltration n´était pas le fruit du hasard. Elle avait été calculée par ce sorcier et par son maître...
" ...Bipage me fait confiance."
Bipage. Un nouvel élément dans cette organisation étrange et illégale que semblaient former les Scathra.
Le sorcier tira brusquement sur les rennes de sa monture et partit au galop vers l’ouest de la clairière, suivi de sa compagnie composée de bien une centaine de guerriers rouges. Ils disparurent dans un fracas de sabots sur la terre meuble.
Marauld s’avança vers les lances en réfléchissant.
La clairière retomba brusquement dans la nuit. Une faible brise fit voleter les feuilles mortes autour des lances rouillées. Les têtes avaient disparu, mais le vampire sentait encore l’odeur du sang vieilli sur leur pointe.
( à suivre )
Je suis bien tenté de lire ta fic Wlad mais j´hésite un peu . ..
Ca te dérangerait pas de me résumé en quelques lignes l´histoire que je vois de quoi ça parle ?
Et bien en fait, dans ma version de Phantasia, il existe un monde proche de la Terre que nous connaissons ( pour des raisons qui sont dévoilées au fur et à mesure ) , gouverné par les êtres humains, et qui connaît un vent global de déchéance.
La magie de l´existence ( l´élaboration de ta propre expérience, la découverte de choses nouvelles, tout ce qui te rend heureux te vivre une nouvelle journée lorsque tu te lèves le matin ) semble avoir disparu.
Et pourtant, c´est dans ce monde que vont avoir lieu des rencontres, des alliances ou des confrontations improbables mais non impossibles, mettant en jeu des personnages tels qu´un vampire, un chasseur des montagnes, une paysanne, des mercenaires, des sorciers, et d´autres créatures de légende... toute la trame étant axée autour d´une enfant aux capacités surnaturelles, capable de décrypter comme nul autre avant elle le grand mystère de l´Essence, la composante invisible de toute chose, et qui pourrait bien changer la face du monde, en bien ou en mal.
Car de nombreuses entités aimeraient mettre la main sur un tel pouvoir. Notamment un groupe de l´ombre dirigé par un sombre dieu.
Voilà, c´étaient mes quelques lignes (
) , mais ça me dérange parce que j´en dévoile trop ( par contre les résumés trop brefs en général ça n´attire personne ) .
J´ai tout lu ( Tiens mais j´ai de la barbe lol ^^ ) et franchement, c´est vraiment bien ![]()
OK
Je vais m´y mettre ce soir.
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Deja la suite !
J´ai à peine commencé . .. pfiouuu ce que c´est long . ..
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