Les voitures et les chars devaient arriver et déjà encercler la maison de Victor. Puis les militaires descendirent et firent tout le monde prisonnier. Les hommes tentaient de résister ; il y eut beaucoup de cris graves, des voix que je reconnaissais vaguement. J’entendis soudain une voix inconnue beaucoup plus forte que les autres, mais tellement plus criarde, plus horrible, semblable au ricanement d’un sorcier :
« Foutez tous les hommes en rang ici, les femelles embarquent pour St Germain ! Hein, mes jolies, des camps rien que pour vous. Ingrates ! Vous ne protégez pas votre nation en ne remplissant par votre quota ! Mais avant que vous ne les emmeniez, je veux qu’elles admirent le spectacle. Messieurs… »
Quand les coups de tonnerre retentirent, j’eus une envie intenable de crier, mais Shali m’en empêcha fermement en mettant sa main sur ma bouche. Puis après, ce fut l’envie de pleurer, de trembler comme une feuille morte, de m’évanouir à moitié, bref, de craquer. Ca paraissait si simple de se faire tuer sans raison. Il suffit d’une balle.
L’orage finit bientôt, une fois que tous les arbres furent foudroyés.
« Patron, et si y en avait qui se cachaient ? »
A ces paroles, nous sursautâmes et nous mîmes à trembler comme deux feuilles mortes prêtes à être dévorées par un gros ver vorace en quête de sensations fortes.
« Tu as raison, Miot, je vais vérifier moi-même. Je ne me suis pas assez amusé par cette belle matinée ensoleillée.
-Tu n’as encore tué personne aujourd’hui, Grand Directeur ?
-Non, et j’en ai une envie folle ! » ( Ricanements de la part des jurés, la sentence était si proche)
Le martèlement des chaussures du Grand Directeur s’amplifiait de plus en plus, alors que derrière lui, on emmenait déjà les femmes pour les camps ( elles criaient). Et Shali serait tué et moi je finirais dans les camps.
L’homme rentra dans la grange. De temps à autre, entre le miroitement du soleil arrivant par pastilles de couleur sur le sol, j’aperçus son visage. Comme un cauchemar, une vision d’horreur. Je ne pensais pas qu’il pouvait être aussi affreux, je ne pensais pas que la laideur infinie existait sur Terre. Petit, un visage anguleux, carré et plus que sévère. Indéfinissable, même s’il affichait une haine incroyable. Et haïssable en tout point, des cheveux noirs coupé à ras ; passe encore, mais ce regard… Jamais vu de semblable. Entre le corbeau, la vipère et le chacal. Et ce ricanement sadique qu’il poussait à chaque fois qu’il pensait nous avoir déniché et qu’il affûtait son arme luisante… Entre le vautour, le crotale et la hyène. Mais comment ma mère avait pu ?