Quand François se présenta au centre de la Sûreté du Québec, le bureau de Richard était vide. Agacé, il parcourut presque la totalité des couloirs de l’étage avant de trouver son collègue, assis près de la photocopieuse.
-T’es là, toi!
Le visage de Richard s’éclaira soudain.
-Je voulais justement te parler! Il y a du nouveau?
-Pas vraiment, répondit François. Tu as le dossier du crime?
-Dans mon bureau...
-Il me le faut. C’est urgent.
Richard jeta un coup d’oeil dépité vers la photocopieuse en marche, et se dirigea d’un pas rapide en direction de son bureau.
-Quelle information tu cherches?
-Juste les détails du crime. J’ai l’impression que ça pourrait m’être utile.
-Pour évaluer l’état psychiatrique de la fillette?
François ne répondit pas. Cette affaire était devenue une obsession, et l’élucidation du crime ne relevait pas de ses compétences. Il outrepassait son devoir afin d’assouvir son besoin de vérité. Et s’en foutait.
Une fois dans son bureau, Richard lui tendit l’épais dossier relevant tous les détails du crime.
-Tu es sûr que tu veux voir ça?
-Certain.
François le prit et remercia l’enquêteur avant de se précipiter vers son propre bureau, deux étages plus bas. Il serait inutilement long d’attendre l’ascenseur; il prit donc l’escalier. Il commença à dévaler les marches, et releva la tête. Émilie se tenait debout sur le palier, quelques marches plus bas, et le fixait de ses yeux vides. Le visage maculé de sang frais.
Foudroyé d’horreur, il trébucha et déboula les quelques marches qui le séparaient de la fillette. Il se cogna brutalement la tête contre le mur de ciment et se retrouva étendu de tout son long, désorienté. Au bout de quelques secondes, la panique le submergea de nouveau et François parvint à ouvrir les yeux. Il était seul.
Furieux contre lui-même, il se leva péniblement, chancela un moment et alla percuter de nouveau le mur. Un éclair d’étourdissements lui brouilla la vue. François s’étendit sur le sol et attendit que la douleur lancinante s’atténue. Il sentit pour la première fois le liquide chaud qui coulait le long de son visage, sortit un mouchoir et se mit à essuyer frénétiquement le sang qui gouttait sur sa chemise.
Cette petit folle n’allait pas gagner, elle n’aurait pas raison de lui!
Il se releva brusquement et dévala le reste des marches, ouvrit la porte qui permettait d’accéder à l’étage et se précipita à son bureau. Une fois assis, il tâta son front afin d’évaluer les dégâts. Malgré l’abondante quantité de sang qui s’était répandue sur lui, la blessure semblait superficielle. Il s’épongea de nouveau le crâne et ouvrit le dossier avec précipitation. François était certain qu’un détail lui permettrait de tout comprendre, d’élucider cette affaire qui s’éternisait et qui prenait des proportions démesurées. Il avait même des hallucinations!
La main tremblante, il tourna la première page qui n’était qu’un rapport du nom des victimes et une description du lieu du crime. Il tomba sur les photos.
La première était un plan éloigné, ou l’on apercevait une table renversée, des divans éventrés et une télévision à l’écran fracassé. Le sol était jonché de cadavres qu’il devinait sanguinolents et mutilés. Sur le mur du fond, un message avait été écrit en lettres rougeâtres: « La Mort ne repart jamais seule ». Le message était signé d’Émilie. François frissonna.
Les photos suivantes étaient des gros plans de chacun des corps. Leurs poitrines avaient toutes été creusées au couteau, et le coeur sectionné. Le pédo-psychiatre se pencha en avant et vomit dans la corbeille à papier. Il s’essuya la bouche d’un revers de main et parvint à tourner la dernière photographie. L’homme se retrouva devant le rapport du crime. Il était spécifié que le message avait été écrit avec le sang des cinq victimes.
Un nouveau haut-le-coeur lui parcourut la gorge et il jugea préférable de s’en arrêter là. Il referma le dossier et soupira, le goût âpre de la bile imprégné sur la langue. Au bout d’un moment de réflexion, il nota le message qui avait été écrit sur le mur et le relut. La solution se trouvait peut-être là, tapie dans l’ombre de ces six mots. Il le relut à l’envers, prit les premières lettres en tentant de former un mot cohérent, en vain. Il regroupa les dernières lettres de chaque mot, et obtint: « a-t-e-t-s-e ». Ce mot lui rappelait vaguement quelque chose... Il fit une recherche rapide dans la banque de données de son ordinateur, parmi les casiers judiciaires. La recherche se termina et un message d’invalidité apparut à l’écran. François relut les mots, de plus en plus avide. Il remania l’ordre des lettres pendant un moment, et tomba sur le mot « Tsesate ». Ce nom aux assonances italiennes lui disait quelque chose. François refit une recherche, et étouffa un cri de stupeur en voyant le résultat.
Émilie Tsesate. Il était surpris de ne pas y avoir pensé plus tôt. Elle était l’une des plus grandes criminelles de l’histoire du Québec. Treize meurtres à son compte, tous commis vers la fin des années soixante-dix. François parcourut quelques lignes, et apprit qu’elle avait été adoptée par une famille québecoise, les Drolet, dans les années cinquante.
Sa respiration s’arrêta. Les yeux écarquillés par la terreur, il poursuivit sa lecture.
Jeune italienne, elle avait eu du mal à s’adapter à la société occidentale, et n’avait jamais accepté l’abandon de sa mère biologique.
Sur presque toutes les photos, Émilie Tsesate se tenait à l’écart des autres. François fronça les sourcils et mit ses lunettes. Un détail le tracassait. Il se pencha sur le cliché, et ses mains se mirent à trembler. Il tourna la photographie et jeta un coup d’oeil inquiet à la seconde, puis à celle qui suivait. Tsesate se mordillait incessament la lèvre –sa respiration s’interrompit de nouveau-. En 1978, inculpée pour les meurtres prémédités de huit personnes. Sa cause avait été portée en appel et elle avait été internée en décembre, qualifiée de tueuse pathologique. Cinq autres assassinats lui ont plus tard été attribués. Retrouvée morte, trois ans après son internement, dans une salle d’isolation. Elle s’était déchiré la jugulaire avec l’ongle de l’index et personne n’avait pleuré la défunte.
François déglutit bruyemment. Quelque chose d’anormal s’était produit une semaine auparavant. Il refusait de croire au scénario qui se matérialisait dans son esprit. Tout concordait. Le fait qu’elle réagissait au nom d’Émilie, qu’elle s’exprimait aussi posément, qu’elle se mordillait la lèvre, qu’elle ne nommait ses parents que par leur nom; la mère d’Émilie Drolet n’était en fait que la soeur d’Émilie Tsesate.
La respiration saccadée, François fit une autre recherche. Il trouva une photo de la scène du suicide d’Émilie Tsesate. Le corps était étendu sur le sol, les bras en croix sur la poitrine, à la façon d’un mort en exposition. Les yeux grands ouverts. La femme avait ce regard noir et vide, un regard que le pédo-psychiatre ne connaissait que trop bien. Horrifié, il vit le message qu’Émilie Tsesate avait inscrit sur le mur, avec son propre sang: « La mort ne repart jamais seule ».
Cédant à la panique, il dévala de nouveau les marches, bondit à l’extérieur et fila dans sa voiture. François démarra dans un crissement de pneus qui souleva la poussière du bitume, et s’engagea sur le boulevard, une crainte ineffable le foudroyant. Il sentait chaque seconde s’égréner à une vitesse effarante, le rapprochant de cet évènement qu’il avait inconsciemment craint durant les derniers jours. Et s’il n’arrivait pas à temps? Qu’adviendrait-il d’Émilie? Il concentra son attention sur la route, se faufilant avec adresse parmi la circulation.
Quelques minutes plus tard, François se buta à un embouteillage monumental. Hors de lui, il asséna un coup de poing à son volant et abandonna sa voiture en plein boulevard. Le centre St-Pierre étant situé à quelques centaines de mètres, l’homme se mit à courir.
Le large bâtiment se profilait à l’horizon. François espérait de toute son âme, priant le ciel de lui accorder le temps nécessaire. Sa respiration se faisait de plus en plus sifflante. Chaque pas était une douloureuse épreuve.
Enfin, François bifurqua à droite et, sur le point de s’écrouler, il s’engouffra dans le centre St-Pierre, qui s’élèvait dans un ciel tourmenté.
Sans prendre la peine de signer le registre, il se précipita dans l’ascenseur qui l’emmena au quatrième niveau. Une fois sur place, il courut jusqu’à la chambre D-330 et pénétra à l’intérieur.
Le lit était vide. Une multitude de morceaux de miroir fracassé jonchaient le sol.
-Docteur?
Terrifié, l’homme fit volte-face et aperçut Émilie qui se tenait immobile, dans le coin droit de la pièce. Cette scène lui était vaguement familière.
-C’est moi, dit-elle. Ce n’est pas ma tante. Elle est revenue. On ne peut pas l’arrêter.
La fillette poussa un gémissement aigu.
-Elle est toujours là. Elle attend le bon moment. Je dois faire un trou, une ouverture. Je... je veux qu’elle sorte! Le doigt n’a pas marché, ajouta t-elle en désignant son index amputé, mais cette fois, je ne manquerai pas mon coup!
Les traits déformés par la terreur, le médecin considérait la fillette avec appréhension. Émilie sortit la main de sa poche. Ses doigts étaient refermés sur un long éclat du miroir.
-Non, Émilie, non!
-J’ai pas le choix.
Elle leva l’arme à la hauteur de sa gorge. François se jeta sur elle, et parvint facilement à la désarmer. L’enfant s’était écroulée sur le dos, hoquetant de douleur. Un flot de sang continu s’échappait de sa jugulaire. Stupéfié, François fixait le combat incessant qui faisait rage dans ses yeux. Les profondeurs du néant et le bleu de ses iris se mêlaient en un tourbillon démentiel.
Au bout d’un moment, alors que François était sur le point de s’évanouir, la noirceur se dissipa, et il vit Émilie, libérée de l’emprise de sa tante, pour la première fois.
Ses lèvres tremblotantes s’étirèrent en un sourire, et elle murmura faiblement:
-J’ai réussi...
Ses traits se figèrent. D’une voix dénuée de toute conviction, François se mit à appeler à l’aide. Une partie de lui-même venait de s’envoler avec Émilie.
Au bout d’un moment, la fatigue et le stress eurent raison de lui, et il s’écroula tout près de l’enfant.
***
-Signes vitaux?
-Stables.
Des voix retentissaient douloureusement dans sa tête. La noirceur était opaque, l’enveloppant de toutes parts. Il crut être aveugle.
-Le poul augmente!
Un murmure se fit entendre. La douleur était insoutenable.
-Je crois qu’il se réveille.
Le murmure augmenta d’intensité. Que faisaient donc les médecins, pourquoi ne l’aidaient-ils pas? Quelqu’un, ou quelque chose, était tapie au fond de son esprit. François ne voulait pas de cette chose, il voulait qu’elle s’en aille, elle n’avait pas le droit...
-Passez-moi le...
Ce n’était plus un murmure, cette fois, mais un ton autoritaire, sans réplique. Que disait donc la voix?
-Non, pas celui-là...
François ouvrit les yeux, et la lumière crue qui baignait la table d’opération l’aveugla. Il les referma aussitôt, épuisé et confus.
-Bon sang, vous avez vu ça? François, qu’est-ce qui se passe?
-Qu’est-il arrivé à ses yeux? Ils n’ont jamais été noirs! Je le connais bien, voyons. François!
La voix retentit avec force dans son esprit, et pour la première fois, il comprit les six mots qu’elle répétait inlassablement:
« La Mort ne repart jamais seule. La Mort ne repart jamais seule. La Mort ne... »
FIN
u
p
u
p
Salut jeune homme.
Tiens, justement, t´as lu toi?
bon alors dernier ![]()
Jé po lu mé ché po, les thrillers ça me tente po, je sais que les fics harry potter c´est guère original mé bon...
Et le fait d´éviter le sms-style et d´écrire correctement, ça te tente?
Tu ne fais que rater une excellente fic, tu n´en mourras pas mais tu n´en sortiras pas grandi...
Pour ta gouverne mon cher Skysoft, j´écris tout de même comme je veux et j´ai même commencé à lire cette fic...
Alors s´il te plaît passe toi de commentaires déroutants et encombrants puisqu´il n´est guère intéressant d´écrire ça!
rallies
Je ne te force pas à lire, mais je crois avoir manqué quelque chose. Pourquoi tu uppes un topic pour me dire que ça ne te tente pas? Enfin bref, quelque chose m´a échappé? Je t´aurais demandé de la lire? ![]()
honnêtement je comprends pas
Pour ta gouvernante ( LTMI powaaa!!!), je te ferais remarquer que tu es sur un forum d´écriture et qu´il est donc de coutume d´écrire un tant soit peu correctement. Je crois que personne ici ne me contredira.
Et c´est pa sla peine d´essayer de faire de jolies phrases, ta grammaire est semble-t-il déficiente et la bonne volonté que tu y mets ne suffit pas à masquer cette lacune.
Disons que j´y suis aller un peu fort mais tu n´es peut être pas obligé de me faire un cours! je ne veux pas chercher l´embrouille mais évite de balancer une sorte de " cassage" en pleine figure à quelqu´un ( franchement ça ne t´attire que des ennuis)
Merci de me rappeler " gentiment" que je suis sur un forum d´écriture je te jure que je n´avais pas remarquer!!!!!!!!!!!!
Bref, je ne cherche pas la guerre mais évite d´attaquer les gens simplement parce qu´ils ne sont pas d´accord avec toi!
Pas d´accord sur quoi? Je n´ai aucun désaccord avec toi.
Tu l´avais remarqué? Pourquoi ne pas le montrer alors?
Quels ennuis?
Je ne préfère pas me lancer dans une longue tirade monotone, je veux juste oublier ce que j´ai écris puisque je l´ai fait sur le coup de la colère qui n´a aucun rapport avec qui que se soit sur ce forum...
Je suis désolé de mettre venger sur cette fic ( dont j´aime beaucoup le style d´écriture)
Bref...
+
Je vous pardonne pour cette fois-ci... ![]()
Je ne sais pas si quelqu´un va lire ce post mais j´aurais une question à quiconque qui aurait lu:
Quand François tente de déchiffrer la phrase que Émilie a écrit avec du sang sur le mur, trouvez-vous que le passage est tiré par les cheveux ( prendre les dernières lettres et tout)?
J´ai eu deux commentaires complètement opposés sur le sujet et je me demande vraiment...
merci d´avance.
Je suis vraiment déçu... De quoi? Le psychiatre n,a pas de femme et ça me désole... un homme si intelligent ! ![]()
On ne peut pas plaire tout le monde ma jolie.
Vraiment intéressante cette histoire ! J´en ai la chair de poule.
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