c´était le début d´une nouvelle que je n´ai jamais fini ( peut etre un jour ; -) ) et que j´ai dû écrire y a 3 ans ( indulgence donc, lol ! ) mais bon c court alors je le poste
La flaque était brillante, un peu ridée à certains endroits à cause de la légère brise qui s’était levée du nord. Le soleil la rendait éclatante sur les bords, presque belle si je n’avais pas réfléchi un peu plus... Tout compte fait, c’était un bel été. Les fleurs embaumaient l’air d’un parfum sucré, les papillons dansaient sur leur dos velouté, les nuages couraient dans le ciel bleu, les nuages étaient blancs, l’herbe était verte, le paysage était magnifique et moi, je crus bien que je devenais folle en apercevant cette flaque pourpre et toi au centre, couché sur le dos dans un champ de pâquerettes comme pour contempler béatement les nuages qui filaient à une allure folle…
La flaque me donna la nausée, une incontrôlable nausée ; à m’en broyer le cœur. L’odeur de ta flaque contrastait avec le parfum des fleurs ; je connaissais trop cette émanation âcre pour ne pas trembler. Le soleil faisait briller tout ce sang hors de toi. Les papillons se tachaient les ailes à trop vouloir s’approcher de toi et de ta peau écorchée vive. Les nuages reflétaient une légère teinte sombre, à peine rosée pourtant… L’herbe se gorgeait d’eau rouge. Le paysage était immonde et moi j’avais une intenable envie d’aller me vider l’estomac dans le caniveau à côté de ton cadavre ; je ne voyais vraiment pas comment je pouvais réagir autrement devant ce charmant spectacle ! Mon cœur chavirait à la vue des ces petites rigoles rouges qui s’en allaient plus loin former un fleuve gros comme la Seine à son embouchure…
La flaque grandissait à chaque seconde ; tu te vidais littéralement de ton sang. La flaque séchait aux bords parce que le sang se figeait rapidement au sol. Des larmes acerbes coulaient, giclaient aux bords de mes yeux. Ces chapes de plombs brûlantes de fièvre tombaient goutte à goutte dans la flaque. Mon estomac se comprimait de plus en plus fort. La mare écarlate avait teinté tes habits blancs des couleurs du couchant. Le pourpre n’allait pas bien à ton teint, crois-moi… D’un geste à la fois triste et rageur, je balayai d’un revers de la main les larmes traîtres qui commençaient à vouloir sécher aux bords de mes joues blêmes.
Je ne cessais de regarder cette mare anonyme et ton visage inconnu, pâle, souillé par des traces de rouge effrité ça et là, en vrac, ça faisait même pas beau, tout ce maquillage… Et tes cheveux blonds comme les blés... Et tes yeux bleus comme le ciel, mais vide de vie désormais... Tes mains ensanglantées qui n’avaient même pas eu le temps de saisir une arme pour te protéger. Tes pieds bottés qui n’avaient même pas eu le temps de courir pour te sauver. Toi le paysan qui défendait notre terre, qui résistait à l’envahisseur, toi qui n’avais pas vingt ans…
La flaque m’obsédait. Ta vue, la vue de tout ce sang, de ton visage meurtri, de ton corps percé par je ne sais combien de dizaines de balles, comme si on t’avait planté dans tout le corps des piquets en bois et qu’on les avait retiré et enfoncé à nouveau pour voir le carnage que ça provoque quand on tue de sang froid, tout ça…Un vrai bonheur pour tes bourreaux de s’acharner sur toi comme ça, le défouloir ! Ta vue, ton visage que je ne connaissais pas avant notre rencontre, une heure auparavant, quand je suis passée par hasard en revenant du marché devant ton corps inerte, désarticulé, ta vue m’a donné envie de pleurer de rage. Tu ne dormais pas, non, tu souffrais ! Qu’on ne vienne pas me dire que vingt balles dans l’abdomen ne font pas de mal ; même si on meurt sur le coup, va savoir... Mais je devrais me résigner et ne pas me mettre à hurler en rase campagne devant ton cadavre : tu étais mort pendant l’attaque de ce matin, point. Tu es mort pour la liberté, quel honneur ! Bel honneur. Tu as eu de la chance finalement, c’est fou, je t’envierais presque. Et vous, ne venez pas me consoler, vous, les vieux trouillards qui se cachaient au fond de leur trou miteux, c’est vous qui auriez dû y passer ; et non toi le jeune paysan qui n’avait rien demandé à personne, surtout pas aux grandes personnes de te mêler à leurs sales histoires de grandes personnes pas si sages qu’elles le laissent croire…
La nuit tomba vite sur la campagne, je m’étais assise sur une pierre à côté de toi. Je ne savais plus où j’étais : près de ma ville, au cœur d’une campagne déchirée, près de toi ? Pauvre veillée funèbre en réalité… J’avais du mal à me contrôler, à savoir ce que je voulais. Pleurer, crier, rager, hurler, rire ou me réveiller ? Mais à force de me pincer, j’en ai conclu que je ne rêvais pas et je partis dans un fou rire tellement incontrôlable que j’en avais mal aux côtes ; un rire un peu fou peut-être, qui sait.