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Liste des sujets

[Jeu] WriteCorp., aventures d'Écriture.

Al-Tes
Al-Tes
Niveau 10
07 janvier 2014 à 17:54:57

[Thu. 07.01.2044 ; 5.55 AM]

(La voix féminine synthétique de votre SmartBot vous réveille et et vous souhaite la bienvenue.)

« Séquence de Roleplay enclenchée. Pour passer ce tutoriel, dites « Passer ».

Bienvenue dans le Roleplay commun du forum Écriture !
Voici une présentation avant de commencer.

:d) Principe

Vivre les aventures du forum Écriture au travers de personnages fictifs créés par nous. Y compris par toi, qui lis ce sujet !
Bref, c'est l'endroit dédié pour écrire une histoire tous ensemble !

L'important est de s'amuser, pas de faire une grande histoire ultra-sérieuse (même si des moments épiques sont tout à fait recommandables). (De toute façon, vous nous voyez vraiment faire une histoire très sérieuse tous ensemble ? Allons, allons ^^)

:d) Règles

Elles sont simples. Chacun se crée un personnage et participe à l'histoire commune ! Vos personnages sont à choix libre, tant que vous respectez à peu près l'univers. Ce post de présentation me permettra de l'introduire en douceur. (hem hem ^^)
Si vous vous sentez d'écrire la suite, indiquez-le dans le sujet, pour éviter les confusions. Respectez au maximum ce qui a été dit avant, ainsi que le caractère des personnages.
Si l'humour et le délire font partie des buts de ce sujet, tentez de rester tout de même cohérent : il ne faudrait pas que ça capote au bout de trois pages...

P.S. Le premier personnage, mon mien, travaille au sein de la WriteCorporation. Ce n'est pas une obligation pour tous les personnages, bien au contraire. Vous pourrez être de proches collaborateurs, des concurrents pour certaines technologies, de dangereux scientifiques, des hackers, des résistants, des clones, des cyborgs, etc.

→ Contexte

Comme expliqué sur le Café, l'histoire se passe dans un contexte de SF Cyberpunk.
En gros notre monde, avec du futur dedans.

Des ordinateurs ! De l'ADN ! Des prothèses ! Du clonage ! Des multinationales secrètes mais toutes-puissantes ! De la pollution ! Des inégalités sociales !

Et aussi des lasers !
http://martianchronicles.files.wordpress.com/2010/02/azerz-pew-pew-pew.jpg

Fin du tutoriel. Cette séquence de Roleplay vous est fournie par la WriteCorporation, © 2044. »

_______________________

Ce matin-là, tout semblait calme.
C'était encore l'aube. Ce moment trouble où la grande ville finit sa folle nuit et où ceux qui travaillent ne se sont pas encore réveillés. Ce moment trouble où le ciel pollué colore sa grisaille d'une pâle teinte rose.
Loin au-dessus des faubourgs crasseux et des troquets louches, des night-clubs désertés et des bidonvilles malades, le centre de la Ville n'était constitué que d'immenses tours blanches, peuplées de gens importants et riches. C'était le cœur de la Ville, le lieu le plus essentiel. Là où tout arrivait.

Tout en haut d'un des plus hauts gratte-ciels, dont le design comprenait d'immenses baies vitrées sur tout le pourtour, un homme regardait par la fenêtre. Son bureau occupait un étage entier. Une pièce immense et lumineuse.

Lui, d'un pas encore lourd, s'était approché de l'immense vitre blindée. Jusqu'à l'horizon, la Ville s'étendait sans pitié. Les imprimantes 4D tournaient à plein régime, la circulation se réveillait doucement, et dans les rues et les boutiques qui rouvraient, les robots intelligents s'activaient.
Ces robots intelligents qu'on avait collectivement nommés la SmartFaune.

Tout paraissait encore tranquille, mais la journée s'annonçait agitée pour l'homme en costume, les yeux encore ensommeillés, qui regardait par la fenêtre du 200e étage. Son immeuble abritait la plus grande multinationale du pays, peut-être même du monde : la WriteCorporation ©.
La WriteCorporation était un empire, véritablement. Elle imposait son pouvoir et ses vues aux gouvernements, et disposait de plus de moyens que la plupart d'entre eux. Elle avait commencée comme une maison d'édition à l'aube du siècle, dans les années 2000. Puis ses activités florissantes l'avaient mené à s'intéresser à d'autres marchés : laboratoires d'écriture bien évidemment, mais aussi de chimie, de pharmaceutique, de physique nucléaire, de physique quantique, d'informatique, de biologie, de neurosciences, de cryogénie, gisements miniers, exploration des fonds marins, OGM, conquête spatiale, brevets en tous genres... Un parcours sans faille.

Et l'homme, qui, dans son costume soigné, accusait une petite cinquantaine, était le chef de cet empire. Le grand patron. Le Boss.
Quel était son nom ? Nul ne le savait plus, car tout le monde le surnommait depuis longtemps... l'Altesse.

Enfin ! Ses cheveux rabattus en arrière, à peine grisés, lui garantissaient encore un charme certain. Son assurance, sa formidable position sociale, son charisme : rien ne pouvait lui résister. Cela tombait bien : il avait justement un rendez-vous essentiel ce matin-là.
Quittant sa contemplation à la fenêtre, il lanca un ordre à son SmartBot. La petite tablette quantique posée sur son bureau blanc lui répondit brièvement. Il s'agissait de rencontrer le responsable d'une firme médicale qui développait une technologie de clonage révolutionnaire, et Altesse comptait bien en faire l'acquisition. Tout ce qu'on pourrait faire avec des clones ! Cette technologie devait lui appartenir, et il avait tenu à signer le contrat personnellement.

Enfin ! C'était l'heure d'y aller.
Empochant son SmartBot, qu'il avait baptisé Cyrano, Altesse se dirigea vers l'ascenseur. Il leva les yeux et contempla fièrement le fronton du mur. Au-dessus du merveilleux slogan de la WriteCorp (« Nous écrivons l'histoire. ») trônait majestueusement en lettres de platine le logo de la multinationale : WC.

« WC, c'est pas de la merde », se dit Altesse en prenant l'ascenseur.

Cardia-XI
Cardia-XI
Niveau 7
07 janvier 2014 à 18:02:35

Bon allez, j'me dévoue pour la suite. Elle arrive d'ici une heure ou deux.

Cardia-XI
Cardia-XI
Niveau 7
07 janvier 2014 à 18:25:16

Aheum, j'ai été plus rapide que prévu.
https://image.noelshack.com/fichiers/2014/02/1389114300-azdefref.png
Ceci est un lien pour le physique de Cardia, la description faite n'étant pas forcément très claire.

__________________________________________________

Jouez trompettes, sonnez tambours ! Ce matin, il était sous le signe de la réussite pour le grand Cardia. Ses chaussures à semelle adhésive le maintenaient contre l'enseigne d'un hôtel délabré, tel serait Spiderman. Accroupi, la main gauche sur le panneau et la main droite levée devant son visage, poing fermé. A vrai dire, ce qu'il ne regarde n'est pas sa main.

C'est cette sorte de montre noire à son poignet, qui lui remet des instructions dans l'oreillette qu'il porte à gauche. Cardia n'a pas de SmartBot™, c'est trop compliqué pour lui. Lui, c'est un voleur, le plus maniéré des voleurs. Toujours une petite carte jointe, indiquant où et quand il va passer à l'action. En ce moment même, son sourire brille dans la lumière du matin. Il a déposé sa carte de visite, il ne lui restait plus qu'à s'infiltrer.

Un manuscrit précieux d'un auteur plus que connu se trouvait dans les locaux d'une petite société multinationale, sans aucun oxymore. Oui, sa cible aujourd'hui était le manuscrit "Alter Ego", estimé à plusieurs milliards. Pourquoi ? Aucune idée. Son boulot, c'était de voler, pas de s'instruire. Alors, il parle dans sa montre.

«Bon, on en est où dans ce foutoir ? J'ai posté ma carte, ils sont où mes faux papiers ?
- Relax, Cardia. Ils sont déjà dans les toilettes du premier étage de WriteCorp. Dans les WC de WC. Tu aimes ?
- Ta gueule, Gizmo.»

D'un geste rageur, il appuie sur un bouton sur le côté de la montre. Dans un bip, la communication est rompue et une petite fléchette sort d'une aiguille. Une deuxième pression, et Cardia s'envole dans les airs, sans effets de cape. Parce qu'une montre qui a la classe, elle fait aussi grappin.

Une ellipse narrative et une montée à l'étage plus tard, on retrouve notre voleur dans les toilettes, à récupérer ses papiers. Il irait dans la société WriteCorp sous le nom d'un éditeur nommé Olivio, et ferait semblant d'être surpris lorsqu'il apprendrait qu'une carte a été adressée à WriteCorp, disant que le voleur de renommée, Cardia, allait voler Alter Ego. Mais la vie, c'est aussi des imprévus. On y reviendra plus tard.

Pour le moment, Cardia se réjouit de la photo qui décrit parfaitement son apparence. Les cheveux noirs, coupés courts, à l'exception d'une longue mèche sur la tempe droite et toute une partie de cheveux bleue sur le côté gauche, contenant elle aussi une longue mèche sur la tempe. Les yeux bleus ressortaient aussi remarquablement bien. Son visage assez juvénile ne trahissait en aucun cas ses vingt ans, et peu de choses l'identifiaient comme un homme. Mais l'aspect androgyne, il aurait bien voulu l'abandonner.

Il sort des toilettes, sans se presser. Il s'agit de se rappeler de son nouvel alias : Olivio ? Olivio. Il ne s'attendait pas à voir un gros robot, pâle copie des gros blacks videurs de boites de nuit, lui demander son identité.

«Mesures de sécurité enclenchées : veuillez confirmer votre identité.
-Car... Olivio da Silva.»

Quelques bips plus tard, le robot s'écarte. Le hacking de la sécurité et du registre des employés s'est faite parfaitement. Il aurait à remercier Gizmo pour ça. Mais il en déduisait que la carte était déjà découverte.

Et ça, ça puait sévère pour ses affaires.

Mandoulis
Mandoulis
Niveau 27
07 janvier 2014 à 19:13:02

Le soleil flamboyant illumine le fleuve de ses derniers rayons amarantes. Un léger vent tente de dévier ma fine pirogue de son droit chemin, mais elle file sur le puissant courant. Les sédiments en suspension colorent l’eau d’un brun léger. Le vert profond de la forêt semble avoir résisté à tous les assauts. Je peux même entendre quelques chants d’oiseaux dans le lointain. Posté à l’arrière de mon frêle esquif, je tente d’en garder le contrôle. À l’avant, mon sac chargé de rares victuailles fait contrepoids. Mon petit drapeau de la Bretagne y est accroché, en lambeaux après toutes ces années.
Au détour d’une boucle apparaît soudain ma destination. Pañacocha. Petit village de pêcheurs au bord du rio Napo, j’avais été ravi de le visiter de nombreuses années auparavant. J’y avais lié connaissance avec la communauté, appris l’utilisation des plantes, leur façon de vivre traditionnellement. J’avais vécu avec eux quoi, avant de poursuivre mon voyage. J’étais alors jeune et insouciant. J’étais revenu pour les retrouver, pour échapper à ce monde que je haïssais. Pour y finir mes jours.
La rive gauche est déboisée. De hauts bâtiments de ferraille ont pris la place des arbres millénaires. Une fumée noire s’échappe des interminables cheminées, obscurcissant le ciel. Des robots s’affairent un peu partout, transportant des caisses ou poussant des chariots. Une gigantesque grue charge une longue barge amarrée à un quai de béton. Je reste bouche bée. Des perles d’eau salées coulent sur mes joues fripées. Je lâche ma rame, pleure au creux de mes mains calleuses. Sur les containers scintillent en lettres blanches les caractères « WriteCorporation © »

Cacahuaitte
Cacahuaitte
Niveau 9
07 janvier 2014 à 19:41:16

je me lance!

Cacahuaitte
Cacahuaitte
Niveau 9
07 janvier 2014 à 20:04:40

David contempla le soleil à travers les façades vitrées de la forêt de gratte-ciels s'élevant fièrement.
-S'il vous plaît, bébé besoin manger!vint lui dire d'un ton suppliant une vieille dame dans des habits miteux.
-Ta gueule!
Il accompagna son conseil avisé d'un coup de crosse de son MP-41 dans la tête de la clodo de service. Tâcher ce si bel outil avec du sang, quel gâchis...

David était soldat depuis déjà plusieurs années, toujours au même poste-frontière. Posé contre les lourdes portes en acier il s'assurait que les pauvres n'aillent pas mettre la zone dans le quartier des affaires. Avant ils n'y allaient pas trop, c'était pas leur truc, mais depuis quelques années certains essayent de piquer des trucs comme des montres holographiques, des portables 3D ou des poubelles pour se faire un poêle avec.

Il restait ainsi 23h par jour à distribuer des mandales aux quelques crétins qui venaient faire la manche ou tentaient de passer les grillages électrifiés.
Quoi que ceux la...Ils devaient plutôt les retirer une fois qu'ils étaient cuits à point.

Il inspecta encore une fois son arme: sur la crosse était gravé en tout petit un WriteCorp. pareil sur son casque, sur son PAD accroché à son bras, sur son gilet intégral en tungstène. Un de ses compagnons de garde s'approcha de lui:
-T'es pas crevé?lui demanda t'il en arrivant.
-Nan ca va, pépère.
Il remarqua que la vieille qui s'était présentée à lui était toujours par terre immobile.
-J'crois bien que je ferai mieux d'arrêter de prendre autant de tonifiant...
Il poussa du pied le corps inerte de quelques mètres.
-D'ailleurs t'en as pas un peu en rab'? C'est pas pour moi, hein! C'est pour...Heu. Mattson!
Un autre soldat assis dans un petit cabinet à côté des portes, le coude posé sur une mitrailleuse lourde releva la tête d'un air effaré à l'entente de son nom.
-Ouais, je dois bien en avoir un...
Il farfouilla dans son sac et en sortit une petite bouteille en plastique. Encore une babiole de la WC. Il la lança dans la tête de l'autre endormi, mais il ne réagit pas et se contenta de tomber mollement de sa chaise.

Son tour allait bientôt terminer, il allait enfin pouvoir rentrer...Son PAD s'illumina, un appel:

Son compagnon le regarda étonné quand David se mit à parler d'une histoire confuse de purée et de linge non plié. Sûrement sa femme. Le ton montait dans la conversation quand un autre mendiant s'approcha, se recevant un "Ta gueule!" et une droite dans la face.
Mattson se réveilla à cause du bruit sortant soudainement du casque de David. Son camarade soupira et se contenta d'attraper le pauvre hère encore sonné du coup qu'il s'était reçu.

Psyclo
Psyclo
Niveau 10
08 janvier 2014 à 12:17:46

4:75'08 24'75 AM

Nom : Copley
Matricule : 231200456788888

J'avais le choix pourtant.

Mon père me voyait médecin. Je pouvais largement le faire, mais la flemme, trop longues études, trop de boulot, faut croire que j'étais pas programmé pour ça et puis quand on voit la situation des médecins aujourd'hui, je suis bien content d'avoir choisi autre chose.

Quant à ma mère me rêvait plus en messie, en sauveur, elle voulait que je fasse dans l'humanitaire, quoi. Ouais, c'est vrai, mes parents étaient quand même pas mal ringard. C'est plus la mode de l'humanitaire. Quand les gens se sont rendus comptes que ceux qui finançaient les guerres étaient les mêmes que ceux qui finançaient les missions de sauvetages, ils ont perdu la foi.

En fait, j'ai eu de la chance. Aucune qualification réelle dans mon Curriculum. Rien. Un coup de chance, ni plus ni moins. A l'époque, la WC connaissait une expansion sans précédent, elle engageait n'importe qui, n'importe comment, pour les basses besognes, en quelques sortes. Ils appellent ça le Cyber-Prolétariat. J'aime pas trop ça, beaucoup trop vulgaire, péjoratif. On gagne bien nos vies et on sait des choses qu'un vrai prolétaire -au sens historique du terme- ne peut pas savoir. En fait, pour faire court, j'ai été embauché en tant que spammeur.

Ouais. C'est moi qui pénètre vos circuits et sodomise votre réseau mental à coups de pubs, d'annonces et de messages subliminaux qui vantent la gloire de cette belle et rayonnante société qui pille sans vergogne toutes les richesses intellectuelles, matérielles et morales du globe tout entier.

Okay c'est pas très glorieux, okay ça n'a rien de passionnant, mais au moins, je gagne ma croûte et j'ai la certitude dans savoir plus que les autres. Je me suis toujours un peu senti supérieur. Cette pédence inné en disait long sur le destin qui m'attendait. J'ai tout perdu parce que je savais ce que je voulais ; être le baiseur et non le baisé. Ouais, c'est moi qui vous baise. J'ai perdu mes parents à cause de ça, puis mes amis, puis ma femme. Cette garce. Mais au moins, contrairement à toutes ces fourmis qui s'agitent en bas, ces insectes qu'on asperge de poison à longueur de journée pour les faire crever plus vite, j'ai le pouvoir, j'ai le savoir.

En contrepartie, la seule façon de quitter mon poste, c'est de me débrancher. Et si je me débranche, je crève. Dur. Mais inévitable. Les hommes riches vivent jusqu'à deux cent ans. C'est trop long pour moi. C'est trop douloureux de voir le monde courir à sa perte et la technologie panser les plaies de la déchéance globale. Merde, tout ça me tue. Ce siège sur lequel je suis assis depuis plus de trente ans me convient très bien.

Me décrire physiquement ? J'en serais incapable. Par contre, je peux vous décrire mon avatar, c'est le seul que je côtoie au jour le jour. Un beau mec, pardi, un peu ténébreux. Et chevelu. Très chevelu. Ouais, ma calvitie précoce m'a trop marqué et c'est aussi ce complexe qui a forgé ma personnalité. Mon monde. Un havre de paix et de sérénité. Le sol et blanc et moelleux comme du nuage palpable. Le ciel est bleu, tout le temps. Certains humains sur cette Terre n'ont jamais vu le ciel bleu. Triste. Vous voyez, je suis un privilégié.

Mais tout ça ne peut pas durer. Parce que je ne suis pas avec eux, ils pensent que je ne vois pas, que je ne sais pas. Mais je ne sais tout. Je capte aussi leur pensée, leur aspiration. Les pares-feux mentaux sont de plus en plus efficace. Notre intrusion de plus en plus difficile. Ils veulent me débrancher. Mettre un terme à ma vie. Ma dépendance est trop forte. Un tuyaux sectionné et je perds les pédales. Ils ont le pouvoir. Je suis très faible. Un cyber-prolétaire, comme ils disent.

Sauf que j'ai pris les devant. J'ai trouvé Perk. Je l'ai contacté. On a trouvé un arrangement. Enfin, on va le trouver. Je suis le baiseur, pas le baisé.

Scarytaupinet
Scarytaupinet
Niveau 10
08 janvier 2014 à 15:14:41

Devant moi le halo se colora d'un vert accueillant, vacilla fébrilement, clignotant comme une holovision en fin de vie, et se stabilisa dans un émeraude sombre. Un jeune vint s'y placer dans une allure censé représenter la désinvolture. J'y voyais plutôt une vaine tentative visant à cacher pauvreté et douleur.
- Ouais, madame, c'est pour l'allocation taff.
- L'allocation emploi?
Il hocha la tête avec un regard morne. Et moi de le lui retourner. Un silence gênant s'installa dans le compartiment aux murs anthracites.
- Vous allez me montrer votre carte indermo ou pas?
- Ah merde, mon inde, désolé.
Il me tendit la main, paume vers le bas. Je la lui saisis et y passa l'encrypteur. Encore deux mois avant de les recevoir. Nouvelle politique. Un versement tous les trois mois, un peu plus élevé que le mensuel simple mais à peine doublé. Encore à moi de faire ce boulot ingrat.
- Écoutez, ça ne va pas être faisable, la politique du Bâtiment de l'Aide vient d'être mise à jour : un versement tous les trimestres pour ceux qui n'ont jamais travaillé.
- Rien du tout? Que dalle? Pouvez pas m'en mettre un peu? Gruger sur la date? dit il, un sourire aux lèvres. Je ne pouvais pas.
- Je suis vraiment désolée, je ...
- Vas-y, putain, tu peux pas te bouger le cul pour m'en donner un peu? J'suis à la dèch, putain.
Il allait pas me faire chier, celui-là.
- Écoutez...
- Allez, balance ton excuse à la con. Bâtards de fonctionnaires.
Il avait pas osé, quand même? Il puait la beuh synthétique, il avait les lèvres tremblantes d'avoir trop fumé cet ersatz et il osait me dire ça. Je voyais ses veines violettes de tonifiant au rabais, je voyais ses pupilles bordées de rouge, des vaisseaux sanguins éclatés comme un massacre de la Révolte. Et dire qu'il y avait vraiment des gens qui en avaient besoin, de ces allocations. Mais sûrement pas lui.
- Écoute, tu continues, je te fous en l'air ton compte au Bataide et tu pourras plus jamais refoutre les pieds ici. J'vais te coller un procès au cul pour agression sexuelle, je te jure que tu vas en chier. Alors maintenant, t'es pas con, tu prends ta synthe beuh et tu fous le camp.
Il s'apprêta à me répondre.
- Tu ouvres encore une fois ton claque-merde et j'appelle la sécurité, et crois-moi, ils se privent pas d'un coup de matraque.

Je haïssais mon travail, d'appellation sociale j'avais donc devant mon prénom cette lettre pour me définir : S. S-Carrie. Scary. Personne n'utilisait ce petit bout d'alphabet accolé, comme si j'avais le droit à un traitement spécial. Le monde s'était habitué à m'appeler Scary, personne ne m'appelait Carrie. Négligeable, vous dites? Personnellement, j'en souffrais un peu. J'étais profondément humaniste, convivialiste, partisane du vivre ensemble et pas de cette ségrégation à peine voilée entre nantis et anéantis. Choisir ce travail pour aider les gens, être aide en prestations et donner aux gens la possibilité de vivre mieux. Sauf que deux ans après l'obtention de mon diplôme, le Bataide supprima tout ceux qui exerçaient cette profession et je me retrouvai employée dans un relai d'entraide, profond dans les bas-fonds, à voir chaque jour défiler les cyber-prolétaires, mort-nés. Et parmi eux, ces profiteurs à qui je vouais une haine intime et carnivore.

La porte du sas s'ouvrit. Un trentenaire vint prendre place devant moi et me tendit la main, sa main aux doigts calleux et noirs. Sa voix rauque et brisée. Son visage buriné et meurtri. Sa vie lacérée et brutale.
- C'est pour les allocations emploi et enfant.

Putain.

Borodin
Borodin
Niveau 10
09 janvier 2014 à 03:20:56

" Tiens, je me fais chier ce matin, on peut pas aller dehors à cause des pluies d'acide qui remontent du système Alpha Bét'hel Soralmator de 175-6000000000. En plus mon robot géant a plus de piles. C'était mieux avant, quand y avait des chargeurs ! " se disait le spirituel Kidordin, qui d'ordinaire se serait alors rendormi. " Tiens, et si j'envoyais des trollogrammes aux glands de chez WriteCorp ? "
    Ainsi, il se leva, et alla insérer une galette bionique dans le cyber mange-disque. La voix de la meuf d'Avast lui adressa alors la parole : " La base virale a été mise à jour. Quel est votre message ? " et Kidordin de répondre, ne mâchant pas ses mots : " Avasuto-chan, ma chère, envoie le message suivant : vs savez ps écrire, lol. -Fin de la télétranscommunication. "
    Puis, content de sa malice, il décida d'aller observer de lui-même les réactions suscitées par sa galéjade et partit dans l'espace sur son overboard à vapeur dans la direction du siège social de WriteCorp.
    Or, quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu'il se trouva devant le bâtiment, de se voir dénier l'entrée par un BioBot (de mauvaise qualité), qui l'informa qu'il avait été banni de l'espace détente/mechafétéria de la boîte pour mauvaise conduite ! Kidordin repartit donc en grommelant : " Bordel, la censure de l'espace, quoi ! Sérieux, ça nous renvoie aux heures les plus sombres de notre histoire, faut l'savoir ! J'entends le bruit des bots, là ! C'est le système cyber-maçonique des illuminapunks reptoïde de l'Empire ! "
    Ainsi, l'impétueux Kidordin s'en retourna sur son vaisseau de Starbound afin de miner du charbon pour aller s'isoler dans un système solaire désert.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
09 janvier 2014 à 11:08:44

« 12 janvier 2044

Je ne sais pas pourquoi je fais ce travail. Ou bien, si, je sais exactement pourquoi je le fais, mais je considère que ce n'est pas une raison valable. Je connais la portée historique que cela pourrait avoir, car je ne suis pas idiot. Je suis ET je ne suis pas monsieur-tout-le-monde. J'ai eu le temps de remarquer qu'au moins une dizaine d'individus presque fondus dans la foule me suivaient depuis quelques semaines. Tous siglés dans la compagnie. Je ne sais pas s'il me reste beaucoup de temps, mais je sais ce que ça veut dire : « Méfie toi, nous t'avons à l'oeil ». Alors qu'espère-je ? Laisser une trace, comme tout être humain qui rêve de grandeur. Et en parlant de rêve, tiens...

Je respire un bon coup. Je regarde par la fenêtre, et je ne vois que le gris pâle et monochrome du ciel.

Tout cela n'est pas normal. En lui-même, le programme n'est pas normal. Le type qui m'a installé le traitement de texte à non-saisie manuelle me l'a dit suffisamment de fois avec un ton suffisamment sinistre pour que je m'en souvienne. Pendant six mois, je n'ai pas remarqué quoi que ce soit. Mais là, ça a vraiment dérapé. Quand j'ai compris que je commençais à rêver de flux binaire, avant de carrément me mettre à parler en langue-code, je n'ai pas pu faire semblant plus longtemps. Alors j'ai allumée la bestiole, comme un certain prof me l'avait dit. Je l'ai allumée, je me suis collé dessus, et j'ai attendu que l'écran prenne plus ou moins possession de ma cervelle fumante. Mais ça n'a pas marché. Les rêves ont continué. Maintenant, j'ai peur de dormir.

J'aurais pu, comme tout le monde, rejeter la faute sur la WriteCorp. La vérité, c'est que la compagnie n'est qu'une immense boite à outils. Et personne ne peut en vouloir à une clef à pipe d'avoir tué un individu au cours d'un meurtre sordide. La compagnie n'a pas d'âme, mais elle n'est pas humaine. Elle n'est pas morale, mais elle n'est pas une personne. Elle n'est pas bonne, car elle n'a pas à connaître l'éthique, la transcendance, le sacrifice, l’intérêt général. La compagnie est une araignée qui tisse sa toile par total instinct de survie. Qui pourrait-être en colère contre une araignée ? La seule chose que je puisse espérer, c'est que la toile m'épargne encore assez longtemps, qu'on me laisse tranquille et que je continue à bosser sur mes théories obscures sur le comportement de ses gens, et que de temps en temps un toubib m'ausculte pour me dire que non, la technologie ne me bouffe pas encore. Pas complètement. »

Première page du journal du Dr Aloïs Kerm, retrouvé dans son appartement le 23 octobre 2045.

MrKat
MrKat
Niveau 9
10 janvier 2014 à 00:36:14

Perdu entre les cheveux blonds crasseux et la barbe mal taillée et peu reluisante qui encadrait son visage pourtant fin, Aster Hemsworth souriait tout en emplissant ses poumons d'un cancer sous forme de fumée. Il souriait de toutes ses dents jaunies, alors que le tabac consumé tombait en petits paquets sur ses rangers militaires défraîchies, qu'il ne prenait plus la peine de lacer depuis bien longtemps. Il souriait alors que la pluie battante trempait son t-shirt noir orné d'un blason représentant un dragon se mordant la queue, façon tag de cité du débuts des années 2000, et que son vieux jean élimé devenait de plus en plus lourds sous le poids des gouttelettes d'eaux qui s'y infiltraient. Et même malgré le fait que son vieux manteau de cuir qui lui descendait jusqu'au pied avait perdu toute notion d'imperméabilité, il souriait, ses yeux d'un vert peu remarquable tourné vers le ciel. Perdu dans une foule crasseuse qui se pressait vers un but inexistant, perdu en plein milieu d'un quartier résidentiel huppé transformé en bidonville par les années, perdu au milieu de la pluie qui trempait les quelques os qui lui restait, Aster Hemsworth souriait, le visage tourné vers le ciel, sa cigarette poussant un discret râle d'agonie dans un fin filet de fumée.

L'espace d'un instant, il avait vu un morceau de ciel bleu. Non pas qu'il ait jamais été poète, ou même sensible, simplement, il appréciait le fait d'avoir été témoin d'un événement qui se faisait bien rare avec les années. Bien sûr, au K-Fay, endroit qu'il fréquentait plus par habitude que par amour du barman et des breuvage que celui-ci servait, personne ne le croirait. On l'accuserait sûrement d'avoir fourré un peu d'herbe synthétique dans son tabac, ou d'avoir un bug dans son logiciel de reconnaissance visuelle. Mais le fait d'avoir été témoin d'un tel événement suffisait a avoir égayé sa journée, qu'on le croit ou pas. Le ciel bleu disparut, un message dans une police jaunâtre s'afficha dans son champ de vision, l'informant que les portes du ghetto fermeraient dans une heure, et qu'il était temps de rentrer chez lui, dans l'appartement sale et chaotique qu'il se plaisait à occuper dans un quartier tranquille, à la fois loin et pourtant proche du morceau de Tiers-Monde qu'il fréquentait habituellement. Il fit vrombir les servomoteurs de ses bras, s'amusa a outrepasser les limitations logicielles imposées, lui octroyant ainsi l'occasion d'activer les options administrateurs de ses jambes, et il s'élança au travers de la foule, de toute la vitesse que ses membres en fibre de carbone le lui permettait.

Bien sûr, certaines personnes lui reprochèrent vindicativement d'être un vrai danger public, et qui pouvait leur donner tord ? Voir quelqu'un débouler à la même vitesse qu'une voiture vers vous doit être une expérience assez peu rassurante. Mais Aster était plus agile et plus réactif que jamais aucun d'entre eux ne pourrait l'être. Ses trajectoires étaient déjà calculées depuis longtemps lorsqu'il les empruntait, et il n'en déviait que pour s'autoriser un petit double salto avant au dessus d'un groupe de personnes un peu trop lentes à son goût. Entendre les exclamations à la fois paniquées et outrées des badauds l'amusait bien trop pour qu'il s'en prive, et il fallait bien qu'il vérifie l'état de son ersatz artificiel de colonne vertébrale.

Il arriva à la porte avec 5 grosses minutes d'avances, on lui demande son identité, qu'il déclina avec grand plaisir, et passa la porte d'un pas léger et sécurisé, qu'il avait d'ailleurs replacé sous les contraintes de son logiciel de limitation moteur. Il prit l'itinéraire habituel vers le K-Fay, établissement de renom pour les 14 piliers de bars qui l'emplissaient constamment, et petit troquet insalubre au fin fond des quartiers limitrophes du ghetto pour les autres. Aster supposa que la mauvaise manie à laquelle s'accrochait le gérant de servir une bière au goût d'urine frelatée ne devait pas jouer en la faveur de l'endroit, puis décida qu'il dépenserait ses fortunes durement perçues dans un autre alcool ce soir. Il décida également qu'il devrait rappeler au locataire de la 404 qu'il avait 2 mois de retard sur son loyer, et que cela commençait à sévèrement limiter sa capacité à mélanger sang et éthanol.

Aussitôt, le cortex informatique qui habitait un petit coin de sa boîte crânienne pris note, et lui proposa une mise à jour de l'antivirus qu'il accepta. On était jamais trop prudent avec l'informatique. Risquer de mourir parce que l'on a voulu tester la distance maximale de saut de ses prothèses est une chose, risquer de mourir parce qu'un péquenot mal intentionné s'est amusé à vous griller un coin de cervelle en est une autre.

Il ne revint chez lui que tôt le matin, et tard dans la nuit, légèrement alcoolisé, mais pas suffisamment pour oublier comment ouvrir sa porte ni s'écrouler sur son lit. Il allait s'endormir, quand un souvenir fugace de sa journée lui revint. Il avait vu un morceau de ciel bleu. Et au milieu de son appartement à l'organisation plus qu'entropique, affalé sur un lit au matelas fatigué, exténué par une soirée résumée par les mots « vodka » et « cacahuètes », Aster s’endormit, le sourire au lèvres.

Al-Tes
Al-Tes
Niveau 10
10 janvier 2014 à 00:45:13

L'ascenseur descendait les étages sans trop se presser, laissant à Altesse le temps de se recoiffer dans le miroir, de se remémorer les termes de la négociation avec l'aide de son SmartBot Cyrano, et d'écouter distraitement la petite musique qui tournait en boucle.

[Retrouvez les musiques que vous aimez avec WriteCorp., SmartMedia © ! http://www.youtube.com/watch?v=yFJKlwiYhnU ]

Une fois en bas de l'immense immeuble, Altesse, respectueusement salué par les personnes affairées à l'entrée, sortit et se dirigea vers la voiture à propulsion magnétique qui l'attendait. Une merveille de technologie. Merci WriteCorporation ! Le logo de la compagnie s'étalait en lettres d'argent sur le fond blanc de la carrosserie.
Il entra, s'installa, le chauffeur robotique le salua copieusement, et le véhicule démarra, traçant sa route le long des avenues de la Ville.

Durant le trajet, Altesse reçut par Cyrano des nouvelles déplaisantes. La journée serait agitée.
En effet, il n'avait, à cause de son autre rendez-vous, pas pu accueillir lui-même Olivio da Silva, l'éditeur étranger qui venait acheter – pour une somme faramineuse – le manuscrit d'Alter Ego, le roman d'un célèbre auteur. Il était prévu que le livre se vende comme des petits pains partout dans le monde.

Même les cyber-prolétaires pourraient se l'offrir. Il fallait bien leur donner des distractions, songea Altesse. Le livre serait accompagné, dans une édition spéciale, d'un ensemble de stimulations visuelles, sonores et olfactives pour agrémenter la lecture, et nul doute que ces loques cyborg y trouveraient du plaisir. De quoi s'évader encore un peu plus, avant qu'on les débranche tous. Bientôt.

C'est vrai, quoi, ce n'était plus très rentable, le cyber-prolétariat. On avait fait plus concurrenciel et avec moins d'états d'âme grâce au développement des plus récentes IA. En plus, on pourrait recycler leurs implants.
Quant aux pauvres des banlieues, des versions « vanilla » sur papier recyclé seraient mises en vente à prix modique. Et le livre jouait sur cette fascination qu'ils avaient pour une technologie à laquelle ils n'avaient pas accès. Ça allait faire un carton !
(...recyclé, lui aussi : ce n'était pas la première fois que la branche édition de WC jouait là-dessus.)

Enfin, le transfert du manuscrit d'Alter Ego serait une magnifique occasion de prendre les éventuels voleurs la main dans le sac – Dieu sait que certains hackers étaient talentueux ici-bas. Mais quand ceux-ci s'en prenaient à WriteCorporation, il fallait les éliminer, ou les recruter. Question de survie, simplement.
Mais le piège était tendu. Altesse eut un petit sourire.

[ Retrouvez les images que vous aimez avec WriteCorp., SmartMedia © ! http://static2.wikia.nocookie.net/__cb20130625112015/mirrorsedge/images/0/05/MirrorsEdge_Mall_03.jpg ]

Passant dans la 54e rue, loin des barrières qui séparaient les cercles de banlieue du tentaculaire Business Center aux grandes tours, la voiture continuait sa route. Quelques gouttes de pluie déjà s'écrasaient contre les vitres. Mais leur nanorevêtement hydrophobe les dissipait immédiatement.
Altesse repensait au contrat. Un déjeuner dans un restaurant huppé, une signature, et la technique de clonage était à lui.
On allait pouvoir cloner des miliciens et les formater aisément. Surtout avec les progrès des techniques de reformatage cérébral. On allait pouvoir lancer des armées sur les derniers morceaux du monde qui ne dépendaient pas de WriteCorp. On allait pouvoir vendre des clones de leurs enfants aux parents touchés par le deuil. Des clones de leurs animaux à tous les propriétaires éplorés. Ils pourraient même les améliorer avec des implants.
On allait pouvoir faire tant de choses. De merveilleuses choses.

Altesse sourit encore. Le pouvoir le grisait autant qu'au premier jour. WC prospérait. La société était chaque jour un peu plus modelée par elle. Altesse était un homme occupé, mais heureux. En apparence.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 11 janvier 2014 à 10:50:23

Je me lance !

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 11 janvier 2014 à 11:47:52

Le soleil se levait doucement sur la ville corrompue. Dans son ascension de feu, il célébrait l'avènement fugace du onzième jour de l'année 2044. Son éclat rougeâtre noyait l'immensité dans un bain de sang. Ainsi commençait et finissait toute journée du fief de WriteCorp : dans le sang. Les rayons matinaux frappaient mollement les épaisses vitres des grattes-ciels vertigineux et robotiques qui s'étaient répandus telle une épidémie, qui étaient malheureusement devenus la base même de l'urbanisme moderne.

Dans un de ces imposants monstres silencieux de verre et d'électricité résidait Kreuzberg. Le jeune homme trentenaire était debout, immobile sur son balcon. Comme à son habitude il était habillé sobrement, c'était un point d'honneur pour lui. Vêtu d'un smoking de noir et de blanc comme bon nombre d'hommes aux revenus aisés, la seule minauderie que l'on pouvait découvrir sur lui était un anneau sigillaire d'argent sur sa main droite. Les cheveux étaient relativement courts et relevés en une sorte de petite mèche ; ils étaient noirs, comme ses yeux pénétrants. Son visage, sérieux, portait un je-ne-sais-quoi qui lui donnait l'air intelligent sinon important. Grand, maigre, imberbe, élégant et paraissant cultivé, Kreuzberg laissait dans la perplexité les gens qu'il croisait. Était-ce son air ténébreux ou son austérité qui inquiétait les gens ? Qu'importe. Il était seul.

Kreuzberg était de l'espèce rarissime des chercheurs du passé. Dans cette société abrutie par l’ultra-modernité, il était des derniers à chercher la vérité ou le réconfort dans les oeuvres de jadis. Il fouillait, lisait, écrivait. Il se passionnait pour l'Histoire et pour la littérature ancienne. L'historien travaillait sur un chantier à plusieurs centaines de kilomètres de l'antre de WC et devait prendre son bolide électrique pour s'y rendre quasi-quotidiennement. Dans ce lieu marqué par les stigmates d'une disparition tragique on avait trouvé des ruines d'immeubles, des manuscrits usés, des sillons d'eau, des ustensiles d'autrefois. Kreuzberg se réfugiait dans ce monde disparu pour ne plus voir le monde dans lequel il vivait vraiment.

Mais ce jour là, l'homme ne travaillait pas. Le directeur des recherches avait décidé d'octroyer quelques jours de congés à ses plus éminents subordonnés. Alors le jeune chercheur avait tout son temps, malgré lui, pour observer le spectacle écœurant que lui offrait 2044. Cette société réglée scientifiquement, cette ville où l'Homme se croyait maître bien qu'il cédait sa place aux robots, cet air ambiant irrespirable par sa saturation infernale en pollution étaient l'objet d'une aversion profonde. Pour lui ce nouveau monde tourné irréversiblement vers le futur était un horrible affront à la dignité humaine.

« La mégalomanie colossale de ces gens-là n'a d'égal que leur imbécillité abyssale », maugréa-t-il en posant son regard sur les immenses installations de WC.

De ses pupilles semblait sortir un flot intarissable de haine. Elles jetaient l'opprobre sur cette création technocrate immonde. Nul éclair ne sortait de ces deux trous noirs insondables, de ceux deux reflets de l'âme : simplement une rancœur si forte qu'elle était saisissante. Mais le regard embrassa une autre partie de la ville. En fait il s'était porté sur une chose à cent mètres à peine du siège de WriteCorp. Les pupilles s'arrondirent et l'observation se fit moins haineuse, plus douce. Plus chatoyante. Une esquisse de sourire sembla même se dessiner sur le visage de Kreuzberg.

Dans ses fouilles il avait trouvé avec des collègues une immense bibliothèque installée dans quatre bâtiments se faisant face et datant de 1995. Dans sa folle passion des écrits anciens, il avait demandé à concentrer ses recherches sur cette partie de l'immense chantier. On lui avait accordé cette faveur. Et un beau jour il avait découvert un livre d'un dénommé Francis Scott Key Fitzgerald ; le livre aux lettres à moitié effacées avait captivé l'historien. Il avait lu tout ce qu'il avait pu lire, tentant d'imaginer ce qui était effacé. Le titre de l'oeuvre lui-même était effacé. Mais les dernières phrases avaient captivés Kreuzberg. « Gatsby croyait en la lumière verte, en cet avenir orgastique qui chaque année recule devant nous. Il nous a échappé ? Qu'importe ! Demain nous courrons plus vite, nos bras s'étendront plus loin. Et un beau matin ... C'est ainsi que nous avançons, barques à contre-courant, sans cesse repoussés vers le passé. ».

Oui, Gatsby croyait en une lumière verte qui scintillait sans discontinuer en face de lui. La lumière verte de la maison Buchanan, la lumière verte de l'espérance amoureuse. Kreuzberg, lui, voyait chaque jour qui passe une lumière rouge briller sans cesse devant le siège de WC. Comme le héros de Fitzgerald se figurait la symbolique d'un amour fuyant, la lumière rouge symbolisait pour Kreuzberg le souvenir désespéré du passé. Le passé fuyant tel l'amour, celui que les hommes d'aujourd'hui voulaient oublier.

Comme Gatsby, il tendit sa main vers la lumière qu'il fixait. Comme lui, il voulut saisir entre ses doigts cet éclat fantomatique dans l'environnement hostile. Il voulut attraper le souvenir et l'espoir pour mieux vivre. Restant le bras en l'air tourné vers la lumière rouge, Kreuzberg songeait. Le temps a passé, le temps passera. Et un jour de nouveaux historiens découvriront comme lui les vestiges de désolation d'une civilisation morte. Notre civilisation.

Psyclo
Psyclo
Niveau 10
11 janvier 2014 à 23:53:26

Copley : épisode 2

Tout est tellement plus simple ici

On va jouer à un petit jeu. Regardez cette foule et essayez de me trouver. C'est bon, vous m'avez vu ? Ahah ! C'est pas compliqué, hein. Ils sont tous ternes. Ils sont tous costumés, cravatés, en noir et blanc. Héhé ! Matez un peu comme je rayonne ! Je fais ce que je veux ici ; c'est mon putain de monde ! Ah ouais, faut le dire, c'est le pied, c'est toute la jambe, même !

Vous pensez à embrasser une carrière de Cyberproll ? Vous souhaitez quitter les bas-fonds pour le monde virtuel et collecter un tas de fric qui partiront dans votre cercueil molletonné et son entretien hebdomadaire ? Alors n'hésitez plus ! Nan, les mecs, sans blague ! Voyez plutôt :

Me voici dans cette délicieuse boulangerie. Mmh... Vous sentez cette odeur ? Non bien sûr, elle n'est pas réelle. Mais elle existe. Elle est bien là. Moi, je la sens. Vous la sentez ? Mmh. En plus, il n'y a personne. Pourtant, vous avez vu tout le monde dehors, dans les rues ? C'est l'heure de pointe. Mais dans cette boulangerie, dans ma boulangerie, celle que j'ai créé de toute pièce et qui n'appartient qu'à moi, il n'y pas un chat. Réfléchissez deux secondes. Ça vous est déjà arrivé, un tel confort, dans votre taudis surpeuplé ? Quoique, la promiscuité, on doit finir par s'y habituer, comme tout le reste.

Tiens ! Si je jetai mon dévolu sur ce gâteau. Un brownie. Mmh... Cette croûte si délicate, ces noix de pécan si craquantes et ce gâteau si moelleux... On n'en fait plus des comme ça sur Terre. Enfin si, c'est bien possible, mais pour voir ça, pour goûter ça il faudrait que vous ayez le droit de sortir de votre putain de prison à ciel ouvert !

Hé merde. C'est toujours dans ces moments de volupté gastronomique qu'on vient me filer une joute dans le cortex. Enfoirés de Bots !

« C'est bon! C'est bon ! J'y retourne.. »

Ils m'ont à l’œil. J'ai pas fait attention à l'horaire. Ils passent tous les jours à heure fixe, trois fois par jour. Toujours la même rengaine. La même routine. Je vous l'ai dit, ils nous prennent pour des idiots. Des esclaves décérébrés, incapable d'entreprendre quoique ce soit, incapable d'organiser un soulèvement et de renverser ce foutu régime despotique de mes... hola, hola, faudrait pas non plus que je pense trop fort.

(un peu moins fort, donc) Alors comme ça, sous prétexte qu'on est plus rattaché au monde réel, on est plus capable d'entendre et de voir ce qu'il s'y passe ? C'est les symptômes d'un licenciement inéluctable. D'abord on vous considère comme de la merde, ensuite on se désintéresse de vous et après, on vous débranche. Et vous crevez. Mais au moins, avec le fric que vous aurez emmagasiné mais pas dépensé - puisque vous en êtes incapable par définition – vous crevez dignement. Et ça, c'est important.

Hé ouais, si vous faîtes rien pour vous bouger le cul les mecs, votre cadavre finira par alimenter les Recyclotron ! Oh, quoi, vous voyez pas de quoi je parle ? Ben tiens ! Les grandes usines qui puent là, juste derrière chez vous ! Ah ! Mais ça non plus, vous le saviez pas, suis-je donc bête...

Toute façon, qu'est-ce qu'ils veulent que je foute, maintenant ? Faut me comprendre. Ma tâche consiste générer des messages subliminaux qui vantent le Plugin WC dans les programmes de divertissement sauf que là, pour tout vous dire, y'a plus grand monde à convaincre ! À croire qu'on a trop bien fait notre boulot. Des vieilles chaussettes, voilà ce qu'on est. Des gens qui ont opté pour la facilité et qui on préféré l'oubli à la souffrance continuelle. Logique, vous me direz, mais le plus dur, là-dedans, c'est de devoir abandonner sa dignité (snif).

Ahah ! Vous m'avez cru, hein ? Pauvres naïfs que vous êtes.

Pour plus d'informations, tapez ALT + S

Al-Tes
Al-Tes
Niveau 10
13 janvier 2014 à 19:10:30

[Le "ALT + S", c'est une référence à Altesse ? Très bien trouvé :ok:
J'ai un truc en préparation, mais quelqu'un peut poster avant s'il s'en sent l'envie.]

Mandoulis
Mandoulis
Niveau 27
19 janvier 2014 à 19:21:43

Le soleil dardait ses implacables rayons sur la lande desséchée. Pas un nuage ne venait troubler le règne absolu de l’astre. Le fond de l’air était chaud, des gouttes de sueur coulaient entre les rides de son front. La vie végétale et animale avait depuis longtemps déserté cette plaine stérile. Mandoul venait juste de traverser un bidonville, amas de planches et de tôles où s’entassaient des êtres dépenaillés, luttant pour survivre. Ils étaient tous ceux qui n’avaient pas réussi à s’intégrer au nouveau système, ceux qui n’avaient pas suivi le mouvement inspiré au monde par la WriteCorporation, ceux qui en avaient, comme lui, refusé les principes. Lui avait préféré fuir là où la technologie n’était pas encore arrivée, mais chaque fois la WC le rattrapait, colonisant imperturbablement. Il y a un peu plus de sept mois, sa fuite avait pris fin lorsque qu’il avait découvert que même son petit village de Pañacocha, en pleine Amazonie, tremblait sous le joug de la compagnie. Le choc lui avait été terrible. Brisé, il avait laissé sa pirogue poursuivre sa course, rejoignant l’Amazone, observant partout les mêmes scènes de désolation. Rives ravagées, forêt rasée, paysage défiguré. Lorsqu’il eut atteint l’Atlantique, sa décision était prise. Il devait cesser de tourner le dos au monde et l’affronter. Il se rendrait à la Ville, là où siégeait la WriteCorporation. Il avait fêté Noël sur la côte est de ce qui avait jadis été le Mexique, plus squelettique que jamais. Aujourd’hui, il était là, usé par le voyage, les semelles en lambeaux.
Les blancs gratte-ciels se faisaient plus importants au fur et à mesure qu’il avançait. Ils étaient cernés par des bâtiments plus petits où logeaient les cyber-prolétaires. L’ensemble était ceint d’un interminable grillage sans doute électrifié au vu des quelques corps encore attachés dessus. Deux portes métalliques et une petite guérite marquaient l’emplacement du poste frontière. Trois gardes étaient postés à l’entrée, défiant les températures sous leur uniforme jaune. Sans doute une clim’ intégrée, se dit le vieillard. Leur casque à visière cachait les expressions de leur visage, mais l’imposante mitraillette à leur main suffisait à les rendre intimidants. Ce devait être une porte secondaire, aucune route n’y menait, personne ne devait jamais franchir cette entrée, si ce n’est la relève de la garde ou les malfaiteurs en échange d’un petit dessous de table. C’est pour cela qu’il avait choisi d’entrer par là, parce que sa seule chance reposait sur les herbes tropicales qu’il avait l’habitude de consommer et qu’il transportait en quantité. Une fois franchie la porte, il ne savait pas trop ce qu’il ferait. Il s’était imaginé demander une entrevue avec le dirigeant de la compagnie pour lui expliquer à quel point la Terre était au plus mal. Mais c’était idéaliste. Peut-être alors que ces mêmes herbes et champignons cachés au fond de son sac à dos lui permettraient de payer un tueur à gages ou mieux, des terroristes, afin d’ébranler la WriteCorporation dans ses plus hauts niveaux.
Mandoul s’approcha d’un pas sûr, se dirigeant vers le plus petit des trois gardes. Il ne vit pas venir le lourd poing sur sa joue droite. Il s’effondra. Gisant au sol, il essayait de reprendre sa respiration, avalant la fine poussière. Celui qui venait de le frapper ne le regardait même pas, il semblait parler tout seul, comme s’il était au téléphone. Le vieil homme repris peu à peu ses esprits et se releva, bien décidé à tenter sa chance. Son agresseur raccrocha et se mit à le fixer. D’une voix fatiguée, le hippie demanda :
« Bonjour Messieurs, je voudrais entrer s’il vous plaît. » Le petit lui répondit sur un ton cassant :
« On ne veut pas de vieillard en ville, tu peux retourner d’où tu viens clochard!
-Je ne suis pas un mendiant, je suis en voyage. Il fut long et harassant, et j’aurais aimé pouvoir me reposer à l’hôtel ce soir.
-Rien à foutre. » Mandoul prit un air contrit et ajouta :
« Ça ne doit pas être simple de rester là toute la journée. Seriez-vous éventuellement intéressés par quelques herbes aux effets…relaxants ? » Le soldat qui se trouvait dans la guérite se leva soudainement.
« Dégage vieillard ! Avant qu’on ne t’enferme pour tes trafics ! Aller, fiche le camp ! » Mandoul lui tourna le dos avant d’ajouter :
« Je dormirai juste à l’entrée du bidonville cette nuit. Si jamais vous changez d’avis…. » Il se remit en marche d’un pas nonchalant. Malgré la visière, il avait pu sentir s’illuminer les yeux du plus petit des gardes à l’évocation des plantes magiques.

Mandoulis
Mandoulis
Niveau 27
26 janvier 2014 à 00:41:58

Est-ce le projet à la plus courte durée de vie que je n'ai jamais vu? :hap:
Pour ma part, je suis toujours dessus, en parallèle de mes recherches... :hap:

Al-Tes
Al-Tes
Niveau 10
26 janvier 2014 à 12:20:12

Non non, pas mort ^^
Je traîne, mais j'ai un truc en cours avec mon personnage et un autre.
Quant aux autres, ben, je sais pas. ^^

Scarytaupinet
Scarytaupinet
Niveau 10
26 janvier 2014 à 14:06:43

J'vous avouerais que c'est pas l'envie qui manque, juste l'inspi :hap:

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