Finalement, j'ai laissé tomber l'idée du prologue avec uniquement le personnage principal. C'est plus court que la dernière fois, mais ça devrait être plus clair, propre et intéressant.
Le soleil allait se lever, et le vieil homme dormait encore, avachi sur le comptoir de son bar, sans qu'il n'y ait personne pour le réveiller. Il était maintenant dans sa cinquantaine, commençait à devenir chauve, et son ventre n'était plus aussi fin qu'il avait été. L'énergie lui manquait peu à peu, mais tout ce qu'il avait à faire était de s'occuper de quelques tâches administratives, et payer son employé pour qu'il fasse le reste.
Ledit employé, bien plus jeune et en forme que son patron, avec en plus des cheveux blonds qui tenaient sur sa tête, débarqua alors que sa montre affichait huit heures. Il était bien trop tôt pour qu'il y ait des clients, mais il n'avait lui non plus pas grand chose à faire. Toutefois, il croisa quelqu'un au moment même où il entra à l'intérieur. " Timing parfait, encore une fois " se dit-il. Un léger sourire s'afficha sur son visage, tandis qu'il bloquait la sortie de son pied, que l'autre ne remarqua même pas et s'en trouva à terre.
De l'extérieur, l'homme à terre aurait juste ressemblé à un alcoolique saoul de bon matin, alors qu'il ne buvait absolument pas. Il se remit debout et continua son chemin, dans l'obscurité et l'isolement totale que lui procurait ses cheveux noirs. Il marcha aveuglement, sans même tâter le chemin devant lui, comme s'il le connaissait par cœur. Arth le regarda partir un court instant, puis soupirant, reprit ses propres affaires.
" Pourquoi est-ce qu'on loge ce gamin inutile, franchement, demanda-t-il à haute voix. Il est même pas foutu de regarder devant lui ! "
Il n'eut en réponse que des grognements de la part du patron, encore endormi sur son tabouret. Il déposa ses sacs et alla remonter l'un des volets roulants, permettant aux faibles rayons du matin d'illuminer le lieu. " Peut-être que ses cheveux pousseraient, s'il sortait un peu plus souvent de son bar. Ou si on l'arrosait. ". Hilare de sa propre idée, il se versa un verre d'eau froide, et quelques gouttes sur le crâne dégarni de son employeur.
Le vieux sursauta tout en éternuant, et chercha à comprendre pourquoi il était debout quand il ouvrit ses yeux. Il se calma rapidement et se reposa sur son siège, déjà fatigué. Ignorant son farceur, il se mit à fixer la rue, bien qu'elle fût aussi déserte que le reste de la basse ville.
" Bonjour, patron, l'interpella Arth. Le gosse est parti sans encombres.
- Il se passe jamais rien avec lui, de toute façon, répondit-il en baillant. Sers-moi plutôt un verre."
Son verre servie, il alla se changer en tenue de barman, et revint prêt à travailler, bien que les chances d'avoir un client à ces heures-là étaient minimes. Il sortit de l'un de ses sacs de quoi manger, et s'assit, lui-aussi, n'ayant rien à faire.
" Vous n'avez pas faim ?
- Je mangerai plus tard, j'ai mal à la tête.
- Vous devriez sortir vous rafraîchir l'esprit, patron, dit-il après un long silence.
- Plus tard, on dirait qu'il va pleuvoir."
Les nuages commençaient à masquer l'astre solaire, et une demi-heure plus tard les gouttes coulaient sur les vitres du bar. " Pas de client ce soir, si ça continue comme ça " pensa Berno, avant de s'affaler à nouveau sur le comptoir.