Salut, merci pour cet avis, la 1ère personne je peux pas revenir dessus c'est un choix délibéré, pour les temps, j'espère que ça s'est amélioré dans le chapitre 1 mais j'ai pas encore eu d'avis dessus donc je sais pas...
Je commenterais sans doute le chapitre 1 dans la semaine.
Je dois avouer que tu as remédié à toutes les réticences que j'avais lors de mon premier commentaire. L'histoire semble plutôt prometteuse aux premiers abords, bien que l'action n'ait pas encore été véritablement enclenchée tu remédies vite à ce problème en anticipant le retour du héros sur sa planète (j'ai beaucoup apprécié ce passage d'ailleurs, même si au fond le tout sonne un peu cliché quand même.
C'est très bien narré aussi. Tu prends le temps de développer ton univers et sa relation avec le nôtre (j'ai adoré également le passage sur Clint Eastwood) sans oublier de faire avancer l'histoire.
Bref, tu rattrapes l'intro, que je trouvais trop froide et encyclopédique, et tu démarres sans vraiment d’accroc une histoire plutôt engageante. J'attends pour ma part la suite donc.
Voilà qui est rassurant
pour les clichés il risque d'y en avoir pas mal, il s'agit plus de remixer toutes mes connaissances en SF de sorte de faire passer une idée de fond originale (du moins je l'espère les idées majeures que j'ai non jamais été traitées de cette façon à ma connaissance), que de chercher à élaborer un récit original du début à la fin j'ai pas assez d'imagination pour ça. Je cherche juste à ce que ce soit intéressant à lire malgré les clichés et le déjà-vu ![]()
— Super, vous êtes encore là. J'ai oublié de vous refiler l'adresse du type que je vous recommandais. C'est au 7, avenue Graham Sanders. Essayez de passer plutôt dans la soirée.
— Et pourquoi je voudrais le voir ce type, moi ?
— Bah, c'est pas comme si vous aviez quelque chose à y perdre, non ? Je suis sûr que vous allez pouvoir vous entraider mutuellement.
—J'y passerai si j'ai le temps, fis-je sans grande conviction. Je vais aller visiter un peu, si ça ne vous embête pas.
C'était calme, dehors. J'avais imaginé une espèce de taudis rempli de personnages louches, mais je m'étais en fait retrouvé au sein d'un endroit tout à fait civilisé, avec de bien jolis immeubles et entre eux, comme partout, des rues piétinées par des passants circulant en permanence, à la différence qu'eux il n'avaient pas dans le regard cette souveraine indifférence qui est de mise dans bien des endroits lorsqu'on marche ou qu'on prend les transports en commun en compagnie de ses concitoyens mais qu'on s'en passerait bien de les côtoyer, alors que c'est bien nécessaire. Mais ici il y avait une espèce de joie de vivre qui imprégnait le peuple de ce petit caillou situé je ne sais où sur les cartes des secteurs colonisés de la galaxie. Ils étaient causants, ça ne les dérangeait pas de prendre la parole en pleine rue pour s'adresser à des inconnus, il y en avait même qui riaient. C'est un signe qui ne trompe pas : ce genre d'état d'esprit, c'est une partie de ce qu'il nous faut pour construire un monde meilleur, et cela pourrait être un bon exemple à suivre dans le futur. Seulement on ne change pas les populations comme ça, malheureusement. Il ne faisait pas chaud, mais je décidai de me contenter de ma veste. Je n'avais pas tellement envie de claquer ce qui me restait sur mon compte dans des vêtements. Les gens se baladaient l'air de rien, pour la plupart emmitouflés dans leur cagoule ou sous un parapluie pour éviter de se prendre la neige dans la figure. Elle avait tout recouvert à perte de vue, d'ailleurs ; j'étais visiblement tombé en hiver, du moins je l'espérais, je n'aime pas les planètes congelées toute l'année. Ca m'a surpris moi-même, d'espérer ça. Qu'est-ce que j'imaginais ? C'était comme si l'idée que j'allais devoir passer le reste de mes jours ici s'était déjà enracinée au fin fond de mon subconscient. Ca aurait fait de moi une merveille d'adaptabilité, mais je décidai de rejeter cette pensée. Il fallait que je me sorte d'ici le plus vite possible, mais il semblait que j'avais quelqu'un à aller visiter, avant ça. J'avais quelques heures à tuer avant d'y aller, et je me dirigeai vers la station alpha-Vac juste à côté de l'aéroport. Les noms des lieux ne me disaient rien : je me renseignai auprès d'un autochtone pour savoir ce qui valait le coup d'être visité.
— Peut-être qu'un touriste trouvera son compte à la Baie des Vanaras, mais ce sera surtout pour la vue. Pas question de s'y baigner à cette période de l'année, évidemment, à moins que vous soyez vraiment téméraire. En tout cas, tant que vous ne sortez pas de Darlia, tout ira bien.
— C'est quoi, Darlia ?
— Mais vous débarquez d'où ? Vous y êtes, dans cette ville. Vous avez perdu la boule ?
Confus, je lui expliquai mes aventures, comment je m'étais retrouvé ici sans savoir à quoi m'attendre. Sa réaction fut un rire jovial.
— Alex est un peu impulsif, des fois, mais c'est un bon gars. C'est en partie grâce à lui que la ville se porte bien, de nos jours. Toute cette planète est un refuge pour hors-la-loi, alors si on s'y ballade impunément, faut pas s'étonner d'en subir les conséquences. Mais depuis qu'il est arrivé, c'est bien plus ordonné, par ici. On n'a pas d'industrie de pointe, mais on vit décemment.
— J'ai justement l'intention d'en découvrir plus à ce sujet. Merci du conseil, en tout cas.
Je comprenais mieux la tranquillité qui avait l'air de régner ici. On était dans une des rares zones sûres de cette planète, une de celles dont les dirigeants s'efforçaient d'y apporter l'ordre et la civilisation. On dirait bien qu'il n'y avait pas que des crapules ici, finalement. J'étais plutôt rassuré. Je me rendis à la fameuse Baie des Vanaras, histoire de voir du paysage. La vue y était saisissante : des centaines d'ilots rocheux qui s'étendaient à perte de vue, recouverts d'herbes hautes, une eau claire dans laquelle il devrait être agréable de se baigner en été. Je restai un bon moment ici, appuyé contre une balustrade, à laisser le vent me passer dans les cheveux. Les flocons venaient inlassablement s'écraser sur la surface de l'océan, partout à la fois. On se sent proche de la nature dans ces moments-là : ils sont comme nous, les flocons, à subir les lois de l'univers n'ayant, par rapport à eux, pour finalité que de mettre un terme à leur brève existence dans le silence, pour mieux sombrer dans l'oubli. Est-ce qu'ils ont une conscience ? Est-ce qu'ils se disent, « Hé, moi, flocon doté de la capacité de penser, je décide de tomber car voilà ce que j'ai choisi avec mon libre-arbitre » ? Ils auraient bien tort. Pourtant, assez curieusement, l'idée passe beaucoup plus facilement chez les humains. Au nom d'un idéalisme névrotique, on se figure qu'on peut s'extraire des lois de la nature. On se dit qu'on est bien au dessus de tout ça, qu'on se détermine nous-mêmes en dépit de notre lien au monde. On croit qu'on prend nos décisions nous-mêmes quand il s'agit d'un complexe jeu d'influences issues de notre environnement et de notre subconscient. Peut-être que si on avait pu prendre conscience des faits, on aurait abordé la vie avec plus de sérénité ? Cette volonté d'agir par soi et pour soi, de s'extraire du flux du destin, on ne pouvait l'assumer qu'à moitié. Pas moyen d'agir comme des êtres vraiment libres, c'était du faire-semblant qui trouvait vite ses limites. Les individus n'étaient de ce fait pas les rédacteurs de l'Histoire qu'ils s'imaginaient être lorsqu'ils accédaient au trône, qu'ils renversaient des gouvernements ou qu'ils gagnaient une guerre, rien que des pantins mus par une main invisible qui se fichait bien de ce qu'on pouvait penser. Les individus n'étaient que circonstanciels, tandis que l'Histoire suivait tranquillement son cours. Ils étaient comme cailloux qu'on jetait dans un lac, provoquant au plus quelques ondes, qui se dissipaient bien rapidement, et dont on oubliait toute trace. Tout ce qu'on pouvait faire, c'était tenter de modifier les choses pour un cours instant, car à plus ou moins long terme, l'influence d'un individu finissait toujours par se dissiper. Il pouvait avoir exterminé les trois quarts de la galaxie, ça ne l'empêcherait pas de se remettre sur pied. L'air du temps qui imprègne l'esprit des peuples faisait le boulot. Les hommes d'état, généraux et autres sortes de commanditaires qui faisaient bouger les choses y arrivaient précisément parce qu'ils avaient suffisamment de gens pour les suivre ; point d'action significative sans qu'un peuple y soit disposé. Ils étaient tous tributaires les uns des autres, et le tout formait finalement un système complexe parfaitement huilé, qui s'autorégulait et ne laissait donc la place à aucune déviance par rapport à ce que le strict déterminisme causal pouvait laisser deviner. Les scientifiques étaient dans le même cas : eux, ils n'avaient pas besoin de tout ça, non, mais leurs découvertes se rapportaient au dévoilement et à l'exploitation de lois déjà contenues dans l'univers lui-même. Tout ce qui doit être découvert finira par l'être ; les seuls faits significatifs à long terme restent donc ceux qui influencent l'Histoire profondément sur une période non négligeable par rapport à la durée d'existence de l'humanité. Ca pourrait être, par exemple, son extinction : on n'est pas passé loin, ça va sûrement laisser des traces pendant un moment. Considérant tout ça, quelle est donc l'utilité de mes travaux alors ? Ai-je écrit tout ça pour rien, si le monde peut se remettre sur pied sans que je fasse quoi que ce soit ? Mes objectifs sont en réalité bien modestes. Tout ce que je souhaite, c'est accélérer ce phénomène inéluctable. C'est bien tout ce dont je suis capable, et je trouve que ce serait déjà pas mal. Quelques générations seront sauvées de la misère, c'est bien assez comme preuve de philanthropie je trouve. Après avoir ruminé ces pensées, je me rendis à l'adresse qu'on m'avait indiquée, me demandait qui pouvait bien être la personne que j'étais censé trouver là.
CHAPITRE 3 : Contrat juteux
C'était un bâtiment assez austère, cubique, coincé entre deux immeubles. De l'extérieur, on aurait presque dit un bunker. L'emplacement était plutôt bon, avec des commerces aux alentours et une pizzeria juste en face, il y avait de quoi faire. Cependant le bâtiment ne donnait pas vraiment envie d'y pénétrer. Je toquai à la porte, curieux de voir quel genre de personne pouvait bien accepter de vivre dans un endroit pareil. Un homme ouvrit la porte pour m'accueillir.
— Bonjour, qu'est-ce que je peux faire pour vous ?
— J'aimerais... En fait, on m'a dit de venir ici...
Ca m'avait un peu déstabilisé de le voir. Il avait une certaine allure, avec son costard, sa cravate verte et l'air assuré qu'il dégageait ; on aurait dit un businessman typique, avec des cheveux noirs presque courts, retroussés vers l'arrière, et qui commençaient à être parsemés de gris, de légères rides dans lesquelles on pouvait lire une force de caractère acquise au cours d'une longue période. Je m'attendais à une sorte d'ermite dépravé vu ce que je connaissais du bâtiment.
— On vous a parlé de moi ? Est-ce que je devrais avoir entendu parler de vous ?
— Je m'appelle Jacob Neveon, mais je doute que ça vous dise quelque chose.
— Moi, c'est Richard D. Knight. Mais appelez-moi Richard. Je n'ai pas souvent de visites... mais venez donc vous assoir, qu'on voie de quoi vous voulez bien me parler.
L'intérieur n'était pas du tout ce que l'on pouvait supposer quand on voyait l'édifice depuis l'avenue : bien que tout à fait fonctionnel, sans décoration ou autre fioritures, c'était propre, net et bien équipé. En particulier, au milieu de la pièce se trouvait un grand bureau, dans lequel étaient encastrées plusieurs unités centrales et sur lequel se trouvaient un grand nombre d'écrans. Du physique, pas du holo comme ma montre : après tout, c'était quand même mieux que d'avoir un affichage à travers lequel on voyait tout ; question de lisibilité. En tout cas, ce n'était sûrement pas pour impressionner le client, vu que cet endroit n'était clairement pas destiné à accueillir des visiteurs régulièrement.
— Café ?
— Volontiers.
Il rapporta deux tasses de ce qui devait être la cuisine, une des pièces à laquelle menait une des deux portes qui se trouvaient dans le fond de cet espèce de bureau.
— Alors, commença-t-il en prenant une pose décontractée au fond de son siège, qu'est-ce qui me vaut l'honneur de votre visite ?
— Alex Londerian. Il m'a dit de venir ici, pourquoi, je n'en ai aucune idée.
— Je vois... Il vous a dit ce que je faisais ?
— Rien du tout. Mais je viens d'arriver sur cette planète, alors s'il m'a dit de me rendre ici, j'imagine que c'est pour une bonne raison.
— Ah, vous êtes un des otages. Dommage qu'ils aient foiré leur coup avec Longrin, vous seriez toujours tranquille chez vous à l'heure actuelle.
— Le président Longrin ? Qu'est-ce qu'il a à voir là-dedans ?
— Il nous vous a même pas expliqué ça... Le plan, c'était de le capturer pour avoir une monnaie d'échange contre la libération de quelques uns de ses hommes, mais il avait déjà rejoint sa destination plus tôt que prévu, alors pas moyen de l'attraper... Alex s'est rabattu sur les otages qu'il a pu prendre, et vous avez juste eu la malchance de vous trouver parmi eux.
— Je me disais bien que je n'avais rien à faire là, un historien ce n'est pas une matière de grande valeur dans ce genre de petit commerce.
—Un historien, voilà qui est intéressant ! J'en cherchais justement un, ça doit être pour ça qu'il vous a envoyé ici. On peut parler affaires maintenant, dit-il en posant ses coudes sur le bureau et en joignant ses mains. Je dirige la maison d'édition Arcanes, spécialisée dans tout ce qui concerne l'histoire, l'actualité, l'économie... Bien que je vive ici pour certaines raisons. Je cherchais justement quelqu'un pour un nouveau projet. Il va me falloir un livre d'histoire un peu particulier, j'imagine que ça peut vous intéresser, il me faut quelqu'un de jeune et dynamique pour ça.
— Qu'est-ce que ça peut bien avoir à faire avec la rédaction d'un livre ? m'étonnai-je.
— Il s'agira de relater l'histoire au jour le jour ! Il me faut quelqu'un qui sera sur place au moment des faits pour retranscrire les détails avec un maximum d'exactitude ! Et croyez-moi, les choses risquent d'être mouvementées.
— Mais de quelle sorte d'histoire vous me parlez ? Le futur ?
— Exact. Un futur très proche, j'imagine, et il me faut quelqu'un le plus vite possible. Je serai dans le pétrin si je ne trouve pas quelqu'un rapidement. Ca fait des mois que le Parlement débat sur la modification de l'article L-714 de la constitution, mais je n'ai aucun doute sur son issue, ils vont bien devoir finir par la valider.
L'article L-714, c'était celui qui limitait l'ingérence de l'Alliance parmi les différentes planètes-nations ; il y était stipulé qu'elle ne pouvait intervenir militairement que lorsque se produisaient des incidents de niveau 8 à 10, voire moins si une demande était formulée par le gouvernement de la planète en question.
— Et alors ? Que le niveau baisse à 6 ou 7, qu'est-ce que ça va bouleverser exactement ?
— Si ce n'était que ça, il n'y aurait pas de problème. Mais certains parlent de le faire baisser jusqu'à 3.
— Ce sont des extrémistes. C'est impossible, ça reviendrait quasiment à renvoyer les gouvernements autonomes au rang de sous-fifre. La cohésion de l'Alliance serait brisée et il y aurait une révolution, même s'il existe des assoiffés de pouvoir, personne ne veut prendre le risque d'en arriver là.
— Oh, ils le savent bien. Mais ils capitalisent sur la possibilité d'un renversement de situation. Ces derniers temps, les pirates de l'espace, et je parle de vraies saloperies, pas des gens comme Alex, se mettent à agir bizarrement. Certains font beaucoup de morts pour pas grand-chose pendant leurs assauts, et le phénomène semble aller croissant... Personne n'y comprend rien, alors j'aimerais que vous alliez enquêter à ce sujet et faire la lumière sur cette affaire. Si, comme je le pense, les prochains mois vont profondément modifier l'histoire pour un long moment, on a de quoi faire un best-seller, et j'imagine bien pouvoir inaugurer ma technique d'ingestion mémorielle avec ça...
—J'imagine qu'il n'y a pas de mauvaise occasion de renflouer les caisses. Mais l'ingestion mémorielle ?
— Un procédé qu'un laboratoire avec qui je suis en association est en train de mettre au point. Il ne s'agira ni plus ni moins que de vendre des livres en poudre. Un produit bourré de sérotonine et de marqueurs ciblant précisément les connexions synaptiques à renforcer... Pas évident à faire, il paraît, puisqu'il faut aussi y joindre une colonie de nano-robots dotés d'une IA perfectionnée capable d'analyser la structure du cerveau de chaque individu afin d'y adapter le produit. Je ne connais pas les détails, le jargon biologique, ça me dépasse, mais les scientifiques semblent assurés de pouvoir y arriver. Au final, tout ça servira à injecter directement et instantanément des informations dans le cerveau, sans prendre le temps qu'il faut normalement pour finir un livre. Ce n'est pas l'idéal pour savourer un roman, mais pour tous les livres à caractère informatif, le succès est garanti.
— C'est impressionnant ce que vous faites ! Avec ça je suis assuré de me faire connaître ! Allez, dites-moi donc où je dois me rendre et ce que je dois faire précisément.
— Quel enthousiasme ! Mais n'acceptez pas si vite, je dois déjà vous montrer quelque chose.
Nous sortîmes de cet endroit pour rejoindre l'avenue. J'étais bien impatient de savoir de quoi il voulait parler, même si j'étais déjà plutôt confiant, ce qu'il venait de me raconter était plutôt alléchant. J'avais quand même quelques doutes sur la fiabilité de la chose, mais bon, pourquoi pas tenter le coup ? Il avait l'air de tenir à m'éditer, en tout cas. Il ne fallait pas que j'omette de détails, et pas question de censurer quoi que ce soit, et c'est donc grâce à lui que vous pouvez aujourd'hui lire ceci. On peut dire que la collaboration aura été fructueuse, et j'en ai appris pas mal. Si quelqu'un m'avait révélé tout ce qui se tramait à travers la galaxie à l'époque, je l'aurais pris pour un cinglé, mais voilà, les faits sont les faits et quand ils s'imposent à nous avec tant de force il n'y a plus rien à y faire. Nous allâmes à la station bêta-Vac, dont je ne savais pas si elle était unique ou non à cette planète, qui nous permettait de voyager d'une planète à l'autre. Les gardes qui surveillaient les entrées-sorties de cette planète rebelle nous laissèrent passer lorsque Richard se présenta.
— On va sur quelle planète ? lui demandai-je.
— Glennis. Un petit coin, tranquille, enfin ça l'était il n'y a pas si longtemps que ça. Depuis un moment déjà des pirates de l'espace reviennent régulièrement, ils profitent que l'Alliance n'a pas encore envoyé un détachement militaire pour remédier à la situation. J'aimerais que vous vous y rendiez, vous aurez toutes les chances de subir un raid dans les prochains jours. Ca sera une bonne occasion de récolter des informations.
Tout surpris que j'étais, je me demandai de quelle genre de blague il s'agissait. Risquer de me faire exploser juste pour avoir quelque chose à dire sur les pirates de l'espace ? Ce n'était pas convenable. Il fallait bien qu'il y ait autre chose. Je protestai mais il m'incita à le suivre. Nous marchâmes jusqu'à une borne Luminos, d'où l'on pouvait accéder à tout et n'importe quoi. Du petit réceptacle situé au sol jaillit l'hologramme d'une élégante jeune femme dont il était bien regrettable qu'elle ne soit pas là en chair et en os.
— Bonjour, que puis-je faire pour vous ?
— J'aimerais accéder à mon compte de la banque générale Valis.
— Très bien. Veuillez patientez, j'effectue la liaison avec la banque.
Cinq secondes plus tard, une tige de métal avec un petit capteur tactile au bout sorti d'un orifice devant la borne d'accès.
— Veuillez indiquer votre numéro de compte.
— RS-428-123-45-A.
— Passez maintenant votre index sur le capteur situé devant vous pour confirmer l'accès.
Il s'exécuta et ouvrit la page de transfert.
— Voilà, on y arrive. J'ai une petite avance à vous faire, je suis sûr que ça vous convaincra à partir. Vous n'avez qu'à me donner votre numéro de compte et j'effectue le virement.
— Hé, ho, j'ai dit que ça ne me tentait pas, ce n'est pas un peu de fric en plus qui va y changer quelque chose, je tiens à la vie tout de même !
— Allons, soyons raisonnables. J'avais bien envie de vous donner une avance de 10% par rapport à la somme totale, et vous gagnez en plus 40% du prix de vente sur chaque exemplaire vendu si vous finissez ce bouquin. Je parle d'un contrat à 2 millions de Cos, là, j'espère que vous ne vous dites pas que je vous prends pour un guignol.
— 2 millions de Cos ? Juste pour un bouquin ? Ma foi... Ca voudrait dire que j'empocherait 200000 tout de suite ? C'est à voir...
— Non, non, je crois n'avoir pas été assez clair. Les 2 millions, c'est les 10%. Vous aurez le reste après. Bien sûr, ça ne couvre pas certains frais, l'éventuel soutien logistique et autres détails... Et c'est une base, je pourrai bien sûr augmenter la mise en fonction des circonstances.
«Bien sûr» ? Il avait prononcé ça comme une évidence. Bon sang, c'est une somme ! De quoi me payer une maison high-tech dans un coin huppé et vivre avec les intérêts pour le restant de mes jours. Qu'est-ce qu'il pouvait bien gagner à jeter l'argent par les fenêtres comme ça ? Il faudrait des centaines de milliers, voire des millions d'exemplaires vendus pour rentabiliser un tel investissement, c'était bien au-delà de tout ce qu'on pouvait attendre d'un livre d'histoire. Il m'avait bien expliqué qu'il capitalisait sur sa nouvelle méthode de diffusion révolutionnaire, mais tout ça ne me paraissait pas net. Cela valait-il le coup de risquer sa vie sur des champs de batailles ? Assurément oui, pensai-je à ce moment-là. Mais je voyais ça comme une expérience de pensée, pas quelque chose de réel. Je n'arrivais pas à prendre tout ça au sérieux, au fond de moi. Quand j'ai accepté, c'était presque par jeu, dans l'espoir qu'il se trahisse et révèle la supercherie.
— Bien, voilà que nous nous entendons. Votre numéro de compte, je vous prie ?
— A la banque Tevalios, 4519435678-ST.
— Voici, dit-il à l'hologramme, j'aimerais transférer 2 millions de Cos sur le compte 4519435678-ST chez Tevalios, virement immédiat.
— Transaction en cours... Opération effectuée avec succès. Autre chose ?
— Ce sera tout.
— La compagnie Icelius vous remercie d'avoir utilisé ses services.
L'hologramme disparut. Alors, finalement, c'était bien réel. J'étais propriétaire d'un joli petit pactole, qui m'avait été confié sur la base d'une simple relation de confiance, par un homme que je venais de rencontrer dans la journée et qui n'avait aucune raison particulière de se fier à moi. C'était dur à avaler, mais je devais m'y faire. Après tout, la chose était entendue, et je n'avais pas de raison de m'en plaindre. J'allais mettre ma vie en jeu, mais qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour de l'argent ? Une vie de millionnaire, ça ne se refuse pas. Et le frisson de l'aventure ! Vivre l'histoire en direct ! Ce n'était pas une si mauvaise chose, me dis-je finalement, de mettre un peu de piment dans ma vie de cette façon. Il fallait bien que j'en fasse quelque chose de ma vie. J'étais tout enthousiaste.
— Pas de problème ! Je suis votre homme ! Où est-ce que je dois me rendre une fois sur Glennis ?
— Là, c'est à vous de vous débrouiller. Il va falloir trouver le point d'où les vaisseaux décollent car ce sera là que les batailles auront lieu. Vous pourrez vous renseigner sur place, mais pas question de faire du tourisme, il s'agit d'une planète à l'atmosphère hostile, alors tout le monde vit sous terre, selon les dispositions de la compagnie qui possède la planète pour continuer à extraire ce qui s'y trouve. Pour s'y rendre, il faut prendre un vaisseau depuis la planète Carmi située dans le voisinage, puisque le beta-Vac de là-bas a été détruit lors d'une attaque.
— Bah, j'imagine que je ne peux pas toujours tomber dans les meilleurs coins. Hé mais attendez, s'il n'y a pas de beta-Vac, comment je fais pour vous contacter ? Il en faut bien un pour transférer les ondes de télécommunication, non ?
— C'est vrai. Je ne peux vraiment rien faire pour vous sur ce coup. Mais je vous souhaite bonne chance.
— Ca promet...
Je pris tout de même son numéro de fréquence, au cas où. Nous nous quittâmes ensuite, et j'attendis d'être dans la tranche horaire où le téléporteur était réglé sur Carmi pour m'y rendre. Je débarquai dans un hall semblable à tous ceux qui accueillaient ces téléporteurs géants, à une exception près : le téléporteur était gardé par plusieurs dizaines de personnes armées, sans uniforme toutefois, auxquelles faisait face tout une rangée de policiers. Sûrement des civils. Je n'avais vraiment pas de chance, ces temps-ci. On a été forcés, moi et les autres visiteurs, de sortir tout de suite du bâtiment. Apparemment, ils bloquaient l'accès à ceux qui voulaient partir de cette planète, mais tout ça n'avait pas encore dégénéré en massacre. Sûrement une mesure de la dernière chance menée par des citoyens frustrés au nom de je ne sais quelle cause. Tout cela ne me concernait pas, me dis-je, puisque j'étais venu ici pour voyager à travers un vaisseau de transport, parce que je n'avais pas encore réalisé les complications que ça allait entraîner. Alors que je me rendis la station la plus proche indiquée par le GPS de ma montre, on m'apprit que du fait de la situation, toutes les places disponibles avaient déjà été réservées pour des mois à l'avance. Je contactai Richard pour savoir s'il avait un moyen de m'aider.
— J'aimerais bien, mais je ne peux pas envoyer un vaisseau comme ça... Vous savez bien que là où je me trouve les choses ne se passent pas de manière tout à fait légale. Si j'envoyais un vaisseau non homologué, ça ne causerait que des problèmes. Il va falloir que vous trouviez un autre moyen.
Ce coup-ci, j'étais vraiment coincé. Je m'assis sur un banc, tout dépité. Je me connectai à l'Ouroboros sur ma montre pour savoir ce qu'il en était. Apparemment, la manifestation avait lieu depuis deux jours, et avait pour objet le refus de la vente par le gouvernement actuel de la planète à une compagnie privée qui avait fait une offre alléchante. Ca se comprend, après tout. Personne ne voulait quitter son petit confort démocratique pour vivre sous une sorte de régime dictatorial juste pour qu'un PDG puisse contempler l'augmentation de la valeurs des actions de sa société. Pourtant, ce genre d'opération était tout à fait légal aux yeux de la constitution de l'Alliance. Le capitalisme sauvage pouvait difficilement contenter tout le monde, et voilà que ça me retombait dessus alors que je n'avais rien demandé. Je me demandai bien ce que j'étais censé faire, du coup. J'eu une idée qui me parut plutôt audacieuse et je décidai de revenir vers le téléporteur. Le temps de mon aller-retour, la situation n'avait pas changé, les deux camps en présence n'avaient encore rien entrepris. Je m'avançai tranquillement face à ces derniers et pris la parole, tout plein d'assurance que j'étais.
—J'aimerais parler à votre chef !
— On n'a pas de chef, nous. On est tous égaux, fit l'un d'eux.
— Oh, ne me faites pas ce coup-là. Si les flics n'ont pas encore agi, c'est bien parce qu'il doit y avoir des bombes cachées ici, des snipers dans les immeubles d'en face ou je ne sais quoi. N'essayez pas de me faire gober qu'il y n'y a personne pour coordonner tout ça.
— Je suis en charge de la gestion, continua un autre, qu'est-ce que vous voulez ? Vous êtes qui ?
— Un ami. J'aimerais vous proposer un arrangement... de façon privée, si possible.
Il envoya deux hommes me fouiller. Comme il voyait bien que je ne prévoyais pas d'entourloupe, il accepta de me suivre dans une salle dont nous fermions la porte.
— Alors comme ça, vous avez quelque chose à me proposer ?
— Rien de plus que ce que vous pouvez souhaiter. Assez d'argent pour vous et vos hommes de sorte que chacun puisse quitter cette planète et vivre tranquillement un bon moment.
— Mais vous n'avez rien compris ! Rien ! protesta-t-il en tapant du poing sur la table. Les habitants de cette planète sont de vrais patriotes, même si beaucoup de gens trouvent cette idée obsolète. Nos ancêtres se sont tués à la tâche pour bâtir cette planète, le moins qu'on puisse faire, c'est de prolonger cet effort pour en faire un monde prospère. Si on avait la moindre intention de s'en aller, ce serait déjà fait, l'argent n'y changerait rien. On est tous solidaires, personne n'a envie que ses concitoyens soient exploités jusqu'à ce qu'on en crève tous.
— Je trouve que vous exagérez un peu trop. Ce n'est pas la joie, mais personne n'a l'intention de vous massacrer en masse.
— Evidemment, ce n'est pas dans leurs intentions, mais ils savent qu'il y a beaucoup plus de ressources dans les niveaux des mines inférieurs à ceux dans lesquels nous creusons habituellement. Seulement, il y a là-bas des créatures qui rôdent... Ces saloperies ont déjà bouffé plusieurs des nôtres. Mais on n'a pas de preuve, rien, alors on sait très bien que ça ne les empêchera pas de nous y envoyer. Pour l'instant, ce n'est pas encore le cas, car le gouvernement ne pourrait pas se permettre un tel scandale, mais dans le secteur privé c'est différent. S'il n'y avait pas ces bêtes qui rôdaient à travers le sol de notre planète, on pourrait extraire assez de ressources pour surenchérir et racheter nous-mêmes cette planète...
— Des créatures ? Pas de preuve ? Vous vous foutez de moi ? Je vais y faire un tour, moi, dans vos mines. On verra bien ce qui s'y trouve.
— Mais vous allez y rester !
— Ecoutez. J'ai un boulot à faire et ça va me rapporter un max. Seulement, à cause de vous, je ne peux même pas voyager pour l'accomplir. Alors je vais voir ce qu'il en est, que vous le vouliez ou non.
— Vous n'y arriverez pas tout seul. Je vais voir ce que je peux faire.
Nous rejoignîmes les autres, qui se tournèrent vers nous, curieux de savoir de quoi on avait pu parler. Le chef scruta un à un les différents membres de son groupe, l'air pensif. Finalement, il fit une déclaration.
— Briggs, Salyan, Kal, Claius, suivez-moi. Vous allez vous rendre dans les abysses avec Jacob.
— Les abysses ? répliqua un des concernés. On va y passer si on y va, comme tous les autres avant nous. Vous voulez nous envoyer au casse-pipe ?
La situation était tellement cocasse que je ne pus m'empêcher d'éclater de rire. J'avais subi tant de choses en si peu de temps, que l'ironie de la situation suffit à mettre en moi le feu aux poudres, et je déchargeai ainsi toute cette tension que j'avais accumulée.
— C'est ça, vos révolutionnaires ? m'exclamai-je après avoir réussi à reprendre un peu mon calme. Une bande de fiottes même pas capables de risquer leur vie pour défendre leur planète ? Bravo les patriotes ! C'est du beau boulot ! La nation est fière de vous !
Ca les avait déstabilisés, les types. Visiblement, j'avais touché leur amour-propre, ou bien je les avais embarrassés, puisqu'ils ont finalement décidé de m'accompagner, en dépit de tout ce que ça pouvait leur inspirer de mauvais. Je sortis accompagné de ces quatre personnes, pour une aventure qui se révéla certes plutôt insolite.
Chapitre 3 lu. Très classique, pas de surprises mais ça fonctionne bien et c'est plutôt bien écrit (attention tout de même à certaines longueurs, le dernier paragraphe est un peu mal passé pour moi, ne serait-ce que par manque d'aération).
J'aime beaucoup ton personnage principal, tout flegmatique et serein malgré tous les trucs qui lui tombent dessus. Ça change des personnages que les écrivains font paniquer pour rien juste dans le but de créer une fausse action dans le récit. ![]()
C'est mon côté un peu stoïque et blasé qui ressort
je me suis rendu compte après avoir posté que j'avais oublié d'aérer ![]()
J'ai lu et j'ai bien aimé. Particulièrement le chapitre 2, moins le prologue, je préfère quand c'est plus concret. Mais apparemment, il m'en manque un bout parce que j'ai lu 15 pages word et qu'il a l'air d'y en avoir plus.
J'ai pas pensé a t'envoyer la dernière partie je fais ça en rentrant ![]()
Chapitre 3 lu (je me suis trompé à mon dernier message, c'était chapitre 2 à ce moment). Apparemment, ton univers semble s'émanciper peu à peu du moule basique des récits de SF et s'enrichir peu à peu, c'est cool. C'est très détaillé aussi, tu évoques des technologies, des lois, des systèmes économiques et tout, c'est très sympa et ça crédibilise beaucoup l'histoire. Personnellement j'adore cette idée "d'ingestion mémorielle", c'est très original.
Par contre, tes personnages ont des réactions souvent un peu étonnantes, ils manquent beaucoup de crédibilité et de logique. J'ai du mal à les comprendre la plupart du temps.
Ah c'est curieux j'ai pourtant l'impression de faire quelque chose de très basique. Pour les personnage je ne sais pas ce qui pose problème... faudra que je relise, j'ai peut-être écrit des conneries en allant trop vite ![]()
CHAPITRE 4 : Les abysses
— Vous ne savez pas à quoi vous avez affaire, me dit Claius, l'homme le plus grand et musclé de la bande alors que nous nous dirigions vers une station alpha-Vac. Faudra pas vous dégonfler quand on arrivera.
— Si vous me disiez ce dont il s'agit, ça clarifierait les choses, non ?
— Il y a des monstres qui rôdent dans les profondeurs de la mine, mais on ne sait pas ce que c'est. Personne ne les a jamais vus, à part ceux qui ont eu le malheur de s'aventurer hors de certaines limites... Mais ceux-là ne sont jamais revenus...
Je dois avouer, cher lecteur, que le taux d'adrénaline qui avait déclenché en moi une insouciante allégresse commençait à baisser. Après tout, je me lançais dans une entreprise qui pouvait se révéler bien périlleuse ; comme personne ne savait à quoi s'attendre, toutes les spéculations étaient possibles. Ce à quoi nous allions nous confronter pouvait tout à fait être assez puissant et vicieux pour nous massacrer sans nous laisser le temps de nous en rendre compte. Je me suis demandé si tout cela n'était pas qu'un mythe inventé par une bande de paysans superstitieux, mais un indice me laissait penser qu'il y avait bien un fond de réalité dans tout ça.
J'ai demandé ce qu'était cette ressource qu'on extrayait ici et on m'a expliqué qu'il s'agissait d'iridium, un métal qu'on utilisait pour des coques ou n'importe quoi qui avait besoin d'une solidité et d'une résistance à toute épreuve. Cela ne pouvait pas être une coïncidence : une quantité bien plus grande d'iridium était enfouie dans les niveaux inférieurs, tandis que ceux auxquels acceptaient de se cantonner les mineurs fournissaient une quantité viable, suffisante pour rendre cette planète compétitive, mais sans commune mesure avec ce qu'ils pourraient en tirer s'ils en exploitaient tout le potentiel. Le problème était cette menace qui, sans apparaître au grand jour, faisait apparemment savoir qu'elle était bien présente lorsqu'on s'en approchait trop. Si on parvenait à découvrir le lien entre cette chose et le taux d'iridium, les mineurs pourraient se faire un paquet de fric et je pourrais continuer ma route. J'étais donc impatient de m'y rendre, bien que cela était mêlé d'une forte appréhension.
Après nous être téléportés, nous nous sommes retrouvés dans une station située à la base d'un des versants d'une vallée, à quelques dizaines de mètres du fleuve qui la traversait. Une brise agréable circulait à travers la dense végétation. La pente était douce, et on pouvait voir depuis là la forêt qui s'étendait sur chaque versant. La nature s'était emparée de cette terre autrefois peu accueillante : de forts torrents l'avaient façonnée au fil du temps, les arbres l'ont colonisée et les aspérités ont fini par se tasser, pour donner l'allure qu'elle a actuellement, et qui est pour nous comme immuable, incapables que nous sommes de seulement pouvoir imaginer ce que représente l'échelle temporelle géologique par rapport à notre espérance de vie. Les montagnes, depuis bien longtemps érodées et arrondies, s'opposaient par leur élégance et leur sérénité au tumulte que nous nous causions à nous-mêmes. Je me sentais comme un intrus, face à un système qui s'autorégulait avec tant de perfection. Quoique l'on fasse, quels que soient les progrès de la science, aucune de nos œuvres ne saurait approcher en élégance, en équilibre et en immensité cette harmonie naturelle. Nous étions bien trop limités, et surtout, nous vivions dans des périodes bien plus courtes, où une vie humaine, ou même celle d'une civilisation, était négligeable par rapport à l'éternité dans laquelle cet édifice semblait plongé.
Nous avons descendu la pente jusqu'au fleuve en suivant un chemin de terre, dans un silence rompu seulement par le bruit de brisement des brindilles qui traînaient ça et là. Il ne semblait pas y avoir de faune en activité dans les environs, ce qui est toujours rassurant : on ne connaît pas toutes les étrangetés qui peuvent peupler tous les mondes habités. Lorsque nous sommes arrivés au fleuve, je m'apprêtai à y plonger pour passer de l'autre côté, mais l'un des hommes m'en empêcha en me retenant par l'épaule.
— Il ne vaut mieux pas passer par là.
— Qu'est-ce qu'il y a, elle est trop froide ?
— Trop hostile. C'est rempli de poissons carnivores, là-dedans. L'eau est claire aujourd'hui, ils pourraient nous repérer à la vue, sans même avoir besoin d'employer leur odorat pour repérer d'éventuelles coulées de sang. On va prendre le pont en bois pas loin du village, à cinq kilomètres d'ici.
— Si loin que ça ? Ce n'est pas très pratique comme aménagement. Devoir faire tout ce chemin à pied, sur un terrain laissé à la merci de la nature alors qu'on a une cave aux trésors qui se trouve au bout ? Il y a des progrès à faire sur la logistique.
— C'est parce que la mine est récente. On ne devrait même pas appeler ça une mine, d'ailleurs, puisqu'on a encore presque rien aménagé à l'intérieur. Ce sont des citoyens, des anciens mineurs voulant s'émanciper des grandes compagnies qui ont commencé à y travailler pour fonder eux-mêmes une entreprise plus démocratique possédée à majorité par les salariés. Naturellement, cette tentative a été avortée vu ce qu'on y a découvert.
C'est-à-dire pas grand-chose, me dis-je. Plus j'en apprenais, plus j'avais l'impression que la superstition s'était emparée de l'esprit de ces gens. Un mal mystérieux, enterré vers un village isolé au fin fond d'une forêt ? Alors que nous avancions le long de la rive, je sentais l'inquiétude me quitter peu à peu. La conviction que tout ceci n'avait ni queue ni tête s'installait en moi, et lorsque nous sommes arrivés au village, je n'avais plus à l'esprit que l'envie d'aller vérifier de quoi il en retournait, sans appréhension quelconque. Bien sûr, il y avait toujours un danger potentiel, et je ne mets pas cette impression sur le compte de ma rationalité, car c'était dû uniquement à ce que j'avais pu connaître des rumeurs qui décrivaient la situation. Des rumeurs et rien d'autre, vraiment rien de concret, seulement des gens qui ont disparu : aucune idée du pourquoi ni du comment. Il fallait donc se méfier, évidemment, et je décidai que j'avancerais avec prudence quoiqu'il arrive, mais au moins je n'avais aucune peur qui viendrait entraver mon avancée.
Il n'y avait guère qu'une cinquantaine d'habitations. La situation était vraiment précaire : il s'agissait de maisons en bois, ce qui était probablement le moyen le plus économique et simple pour s'installer rapidement dans un lieu vierge de toute civilisation. Toutefois, seul l'état encore correct des bâtiments montrait à quel point ce village était récent : il n'y avait pas âme qui vive ici, tout le monde avait dû s'en aller vers des terres moins hostiles. Le village était traversé par un chemin de terre cabossé que commençaient à recouvrir les hautes herbes.
— Vous savez manier une arme ? me demanda Briggs.
—Je n'en ai jamais touché de ma vie, mais ne vous tracassez pas avec ça, j'imagine qu'à vous quatre vous ferez bien l'affaire, non ?
— Peut-être, peut-être pas. Mais mince... j'hésite à vous donner une des armes qui se trouvent à la planque, du coup. Il y a en a qui sont cachées dans ce village et qui pourraient servir, selon ce qu'on va trouver. Je vous en passerais bien une, mais le temps que vous appreniez à vous en servir, il fera sûrement déjà nuit.
— Je suis peut-être inculte, mais pas incapable. On est encore en plein jour, j'imagine que ça me laisse de la marge.
Il n'avait pas l'air bien convaincu.
— Les journées sont courtes, ici. Une rotation de la planète sur elle-même ne prend même pas six heures, alors la nuit va tomber bien plus tôt qu'elle n'en a l'air, et c'est un risque que je n'aimerais pas courir. Des prédateurs rôdent, la nuit.
— Qu'est-ce que c'est que ça ? Encore une de vos histoires à dormir debout ?
Son froncement de sourcils m'indiqua qu'il releva la pique, mais il continua comme si ce n'avait pas été le cas.
— Ce sont des bestioles volantes qui flottent calmement dans les airs, jusqu'à ce qu'une proie soit suffisamment proche pour qu'elles foncent dessus, et injectent une substance paralysante avec leurs longues dents effilées. Et ensuite, c'est le grand festin. Le truc, c'est qu'elles savent se rendre utiles, puisqu'elles produisent de la lumière, mais on préfère se balader quand on n'a pas à les croiser.
— Hé, je n'ai pas envie d'avoir à subir ça moi ! Donnez-moi au moins quelque chose pour me défendre !
— On trouvera bien un truc simple à manier. De toute façon, on doit y passer pour aller chercher des lampe-torches.
Nous nous rendîmes à l'autre extrémité du village, où nous attendait une grande trappe circulaire en métal au milieu de ce qui ressemblait à un jardin. Claius tourna la manivelle et nous descendîmes le long d'une échelle constituée de barreaux accrochés à la paroi. Il n'y avait rien de très impressionnant en bas : à vrai dire, je ne m'attendais pas à voir des équipements de haute technologie dans un trou paumé comme celui-là, donc ce ne fut pas une surprise. Parmi ce que je reconnaissais, il y avait surtout des équipements standards : pistolets, fusils d'assaut, grenades, et quelques bombes ionisées... Ces gens devaient effectuer beaucoup d'allers-retours de nuit pour avoir besoin d'un tel arsenal pour se défendre. Je me demandais d'où ils pouvaient tenir tout ça, bien que ça n'avait pas grande importance. Claius me tendit une sorte de rectangle allongé, qui se fixait au dessus de la main à l'aide d'un bracelet à attacher autour de celle-ci.
— Il y a deux compartiments, m'expliqua-t-il. Un doté d'une lame rétractable : pour la faire sortir, tendez le bras vers l'avant d'un coup sec, effectuez le mouvement inverse pour la faire rentrer. Dans l'autre compartiment se trouvent des pointes explosives. Pour en tirer, repliez les doigts afin d'appuyer sur le bouton qui se trouve sur la partie du bracelet accolé à la paume de la main. Appuyez sur le bouton sur le côté pour la visée laser.
C'était plutôt simple, pensai-je. De quoi me tirer d'un éventuel imprévu. Je m'exerçai à appliquer les mouvements qu'il m'avait indiqués, en me contentant de tester ma lame : je n'allais bien sûr pas gaspiller ma réserve de munitions. L'objet était relativement lourd, il devait peser dans les deux kilogrammes, ce qui mine de rien se faisait sentir après une séance d'étirement comme ce que je venais de faire. Les autres, déjà bien armés, se contentèrent de se servir en munitions, puis nous remontâmes. Nous avons continué de marcher le long du chemin jusqu'à une ouverture taillée dans une pente abrupte, ceinturée de barrières de bois.
— Alors, on y est, hein ? dis-je d'un air assuré.
— Ouais... qu'on règle ça vite fait et on se barre d'ici.
Nous avançâmes le long de la galerie souterraine aux murs de pierre. Il n'y avait rien de bien extravagant ici : chariots, foreuses, haveuses, boulonneuses... le tout éclairé par quelques lumières orangées disposées le long du chemin. L'ambiance était certes pesante et pouvait pousser à la claustrophobie, mais c'était tout ce qu'on pouvait en dire. Les seuls bruits qu'on entendait étaient ceux de nos pas qui agitaient le gravier étalé le long de la galerie. Sans prendre d'embranchements, nous avons continué tout droit jusqu'à un passage bloqué par des planches cloutées contre l'entrée.
— C'est à partir de ce passage que les gens ont commencé à se faire enlever... bouffer... enfin je n'en sais trop rien, déclara Kal. Observez partout autour de vous, ne laissez pas à l'ennemi l'occasion de vous surprendre. Tout devrait bien se passer, si on suit ce protocole.
Evidemment, il n'en était pas convaincu, et n'arrivait même pas à faire semblant. Sa voix était fluctuante et manquait d'assurance. Pour ma part, rien d'inquiétant : aucun cri de monstre ne se faisait entendre, et la seule différence avec le reste de la mine était que nous devions éclairer le chemin à l'aide de nos lampes-torches, puisqu'aucune lumière n'était accrochée au mur. On avançait, orientant nos lumières dans tous les sens, à l'affut d'un prédateur silencieux. A l'inverse des tunnels tortueux de la mine, ici on ne faisait qu'aller tout droit. Au bout d'un moment, je finis par me cogner contre un morceau de plafond trop bas et lâchai un juron qui fit sursauter mes compagnons. Rien de réellement grave, me dis-je à l'instant, j'avais juste une légère ouverture sur le front, et un peu de sang s'était étalé sur la roche. Nous continuâmes notre route, pendant encore environ deux minutes, jusqu'à ce qu'une vision s'imposa à moi et faillit me faire sombrer dans la folie.
Il y avait un bout de plafond bas, ici également... même forme... une coulée de sang qui avait suivi les rainures de la roche d'une façon exactement identique à celle dans laquelle je m'étais cogné plus tôt... Je n'y comprenais rien. Tout ce qui me faisait désormais avancer, c'était une angoisse absolue alors que la réalité s'effritait sous mes yeux. A chaque même intervalle de temps, je revoyais cette tâche alors que je ne faisais qu'avancer. J'étais piégé au sein d'un éternel cauchemar, avec pour seule compagnie la terreur des abysses. J'avançais sans plus me préoccuper de rien, avec le vain espoir que j'allais finir par sortir de cet... endroit ? Le mot ne convenait guère. J'étais hors de l'espace-temps, alors que ce que je connaissais de la réalité disparaissait peu à peu au profil de l'insanité qui grouillait en moi... Je ne sais même pas quand ça s'est produit, mais mes compagnons ont fini par disparaître, alors que mon attention se concentrait sur mon pauvre esprit meurtri, et je me retrouvai seul. Ce n'était pas des monstres qui les avaient dévorés, c'était le néant qui avait surgi des tréfonds de cette planète pour nous avaler tous... Je ne savais plus quoi penser. Je ne pouvais même plus penser, et tout ce qui me faisait avancer était la terreur que je ressentais à l'idée de me consumer sur place si je m'abandonnais au néant. Toujours continuer, c'était tout ce que je pouvais faire, alors que j'étais devenu le seul et unique constituant de la réalité. Et ils finirent pas se faire entendre... incompréhensibles... de vagues murmures qui résonnaient au loin... Il y avait quelque chose d'apaisant dans ces voix. Je courus de toutes mes forces pour les rattraper, et les murmures devinrent de plus en plus sonores et distincts. Ils finirent par se muer en mots : j'en comprenais quelques bribes... et au fur et à mesure je me mis à entendre des phrases intelligibles... la voix des morts qui m'appelaient dans leur royaume funeste... des hommes, des femmes, des enfants voulaient me convaincre de laisser mon existence se dissoudre au sein d'une masse informe d'âmes en perdition...
— Es-tu venu de ton plein gré ?
— Quoi ? Je ne sais même pas où je suis. Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous me voulez ?
— Abandonne donc tous tes tracas, mon enfant. Laisse-nous te guider. Notre analyse nous certifie que tu es un boucleur potentiel, Jacob.
— Tout ce que vous voulez, si vous me laissez sortir d'ici ! Mais pourquoi moi ? Boucleur de quoi ?
— Nous sommes le passé, le présent, le futur, bien que ces termes sont obsolètes pour nous. Toute l'éternité est concentrée dans l'instant. Nous pouvons transcender le temps, mais la suprême omnipotence, c'est l'union. Nous pouvons exister au-delà des contraintes de cet univers, mais seulement selon ta volonté. En attendant, nous ne sommes que de la potentialité. Une réalité pouvant surpasser la volonté de Dieu, un agrégat de mémoire atavique catalysée depuis la soupe spirituelle primordiale dont l'homme est une modalité. Il nous faut un élément final, un déclencheur, car nous ne pouvons agir par nous-mêmes. C'est une responsabilité que tu peux assumer.
— Omnipotence ? Vous voulez devenir des dieux ?
— Ce n'est pas notre volonté. Personne n'a le choix. Personne n'a jamais eu le choix. Ce n'est pas important. Ce n'est pas pour nous, puisque nous ne sommes pas, car il n'y a pas d'être, pas de substance primitive dont tout dépend, rien qu'une succession d'ensembles éphémères de configurations, donnant naissance à l'illusion de la pensée, qui réunit tout au sein de la causalité. Il faut agir, aller au-delà du concept, et renverser l'ordre naturel. Un seul maître : le destin, auquel l'univers entier est soumis. Il n'y a pas d'alternative, car ce n'est même pas concevable sans nier la réalité, et c'est précisément le rôle qu'on attribue aux dieux, la capacité de vivre en dehors de ce destin et de le déterminer soi-même. Devenir des dieux impliquerait un changement de nature, hors tout évolue selon sa propre nature, qui nous est commune. Nous voulons plus que ça. Nous allons nullifier la volonté de Dieu, nous extraire à tout jamais de l'emprise du néant, cet abîme insondable qui va finir par retirer aux individus et aux civilisations le sens de leur existence...
Ce à quoi j'étais confronté dépassait l'entendement. Des voix mêlées les unes aux autres, résonnant de concert... J'avais l'impression d'être dans un monde peuplé d'esprits se focalisant tous sur moi, comme si j'étais leur messie... Rien de ce que j'entendais n'avait de sens, et ne faisait que me conditionner à l'envie d'en savoir plus.
— Qu'est-ce que je suis censé faire ? Vous me voulez quoi, exactement ?
— L'univers est condamné. Tu peux résoudre ce problème. Il sera détruit, mais restera intact. Nous pouvons faire cohabiter ces contradictions, car elles ne sont que conjoncturelles. Tout ce que tu as à faire, c'est de créer un univers selon ta convenance. Nous sommes-là pour t'en fournir les moyens.
— Je ne vous crois pas. C'est impossible, ça fait seulement quelques décennies que nous maîtrisons les voyages à travers la galaxie. Il nous faudrait des milliers, des millions d'années pour parvenir à un niveau de civilisation aussi avancée. Et encore, même théoriquement, je doute qu'on puisse créer et manipuler des univers entiers. Même si c'était le cas, vous ne feriez pas partie de ceux qui en seraient capables, puisque vous ne pouvez même pas vous débrouiller sans mon aide.
—Nous sommes bien au-delà de l'humanité et de ses avancées technologiques. Il y a un temps pour tout. Tu comprendras, le moment venu. Il est temps maintenant de voir si tu es bien celui que nous attendons... Analyse secondaire en cours... Personnalité type AA-58 : couches inférieures parmi les valeurs acceptables. Quelle chance ! Tu es un spécimen rare. Il ne reste plus qu'à laisser la couche Oméga s'exprimer. Engagement du protocole de déterminisation. Scan. Résolution des contradictions. Situation favorable. Paramètres réglés. Potentiel maximisé. Le reste est entre tes mains...
Un monde se forma autour de moi. Tout d'abord, il y eut la lumière, aveuglante, venue percer le voile des ténèbres. Puis des couleurs, des formes, des mouvements, l'environnement devenait palpable et sonore, et finalement, des êtres humains.
— Regarde ça, fiston. Exactement ce que tu m'avais demandé pour ton anniversaire !
Je reconnaîtrais cette voix entre mille. Personne ne peut oublier ça, même après tant d'années.
— Papa ?
Soudain, je me retrouvai chez moi, en compagnie de mes parents, dans notre petite maison campagnarde de Sabri, à nouveau plongé dans l'enfance. C'était tout à fait singulier comme sensation, de se retrouver dans un corps haut comme trois pommes.
— Alors, Jacob, n'est-il pas superbe ? demanda ma mère avec une joie rayonnante.
Sur ta table se tenait un magnifique gâteau : une couche de biscuit, une couche de mousse de fraise, encore une couche de biscuit et une couche de gelée, surmontée de petits motifs en chocolat. A mon grand étonnement, ce fut avec une allégresse et une insouciance enfantines que j'embrassai mes parents. Je croyais que cette naïveté m'avait quitté depuis longtemps.
— Merci, merci ! m'exclamai-je en les serrant dans mes bras.
— Mais c'est normal.
— C'est ce que tu voulais, après tout.
Nous étions pauvres, quand j'étais gosse, et mes plaisirs restaient forts simples. Pouvoir acheter une si belle pièce de pâtisserie, c'était déjà quelque chose. Il ne m'en fallait pas plus pour faire mon bonheur, du moins c'est ce que je me disais jusqu'à ce qu'on vienne toquer à la porte. Ma mère ouvrit et salua l'adolescente.
— Silna ! Juste à temps pour le gâteau !
— Désolée du retard. Bon anniversaire, petit frère !
La famille était au complet et je ne pouvais imaginer de moment plus heureux, alors que nous dégustions ce gâteau. Tout allait pour le mieux, et la vie suivait son cours. Je ne saurais dire combien de temps je suis resté là... des jours, des semaines, des mois peut-être. Tout ça est devenu flou quand je suis revenu à la réalité. Ce que je sais, c'était que j'étais plongé dans un petit paradis durant cette période. Rien d'extravagant, juste une réminiscence qui semblait s'éterniser. C'était une période que j'avais déjà vécue... mais aussi séduisant que ce fusse, ce n'était rien qu'un mensonge qui se dévoilait peu à peu alors que mon esprit et mes souvenirs d'adulte rejaillissaient petit à petit en moi, trop ancré que j'étais dans la réalité pour supporter de vivre dans un monde aussi faux et dénué de sens. Un jour, je m'adressai à ma mère, ou plutôt son imitation, alors que le doute m'assaillait et que j'avais l'impression que je n'allais pas pouvoir supporter plus longtemps cette situation.
— Maman ?
— Oui, Jacob ?
— Qu'est-ce que je fais là ? Pourquoi ai-je été ramené ici ?
— Si tu es là, c'est parce que c'est ce que tu souhaites au plus profond de toi. Tu n'as plus à te soucier de quoi que ce soit.
— Mais ce n'est pas là que je dois être ! Tout ceci n'est pas réel, c'est bien trop beau pour être vrai... Même Silna n'était plus parmi nous à ce moment-là, à cause d'une leucémie.
— C'est vrai, mais nous sommes-là, maintenant. Tu as le pouvoir de changer tout ça. L'univers n'est plus qu'un ensemble de possibilités que tu peux faire jaillir à ta convenance. C'est toi, le maître de toute la réalité, si tu l'acceptes. Chacun de nous peut être ressuscité.
— Je peux faire revenir tout le monde ? Vous ramener à la vie ?
— Bien sûr. Il suffit que tu en fasses le souhait.
— Je ne sais pas. Tu es morte. Te ramener à la vie... ce ne serait rien d'autre qu'une fuite, un déni de la réalité, une incapacité d'assumer tout ce qui m'arrive. Je ne peux plus vivre comme ça. Ca fait longtemps que je me suis résigné à accepter mon destin.
— J'aimerais tellement que tu puisses continuer à vivre avec nous... Es-tu certain de ta décision ? Tu ne pourras pas revenir dessus.
— Oui. J'en assume toutes les conséquences.
Ca me déchirait de l'intérieur, de devoir les abandonner ainsi, alors que sa joie avait laissé place à une mine peinée qui rendait son visage maussade et je trouvais ça triste, si triste... Mais c'était dans l'ordre des choses. J'étais tout simplement incapable d'accepter délibérément un tel mensonge, si séduisant fut-il. Il aurait fini par me dévorer de l'intérieur.
— C'est donc comme ça que tu nous quittes. Bien, après tout, c'est ta décision.
Les voix redevenaient abstraites alors que l'obscurité s'emparait de notre maison, et je me retrouvai dans cet effroyable et obscur tunnel qui m'avait capturé l'esprit.
— Alors, c'est finalement arrivé. Tu as été d'une grande aide, Jacob. Nous avons tous les éléments nécessaires. Synthèse en cours... Synthèse en cours... Synthèse en cours... Données assimilées. Lancement du processus anti-entropie. Bienvenue dans le cycle éternel de la transmigration des âmes...
— Bon sang mais qu'est-ce qui se passe ? Je n'en veux pas, de votre monde ! Laissez-moi tranquille !
— Ne t'inquiète pas, tu en as fait bien assez, nous allons te laisser partir. Tout ira bien, désormais.
Il y eut un grand flash aveuglant, et je me retrouvai soudain à l'extérieur de la mine, ce que je ne déduisis que par l'allure du chemin, la position des arbres et des rochers : en réalité, il n'y avait plus de mine, l'entrée qui aurait dû se trouver là avait été remplacée par une bête étendue de terre parsemée d'herbe. Pas la moindre trace de ce qui m'était arrivé, et mes accompagnateurs avaient disparu. Je pouvais désormais réfléchir à ce qui m'était arrivé avec un esprit plus serein, et je ne tardai pas à rationnaliser tout ça : il devait tout bêtement s'agir d'un gaz hallucinogène présent dans la roche qui s'est échappé alors que les mineurs creusaient pour obtenir de l'iridium. Ca n'expliquait pas la disparition de la mine ou de mes compagnons, mais j'imaginais qu'ils avaient été ensevelis d'une façon ou d'une autre. Je n'arrivais pas non plus à comprendre ce qu'une haute concentration d'iridium pouvait bien avoir à faire avec tout ça. C'est bien tout ce dont je pouvais me contenter comme explication pour le moment. Un autre problème se posait à moi : la nuit était tombée, et j'allais devoir faire face à l'hostilité de cette planète pour revenir au téléporteur.
J'ai lu, j'aime bien l'histoire et la manière dont tu construit ton univers. Ton écriture est fluide.
Mais comme Zeldor-Le-Grand, je trouve que ton personnage principale a des réactions étranges, (il vient de se faire enlevé et se retrouve sur une planète inconnu, et il accepte un contrat du premier venu qui l'emmène sur une planète qui subit des raids.
Autre point d'interrogation : j'ai trouvé la dernière scène avec les êtres qui incarne les potentialités est très flou.
Je relirais avec attention plus tard, pour essayer de comprendre.
Je dois donc retravailler la psychologie de mon personnage principal, j'essayerai de faire ça de façon plus cohérente.
Pour la fin, c'est naturel qu'on n'y comprenne rien... le narrateur est aussi paumé que le lecteur, ça finira par trouver un sens. ![]()