Lémure désirée
Le 19 Mai 1841, elle mourait d'un cancer en phase terminale dans son lit, à coté de son fiancé, Nicolas. Deux jours après, elle fût enterrée auprès de sa mère comme elle le désirait. Il resta inconsolable pendant un mois jusqu'à ce que son oncle décide de l'inviter à le rejoindre dans son château : « à deux un deuil était moins pénible » pensait-t-il... Nicolas arriva plus tard à Bois-Larris, la propriété familiale. Il avait accepté à contrecœur, par politesse. Il ne voyait pas ce qui pourrait le consoler. Son amour était mort, lui aussi aurait dû mourir. Sa vie continua ainsi, entre équitation dans la forêt avoisinante et partie de croquet avec cet oncle soucieux de son bien-être. Une vie d'aristocrate qui l'ennuyait beaucoup...
Il devait être 11h du soir. Nicolas lisait un roman à l'eau de rose que peu de jeune homme avait l'habitude de lire à son âge mais elle aimait ce livre. Elle le lisait souvent et il vivait dans son souvenir. Il pensa encore à elle. L'odeur de ses cheveux, son visage... quand il la vit. Elle se tenait là, pâle, frêle, muette et surtout devant lui. Il voulut la saisir dans ses bras. Était-elle réelle ? Cela ne pouvais être elle. Des larmes lui montèrent aux yeux. Quand il vit sa bouche, des souvenirs qu'il commençait à oublier lui revenait : sa façon de lui dire bonjour en l'embrassant tendrement le matin. Sa voix, ses chants, son rire aigu mais pas exagéré. Sa mie était incontestablement la plus mignonne de toute. Il regarda ses yeux verts : C'était les miroirs de tous les bons moments qu'ils avaient passé ensemble... Ses anniversaires et galas fabuleux... Son premier baiser... quand il l'avait rencontré sur ce lac gelé... Il était tombé sur elle en essayant de marcher dessus. Elle visitait la région et glissait avec grâce... il s'y était accroché et avait fini par la tenir assez fermement, elle loin de se vexer lui avait demandé de la guider... Il lui avait montrer de nombreux endroits jusqu'à sa chambre...
Cela ne pouvait pas être vrai... Il était victime d'une hallucination ; c'était la seule explication. Puis il se décida :
« Qu'importe si ce n'est qu'une chimère au moins je la voit » pensa-t-il.
Il se leva béat mais au moindre geste à son égard. Elle s'enfuit.
Ne faisant pas attention, emporté par l'amour qu'il lui portait, il sortit en chemise de nuit dans la nuit noire.
- Attends !
Nicolas eut beau réitérer ces paroles. Désirée ( c'était son nom ) prenait les jambes à son cou franchissant la lisière de la forêt. Tel Apollon face à Daphné, il la poursuivit. Il lui était de plus en plus difficile de la suivre : à l'ombre des arbres, elle pouvait se dissimuler. La brume se leva et quand Nicolas en vint à bout. Désirée se tenait devant lui. Elle lui jeta un regard triste. Un fleuve aux eaux troubles se déchaînait derrière elle. Elle se retourna et s'adressa à un passeur que Nicolas n'avait pas vu au départ. Il ne l'entendait pas. La bouche de Désirée remuait mais aucun son ne sortait de la bouche de son aimée. Le passeur parût la comprendre et dans le même langage muet lui refusa le passage, faute de paiement enfin du moins c'est ce que Nicolas crut comprendre. Elle le supplia mais il restait insensible. C'est alors que sur l'autre rive, une présence se fit sentir, glaciale. Un homme arriva, totalement anachronique. Casque d'argent, armure romaine c'était surtout ses yeux bleus cyan qui impressionnait. Il eut un éclat de rire qui glaça le sang de Nicolas et par un mouvement de la main, il invita Désirée à le rejoindre. Prise d'espoir, elle s'engouffra dans les eaux sombres du fleuve. Pris en horreur, Nicolas s'avança désespéré sans se douter que le Styx l'attendait... Désirée cria, déséquilibrée. Elle tomba. Il plongea. Disparu... il disparu. L'homme aux yeux cyan rit une dernière fois et agitant la main ramena la lémure d'un geste de la main sur l'autre rive... "Heureusement que tu le trompais ma chérie sinon comment aurai-je pu t'utiliser ?"
Désirée sourit. L'homme invoqua une faux dans un scintillement sombre. Plus qu'une âme mortelle et les Titans reviendraient...
Un homme s'approchait : il avait vu son neveu entrer dans la forêt... Il le vit s’enfoncer dans les eaux noires. Un homme totalement anachronique, aux yeux cyans, le regardait de l'autre coté l'invitant, un léger sourire aux lèvres...
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Alors bien ?
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