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Qui

Ed_Wick
Ed_Wick
Niveau 11
15 octobre 2012 à 08:36:55

D'abord personne n'avait répondu. J'avais donc songé à repartir mais le fait que je ne savais pas du tout où aller et que j'étais épuisé me maintint devant chez elle. Après plusieurs minutes je touchais machinalement le bouton tactile de sa porte, et cette dernière s'ouvrit. Je n'en fus pas étonné puisque Cléo n'avait pas l'habitude de verrouiller sa porte d'entrée. À vrai dire, j'étais même surpris de ne pas avoir essayé plus tôt puisque chaque fois que je lui avais rendu visite lors des mois précédents j'avais procédé de la sorte. C'était un réflexe que j'avais perdu et que je venais de retrouver.

L'intérieur de son appartement n'avait pas vraiment changé. Du moins, les détails que je gardais en mémoire étaient toujours là : un tableau noir qui ornait le salon et sur lequel j'avais toujours eu peur de poser les yeux. Un bocal vide où un jour un poisson avait semble-t-il tournoyé, bien que je ne l'avais jamais vu faire. Et un immense écran mural qui occupait le fond du salon et qui était aujourd'hui éteint, même si je ne l'avais jamais vu éteint.

J'appelai plusieurs fois Cléo mais personne ne répondit. Je me demandai si elle n'était pas en train de se cacher, craignant ma réaction quand je la verrai. Moi-même je ne savais pas trop comment j'allais réagir. Je l'avais tant haï pour des raisons qui n'en étaient pas, qu'à présent que j'avais de vrais raisons de la haïr, je me demandais si j'allais pouvoir me contrôler, ou si, au contraire, je n'allais pas déverser toute la haine que je contenais en moi, me servant d'elle comme d'un moyen pour évacuer ma tension. Après tout, j'étais venu jusqu'ici, et il devait y avoir une raison à cela.

Lorsque je passai le canapé du salon je sursautai et un cri répondit à mon sursaut. Une vieille femme était allongée sur le dos et se protégeait le visage en gémissant.

« Allez-vous en ! » Suffoqua-t-elle.

Pris de surprise je me demandai si je ne m'étais pas trompé d'appartement. Mais non, ce n'était pas possible. Je m'approchai alors de la vieille dame, doucement, et je murmurai :
« Excusez-moi, je cherche Cléo. »

Au son de ma voix elle se raidit et les gémissements cessèrent.

« Va-t-en. » Supplia-t-elle.

Ce que j'avais alors crains, l'espace d'un instant, sans vouloir y croire, sans pouvoir y croire, devint la seule réponse possible.

« Cléo, c'est toi ? » Demandai-je incertain.

La vieille femme se découvrit le visage et se redressa. Elle était désormais assise et me regardait fixement. Des larmes coulaient sur ses joues fripées et je reconnus dans ses yeux, quelque part, la lueur autrefois jeune et palpitante de la belle Cléo.

Pourtant son visage n'avait plus rien à voir avec celui que j'avais tant de fois contemplé. Ses paupières étaient élargies, son nez enfoncé et ses lèvres si pincées que sa bouche semblait vouloir disparaître. Ses cheveux, eux, blancs ou gris, paraissaient cassants, tandis que son visage était parsemé de rides marquées et de tâches marrons semblables à des grains de beauté.

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » Lui demandai-je effaré.

Je m'étais à présent accroupis devant elle, attentionné malgré moi, car je n'aurais jamais pu prévoir une telle chose. Et cette chose me semblait si horrible, si triste, que toute la haine que j'avais pu éprouver pour Cléo s'était évanouie au profit d'une tendresse insoupçonnée. Comme si ce que je ressentais pour elle s'était estompé en même temps que son aspect rayonnant l'avait fait. Et à ma question, la seule réponse qu'elle trouva à rétorquer, remuant difficilement ses lèves, fût :
« Je suis un monstre. »

Puis elle tomba dans mes bras et je la serrai contre moi en essayant de la rassurer. Mes paroles n'étaient pas très convaincantes, car moi-même je n'étais pas rassuré, incapable d'expliquer ce que j'avais sous les yeux.

Je l'avais malgré tout aidée à se relever et après l'avoir installée devant la table du salon j'étais allez lui préparer à manger. C'était un comportement assez idiot, mais j'avais appris au fil des ans que le meilleur moyen de rassurer une personne était de montrer que l'on s'occupe d'elle, même si cela revenait à lui cuisiner quelque chose alors qu'elle n'avait pas faim. Cléo n'avait pas faim, et ne pouvait de toute façon rien avaler, mais je m'étais précipité dans la cuisine car je ne savais pas quoi faire d'autre et que j'étais trop mal à l'aise pour rester plus longtemps auprès d'elle.

Quand je revins avec une assiette, que je posai devant elle mais qu'elle ne regarda pas, elle murmura en se tournant vers moi :
« C'est eux. »

Je m'assis à côté d'elle et je répondis :
« Je sais, je sais. »

Elle tendit alors sa main droite qu'elle passa sur ma joue, ce qui semblait lui coûter énormément d'efforts, et elle souffla :
« Tu es seul. »

Je ne savais pas quoi répondre et elle poursuivit :
« Tu es le seul à pouvoir les arrêter. »

Je ne répondis rien. Elle essaya de manger un peu, elle n'y arriva pas, et au bout de plusieurs minutes elle reprit la parole :
« Je suis contente que tu sois venu. »

Je ne répondis toujours rien, trop perturbé par la situation. Puis elle se leva de sa chaise et se mit à traverser le salon lentement. Je la suivis et nous étions bientôt tous les deux dans la salle de bain. Elle face à son immense miroir dans lequel elle avait l'habitude de se contempler des heures durant. Moi à côté d'elle, gêné et silencieux. Pour dire vrai, son miroir était sans doute le seul à l'avoir admirée plus de temps que moi.

Mais aujourd'hui, le miroir ne lui renvoyait qu'une image honteuse, dont elle aurait voulu se cacher, dont elle aurait voulu se défaire à jamais. Et je remarquai des fissures sur le verre, comme si elle avait essayé de le briser à plusieurs reprises ; trop faible pour faire des marques plus visibles. Le miroir fissuré était le reflet même de sa peau ridée, les deux s'accordant l'un à l'autre.

« J'ai besoin de toi. » Déclara-t-elle au bout d'un long moment, détournant le regard du miroir et le plongeant dans le mien.

J'avais compris, et, résigné, je lui répondis :
« D'accord. »

Je sortis de chez elle les mains en sang, ce qui étonna les étudiants qui encombraient toujours le couloir. Puis ça les fit rire et leurs rires si nombreux et si percutants me forcèrent à quitter l'immeuble en courant. Je suffoquais et je gémissais : je l'avais fait.

J'avais d'abord brisé le miroir. Je l'avais ensuite aidée à oublier qui elle était devenue. Je l'avais laissée là, étendue raide morte sur le lit, notre lit, où nos ébats résonnaient encore dans ce qui était à présent devenu le berceau de la mort. Cléo était morte quand la jeune femme l'avait quittée, comme une image qui se serait éteinte pour ne jamais reparaître. La jeune femme était morte, et la vieille femme aussi, et je ne gardais en moi que les souvenirs d'un « merci » qui semblait déjà provenir du royaume des morts. Je ne gardais en moi que cela, et du sang sur les mains. Partout sur les mains.

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
16 octobre 2012 à 17:12:22

un bon chapitre que je commentrai plus sérieusement quand j'aurai le temps, car j'ai encore du boulot à faire.

sur ce, je dis: "la suite!"
et je retourne travailler
:hap:

Ed_Wick
Ed_Wick
Niveau 11
26 octobre 2012 à 18:20:57

MOTHERFUCKING UP.

Suite et fin la semaine prochaine les fanboys. :)

Ed_Wick
Ed_Wick
Niveau 11
01 novembre 2012 à 15:30:38

Chapitre 13-1 dispo demain. :)

Arduilanar
Arduilanar
Niveau 10
04 décembre 2012 à 15:47:01

Comment t'as menti. :hap:

Ed_Wick
Ed_Wick
Niveau 11
04 décembre 2012 à 15:48:23

C'est ce qu'on appelle le désert artistique généré par :

Une rupture brutale, un manque de sommeil quotidien, et un jemenfoutisme légendaire. :hap:

azc
azc
Niveau 10
07 janvier 2013 à 18:36:31

J'ai lu les deux premiers chapitre de Qui. Toujours dans le futur, je trouve que ce texte est plus propice à la réflexion. Il me plait beaucoup.

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
07 janvier 2013 à 18:42:48

:-(( AZC, c'est décidé, je vais te tuer ! :-((
:hap:

j'étais certain que c'était Ed qui venait de nous pondre la suite :-( quel déception :snif:

Ed_Wick
Ed_Wick
Niveau 11
15 mars 2013 à 11:28:58

FIN prévue et disponible (promis) début mai.

_dexter75_
_dexter75_
Niveau 10
15 mars 2013 à 13:31:59

enfoiré ! tu prend ton temps ! :-((
:hap:

-Light
-Light
Niveau 10
20 août 2013 à 17:08:52

Il prend VRAIMENT son temps :hap:

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