une très bonne première partie pour ma part. la description de la masion "du diable" est très réussis et vraiment immersive. je me suis vraiment imaginé cette sorte de contraste entre réalité et imaginaire, propre à l'univers de qui.
il y a aussi de belle introspection et un passage que j'ai adoré:
" Malgré toute la honte que j'avais de ressentir ce sentiment d'espoir dans la tragédie, de lumière dans le néant, de douceur dans la brutalité, je ne pouvais l'empêcher de grandir en moi comme si une flamme ardente me brûlait les entrailles, rougeoyante d'un désir qui allait au-delà du fantasme. "
là encore pour les formulations, rien de meilleurs ne m'est venu mais j'ai remarquer un oubli de mot.
" mais pour demander un service, et je dois que c'est ce qui était encore le plus dégradant. "
je suppose que tu voulais dire: " et je dois AVOUER"
allez, elle viens cette suite ![]()
Ah, merci pour ce retour rapide.
Content que les descriptions de l'environnement t'aient plu, j'y ai mis du cœur.
Pour l'oubli de mot, effectivement. Pourtant, je ne veux pas utiliser le "je dois avouer" qui sonne pas super. Je vais essayer de reformuler ma phrase pour contourner ce problème.
La suite je vais l'écrire tout à l'heure je pense, là je ne me sens pas d'attaque, je vais mater un film avant. ![]()
alors je ne la lirai que demain ![]()
mais comment fais-tu pour pouvoir écrire si tard
? ça me dépasse ![]()
(Pills).
À demain, alors... ![]()
Chapitre 11 – deuxième partie
Mme Ash
« David, David, David ! » S'était-il exclamé en s'approchant de nous à bras grands ouverts.
Il n'avait pas changé, comme la maison que j'apercevais au loin, derrière lui. Il arborait toujours ce sourire qui lui donnait l'impression d'être sympathique tout en paraissant un brin moqueur. Ce sourire là il l'adressait la plupart du temps mais plus encore quand il était en position de force. Et, Mr. Ash, il était souvent en position de force. Aujourd'hui ce sourire accompagné de ses yeux plissés paraissaient me hurler à l'oreille :
« Je te l'avais dit, pauvre idiot ! »
Je m'étais approché de lui en baissant machinalement la tête et en tendant une main molle qu'il attrapa avec enthousiasme. Il la serra si vigoureusement que j'eus l'impression que mes os allaient s'écraser les uns contre les autres. Cette poignée de main, mon regard baissé, son air ravis, tout était trop symbolique de nos retrouvailles ; une symbolique tellement cliché et détestable que j'avais envie de repartir en courant. Pourtant, je ne bougeai pas, et je murmurai un « Bonjour » sans réelle conviction.
Déjà il ne me prêtait plus attention. Il regarda autour de moi et demanda :
« Qui sont tes amis ? »
Son regard s'était arrêté sur le petit robot au sein duquel Lou était encore cachée. Sa question ne laissait aucun doute, il avait compris que ce n'était pas qu'un robot. Je soupirai et me décidai à lui enlever cet attirail encombrant et désagréable. L'homme, qui était resté en retrait, silencieux et attentif, vint me donner un coup de main pour la dégager de la carcasse robotique. Lou retrouvait alors une liberté de mouvements qu'elle accueillit avec grande joie, agitant ses bras et ses jambes trop engourdis.
« Voici Lou et Léo. » Dis-je en désignant tour à tour la petite et l'homme auquel je venais d'inventer un prénom.
Ce dernier – ou Léo – me regarda d'un air reconnaissant, soulagé de ne pas avoir à communiquer sa véritable identité. Mais Mr. Ash ne semblait pas en avoir grand chose à faire, il n'était intéressé que par Lou. Il s'agenouilla devant elle en accentuant son sourire et lui chuchota :
« Vraiment, Lou ? Quel drôle de prénom ! »
Il lui chatouilla une partie du cou qui la fit partir dans un fou rire enfantin qui m'irrita. Cette complicité, aussi éphémère soit-elle, m'exaspérait car Mr. Ash était tout sauf quelqu'un d'attentionné.
« Si je suis ici c'est parce que... » Commençais-je à déclarer mais il me coupa la parole avant que je ne puisse terminer :
« Voyons David, ne sois pas si pressé ! Quel père serais-je si je te demandais une raison d'être ici ? »
« On peut entrer ? » Demanda Léo de manière si brutale et maladroite que Mr. Ash, qui l'avait jusqu'ici ignoré, le scruta avec une sombre lueur dans les yeux, proche du dégoût.
Puis il reprit son sourire caractéristique et murmura :
« Mais naturellement, naturellement ! »
Je m'apprêtais donc à prendre la main de Lou pour l'entraîner avec moi jusqu'au portail mais Mr. Ash fut plus vif. Il la souleva et posa ses deux jambes sur chacune de ses épaules ; ce qui amusa encore une fois énormément Lou. Il s'avança ensuite devant nous en vacillant légèrement des deux côtés et en simulant des bruits d'avion qui continuèrent d'enchanter la petite.
Léo s'approcha de moi et me murmura :
« Il a l'air sympa, ton père. »
Je me demandai s'il avait remarqué le regard noir qu'il le lui avait lancé et j'allais même lui poser la question avant de me rendre compte que c'était inutile. Je répondis pas un signe de tête qui aurait pu vouloir dire tout et son contraire ; une sorte de oui-non maladroit qui m'étonna moi-même.
Nous nous étions élancés à la suite de Mr. Ash et de Lou dans l'allée de dalles. Elle serpentait sur une centaine de mètres avant d'atteindre le perron de notre maison. Cette dernière se dressait sur plusieurs étages et j'avais l'impression de la voir approcher comme on voit approcher un nuage plus noir que les autres, qu'on redoute par dessus tout. Sauf que cette maison ce n'était pas un nuage et en plongeant mon regard dessus je ne voyais pas des masses informes mais des bulles de souvenirs qui me donnaient envie de garder le visage baissé vers les dalles.
Mr. Ash continuait ses pitreries devant nous, murmurant des blagues à Lou, que je ne parvenais pas à entendre mais qui semblaient beaucoup l'amuser. Et il disait parfois des choses à mon égard, en parlant plus fort pour que je puisse entendre. C'est suite à l'une de ces interpellations que je compris qu'il avait encore changé les murs-écrans pour des nouveaux, plus efficaces, même si ça lui avait coûté la somme de 100 000 Wod*. Quand je lui répondis que je ne voyais pas la différence avec ceux qui étaient installés quand j'étais encore là, il sembla contrarié. Pas pour longtemps, repartant dans ses blagues à en rompre les côtes de Lou.
Quand nous fûmes arrivés aux portes de la maison, j'eus l'immense surprise de voir que c'était Mme Verneil qui nous accueillait. Je n'aurais jamais pensé qu'après tant d'années elle puisse être encore là. Surtout pas après le développement des robots de service. J'étais très étonné que Mr. Ash, qui était si passionné par les nouvelles technologies, n'ait pas sauté sur l'occasion pour s'en débarrasser. Mme Verneil s'occupait de cette maison bien avant ma naissance et c'était en quelque sorte elle qui m'avait élevé. Mr. Ash n'était jamais présent au cours de mes jeunes années et la maladie de ma mère qui la contraignait à rester au lit avait fait que je ne l'avais jamais vraiment connue. Cette maladie s'était déclarée peu après ma naissance et je n'en avais jamais eu de véritables détails ; la seule chose que je savais c'était qu'il s'agissait d'une sorte de paralysie corporelle qui agissait de manière incertaine. Certains jours elle pouvait se sentir en forme et venir avec nous, d'autres jours elle était obligée de rester allonger dans sa chambre et de se reposer. Plus les années avaient passé et moins les jours de forme s'étaient fait nombreux ; très vite, dès mes six ans, il n'était plus question pour moi de la déranger et je ne la voyais même pas à l'heure des repas, juste en de rares occasions comme à Noël ou aux anniversaires (et encore, pas tous les ans).
Je m'étais mis à considérer, consciemment ou inconsciemment, que je n'avais ni de père, ni de mère, et Mme Verneil, celle qui était toujours auprès de moi, était devenue un substitut. C'était déjà une vielle dame à l'époque alors elle avait l'autorité d'un père et la tendresse d'une mère ; ces deux caractéristiques que seules les femmes d'un âge avancé peuvent posséder. À partir de mes onze ans je m'étais alors mis à la surnommer « Papan ». Quand elle avait découvert ce qu'elle pensait être l'origine de ce surnom elle m'avait grondé sévèrement. Je me rappelle qu'elle m'avait dit qu'on ne plaisantait pas avec la sexualité, déclaration à laquelle j'avais répondu par un regard incrédule. Ce n'est que bien des années plus tard que je m'étais rendu compte qu'elle avait pensé que ce surnom était né du fait qu'elle avait un visage qui ne semblait pas vraiment féminin, aux traits droits et marqués et aux mâchoires carrées. Pourtant, cela n'avait rien à voir et le surnom était beaucoup plus doux qu'elle ne l'aurait soupçonné. Toujours est-il que, malgré toutes les zones d'ombres qui parsemaient mon adolescence, une vraie complicité s'était nouée entre nous. C'était d'ailleurs la seule à qui j'avais dit au revoir le jour de mon départ, à l'époque où il y avait pourtant plusieurs autres serviteurs dans la maison.
La revoir ainsi, par surprise, elle dont j'avais oublié l'existence malgré le sincère attachement que je lui vouais, m'attendrit pendant un long moment. Et je fus gratifiant envers Mr. Ash de l'avoir gardée ici, car il était évident que si elle perdait ce travail qu'elle exerçait depuis si longtemps, elle ne serait plus capable de trouver quoique ce soit d'autre ailleurs. Si elle avait encore vieillie, elle n'était pas non plus trop marquée, ce qui m'étonna grandement car j'avais gardé en moi l'image d'une femme qui était déjà dans la dernière partie de sa vie.
Il y eu un certain malaise quand nos regards se croisèrent ; je crois qu'elle ne comprit pas tout de suite qui j'étais. Mais, quand ce fût le cas, elle s'approcha de moi précipitamment et m'embrassa sur les deux joues comme si j'étais son propre fils.
« Entre, entre. » Répéta-t-elle encore choquée de me revoir après tant d'années.
Quand tout le monde fût entré dans le vestibule, que les manteaux furent déposés et que le robot fut placé dans un coin, Mme Verneil nous invita à rejoindre le salon. Il était aussi vaste que dans mes souvenirs (peut-être plus encore) et Lou le regarda avec des yeux émerveillés (comme elle avait déjà regardé l'allée, le faux-jardin et les faux-champs avec émerveillement).
Une fois que chacun eut trouvé une place où s'asseoir – Mr. Ash était enfoncé dans le canapé principal, Lou lovée dans ses bras, Léo lui campait une chaise qui semblait désagréable, à l'écart de tous, et moi j'étais dans un fauteuil individuel, juste en face du canapé – Mme Verneil s'activa pour nous préparer du thé, secouée d'enthousiasme par ma venue soudaine et inespérée. La manière dont se présentait les choses : le porte-manteaux, la servante, le thé, me semblait si vieux jeu que je m'en amusais beaucoup. Intérieurement, bien sûr ; extérieurement je gardais cet air méfiant que j'avais adopté dès que Mr. Ash avait posé ses yeux sur moi.
Les tasses vidées, les gâteaux croqués et reposés, la vraie discussion pouvait commencer. Toute ce qui avait précédé n'avait été qu'un concert de formalités dont j'avais oublié l'ordre et les réponses, entrecoupé par des questions que me posaient Mme Verneil à chacun de ses allers-retours depuis la cuisine, qui étaient généralement ponctuées d'un compliment :
« que tu as changé ! » ; « que tu es beau ! » ; « un vrai monsieur ! ».
Lorsque le véritable sujet fut abordé, Mr. Ash réagit d'une manière qui me sembla étonnement calme. Il ne fut pris à aucun moment de terreur ou d'angoisse, il hochait la tête aux informations et semblait les analyser aussitôt qu'elles lui étaient divulguées. Léo était devenu son principal interlocuteur ; si j'avais commencé à introduire les faits, j'étais beaucoup trop vague et incertain pour rendre mes propos clairs et compréhensibles.
Mme Verneil elle aussi s'était arrêtée de rejoindre la cuisine pour écouter ce que Léo avait à dire ; et elle gardait une bouche entrouverte, à la fois surprise et horrifiée. Quand tous les secrets furent dévoilés, tous les masques tombés, Mr. Ash rebondit le premier. Il répondit que oui, bien entendu, il était d'accord pour cacher Lou, et il lui proposa même de l'emmener voir sa chambre. Chambre que je devinais être la mienne quand j'étais petit. Elle acquiesça joyeusement et ils partirent tous deux en direction de l'escalier principal.
« Ça c'est bien passé, je crois... » Murmura Léo une fois qu'ils furent tous deux sortit de la pièce.
Je ne répondis rien, gardant un silence qui était mien depuis trop longtemps qu'il m'aurait été difficile de le briser même si je l'avais voulu. Mme Verneil était silencieuse elle aussi, interdite par tout ce qu'elle venait d'apprendre. Elle me regardait moi, assise sur le canapé que Mr. Ash venait de quitter. Son regard perçant me chuchotait à l'oreille, d'une voix tendre et aimante :
« Toi, tu as toujours souffert. »
Après un nouveau silence qui sembla durer une éternité, chacun gardant une position immobile, je demandai à Léo :
« Il est quelle heure ? »
J'avais perdu toute notion du temps depuis le moment où je m'étais réveillé chez le minuscule démon, et je me demandai comment tous les évènements qui s'étaient écoulés depuis avaient pu tenir ne serait-ce que sur une seule semaine tant ils me paraissaient longs et étirés. Quand Léo répondit qu'il était huit heures du soir j'en vins à la conclusion que le temps était vraiment une donnée très spéciale.
Je me levai alors de mon fauteuil qui sembla se décrocher de mon corps plus que mon corps ne se décrochait de lui, et je rejoignis à mon tour l'escalier principal. Je le montai lentement, comme l'on monte un lieu que l'on craint et que l'on respecte à la fois. J'entendais Mr. Ash et Lou discuter à un bout du couloir du premier étage alors je partis à l'opposé. Mes pas me dirigeaient plus que je ne dirigeais mes pas et j'arrivai rapidement devant la chambre qui m'avait hanté tant d'années ; me repoussant comme si le mal l'abritait et qu'en s'en approchant il nous contaminait inévitablement. Cette chambre était la chambre de ma mère, qui avait finit par mourir de sa maladie avant que je n'entre dans ma dix-septième année. Les médecins étaient pourtant optimistes à cette époque là, ils allaient même à faire les conclusions les plus folles qui soient, à savoir qu'elle pourrait un jour retrouver une vie normale. C'est ce qui me fit penser que ce n'était pas que la maladie qui l'avait achevée. Bien sûr, c'était elle qui avait porté le coup final, mais les autres coups, j'étais persuadé qu'ils étaient l'œuvre de Mr. Ash. Sa façon de la délaisser, de l'ignorer simplement, de faire comme si elle était déjà morte, avait été tant de souffrances mentales à subir pour elle qu'elles avaient fini par se transformer en souffrances physiques. Sa mort coïncidait d'ailleurs à quelques semaines près au moment où elle avait découvert que Mr. Ash entretenait une relation avec une jeune femme de vingt ans sa cadette.
Cette nouvelle, avec le dénouement tragique qui s'en était suivi, m'avait fait franchir le dernier échelon de haine que je pouvais vouer à mon père. Je m'étais juré à partir de cette époque là que je ne serais jamais comme lui, que je serais tout l'inverse. Je m'étais alors éloigné de lui, de cette demeure, de cet Enfer, et j'avais pensé retrouver le goût pour la vie, comme si je m'étais libéré de ses chaînes. Mais le retour à la réalité avait été brutal. J'étais resté trop longtemps auprès de ce diable, trop longtemps j'avais côtoyé le mal et il avait fini par s'emparer de moi. Ce mal là coulait dans mes veines sans que je ne puisse m'en séparer. J'étais devenu tout ce que j'avais autrefois détesté, et la seule chose que je m'étais juré était que je n'aurais jamais d'enfants, pour ne pas achever ma transformation en diable. Et, quand je m'étais mis à fréquenter Cléo, j'avais eu le réflexe de me dire qu'il était déjà trop tard ; que les ailes noires étaient déjà dressées sur mon dos. Je m'étais donc noyé dans ses seins et dans ses fesses comme un diable se noierait dans sa propre lave.
Sans que je ne m'en rende compte j'avais tourné la poignée de la chambre et j'étais à présent assis sur le lit, me remémorant ces souvenirs en même temps que je regardais le détail de vieilles couettes ou de vieux bouts de mur.
J'entendis des pas frotter le sol dans le couloir et je me raidis, pensant qu'il s'agissait de Mr. Ash. Mais les pas étaient trop fins et trop furtifs pour être les siens et quand la porte s'ouvrit je compris qu'il s'agissait de Mme Verneil.
« Qu'est-ce que tu fais là David ? » Demanda-t-elle.
Je me tournai vers elle et je souris froidement :
« J'essaie de me souvenir. »
Elle vint alors s'asseoir à côté de moi.
« Ta mère était une drôle de femme. Quand elle était jeune, c'était elle qui menait ton père par le bout du nez, quand il n'était encore qu'un étudiant sans argent. Je peux te garantir qu'elle l'a bien fait souffrir : parfois elle le faisait attendre dans le vestibule des heures et des heures avant de se montrer. Mais ton père était tellement amoureux tu sais... Lui, il voyait ça comme un miracle de pouvoir l'attendre. Et il n'avait pas totalement tort, parce que, quand elle se montrait, qu'elle descendait les escaliers, elle était si ravissante... Oh, tu aurais du la voir, une vraie reine de beauté ! »
Elle me racontait ça avec des yeux pétillants, contente de pouvoir replonger vers cette époque où tout semblait plus simple, nostalgique d'une vie qui n'était plus, se demandant probablement comment les choses avaient pu si mal tourner.
« J'ai remarqué comment tu regardes ton père. » Dit-elle soudain sur un ton plus grave.
« Tu sais, il ne faut pas lui en vouloir, il s'est passé tellement de choses... » Continua-t-elle en me fixant tristement.
« Il y a une chose que tu dois savoir, même si ça peut te paraître difficile à croire, en dépit de tout ce qu'il a fait, il vous aimez, ta mère et toi. Il ne passe pas un jour sans qu'il ne parle de toi. Et il a même gardé tous tes poèmes, tu sais, ceux que tu écrivais au lycée ? Il les a gardé précieusement et il répète souvent que tu aurais pu devenir écrivain. »
Je repensais alors à ce vieux désir qui avait disparu depuis des années, celui d'écrire. Je n'étais pas devenu écrivain ; les hommes comme moi n'étaient pas faits pour vivre leurs rêves, car les cauchemars finissaient toujours par l'emporter.
Mme Verneil reprit :
« Quand il dit ça, tu devrais le voir, il a une lueur dans ses yeux, une vraie lueur. C'est de la fierté David. Cet homme est fier d'être ton père et c'est parce qu'il t'aime. »
« Alors, ne sois pas trop dur avec lui, c'est un vieil homme maintenant, trop de temps a passé pour être encore rongé par la rancœur. »
La tendresse d'une femme et la sévérité d'un homme. Elle n'avait rien perdu, Papan. Et pendant un instant, assis à côté d'elle dans ce lit, j'eus l'impression de redevenir le gamin soucieux, l'adolescent nerveux, le jeune homme haineux ; sentant même mes traits se détendre et redevenir plus juvéniles. Pendant un instant, nous étions revenus loin en arrière, si loin que le trajet avait paru au moins aussi long que la première fois.
Pendant un instant seulement. Nous étions de nouveau dans le vestibule et Lou s'apprêtait à me dire au revoir. Elle m'implora de lui rendre visite chaque jour et je répondis que oui, même si je savais que ce ne serait pas le cas. Je fis ensuite un bref signe à mon père et je me rendis compte de quoi Mme Verneil voulait parler. Je ne l'avais pas accepté en le voyant devant le portail mais c'était bien un vieil homme. Un vieil homme usé et fatigué, qui avait perdu de sa splendeur et qui semblait crouler sous le poids du temps. Et enfin je dis au revoir à Mme Verneil, qui me jeta un regard complice, comme si elle savait que, d'une manière ou d'une autre, elle m'avait aidé.
Quand Léo et moi rejoignîmes l'allée de dalles, laissant les trois silhouettes nous faire des signes dans l'obscurité derrière nous, je compris que je n'allais plus revenir ici, jamais. Je voulais non seulement m'éloigner de la maison, mais aussi de Lou. Non, je ne voulais pas l'abandonner, mais je ne pouvais pas supporter de la voir vieillir sans que je ne puisse l'aider, de la voir mourir à petit feu sans que je ne sois d'aucune utilité.
Je me retournai en direction du perron et la dernière silhouette qui restait était celle de Mr. Ash ; et je fus soudain frappé d'une révélation qui me glaça presque aussitôt le sang. Après quarante ans, je venais de comprendre pourquoi mon père ne s'occupait pas de ma mère comme il aurait du le faire. Parce que, mon père, il avait le même sentiment d'inutilité que j'étais en train de ressentir à l'égard de Lou. Mon père, il l'aimait trop pour la voir souffrir. Mon père, pour la première fois, je le comprenais, et voir sa silhouette rester immobile dans le noir, devinant par un quelconque fantasme des larmes rouler sur ses joues, j'eus pitié de lui comme un fils peut avoir pitié de son père. Et je murmurais alors, moi aussi dans le noir de la nuit : « Papa. »
« Quoi ? » Demanda Léo dont j'avais oublié la présence.
« Rien. »
Devant les lignes de T.I, j'interrogeais Léo sur ce qu'il comptait faire.
« Je dois m'occuper de certaines choses, pour permettre à Lou de s'exprimer devant tout le monde, pour lui permettre de dire la vérité. »
J'approuvais fébrilement et quand il me posa la question à son tour je répondis :
« Je ne sais pas. »
Mais, quand je fus seul dans la cabine, Léo étant parti dans une autre direction, je savais ce que j'avais à faire. Je devais aller voir ma femme. Je devais aller voir Mme Ash.
Wod* = World Dollar ; ce n'était pas clair lors des premières versions postées ici mais ce sera "logique" dans la version finale.
Correction importante
"Je fis ensuite un bref signe à Mr. Ash et je me rendis compte de ce que Mme Verneil voulait parler." C'est la vraie phrase ; sinon le chapitre n'a plus aucun sens, vraiment.
Je lirais, promis, parce que de ce que je vois, y'a de bonnes critiques et de bons échos, alors je m'y attèlerai dès que j'aurais plus de 5 minutes chef ! ![]()
Cool, cool, coool.
En espérant que ça te plaise. ![]()
autant j'ai aimé la première partie, autant la deuxième je l'ai adoré ![]()
la mise en scène ( si c'est bien le terme) est très bonne. l'expression des sentiments du narrateur, le contraste existant entre la vision qu'il s'est faite de son père et celle qui ne connait pas ( ou plutôt qu'il découvre), l'histoire de son enfance et bien d'autre chose, tout est génialement orchestré
j'ai eu un petit doute car je trouvais le coup du père absent et de la mère malade un peu cliché, mais tu as réussi à traiter ce point assez habilement pour, au fur et à mesure, effacer le cliché donc chapeau.
là encore des dialogue bien construit et des interactions crédible que je t'envie. et une belle fin de chapitre qui me donne envie d'avoir la suite ![]()
d'ailleurs, elle est pour quand
enfin bref, un très bon chapitre qui a, je l'avoue, réussi à m'émouvoir ![]()
Je suis content que le processus émotionnel est fonctionné parce que j'étais moi-même très plongé dans l'histoire de son enfance et son malêtre qu'il traîne depuis des années ; si plongé dedans que c'est sûrement le chapitre qui m'a le plus soulagé durant l'écriture.
La suite ne viendra pas ce soir car j'enchaîne ciné/soirée ; à moins que je l'écrive très tard encore (genre vers 5h) mais pas sûr...
Bref, dans le pire des cas demain soir ! ![]()
j'en aurai presque eu les larmes au yeux à la fin, quand il réalise l'épreuve qu'avais subit son père et qu'il est lui même entrain de subir. et pourtant je ne suis pas vraiment ce qu'on peut appelé un grand émotif
on peut dire que tu as bien réussi "ton processus émotionnel". juste pour avoir le plaisir de me répéter: bravo
dans tout les cas, amuse toi bien ce soir. tu l'auras mérité après un tel chapitre
reste maintenant à voir si les autres apprécieront autant ce chap ![]()
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La scène émouvante à la fin était bien le meilleur de ce chapitre, et pourtant je ne suis pas tellement fan de ce genre de trucs.
Je trouve cette fiction vraiment sympathique. Le scénario est intéressant et ton style d'écriture permet bien de visualser les scènes et surtout de faire ressentir les émotions du héros.
Cependant, j'trouve les derniers chapitres moins inspirés que les autres. C'est principalement des formulations qui me semblent mal adaptées au situations, trop "banales". Du moins c'est l'impression que j'en ai et je ne sais pas si je m'exprime clarement ><
Mais ça n'empeche pas cette fiction d'avoir un beau niveau. Malheureusement, j'ai vu bien plus de fic pire que la tienne et pas suffisament de meilleur.
Bon courage pour la suite :D
Je passe rapidement pour signaler que la suite et fin de cette nouvelle devrait être postée ce week end !
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je penserai que "Qui" serait plus longue mais c'est déjà une très bonne nouvelle ![]()
Il reste plusieurs chapitres mais je compte tout écrire d'un coup.
bon courage alors, je me ferai une joie de lire tout ça ![]()
Deux semaines plus tard. 1 mois après avoir posté le chapitre 11 ; je reviens à la vie. Je reviens à la vie et je vous poste donc le chapitre 12 dans quelques instants, parce que "Qui" sera enfin terminé cette semaine !
Chapitre 12
Cléo
Il m'avait été difficile de retrouver l'adresse où vivait la sœur de Susan. J'y étais venu quelque fois, mais pas assez pour en garder un souvenir précis. Ce fût donc une véritable surprise de me rendre compte que je ne m'étais pas trompé. Lorsque je vis son nom inscrit sur la porte, je sursautai même, étonné de ne pas m'être perdu. Dans la mesure où tous les bâtiments de ce secteur étaient identiques, j'en déduisis que rien d'autre qu'un miracle avait pu me conduire jusqu'à sa porte. Ou bien mon esprit avait-il été guidé par la présence de Susan. Cette idée, bien que séduisante, s'éclipsa une fois que la porte eut été ouverte.
« Elle n'est pas là. » Affirma la voix ensommeillée de sa sœur, que je venais de toute évidence de réveiller puisqu'elle était en nuisette.
Je fronçai les sourcils dans un premier temps en me demandant quelle heure il était pour qu'elle soit déjà couchée. Puis je fronçai à nouveau les sourcils en la jaugeant du regard : je ne la croyais pas.
« Où est-elle ? » Insistai-je.
Elle prit un air agacée et s'empressa de me demander :
« Qu'est-ce que tu lui veux ? »
Je soupirai. Si quelqu'un me haïssait plus que ma femme elle-même, c'était bien la sœur de ma femme.
« Je veux juste la voir. » Dis-je d'une voix suppliante.
Cela ne fit que l'énerver davantage et je crus un instant qu'elle allait me claquer la porte au nez. À la place, elle haussa le ton :
« Tu ne peux pas prétendre que tu tiens à elle une fois qu'elle a décidé de partir ! C'est trop facile ! »
Je remarquai que ses yeux avaient gonflé quand elle avait dit ça et je compris alors qu'elle m'en voulait. Elle m'en voulait d'avoir fait fuir sa sœur, de l'avoir fait fuir si loin qu'elle ne pourrait, elle non plus, ne jamais la revoir. J'eus un sentiment de compassion et j'en vins même à penser un instant que je devrais la laisser tranquille. Mais je ne pouvais pas.
« Où est-elle ? » Répétai-je sur un ton redevenu froid.
« Mais tu ne comprends pas ?! » Hurla-t-elle.
« Chaque fois que t'essaies de faire quelque chose, ça ne fait qu'empirer ! »
Elle avait littéralement craqué ce coup-ci. Des larmes étaient parties, suivies de sanglots saccadés. Je me sentis mal à l'aise au point de penser à la réconforter, à la prendre dans mes bras. Je ne fis rien, de peur de déclencher une nouvelle crise. Elle ravala ses sanglots quand une voix derrière elle vint couvrir les pleurs.
« Tonton David ! » S'exclama cette petite voix.
Ma petite nièce, âgée de huit ou neuf ans, se précipita vers moi en courant et en répétant mon nom. Elle frôla les jambes de sa mère et vint dans mes bras.
« Bonjour Jena ! » Lançai-je en lui appliquant un baiser sur la joue.
Elle écarquilla les yeux et me regarda, déconcertée.
« C'est Jeanne, pas Jena. » Rectifia la voix crispée de sa mère.
« Je sais bien. » Répondis-je en faisant semblant de jouer.
Jeanne fût secouée d'un fou rire et me dit, rieuse :
« C'est le soir ! Le soir on dit bonsoir, le jour on dit bonjour ! Faut pas dire bonjour le soir ! »
« Bonjour ! » Soufflai-je en feignant d'être en train de faire une bêtise.
Elle rigola de plus belle et j'en profitai pour lui demander :
« Dis-moi, toi qui sais tout, tu sais pas où es Susan ? »
Je devinai le regard haineux de sa mère mais je n'entendis que sa voix :
« Laisse-la en dehors de ça. »
C'était trop tard. Jeanne leva les bras en l'air, comme si elle triomphait de quelque chose, et elle annonça :
« Elle est sur Mars ! »
« C'est impossible. » Murmurai-je.
« Il n'y a pas de départs avant la semaine prochaine. »
Jeanne ne se souciait pas de ce que je disais.
« Tu t'occupes encore des carrés ? » Demanda-t-elle.
« Quoi ? » Rétorquai-je nerveusement en pensant toujours à Susan.
« Tu t'occupes encore des carrés rouges ? »
« Euh... Oui. » Dis-je en ne souriant plus.
« Je dis à tout le monde à l'école que mon Tonton David il s'occupe des carrés rouges ! » Exulta-t-elle victorieusement.
« Ils doivent te croire cinglée. » Répondis-je spontanément.
Elle perdit le sourire à son tour et sembla s'interroger sur ce que ma phrase pouvait bien signifier. Sa mère profita de ce moment de latence pour la ramener auprès d'elle et l'envoyer se coucher. D'abord elle rechigna puis quand sa mère évoqua l'heure elle fila en ayant à peine le temps de lancer un « au revoir Tonton David ! ». Auquel je répondis par un « au revoir Jena ! ».
Je me redressai pour de nouveau faire face à sa mère. Il n'y avait plus de larmes et je me mis à penser que l'intrusion de Jena avait au moins servi à apaiser les tensions.
« Elle n'est pas déjà sur Mars, pas vrai ? »
« Non, mais ça tu le sais déjà. » Répondit-elle.
« Écoute... Je ne suis pas là pour créer des ennuis. C'est juste qu'il faut que je la vois avant qu'elle parte. C'est important. C'est une question... euh... de vie ou de mort. » Essayai-je de la convaincre.
Elle m'écouta passivement, puis attendit de longues secondes avant de répondre :
« Elle sera là jeudi prochain. »
Elle referma la porte juste après, comme si c'était le point de sa phrase. Mon « merci » chuchoté s'adressa donc à une porte noire.
Et quand je repartis vers les réseaux de TI, je pensai : jeudi, c'est quand déjà ?
Je n'avais aucune envie de rentrer chez moi. J'étais beaucoup trop angoissé à l'idée que mon appartement soit surveillé et je n'avais de toute façon pas envie d'y remettre les pieds. Ne sachant toujours pas l'heure qu'il était, j'essayai de penser à autre chose qu'à Susan, Lou, et Mars. Je me rendis alors dans un restaurant, bien que je n'avais pas faim du tout. C'est en y pénétrant que je vis qu'il était minuit passé. Il n'y avait personne à l'intérieur hormis les robots de service et un jeune couple qui se disputait pour une raison qui m'était inconnue.
Un écran était allumé et des informations y défilaient tandis que le son était coupé. Sans surprises je voyais des images de Mars, et une journaliste répétait ce que tout le monde savait déjà, même si je ne pouvais pas l'entendre. Rapidement je compris quel était le sujet de dispute du jeune couple. Après qu'un robot m'ait apporté à boire, ils s'approchèrent de moi en rigolant – c'était une dispute amicale, bien qu'engagée –.
Le jeune homme prit la parole le premier :
« Hé, vous ! » Dit-il.
« Oui, moi ? »
« On peut s'asseoir ? » Demanda-t-il bien qu'ils étaient déjà en train de le faire.
« Je suppose que oui. » Répondis-je.
« On voudrait que vous preniez une décision à notre place ! » Déclara la jeune femme.
« Une grande décision. » Compléta le jeune homme.
Ils se regardèrent complices, en gloussant. Je ne les aimais pas.
« Laquelle ? »
« Est-ce qu'on doit aller sur Mars ? » Dirent-ils en même temps.
Je regardai l'écran allumé, sur lequel était à présent diffusées des publicités. Puis je regardai leurs visages, leurs sourires, et je ne pus rien dire d'autre que :
« Je n'ai pas faim. »
Je me levai sous leur regard incrédule et m'en allai après avoir glissé un Wod à un des robots.
Où que j'allais Mars ne me quittait pas. Plus que l'attente, c'était d'attendre dans cette excitation ambiante qui me rendait nauséeux. Je ne savais même plus ce que j'attendais. Que Léo me dise quoi faire ? Savait-il au moins ce que nous devions faire ? Je n'étais pas un héros, j'étais David. Je n'avais même pas été foutu de dire à deux personnes qu'il ne fallait pas aller sur Mars. Comment pourrais-je alors le dire à des milliards ? Je n'attendais que Susan, et pour cela il fallait que j'attende plusieurs jours et cette simple idée me contraignit à m'adosser contre un mur et à respirer bruyamment, suffoquant. Je n'avais nulle part où aller et je décidai donc d'aller régler mes comptes avec quelqu'un. Quelqu'un qui me devait des explications.
L'appartement de Cléo fut plus facile à resituer que celui de la sœur de Susan. Quand je m'étais retrouvé dans son immeuble, peuplé à grande majorité d'étudiants, j'étais passé devant une soirée qui battait son plein. Plusieurs personnes étaient avachis dans le couloir, vomissant pour les uns, s'embrassant pour les autres, et une musique insupportable jaillissait d'un appartement. Je m'étais alors glissé à l'intérieur, passant entre deux hommes nus qui squattaient l'entrée, l'un d'eux faisant semblant de me lécher le cou. Dedans, une fumée verdâtre altérait mon champ de vision et les gens se retournaient sur mon passage en se demandant sûrement ce qu'un mec comme moi foutait ici.
Soupçonnant que Cléo se trouvait ici plutôt que chez elle, j'étais allé vers le premier type dont j'avais pu discerner le visage et je lui avais demandé où était Cléo.
« Va demander à Julien. » M'avait-il dit.
« Qui ? »
« Julien. » Avait-il répété en désignant un jeune homme assis sur un canapé quelques mètres plus loin.
Sur un nouveau boom de la musique et un nouveau nuage de fumée verdâtre je m'étais dirigé jusqu'à lui. Un couple était en train de baiser à sa gauche ; un autre couple était en train de baiser à sa droite. Lui était immobile et gardait un regard fixe, comme s'il aurait préféré ne pas être là, comme s'il essayait de devenir invisible en ne bougeant plus. Je m'étais arrêté devant lui et j'avais agité les mains devant ses yeux pour le faire réagir.
« Tu sais où est Cléo ? » Avais-je demandé.
Il avait cligné des yeux.
« Qui ? »
« Cléo. » Avais-je répété en haussant la voix.
Il était resté silencieux, avait cligné à nouveau des yeux et avait redemandé :
« Qui ? »
J'avais soupiré et m'étais éloigné de lui. Celui qui m'avait conseillé d'aller le voir m'avait regardé passer en rigolant. Je m'étais à nouveau glissé entre les deux corps nus de l'entrée et m'étais retrouvé dans le couloir. J'avais continué à y avancer et c'est comme ça que je m'étais retrouvé devant la porte de son appartement. Me demandant pourquoi j'avais fait ce détour.