Ah, cool, merci à toi pour ton retour !
J'ai un week end chargé donc je n'ai pas trop le temps de passer sur le forum (que ce soit pour lire ou écrire) mais le dixième chapitre sera posté lundi sans fautes.
La semaine prochaine sera d'ailleurs le dernier rush normalement, le dernier chapitre devrait être prêt pour vendredi ou samedi ; pour ce qui sera ma deuxième nouvelle bouclée de l'été et l'occasion de replonger sur "Bang Bang" lentement mais sûrement en cette rentrée scolaire. ![]()
Le chapitre 10 sera posté demain ; là je l'ai presque terminé mais je suis trop fatigué pour finir, relire et poser, donc je remets ça à dans quelques heures.
Suivront les cinq derniers chapitres qui s'échelonneront de mercredi à dimanche. ![]()
J'ai rattrapé mon retard et j'ai lu "les oiseaux bleus"
On sent bien que ce n'est que la charnière de ton ouvrage, mais néanmoins, cette charnière est réalisée d'une main de maître, il est donc important de te féliciter une fois encore pour ce chapitre
Et comme toujours, j'attends impatiemment la suite ![]()
Merci Light !
Avant de poster le dixième chapitre, je vous partage la citation que j'ai choisi en tant qu'introduction à ma nouvelle, signé Phillip K. Dick.
Des réalités truquées ne peuvent créer que des êtres humains truqués. Ou alors, les êtres humains truqués ne peuvent engendrer que des réalités truquées pour les vendre à d’autres êtres humains et les transformer elles aussi en contrefaçon d’eux-mêmes. On obtient donc des faux êtres humains inventant de fausses réalités et les colportant à d’autres faux êtres humains. C’est simplement une version grand modèle de Disneyland.
J'aime assez ![]()
ha le faux espoir, j'espérai la suite ![]()
sinon bien trouver cette citation, comme celle de désillusion
La suite c'est pour cette nuit normalement ; je l'avais presque terminé mais hier j'ai préféré occuper le peu de temps que j'avais pour participer au concours.
Profonde expectation
On veut la suite ![]()
Je vais la poster dans peu, je suis en train de la terminer ; ce chapitre m'aura apporté plus de difficultés que tous les précédents réunis.
Chapitre 10
Le petit robot
J'étais resté abasourdi de longues minutes, seul au cœur de mon appartement dévasté. En une nuit ma vie s'était embrasée, à la manière dont mon appartement semblait s'être retourné sur lui-même. Cet ensemble de murs et de pièces jusque-là si propre, si éclatant de richesses, n'était plus qu'un assemblage imprécis et inexact d'objets brisés. Si cette nuit avait été le feu il ne restait de ce feu que des cendres, et j'en étais moi-même le grain le plus imposant.
J'avais pensé pouvoir garder Lou auprès de moi sans que rien ne change ; j'avais pensé pouvoir dire au revoir à ma femme sans que rien ne change. Mais depuis deux jours tout avait changé. Il ne restait rien de mon ancienne vie pas plus qu'il ne restait d'ordre dans cet appartement. J'étais contraint de l'accepter, et quelque part soulagé, parce que seule la mort de l'ancien moi pouvait permettre la naissance du nouveau. Ce nouveau moi, je ne savais pas encore qui il était, où il allait, ni comment il ferait face aux épreuves qui lui étaient imposées ; mais je savais qu'il avait envie de partir sans regarder en arrière, sans même jeter un bref coup d'œil par dessus une épaule incertaine. Parce que ce nouveau moi il ne quittait rien d'autre qu'une vie faite de cendres toutes plus noires les unes que les autres.
C'est donc ce nouveau moi qui sortit de la pièce à pas précipités, impatient de respirer l'air comme il ne l'avait jamais respiré auparavant.
Je guettais du regard chaque allée dans laquelle je m'engageais, où fuyaient des passants soucieux, assaillis d'une pression différente de la mienne. Une pression qui les accablaient de tout leur être tandis que la mienne semblait me porter comme une foule aurait porté un roi. Je marchais, je courrais, je volais presque à la rencontre de ce signe qui me murmurerait :
« Ta nouvelle vie peut commencer. »
Et, fier de mes ailes qui poussaient sur mon dos, dressé comme un albatros qui regarde le monde de ses yeux limpides, je vis enfin. D'autres ailes dessinées dans les hauteurs d'un mur où personne ne plonge son regard. Des petites ailes bien rondes, formant deux boucles parfaites autour d'un petit corps bombé, qui me rappelait la prestance d'oiseaux exotiques que je n'avais jamais vu. Il semblait peint sur le mur mais il ne l'était pas, et ce n'était pas non plus une peinture bleue qui le recouvrait tout entier mais davantage un crépitement pixelisé : comme s'il eut été une image projetée par une machine invisible.
D'abord intrigué, incapable de comprendre ce que cet oiseau sans vie attendait de moi, je souris. La long bec de l'oiseau piquait vers le sol, en direction d'une cabine de T.I., et je compris alors que l'oiseau tendait le cou pour m'indiquer la route à prendre. Après tout, le message était clair : « Les oiseaux bleus t'indiqueront le chemin. »
Je rentrai avec hâte à l'intérieur, pris de l'enthousiasme d'un gamin à la recherche de ses œufs de pâques, qui apprécie autant le fruit de sa recherche que la recherche en elle-même. Je n'aurais pu expliquer pourquoi j'étais soudain si excité par cette chasse aveugle. C'était un sentiment, rien d'autre, celui non pas de croire mais de savoir que le chemin que j'étais en train de prendre était le bon. Il avait été motivé par la répulsion que m'avait provoqué la rencontre avec le minuscule démon ou bien la soirée d'anniversaire qui avait précédée et qui semblait si lointaine à présent. C'était avec une précipitation animée que je dictais à la machine mon itinéraire comme me l'indiquaient les petits oiseaux bleus qui apparaissaient furtivement sur les touches où suivaient mes doigts.
Le trajet fut long, plus long que tous les trajets que j'avais pu faire jusque-là. Les premières minutes passèrent sans que je ne pense à rien, trop excité pour avoir ne serait-ce que l'idée de réfléchir. Puis, alors que la cabine continuait de s'enfoncer dans des embranchements toujours plus profonds , je m'étais mis à repenser à tout ce qui m'était arrivé ces derniers jours, comme si j'essayais de classer les évènements pour mieux les comprendre. Le cerveau adopte parfois cette solution méthodique de tout considérer et reconsidérer, avec le détachement le plus délicat qui soit, pour donner l'impression à l'homme qui est à l'origine de cette minutie qu'il ne fait qu'écouter les paroles d'un autre, se dupant lui-même par l'impartialité de ses réflexions.
Cet autre là me rappelait donc comment j'étais tombé sur Lou, comment j'avais découvert qui elle était vraiment et sa condition, qui la faisait vieillir d'heure en heure pour la simple raison obscure qu'elle était née sur Mars. Cet autre là achevait son discours en me demandant des réponses que je n'étais pas capable d'apporter. Nous finissions donc par nous mettre d'accord en déclarant que ces réponses se trouveraient au bout de notre chemin, celui que nous indiquait les oiseaux bleus. Après quoi nous restâmes silencieux, dans l'attente devenue insoutenable de l'arrêt de la cabine, de l'ouverture des portes.
Quand elles s'ouvrirent enfin je me précipitai au-dehors. La cabine m'avait emmené très bas, si bas que les allées ne ressemblaient plus du tout à ce qu'elles étaient là-haut. Il n'y avait pas de passants anxieux, pas de grands édifices ou de robots circulant en agitant leurs bras en tout sens. Non, il n'y avait que des tas de déchets contre les murs sales, monticules agglutinés de pourritures en tout genre. Quelques misérables étaient affalés contre ces mêmes murs et une couleur ocre semblait déteindre sur tout ce qui vivait, bougeait, respirait. Gêné par toute cette crasse qui suintait du sol et de l'air, j'avançais en courbant le dos, comme pour m'en protéger. Jamais je n'étais venu dans un quartier si pauvre, où le simple fait de poser le pied à terre vous donnait l'impression de nager au sein d'une poubelle sans fond. Je ne me concentrais alors que sur les oiseaux qui étaient de plus en plus visibles et de plus en plus nombreux. Ils guidaient chacun de mes pas avec une telle précision qu'il aurait été impossible au plus désorienté des hommes de se perdre.
C'est ainsi que je finis par me retrouver au sein d'un long couloir étroit, où s'enchaînaient des rangées de portes des deux côtés. C'était moins un couloir qu'une ruelle minuscule. Mais ici, tout était de toute façon recouvert par les fondations de bâtiments à l'envergure colossale, dont les habitants devaient ignorer même que quelque part en-dessous de leurs pieds régnait une telle déchéance. Les murs devenaient si proches l'un de l'autre que je me demandais si j'allais pouvoir arriver au bout, craignant de finir coincé entre eux. Les néons lumineux qui provenaient de fines barres horizontales menaçaient de s'éteindre à tout moment et de me plonger dans la pénombre, déversant une lumière verdâtre qui peinait à s'étaler sur les murs, lassée d'émettre ces rayons maladroits. L'air était si toxique et poussiéreux que j'avais l'impression d'avancer dans une cave abandonnée. Pourtant cet endroit abritait bien de la vie puisque j'entendais au derrière de certaines portes des enfants brailler ou des couples se crier dessus sur ce ton familier qui perce les murs des voisins. Je finis par arriver à destination, non sans un soupir de soulagement, m'arrêtant devant une porte sur laquelle trônait un nouvel oiseau ; le dernier.
Je toquai, d'abord fébrilement, puis avec une conviction plus déterminée. Des pas lourds se firent entendre de l'autre côté de la porte avant qu'elle ne s'ouvre prudemment. Un homme chauve se trouvait derrière, me scrutant du regard avant d'en faire autant avec le couloir. Il m'était difficile de lui attribuer un âge exact tant son visage ne laissait rien deviner. Il aurait pu avoir quarante comme soixante ans. Il avait mauvaise mine, semblable à celle d'un malade en fin de vie, ce qui me rendit mal à l'aise.
Après avoir fini son inspection il chuchota simplement :
« Entre. »
À peine avais-je pénétré à l'intérieur que j'entendis une autre voix m'appeler :
« David ! »
C'était Lou qui se ruait vers moi comme une enfant se rue dans les bras de son père après une longue absence. Je l'attrapai en plein vol, encore plus ému et rassuré qu'elle ne l'était.
« Comment tu vas ? » Lui demandai-je en continuant de l'étreindre tendrement.
« J'ai peur. » Répondit-elle avec douceur, faisant comprendre que désormais que j'étais auprès d'elle ce n'était plus le cas.
Et alors que je la regardais en recoiffant ses cheveux derrière ses oreilles avec délicatesse, je fus frappé par ce que je vis. Déjà elle ne ressemblait plus à la petite que j'avais recueilli deux jours plus tôt. Ses traits étaient plus marqués, sa tête plus grosse, et l'enfant laissait progressivement place à l'adolescente – même si les traces enfantines étaient toujours là pour ne pas rendre le changement trop brutal. Je la contemplais tristement, pris de pitié pour cette petite dont l'enveloppe douce et innocente de l'enfance semblait avoir été arrachée avec hargne.
« Tout va bien maintenant. » Lui dis-je pour la réconforter avant de la prendre à nouveau dans mes bras, frissonnant d'inquiétude pour cet être condamné à vieillir toujours plus vite.
L'homme qui était resté en retrait tout ce temps, adoptant la posture immobile que prennent ceux qui assistent à une scène intime sans y être convié, s'éclaircit la gorge pour me signaler qu'il avait à me parler. Lou, répondant au signal la première, s'écarta de mes bras et se dirigea vers une banquette trouée avec laquelle elle semblait déjà familière. L'homme lui s'était assis devant une petite table qui occupait l'autre coin de cette pièce vétuste et vide. Je m'assis en face de lui et il commença à parler :
« Tu m'excuseras pour ce qui s'est passé chez toi mais j'étais obligé. »
En voyant que je ne comprenais pas de quoi il voulait parler il fronça les sourcils et précisa :
« Ce que je t'ai injecté dans la gorge, c'était pour désactiver le traceur. »
Je me rappelais alors de la lutte dans mon appartement, du tube métallique qui avait glissé en moi et que j'avais déjà oublié. Je lui fis signe que ce n'était rien, intrigué par une autre de ses paroles :
« Un traceur ? »
« Oui. Ils t'ont donné une pilule rouge, n'est-ce pas ? Ça leur permet de te localiser où que tu sois. »
Je ressentis alors un vague malaise en repensant à la pilule rouge et aux conditions dans lesquelles je l'avais avalée. Sensation de malaise qui fut suivie de l'angoisse qu'il puisse en rester des traces dans mon estomac. J'étais si angoissé que j'avais envie de plonger dans mon propre ventre pour être sûr qu'il n'y avait plus rien. Je compris alors pourquoi le minuscule démon souriait : il n'attendait que ça, que je le mène à Lou.
L'homme, constatant mon inquiétude, s'empressa de me rassurer :
« J'ai fait le nécessaire, ne t'inquiète pas, ils n'ont aucun moyen de savoir où tu es. »
Je sautais alors sur l'occasion pour exiger des réponses qui étaient hors d'atteinte depuis trop longtemps : « Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? »
Il s'approcha de moi et baissa la voix pour être sûr que Lou ne nous entende pas :
« Ils veulent Lou. Ils la veulent morte. »
Elle était en train de jouer sur la banquette, adoptant, à l'instar de l'homme un peu plus tôt, la posture des enfants qui ne sont pas conviés à une discussion d'adultes, s'excluant avec insouciance. Pourtant, dans sa façon de jouer sans conviction, de remuer les bras de manière indolente, je comprenais qu'elle n'était pas si insouciante que ça ; et plus si jeune non plus. Le regard triste que je posais sur elle semblait signifier : « Toi, tu ne sais pas ce que c'est que de vivre sans souffrir. »
« Pourquoi cette obsession avec Lou ? » Demandai-je, peiné, les yeux toujours posés sur elle.
« Parce que c'est une preuve. »
« Une preuve de quoi ? »
« Qu'il est impossible de vivre sur Mars. » Répondit l'homme dans un étranglement à peine audible.
C'était donc ça. La cause de cette vie de souffrances était la vérité. Rien d'autre qu'un peu de vérité dans ce monde de fous.
« Tous ceux qui vont sur Mars sont condamnés. » Ajouta-t-il en baissant la tête, comme s'il avait redouté tout ce temps de prononcer ces mots à haute voix.
N'était-ce pas une évidence maintenant que j'y repensais ? Quoi d'autre pourrait pousser des hommes à chasser une fillette comme on chasse un meurtrier sinon la peur de voir éclater la vérité ? Cette vérité si terrible qu'ils voudraient la recouvrir d'un mensonge plus terrible encore.
Tandis que je restais interdit, sans réponses, l'homme s'effondrait en face de moi, se prenant la tête entre les mains.
« Nous avons échoués. » Ne cessait-il de répéter.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » Demandais-je perturbé par l'aveu de l'homme, qui avait craqué si soudainement que je ne savais pas comment réagir.
Et il continuait alors de déverser ce qu'il avait contenu trop longtemps en lui, honteux de ce qu'il avouait mais soulagé de partager sa douleur ; une douleur qui semblait lui rompre les entrailles depuis tant de temps. Chacune de ses phrases était entrecoupée de sanglots, qu'il ne parvenait plus à contrôler ; ni même à les cacher à une Lou à présent immobile, incrédule devant son explosion soudaine.
« Je travaillais là-bas, disait-il, quand tout a mal tourné. J'étais enfin sur Mars, je venais de réaliser mon rêve, celui de jouer un rôle dans ce nouveau monde... Je n'étais qu'infirmer sans importance dans le premier hôpital de Denka mais j'étais fier de moi.. J'avais l'impression de participer à la création de quelque chose de grand, de quelque chose qui dépassait tout ce que l'homme avait pu connaître jusque là. »
Il s'essuya d'un revers de la manche les larmes qui ruisselaient sur ses joues avant de reprendre :
« Quand ils ont compris qu'il y avait un problème, quand ils ont réalisé qu'ils avaient anéanti tout espoir de vie... »
Il m'attrapa alors le bras, implorant ce qui semblait être mon pardon (qu'est-ce que je devais lui pardonner ?).
« Ils voulaient faire quelque chose de parfait tu comprends ? Et leurs gaz de maintenance, qui étaient censés permettre la vie... Ils ont fait tout le contraire. Quand Lou est née ils ont compris et ils ont commencé à paniquer. Je pensais qu'ils allaient tout abandonner, parce que ce n'était pas seulement Lou, mais c'était tout le monde. Tu comprends, tout le monde là-bas était condamné. Mais ils se sont entêtés, ils voulaient la tuer avec tous les autres, ses parents, ses médecins, avec tous ceux qui étaient au courant. »
« Pourquoi ? »
« Tu sais ce que ça représente pour eux Denka ? C'est des dizaines d'années de recherches, de travaux ; c'est des milliards dépensés pour que la vie puisse s'installer sur Mars. Cette vie ils voulaient la cultiver, du début à la fin, pour qu'elle leur rapporte ce qu'ils ont toujours voulu, pas seulement la reconnaissance, mais aussi l'argent. Cette nouvelle ça détruisait tout pour eux ; tout ce en quoi ils avaient travaillé toute leur vie. Quand j'ai vu qu'ils vendaient les premiers billets je n'y ai pas cru. Ils sont prêts à tout pour faire perdurer leur rêve, leur folie, y compris à condamner des millions de personnes. Il n'y a rien qui attend les gens sur Mars, rien mis à part la mort. Tous ceux qui vont s'en aller là-bas, ils ne le savent pas encore, mais c'est en Enfer qu'ils vont. »
Il était épuisé de parler, épuisé de dire ce qu'il n'aurait jamais voulu dire, comme si son cauchemar était devenu réalité. Moi je n'en revenais pas, je ne pouvais pas concevoir qu'on songe à détruire tant de vies humaines pour... Pour quoi, au juste ?
« Parce que l'homme ne renonce jamais à ses rêves, même si ça veut dire qu'il doit rester endormi jusqu'à la fin de ses jours. » Répondit une petite voix dans ma tête.
La voix avait raison et je regardais à présent le petit corps de Lou. Ce petit corps qui s'agitait toujours sur la banquette et que je regardais autrement maintenant que je savais. Si ce corps m'avait paru si pur, si spécial, c'était parce que ce corps c'était la vérité. Lou c'était la vérité. Et Lou devenait donc un message, que l'on pouvait transmettre ou déchirer, crier ou étrangler, écrire ou gommer. Les hommes qui étaient après elle voulaient déchirer ce message, et je prenais conscience qu'il fallait des hommes pour les en empêcher ; et qu'il fallait aussi des hommes pour transmettre ce message. À qui ? À tout le monde. Et qui étaient-ils ces hommes qui avaient cette tâche ingrate ?
« Tu sais ce qu'on doit faire ? Tu sais qu'on est obligés de le faire ? » Disait l'homme en relevant la tête, attendant désespérément que je lui réponde ; que je lui fasse signe que oui, j'avais compris.
J'avais compris.
« Ils » c'était nous. « Ils » c'était le chauve sans âge et moi-même.
Je ne pouvais pas être surpris ; quelque part, je l'avais toujours su. J'avais toujours su au plus profond de moi, dès que je l'avais vu assise dans cette cabine ; plus tôt même, dès que j'avais entendu son cri. Oui, dès que j'avais entendu son cri j'avais su que quelque chose d'important était en train de passer ; quelque chose qui serait comme une rupture, qu'on ne pourrait plus ignorer, effacer, oublier. Quelque chose qui transformait le présent en passé et le futur en présent. Chaque minute depuis que j'avais croisé son regard m'avait mené à cet instant précis. Celui où j'étais obligé d'accepter mon destin ; celui de la protéger au péril de ma vie, mais aussi celui de dévoiler la vérité. Parce que cette histoire ne concernait plus Lou ou moi-même, elle concernait tout le monde. Je ne pouvais pas revenir en arrière puisque ce destin j'avais choisi de l'accepter quand j'avais entendu ce cri. Le cri de la vérité qui avait percé mes oreilles.
« Je comprends. »
C'était la seule réponse que j'avais trouvé à offrir à cet homme. Je comprends. Il n'y avait pas de réponse plus claire. Pour la première fois de ma vie : j'avais compris.
L'homme s'était ressaisit entre temps, et il débitait ses paroles en ne faisant plus attention au fait que Lou puisse nous entendre, obnubilé par ce qu'il avait à me dire. Lou s'était d'ailleurs approchée de nous, elle s'était collée à moi, comme si elle aussi elle avait compris ce qui se passait.
« Avant tout il faut qu'on trouve un moyen de la cacher. »
« Elle ne peut pas rester chez moi. » Avais-je fait remarquer.
L'homme avait aussitôt acquiescé, jugeant cela trop dangereux. Elle ne pouvait pas non plus rester ici car ils ne pouvaient occuper cette chambre que le temps d'une journée. C'était donc un hôtel avais-je pensé en me demandant qui pouvait bien gérer un endroit comme celui-ci.
On en était rapidement arrivé à la conclusion que l'on avait aucune idée de l'endroit où l'on pouvait la cacher. Pourtant, une idée qui avait jailli en moi et que j'avais essayé d'ignorer revenait sans cesse. Quand il fût clair dans ma tête qu'il n'y avait pas d'autres solutions, je déclarai :
« Chez mon père. On peut la cacher chez mon père. »
Et, plus vite que je ne l'aurais souhaité, la décision était prise. Il n'était plus question d'autre chose, c'était chez lui et chez personne d'autre et je redoutais déjà ma confrontation avec lui.
« Comment va-t-on l'emmener là-bas ? » Demandais-je à l'homme qui était aller chercher quelque chose dans une petite armoire incrustée dans un mur.
Il me fit signe d'attendre et ressortit avec la réponse à ma question. Il avait entre les mains l'enveloppe d'un robot désactivé, qui faisait une taille d'enfant ; qui avait la forme idéale pour recouvrir Lou.
D'abord apeurée et refusant catégoriquement de se glisser à l'intérieur, Lou avait fini par accepter, non sans que je doive la rassurer pendant de longues minutes, en lui promettant que tout irait bien. Une fois qu'elle était à l'intérieur et qu'il était certain que personne ne pourrait se douter du subterfuge nous sortîmes de la pièce. C'était un trio insolite qui avançait jusqu'aux cabines de T.I., un trio hagard, encore sous le choc, chacun pour ses propres raisons.
Une fois que nous fûmes installés à l'intérieur je demandai à l'homme ce que je n'avais pas eu le courage de lui demander plus tôt :
« Tu es aussi contaminé ? »
Il avait compris où je voulais en venir et avait seulement murmuré, sans oser me regarder :
« J'ai vingt ans... Enfin, j'avais vingt ans. »
Et le malaise qui s'était emparé de moi dès que j'avais posé les pieds dans ces bas quartiers s'estompa soudainement. Tout était si concret qu'il n'y avait plus de place pour les malaises. L'homme d'ailleurs était lui-même loin de l'état second par lequel il était passé lors de son discours. Tout était devenu si calme depuis que nous étions sortis ; parce qu'en sortant, nous avions accepté la vérité et il n'y avait plus de raisons de la craindre car elle faisait désormais partie de nous.
La seule chose que je craignais à présent que la cabine remontait vers la ville haute c'était le regard de mon père se posant sur mon visage. Ce regard que j'aurais préféré ne jamais revoir. Mais il y avait bien quelqu'un qui était capable de me pousser à le revoir. Quelqu'un ou plutôt quelque chose : le petit robot.
Le petit robot était tout ce qui comptait à présent. Personne d'autre, ni moi, ni l'homme chauve sans âge dont je ne connaissais pas le nom, ni le minuscule démon qui n'avait lui non plus pas d'âge. Ce minuscule démon qui était le rêveur fou prêt à faire tomber tout le monde dans sa chute ; ce minuscule démon devenu un immense diable, s'apprêtant à condamner tant d'innocents pour... Pour quoi, au juste ?
enfin nous avons droit à la suite ![]()
en ce qui concerne l'orthographe et la grammaire je n'ai remarqué aucun problème particulier, ni trouver de meilleur formulation donc je laisse ce point à tes autres lecteurs apparemment plus expérimenté que moi dans ce domaine
j'aime beaucoup ce chapitre, je le trouve très réaliste au niveau des réactions des personne, bien que le revirement de "David" et peut être un peu rapide. certes tu l'as bien mis en place, mais je dois etre encore attaché à désillusion ou le personnage subissait le processus inverse donc j'ai un petit blocage. bref, ce n'est pas très gênant.
ce chapitre nous offre aussi quelques réponses et pose d'autres question. d'ailleurs je m'étonne que tu n'ai pas mentionner le fait que la femme de David parte pour mars, je pensais qu'il s'en inquiéterai plus que ça. mais peut être nous reverses tu ce passage pour plus tard donc je n'en ai pas tenu compte dans mon avis sur les réaction.
en tout cas, j'aime de plus en plus cette histoire et j'attend vivement la suite
La suite viendra ce week end.
Je suis content que ça t'ai plu et pour Susan, tu auras vite des réponses ; en fait, dès les premières lignes du chapitre 11. ![]()
Je posterai la suite quand Light aura lu.
Ahem. TADAM. ![]()
Coucou
Que de révélations ! Franchement, mes félicitations pour avoir réussi à monter une telle intrigue il fallait y penser ! D'un côté l'histoire liée à Mars, le chauve, le "minuscule démon", la catastrophe en prévision, et Lou, et de l'autre côté l'histoire liée à David, Susan, Cléo, l'anniversaire, le boulot, et... Lou. Et là on se rend compte à quel point Lou est un élément-clé pour la liaison entre l'intrigue en elle-même et ce que j'ai envie d'appeler la "vie privée" de David.
Bon et puis j'annonce par avance que quand Lou aura 20/25 ans, elle va coucher avec David c'est OBLIGE. Ca ne peut être autrement
Que va-t-il se passer dans le chapitre 11 ? ![]()
(Voilà j'ai lu, balance la sauce, papa)
Haha.
Merci pour ton retour... La suite demain soir. ![]()
Attendre jusqu'à demain soir va etre dur
en ce qui concerne la probable relation entre lou et David, j'ai quelques doutes. ça ne me parait pas impossible vu le dénouement de ta dernière histoire. mais je ne pense pas que tu nous referais deux fois le même coup, celui d'un amour impossible qui arrive tout de même à naître.
enfin, on verra ![]()
Il va s'la faiiiiiiiire
Pardonnez-moi, un égarement.
Chapitre 11 – première partie
Mr. Ash
Personne d'autre que Lou. Personne d'autre que Lou mis à part Susan. Dès que l'homme m'avait appris ce qu'il se passerait quand les premières populations arriveront sur Mars, j'avais pensé à elle. Comment aurais-je pu penser à quelqu'un d'autre ? Il fallait que je la prévienne mais je redoutais déjà le moment où je lui annoncerai une telle chose. Elle me regarderait certainement avec des yeux empli de dégoût, pensant que je serais prêt à inventer n'importe quoi pour l'empêcher de partir. J'étais prêt à subir ce regard, parce que je ne pouvais pas faire autrement. J'avais accepté de la laisser partir, mais je ne pouvais plus le faire à présent. Car accepter de la laisser partir ça ne voulait plus lui dire adieu, ça la condamnait. J'avais peur d'une seule chose, que je ne fasse que la repousser encore plus loin, comme c'était le cas à chacune de mes tentatives pour me rapprocher d'elle ces dernières années. Des tentatives désespérées et maladroites dont celle-ci serait sans aucun doute la plus brutale. Je n'avais de toute façon pas le choix, il fallait que je l'empêche de partir, et si ce n'était pas par les mots, ce serait par la force. Peut-être que lorsqu'elle s'apercevra que j'avais raison, que je ne lui mentais pas, et que j'étais prêt à tout pour la protéger, elle comprendrait qui j'étais vraiment.
En ayant cette pensée agréable de l'imaginer se blottir contre moi, le visage illuminé par la naissance du David qu'elle avait toujours soupçonner d'exister, sans jamais le trouver ; je souriais malgré moi. J'avais même ce sentiment étrange de me dire que toute cette histoire était peut-être la seule chance pour moi d'être heureux ; et la seule chance pour Susan d'être heureuse ; car la seule chance pour nous deux d'être heureux ensemble. J'en venais même à remercier le destin de m'avoir donné cette dernière chance (était-ce une chance ?) même si cette chance était la cause de tant de maux. L'être humain a cela d'impressionnant qu'il se satisfait parfois des évènements les plus tragiques qui soient quand ceux-ci contribuent à changer sa vie. Malgré toute la honte que j'avais de ressentir ce sentiment d'espoir dans la tragédie, de lumière dans le néant, de douceur dans la brutalité, je ne pouvais l'empêcher de grandir en moi comme si une flamme ardente me brûlait les entrailles, rougeoyante d'un désir qui allait au-delà du fantasme.
« À quoi tu penses ? » Demanda Lou, dont la tête de robot était tournée vers moi depuis plusieurs minutes.
Je souris en fixant cette surface opaque et grise, devinant le regard interrogateur qui se cachait derrière.
« À rien, dis-je, à rien... »
« On ne pense jamais à rien. » Déclara-t-elle sur un ton qui variait autant de l'amusement à la suspicion que de l'indifférence à la curiosité.
Mon sourire devint plus nerveux. Je détournai mon visage de ses yeux invisibles, comme si j'avais peur qu'elle soit capable de lire dans mes pensées, de comprendre ce sentiment honteux qui me rongeait, celui de considérer une catastrophe comme un miracle.
L'homme lui était resté silencieux durant tout le trajet, il guettait seulement les positions de la cabine, pour être sûr que tout se passe comme prévu. Je le trouvais étonnement nerveux et je me rendais compte en observant sa air maladif et son corps voûté que l'image que je m'étais faite de lui ne correspondait absolument pas à ce qu'il était réellement.
Quand il m'avait envoyé les messages, qu'il m'avait téléphoné, j'avais eu l'impression de converser avec quelqu'un qui savait ce qu'il faisait, qui dégageait une certaine force et une sérénité. Et, même si ses paroles étaient toujours trop mystérieuses et trop frustrantes, il avait été tout ce temps comme un point de repère. Avant que je ne le rencontre, il représentait une marge de sécurité, qui me laissait espérer que nous étions protégés par une force invisible, celle de cet homme dont je ne connaissais rien. À présent je le voyais tel qu'il était : faible, incertain et tendu, et je réalisais qu'il fallait peut-être que je compte plus sur moi-même que je ne l'avais pensé.
Le contraste était si marqué que j'avais eu de nombreux doutes, ceux de penser qu'il s'agissait peut-être d'une autre personne. Mais, quand il m'avait raconté comment il avait sauvé Lou lors de la soirée d'anniversaire, quand au moment où je m'étais fait emmené elle était sortie de sa chambre, qu'il l'avait vu en premier et qu'il l'avait tout de suite caché, tous mes soupçons s'étaient évanouis. Une autre théorie s'était faite plus insistante et était devenue la seule qui me semblait correspondre. L'homme était épuisé, vieillissant, et cette entrée précoce dans le troisième âge devait en être la raison ; c'est pourquoi il n'était plus que l'ombre de lui-même, une ombre ratatinée sur elle-même. Quand je regardais cette ombre je me demandais pour combien de temps il en avait encore ; et c'est ainsi que j'en vins à penser que plus le temps passait et plus le vieillissement devait s'accélérer, ce qui me fit frisonner une énième fois pour Lou, en l'imaginant dans un tel état dans quelques semaines. Son vieillissement n'avait été jusqu'à présent qu'un évènement futur que je n'avais pas pensé aussi imminent. Maintenant qu'il frappait à ma porte, j'avais peur, peur de la voir sombrer aussi brutalement que l'homme, même si cette peur était illégitime car le changement inévitable.
On sortit de la cabine sur ce même silence qui nous avait accompagné depuis les bas quartiers, comme s'il était notre quatrième compagnon de route. J'avais essayé de penser à autre chose pendant les deux heures de notre voyage mais à présent la rencontre devenait si concrète qu'elle prenait toute la place dans mon esprit. Ce n'est qu'après avoir appuyé sur le bouton de signalement que mes membres se mirent à trembler sans que je ne puisse les maîtriser. Nous n'étions qu'au portail mais je ressentais déjà l'odeur détestable de la demeure familiale, celle qui étouffait mes narines d'un dégoût profond.
Cette maison je l'avais quitté dès que j'avais pu le faire, c'est-à-dire à mes vingt et un ans ; et la retrouver intact, identique au détail près au jour où je l'avais vu pour la dernière fois, me ramenait à cette époque là où je ne vivais que pour la haine paternelle. Haine qui retrouvait petit à petit la place qui était la sienne quinze ans plus tôt. Pourtant, je n'étais pas ici pour me battre, mais pour demander un service, et je dois que c'est ce qui était encore le plus dégradant.
Cette maison de famille, qui était à nous depuis tant de décennies qu'on ne les comptait plus, et que j'avais appris à surnommer le premier Enfer (le deuxième était Paris tout entier), était une de ces demeures que les pauvres rêvent de pouvoir s'offrir un jour mais qu'ils ne parviennent jamais à ne serait-ce qu'à approcher. Derrière ce portail d'une dizaine de mètres, recouvert par l'image imposante d'une gigantesque fenêtre, se cachait un large couloir qui prenait la forme d'une allée de dalles, entouré par un petit jardin qui était lui-même entouré par des champs déroulant leurs terres à perte de vue. Bien entendu il n'y avait pas plus de fleurs qu'il n'y avait de champ. Le jardin était composé de plantes artificielles, qui semblaient représenter toutes les teintes de couleurs possibles et imaginables. Et, quiconque se serait aventuré au-delà des barrières blanches qui l'entouraient, ayant le désir de fuir vers les champs infinis, se serait en réalité cogné contre un mur-écran. Il n'y avait que ça, partout autour, ils étaient tous disposés de manière à donner l'illusion d'une parfaite maison de campagne, ces mêmes maisons qui n'existaient plus depuis plusieurs siècles. Le ciel était clair et profond, comme les étendues d'herbes caressaient par un soleil chaud qui donnaient envie de s'y prélasser. Petit, en regardant depuis la fenêtre ce monde qui me paraissait si grand et si beau, j'avais envie de m'y perdre, de courir jusqu'à ne plus pouvoir apercevoir ne serait-ce qu'un point représentant notre château. Quand j'avais compris qu'il n'y avait rien au-delà de la maison que quelques murs et quelques écrans, ma vision du monde était soudain devenu beaucoup plus étroite. Du tout j'étais passé au rien, et de l'infiniment grand j'étais passé à l'infiniment petit, me sentant prisonnier d'une réalité qui m'avait menti durant toutes ces années. C'est à ce moment là que j'avais commencé à l'appeler l'Enfer, et le diable qui trônait au cœur de cet enfer, c'était mon père.
Repenser à tous ces souvenirs d'enfance, à ces images imprécises qui passaient dans mon esprit et qui me rappelaient des sensations que je n'avais plus connu depuis tant d'années, me fit presque oublier ce pourquoi j'étais venu. Ce n'est d'ailleurs qu'une voix robotique qui répondit à mon appel qui me sortit de ma torpeur.
« Qui est-ce ? » Demanda-t-elle.
« C'est David... » Dis-je après avoir hésité un long moment.
« David comment ? »
« David Ash. » Répondis-je en crispant légèrement les mâchoires à la prononciation du nom. Ash, pour moi, ça ne représentait qu'une chose : Mr. Ash, l'homme qui m'avait transformé en la personne détestable que j'étais.
Après un long silence de la part de la voix robotique, ce qui m'étonna car ces programmes n'étaient pas connu pour perdre du temps, la réponse alarma l'homme qui me scrutait depuis qu'on était arrivé avec des yeux inquiets.
« Accès refusé. »
Il n'y eut pas d'ajouts, rien d'autre que cette déclaration froide de la part d'un programme informatique. Quinze ans d'absence pour rester finalement enfermé de l'autre côté. Et le sentiment de rage qui me secoua à cet instant me rappela à quel point je pouvais haïr mon père.
Je me retournai désespéré et marchai sur quelques mètres avant de m'effondrer sur le sol, assis non loin du portail. Lou, toujours dans sa combinaison ridicule, vint auprès de moi et l'homme aussi. Ils restèrent tous les deux à mes côtés le temps que je me calme ; et nous étions donc tous les trois immobiles, laissés à la porte de notre dernier espoir.
« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » Demanda l'homme après que trop de minutes furent écoulées.
Je relevai la tête, sortant de mes songes, comme si sa voix m'avait ramené à la surface. Je n'eus pas à répondre. Je n'eus pas à répondre car un déclic qui résonna derrière nous répondit à ma place. C'était le portail qui s'ouvrait, et, avant même que je ne tourne la tête, je compris qui se trouvait derrière : le diable, Mr. Ash.
[...]
Compte tenu de la longueur du chapitre 11 et de ses deux parties relativement distinctes, j'ai décidé de le diviser en 2.
La deuxième partie sera postée en fin de soirée ! ![]()