Y a-t-il en effet rien de plus amusant pour l´esprit, que de se transporter dans les siècles les plus reculés, afin d´y contempler la société humaine dans son enfance, faisant de faibles essais de ses forces, et s´élevant avec lenteur aux arts et aux sciences ; de voir la politique, la conversation, et tout ce qui contribue à l´ornement et à la douceur de la vie, se raffiner par degrés et tendre à la perfection ; d´observer la naissance, les progrès, la décadence, et la chute des plus florissants empires, les vertus qui les ont agrandis et les vices qui les ont conduits à leur période fatale ; de voir, en un mot, tous les hommes qui ont vécu depuis l´origine des temps, passer sous nos yeux, revêtus de leurs couleurs naturelles, et dépouillés de ce fard et de ces déguisements, qui pendant leur vie, mettaient en défaut le jugement et la pénétration des meilleurs observateurs ? Où trouver ainsi un spectacle aussi magnifique, aussi varié, aussi intéressant ? Où trouver un plaisir sensible ou un plaisir d´imagination comparable à celui-ci ? Lui préférerons-nous, jugerons-nous plus dignes de l´homme ces amusements frivoles qui consument une partie si considérable de son temps ? Quelle ne doit pas être la perversité de goût d´un homme capable d´un aussi mauvais choix ?