Bon allé, je me lance.
J'avais dit que je ne montrerais rien qui ne soit pas terminé, mais ça fait un looooong moment que je travaille dessus et j'ai envie de savoir si je pars pas dans un mur avec cette fic'. C'est la refonte d'"un autre monde, une seconde chance", un topic que j'avais commencé ici il y a trois ou quatre ans \o/ J'espère ne pas être trop rouillé ![]()
Je promets pas de la finir, me connaissant, mais ça avance bien.
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Prologue : L’homme au chapeau.
17 janvier 1962. Paris. France.
Un appartement de banlieue.
La lampe grésillait, et les ombres, effrayantes créatures mouvantes, mourraient et renaissaient au rythme de ses impulsions électriques. L’appartement vibrait sous les pas d’une dizaine d’hommes et de femmes qui l’examinaient dans les moindres détails et pas une parcelle de l’un des murs, pas un centimètre carré de sol n’échappait à leur regard rigoureux. De leurs bouches s’échappait une vapeur dense qui s’évaporait dans l’air glacial.
Il était vingt-deux heures et quarante-trois minutes ce soir-là d’hiver et la gendarmerie nationale inspectait un appartement de la banlieue parisienne.
Les pas résonnaient au cœur de cette nuit engourdie, et le vent sifflait et se faufilait au travers d’une fenêtre entrouverte qui claquait contre un mur effrité. Le froid grignotait la ville depuis plusieurs mois déjà. Il engloutissait le pays comme un animal vorace, déployant son aura glacée sur la province et plantant ses crocs sur la capitale. La France vivait l’un de ses plus terribles hivers. Les températures n’étaient pas redescendues depuis le mois de novembre et le gel recouvrait les fleuves et les cours d’eau.
Deux hommes rongés par le froid entrèrent sans bruit dans l’appartement. Ils furent suivis d’une bourrasque gelée, et les muscles de tous les gendarmes déjà présents se raidirent lorsque le vent s’insinua sous leurs vêtements. Le premier des deux hommes, après avoir retiré son couvre-chef, examina les lieux d’un œil intrigué. Le second se précipita plus avant vers la foule de gendarmes et posa des questions.
L’homme au chapeau observa la fenêtre battre la mesure.
- Qu’on referme cette vitre, bon sang ! Cet endroit est déjà assez effrayant…
- Bien, chef, répondit l’un des gendarmes.
Et la fenêtre fut fermée.
Il fit quelques pas dans l’appartement, faisant craquer le parquet propre et net. Sa main gauche tournait son chapeau tout contre sa main droite alors que son esprit tentait de comprendre… Il sentait la toile de son képi glisser contre sa paume. Son ombre s’étalait sur les lattes, comme une bête prête à le dévorer. Il entendait les murmures de conversations de son subordonné qui glanait les informations.
Ce qui le choquait le plus, ici, était l’absence totale de meubles ou de décoration. L’appartement, à ce moment précis, ne contenait que des hommes en uniforme. Il n’y avait en son sein aucune trace d’effraction, de lutte, de fuite précipitée ou de sang. Tout était net, comme si l’occupant des lieux avait soigneusement préparé son départ.
Il n’aurait su expliquer avec des mots ce qu’il ressentait à cet instant précis. Quelque chose au fond de lui s’agitait, comme une peur inconnue qui serpentait jusqu'à sa gorge. Il sentait une abomination entre ses murs, une horreur aux effluves répulsives emplir ses narines, inconnue aux visages des ses phobies. Il la sentait, tout autour, là, tout contre lui, susurrant des mots inintelligibles au creux de son oreille.
- Foutue sensation de déjà-vu…, murmura-t-il.
Lorsqu’il eut fini son tour d’inspection, il appela l’homme qui l’accompagnait.
- Fais-moi le point sur la situation, s’il te plaît, Bobby…
Robert Clémenceau, inspecteur adjoint depuis peu, farfouilla dans les pages de son calepin. Il tremblait tant le froid avait insensibilisé ses mains. Il ne sentait pas la rugosité du papier contre ses doigts et peinait à tourner les pages. Lui n’avait pas peur et n’avait d’ailleurs jamais ressenti une seule crainte sur une scène de crime.
- Alors… hmmm… Notr’homme s’appelle… attendez voir… ( il tourna une nouvelle page ) Ouais, v’là, c’est ça : Thierry Hellot qui s’appelle. Comme bonjour, en anglais, avec un –t au bout. Il a disparu y’a trois jours à peu près. En fait c’est l’proprio qu’a trouvé l’appartement dans c’t’état. Y s’inquiétait d’pas avoir d’ses nouvelles alors qu’y passait faire coucou tous les matins… Un braf’ type d’après les gens du coin…
- Ce sont des braves types dont il faut se méfier…
- Ouais… si vous le dîtes… Enfin, toujours est-il qu’y s’est volatilisé et qu’y’a emporté tout son p’tit matériel avec lui.
- Et même ses meubles… ( il laissa sa phrase en suspens ) il n’a rien laissé, même pas une poussière… De quel matériel tu parles ?
Bobby et son chef marchèrent lentement dans l’appartement, tout en poursuivant leur conversation. La lampe grésillait toujours et lâchait de nombreux éclairs jaunâtres.
- Bah, c’était un gars qui aimait bien expérimenter l’Thierry ! L’proprio a pas vraiment su m’expliquer… Enfin, d’après lui, y bossait à la Sorbonne dans l’temps, et pis y s’est mis dans l’idée d’faire d’la r’cherche. Il avait transformé l’appartement en une sorte de labo.
- Il faut des autorisations pour ça…
- Bah il les avait, et pis, toujours d’après l’proprio, il faisait pas d’vagues alors on l’laissait tranquille tant que ça dev’nait pas trop dangereux.
- Et aujourd’hui il est plus là… On sait sur quoi portaient ses travaux ?
- Pas vraiment. L’était mystérieux comme type.
L’homme au chapeau perdit son regard par delà la fenêtre. Il examina les arbres squelettiques couverts de glace qui craquaient au dehors, puis sa voix se fit plus grave.
- Sur quoi tu bossais, Thierry… ?
Bobby regarda autour de lui, semblant chercher la personne intéressée par la question de son chef, mais il revint rapidement à son calepin.
- Ouais… si vous le dîtes… Enfin, y’a trois jours donc, l’proprio a entendu un bruit bizarre, ici…
- Bizarre ? Ça veut dire quoi « bizarre » ? Un coup de feu ? Une chute ?
- Bah, il m’a dit, je cite, « comme un éclair un peu sec ».
- Un éclair un peu sec ? Un éclair par ce froid… ? Je l’interrogerai moi-même ton proprio… Faudrait un peu plus d’explications… ensuite ?
- Bah, y s’est pas inquiété comme j’vous ai dit. Y s’est dit qu’y’avait rien de grave… Pis il a commencé à s’poser des questions quand il l’a pas vu le lend’main matin… Il est allé jeter un œil tout à l’heure avec sa clé, et quand il a vu l’appart’ dans c’t’état, bah il nous a appelé.
- D’accord… Rien d’autre ?
- Bah, si si, un p’tit détail…
Mais ils furent interrompus par une voix qui vint briser la monotonie des grésillements. Une main se leva dans la pénombre et les appela. La peur revint et secoua ses entrailles.
- Inspecteurs ! Venez voir ça !
Ils s’approchèrent de l’un des gendarmes qui était agenouillé sur le parquet, et s’abaissèrent à son niveau.
- Qu’est-ce que vous avez trouvé ? Interrogea l’homme au chapeau.
- Regardez-ça, répondit-il en désignant une latte du parquet. Je sais pas ce qui a pu faire un truc pareil, mais ce qui est sûr, c’est que ça devait être assez énorme.
- Un chien, j’dirai, proposa Bobby.
- Un très gros chien, alors…
- Ouais… si vous le dîtes…
La latte en question était éraflée sur toute sa longueur. Cinq profondes entailles l’éventraient, précises et larges, comme les griffes d’un animal. Plusieurs lattes étaient dans le même état, et des copeaux de bois traînaient alentour. L’inspecteur passa ses doigts sur les encoches, et un sentiment de peur mêlée d’incompréhension surgit en lui. Rien qu’une seule de ces griffes dépassait sa main en longueur.
Tout à coup, la lampe explosa dans un déchaînement d’étincelles et de sursauts. Une odeur âpre envahit la pièce et quelques lampes de poches s’allumèrent ça et là. De petits rires de surprises résonnèrent dans l’obscurité.
Bobby et son chef sortirent de l’appartement et gagnèrent la rue.
L’avenue était vide. Le froid, dangereux compagnon, faisait fuir les badauds. Bobby remonta son col. L’autre homme réajusta son chapeau sur sa tête. Ils glissèrent tous deux leurs mains dans leurs poches, se laissant bercer par le vent qui sifflait un peu plus fort.
- Au fait, Bobby, C’était quoi ce détail dont tu voulais me parler ?
- Oh ça… bah not’ Thierry, là… D’après l’proprio toujours, il s’intéressait pas mal à l’électricité.
- L’électricité ?
- Ouais… Paraît même qu’y voulait attraper un éclair.
« La lampe grésillait, et les ombres, effrayantes créatures mouvantes, mourraient et renaissaient au rythme de ses impulsions électriques. » mouraient
« Il était vingt-deux heures et quarante-trois minutes ce soir-là d’hiver et la gendarmerie nationale inspectait un appartement de la banlieue parisienne. » Hmmm, je trouve que ça fait un peu lourd « ce soir-là d'hiver »... enfin c'est surtout le « -là » qui alourdit. « en ce soir d'hiver » ?
« Tout était net, comme si l’occupant des lieux avait soigneusement préparé son départ. Il n’aurait su expliquer avec des mots ce qu’il ressentait à cet instant précis. » Comme le dernier sujet masculin singulier cité avant, c'est l'occupant des lieux, faudrait repréciser que tu parles du chef/gendarme.
« Il sentait une abomination entre ses murs, une horreur aux effluves répulsives emplir ses narines, inconnue aux visages des ses phobies. » Hmmm, si tu parles des murs de l'appartement, ça devrait être « ces ». Si c'est une image, alors j'ai rien dit.
« Ouais, v’là, c’est ça : Thierry Hellot qui s’appelle. » Bon, c'est du langage parlé de toute façon, mais par la suite tu utilises presque tout le temps la forme « qu'y », donc c'est peut-être mieux si tu utilises la même partout
« Ouais… si vous le dîtes… » dites
« Il est allé jeter un œil tout à l’heure avec sa clé, et quand il a vu l’appart’ dans c’t’état, bah il nous a appelé. » appelés
« Regardez-ça » Pas besoin de tiret ^^
« Un chien, j’dirai, proposa Bobby. » dirais
« Ouais… si vous le dîtes… » dites bis
« Tout à coup, la lampe explosa dans un déchaînement d’étincelles et de sursauts. Une odeur âpre envahit la pièce et quelques lampes de poches s’allumèrent ça et là. » Répétition de « lampe(s) ». çà-et-là
« De petits rires de surprises résonnèrent dans l’obscurité. » Là c'est vraiment du détail insignifiant, mais le « s » à « surprise » est pas nécessaire je pense ^^
« Au fait, Bobby, C’était quoi ce détail dont tu voulais me parler ? » c'était sans majuscule
A part ça, y'a quelques répétitions qui frappent pas sur le moment parce qu'elles sont suffisamment espacées pour que ça soit pas gênant, mais qui se remarquent quand même sur l'ensemble du texte, genre le mot « froid », et au début, des mots comme « mur » ou « fenêtre ». Et presque chaque fois que tu parles de la lampe, elle grésille, ou bien tu mentionnes ses grésillements. Tu utilises aussi beaucoup l'image de mordre/dévorer/ronger, quand tu parles du froid surtout, mais aussi d'une ombre à un moment donné, il me semble...
Mais cela mis à part, j'aime beaucoup ton style, avec de belles images justement, ni trop simple ni trop alambiqué, un juste milieu fluide et agréable à lire.
Au niveau du fond, j'avais lu quelques textes de toi il y a longtemps, mais là ça me dit rien, donc ben je le découvre ^^ Pour le moment, j'aime, les personnages et les dialogues sont crédibles, le décor bien planté, l'ambiance de mystère aussi... tout ça m'intrigue. J'ai hâte d'en savoir plus sur ce mystérieux Thierry et ses expériences, et sur (ce) qui a détruit ainsi le plancher. Je pourrais pas dire pour le moment si tu fonces ou non dans un mur, mais en tout cas tu commences fort, et ça m'a l'air de n'augurer que du bon ^^ Quant à la rouille, je me souviens plus assez de ton style d'il y a quelques années que pour dire comment tu te situes maintenant par rapport à ça, donc je vais la fermer
Mais bref, j'aime et je serai certainement là pour lire la suite ![]()
Tes commentaires sont vraiment hyper utiles ![]()
J'ai lu ce prologue au moins une bonne centaine de fois et t'as trouvé des fautes que j'avais sous le nez depuis le début... Bref, je corrige ça tout de suite. Merci.
Pour les répétitions, c'est voulu ( surtout le thème du monstre qui dévore pour l'ombre et le froid ), m'enfin si ça fait trop lourd, je retravaillerai ça. Doit y'avoir moyen d'améliorer pour que ça passe mieux.
Ce prologue n'était pas dans l'histoire écrite à l'époque et, en fait, ces deux personnages on ne les voit pas souvent. C'est une histoire racontée à part, et qui réapparait dans certains chapitres comme tu le verras. ( évidemment, ça a un lien avec l'histoire principale, sinon ça n'aurait pas d'intérêt ^^ )
Bref, merci de ta lecture.
Content que ça te plaise pour le moment. ![]()
Contente de pouvoir être utile
Pour les répétitions, non non, ça va, c'est pas trop lourd, surtout si c'est voulu, alors y'a juste ce qu'il faut pour que ça se remarque mais sans être trop lourd non plus, je trouve.
J'attends de découvrir l'histoire principale pour voir si je m'en souviens ou pas, alors ![]()
Suite et fin du prologue :
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24 juillet 2082. Paris. France.
Un appartement de banlieue.
L’alcool dans ses veines était le déclencheur de ses passions destructrices.
Le flot brûlant encombrait son sang et déferlait en lui, gorgé d’une colère et d’une haine qu’il ne maîtrisait plus. Sa vue brouillée lui dévoilait, au travers d’un flou entêtant, un visage aux yeux d’un vert pénétrant, étincelant, un visage qui s’effilochait au rythme de ses hurlements de désespoir, et puis ce regard disparaissait totalement pour réapparaître au fond de son verre de whisky, tordu par la houle d’un liquide qu’il haïssait plus que sa propre vie. Il dévorait alors ce visage qu’il avait tant aimé, espérant engloutir avec lui ces souvenirs coriaces qui régissaient sa vie. Quand sa folie, galvanisée par l’alcool, atteignait son paroxysme, il déchaînait sa force et sa violence sur ses murs et ses meubles. Les coups portés entamaient le plâtre et déformaient les cloisons ; le bois craquait sous la pression de ses phalanges ou de ses rotules ; le verre se brisait en éclats sanglants et déchiquetait ses paumes ; et alors, la nuit, enivrée de ces douleurs muettes, l’observait se battre contre ses démons intérieurs. Le corps de Lilian vibrait au rythme de ses phobies incontrôlables et de son passé torturé. Il n’était qu’un débris dévoré par le temps, l’infime résidu de l’homme qu’il avait autrefois été dans cette vie qu’il tentait vainement d’oublier.
Ce soir-là d’été, l’orage grondait, les vitres tremblaient, des éclairs constellaient les cieux et gorgeaient d’un bleu violacé les sombres nuages qui chassaient le jour. Le vent emportait les branchages des derniers hêtres et platanes, et une multitude de feuilles déferlait dans le ciel. Une pluie dense, annoncée par l’ombre menaçante qui s’abattait sur la ville, se déverserait bientôt dans les rues désolées de Paris.
A vingt et une heures et trente-sept minutes, la base d’un cumulonimbus avait accumulé une gigantesque quantité de charges négatives. Au même instant, une quinzaine de kilomètres plus bas, le sol s’était chargé positivement. Ce fut alors que les charges opposées s’attirèrent. Au sol, l’air s’embrasa, les gaz de l’atmosphère s’ionisèrent et la charge électrique, teintée d’une couleur jaunâtre, déferla dans un nuage de poussières. Sous la violence du souffle, une onde de choc sonore explosa et se propagea alentour.
Le temps et l’espace se figèrent et se perdirent dans l’infinité d’une milliseconde.
Un grondement s’éleva, puis une voix, à peine audible, comme surgie d’outre-tombe, une voix qui appelait à l’aide au cœur de la tempête naissante.
Tout redevint normal.
Et l’onde de choc poursuivit son chemin. Elle fit vibrer, quatre cents soixante-dix-huit mètres plus loin, la vitre d’un petit appartement de banlieue.
Lilian hurla de terreur lorsque l’éclair frappa le sol à quelques centaines de mètres de chez lui. Le craquement sec que la décharge produisit provoqua en lui une déferlante de peur. Ses poils se dressèrent sur sa peau, son cœur s’emballa et ses mains se crispèrent. Dans sa frayeur, il brisa le verre de whisky qu’il tenait à la main et les débris s’enfoncèrent dans sa peau. L’éclair réveilla sa phobie, abrutie par l’alcool, et ramena avec elle ces souvenirs d’enfance dont l’horreur avait été amplifiée par ces terribles compagnes que sont les années. L’espace de quelques secondes, il commença à revivre l’orage de sa jeunesse, et les sensations liées à cette nuit revinrent, lancinantes. Cette douleur en lui, tout ce sang, cette odeur, ses vomissements… Tout était là. Il était tétanisé.
L’orage redoubla de puissance, les éclairs frappèrent encore et encore.
Lilian hurla et pleura tout à la fois. Les éclairs illuminaient son appartement et chaque ombre esquissait le visage de son père, et dans chaque coin sombre se dissimulait le regard de son géniteur. Il était cerné par son souvenir, enroulé dans une peur maladive qui le comprimait comme un puissant étau. Le poids qui l’écrasait semblait s’alléger lorsqu’il buvait, alors il se précipita vers sa bouteille et déversa une dizaine de gorgées brûlantes le long de sa trachée. Toutes les nuits d’orage, il vivait le même horrible calvaire d’être assiégé par une crainte innommable. Les nuages obscurs, annonciateurs d’un déchaînement électrique, le conduisaient à une soif qui jamais ne s’apaisait, et lorsque le soleil rayonnait dans l’azur, c’était une peur tout autre qui le tenaillait, cette peur de se rappeler son passé. Il vivait continuellement prisonnier entre le souvenir de son père qu’il ne voulait pas voir disparaître, et cette appréhension paralysante de voir ressurgir en lui ce regard vert qui le suppliait.
Deux souvenirs bien distincts auréolés de sang…
Lilian buvait. Il termina une première bouteille, puis une seconde. Il en entama une troisième mais ses jambes ne purent bientôt plus le soutenir, et, dans le hurlement de l’orage, il s’effondra. La bouteille claqua sur le rebord d’un meuble, et le whisky se déversa sur le tapis. Dans sa tête, tout valdinguait. Ses mains étaient pleines de son propre sang car, comme chaque soir, l’alcool avait engendré une haine incontrôlable. Le miroir était brisé, tout comme ses phalanges. Les murs portaient sur eux les vestiges sanglants de ses coups. Il parvenait à déployer une force qui le surprendrait une nouvelle fois le lendemain matin.
Il regardait le plafond tourner sur lui-même. Les bruits de l’orage paraissaient si loin, si inoffensifs. Les éclairs, à cet instant, ne l’effrayaient plus. Il n’avait en lui qu’une vague envie de rendre, et le reste d’un dégoût de lui-même qui ne l’atteignait même plus. L’alcool l’avait soulagé, une fois encore, l’avait guérit de sa peur et de son mal-être. Voilà pourquoi il s’en abreuvait en quantités extrêmes, voilà pourquoi chaque soir se terminait par ses cris et tout ce sang.
Il sentit comme un souffle sur lui, puis des bouts de verre défilèrent devant ses yeux. Il pensa que sa vitre venait d’exploser sous un quelconque impact. Il ne s’en soucia pas. D’ailleurs, il avait déjà oublié.
De la pluie sur lui.
Le tonnerre qui gronde.
Son père. Sa petite-amie. Ils apparaissaient en filigrane dans sa tête.
La chaleur, si forte… électrique.
La nuit. Le sommeil. Le noir.
Je tenterai de jeter un oeil ce soir.
J'ai lu la seconde partie, et n'ai pas relevé grand-chose, si ce n'est :
« Ce soir-là d’été, l’orage grondait, les vitres tremblaient, des éclairs constellaient les cieux et gorgeaient d’un bleu violacé les sombres nuages qui chassaient le jour. » C'est peut-être encore juste moi, mais comme dans la première partie avec « ce soir-là d'hiver », si je me souviens bien, je trouve que le « -là » alourdit beaucoup.
« Elle fit vibrer, quatre cents soixante-dix-huit mètres plus loin, la vitre d’un petit appartement de banlieue. » quatre cent soixante-dix-huit
« L’alcool l’avait soulagé, une fois encore, l’avait guérit de sa peur et de son mal-être. » guéri
Je vais sans doute me répéter, mais j'aime beaucoup ton style, aux descriptions imagées et dynamiques. Je trouve les pensées et les sentiments de Lilian très bien rendus, d'ailleurs, et je me suis laissé emporter par ton texte tout du long. J'ai pas grand-chose de plus constructif à dire, pour le coup... Le mystère déjà présent dans la première partie reste entier. Quel est le lien entre les deux ? Cette voix appelant à l'aide lors de l'orage aurait-elle un rapport avec les expérimentations de Thierry sur l'électricité... ? J'imagine que je le saurai en lisant la suite, que j'attends déjà avec impatience ![]()
Merci de ta lecture, Sule. ![]()
Je prends bonne note des corrections.
Content que la lecture te plaise.
Et bien évidemment, toutes les questions que tu te poses trouveront une réponse, ne t'en fais pas. Je posterai le début du chapitre un un peu plus tard dans la semaine au cas où d'autres lecteurs voudraient rejoindre le train en marche, sait-on jamais. Après ça fera gros pavé et c'est rebutant ^^
Encore merci ![]()
Hey ! J'ai lu. J'aime beaucoup. L'ambiance est très sombre, la première partie fait penser à polar fantastique, la deuxième introduit parfaitement l'alcoolique torturé. Le style est très bon, les descriptions supers aussi. Mention spéciale à l'orage, où on suit l'onde de choc pour arriver à la fenêtre.
Je n'ai relevé pratiquement aucune faute par rapport à celles de Suledhel, mis à part celle là :
Les températures n’étaient pas redescendues depuis le mois de novembre et le gel recouvrait les fleuves et les cours d’eau.
=> remontées ?
bref, j'attends la suite avec impatience.
Merci de ta lecture, Achene !
Oui, effectivement. C'est bizarre mais en relisant ma phrase j'ai l'impression que le mot est là pour une raison mais je ne me souviens plus laquelle. Enfin bon, le sens de la phrase c'est bien "remontées" qu'il faut comprendre. Je fais la correction. Je ne me souviens plus pourquoi j'avais mis "redescendues".
La suite arrive bientôt.
Je laisse encore un peu de temps aux lecteurs égarés. ![]()
Quelques corrections histoire de. Vu qu'il n'y a pas grand chose à dire je vais chercher loin, mais vu que tu écris déjà très bien on peut se permettre de reprocher quelques détails.
La nuit avait été éprouvante. Il sentit alors un souffle frais sur son visage, la caresse d’un vent timide et agréable. Il se souvint de ses dernières pensées, de sa vitre qui volait en éclats, mais ce n’était là que de vagues bribes de souvenirs car sa nuit
=> pour chipoter, tu pourrais peut être remplacer le deuxième nuit par autre chose.
Il poussa un long râle rauque comme s’il eut voulu expulser son dégoût de lui-même
=> je suis sûr que tu y as réfléchi avant, mais je pense qu'un "comme s'il voulait" serait mieux.
Il découvrit des brins d’herbe, d’un vert pur
=> pour chipoter encore, je n'aime pas trop le "d'un vert pur"... peut être qu'une petite description pour montrer à quel point l'herbe semble fraiche et belle conviendrait plus.
Avait-il une nouvelle fois fait couler du sang… ? Impossible.
=> le "impossible" est en contradiction avec "et il prit peur d’avoir déchaîné sa folie sur une âme innocente. " qui précède : il a déjà envisagé d'avoir fait du mal auparavant, alors pourquoi ce "impossible" ?
===> nice ! La fin qui part en fantasy, ou un truc fantastique, j'aime beaucoup. L'histoire est toujours aussi mystérieuse, on devine que Lillian se transforme d'une manière ou une autre en démon ou loup garou et qu'il est sûrement responsable du meurtre du début.
J'aime toujours l'atmosphère sombre. Les descriptions ou tournures de phrases sont parfois un peu alambiquées et difficile à suivre, (un peu, hein, pas tellement ne t'inquiètes pas) mais ça correspond parfaitement avec l'esprit brumeux de l'alcoolique, donc ça rend bien.
On attend la suite ^^
Quelques petits trucs :
« Il se souvint de ses dernières pensées, de sa vitre qui volait en éclats, mais ce n’était là que de vagues bribes de souvenirs car sa nuit avait été noyée dans une amnésie alcoolique qui lui était un peu trop familière » ce n'étaient
« Il poussa un long râle rauque comme s’il eut voulu expulser son dégoût de lui-même, mais il n’y parvint pas. » Comme a dit Achene, un « s'il avait voulu » passerait mieux, je pense. Le passé antérieur n'a pas réellement lieu d'être, il me semble, et ça entretient la confusion avec la deuxième forme du conditionnel passé qui, elle, serait incorrecte...
« Ses doigts tâtonnèrent autour de lui, mais il ne reconnut pas la moquette de son salon, non, il sentit de nombreuses petites excroissances, douces et moites, ce qui le força à ouvrir ses paupières. » Alors là je chicane vraiment sur rien, mais je dirais que les paupières, on les soulève, plutôt, et que ce sont les yeux qu'on ouvre
Voilà, j'ai toujours pas grand-chose à dire sinon, ce qui veut dire que j'aime. Ton style, surtout dans les descriptions, me plaît toujours autant, il nous captive et nous emporte dans ton monde, et dans les pensées éthylisées de Lilian... Quant au mystère, il reste entier, et encore plus épais qu'avant d'ailleurs. Je suis très intriguée par cet étrange et nouveau paysage et ai hâte de pouvoir lire la suite pour - peut-être - découvrir de quel endroit il s'agit ^^
Hey ! Merci de votre lecture !
Achene :
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pour chipoter, tu pourrais peut être remplacer le deuxième nuit par autre chose. => Je remplace par "soirée".
je suis sûr que tu y as réfléchi avant, mais je pense qu'un "comme s'il voulait" serait mieux. => Effectivement, je me suis posé la question, et vu que Sule fait la remarque aussi, je vais modifier.
pour chipoter encore, je n'aime pas trop le "d'un vert pur"... => Je me suis posé la question aussi, et je me suis dit que la description de l'herbe était tout sauf importante, donc j'ai préféré me rabattre sur sa couleur en ajoutant la pureté pour notifier qu'on n'était pas au coeur de Paris non plus. La pureté tend à montrer qu'on est vraiment à un endroit verdoyant. J'essaierai de reformuler.
il a déjà envisagé d'avoir fait du mal auparavant, alors pourquoi ce "impossible" ? => Alors... je sais pas si c'est ultra évident, mais je fais une narration qui n'est pas totalement omnisciente. Elle reste centrée sur les personnages, donc le "impossible" traduit les pensées du perso. Il essaie de se convaincre lui-même que ce n'est pas arrivé et ça se retranscrit dans la narration. Dans ses périodes où il n'est pas saoul, ça se ressent mieux parce qu'il a une réflexion plus poussée. Tu verras, le cas se représente assez souvent après. Je vais rien modifier pour le moment et on verra par la suite si ça passe bien.
La fin qui part en fantasy, ou un truc fantastique, => Alors, oui, c'est une sorte de fantasy, mais très personnelle. J'aime pas trop les clichés de la fantasy telle qu'on la connaît, du coup j'ai essayé de la rendre plus "réelle", vous verrez.
C'est PAS DU TOUT le genre de texte que j'écrivais auparavant, mais voilà, je me sens libre dans ce genre là, alors je me fais plaisir.
Sule:
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ce n'étaient => Sûre ? Le sujet n'est pas le "ce" ? J'ai du mal avec cette forme, je sais jamais si je dois accorder le verbe avec le "ce" ou le groupe nominal qui suit.
"Comme a dit Achene, un « s'il avait voulu » passerait mieux," => Modification faite.
"ouvrir ses paupières." => ouvrir les yeux. C'est remplacé
ai hâte de pouvoir lire la suite pour - peut-être - découvrir de quel endroit il s'agit => Tu verras
Je dis rien de plus, je veux rien dévoiler.
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Merci encore à vous deux pour votre soutien et votre lecture régulière.
Normalement quand il y a un nom au pluriel, ou plusieurs noms au singulier, ou les deux après, on accorde au pluriel, donc ici, on fait l'accord avec "de vagues bribes de souvenirs" En fait on accorde selon les règles "normales", quoi, sauf avec les pronoms "nous" et vous", avec lesquels ça reste au singulier... Vive la langue française !
"Tu verras
Je dis rien de plus, je veux rien dévoiler."
Bon, ben vivement la suite, alors ![]()
Salut Apolo,
J'ai pas encore lu, mais j'hésite. Simple question, histoire de me convaincre de lire... Tu parlais au début de
"C'est la refonte "d'un autre monde, une seconde chance", un topic que j'avais commencé ici il y a trois ou quatre ans".
Est-ce que tu parles de "L'aube d'un Nouveau Monde" avec Nathan Banot? Je me souviens que cette histoire m'avait très profondément marqué et que j'avais on-ne-peut-plus apprécié. En fait, c'était presque cette seule et unique oeuvre de toi qui a réellement su influencer mon style. Est-ce que "Liés" est lié à l'Aube? Si oui, je crois bien que je serai obligé de lire. ;)
Charly,
Alors, non, malheureusement ce n'est pas l'histoire avec Nathan Banot. C'en est une autre. Mais si je peux essayer de me vendre pour te convaincre, je dirais que c'est le texte dont je me sens le plus proche jusqu'à présent. Je pense arriver à exprimer les idées que je tente de véhiculer. Je me sens à l'aise autant sur le fond que sur la forme. Sans rien vouloir spoiler aux lecteurs qui suivent déjà, je dirais que c'est un texte qui est à part dans tout ce que j'ai fait jusqu'à présent, un mélange de SF, de fantastique et de "fantasy" ( ma vision de la fantasy en tout cas ). Si tu veux te faire une idée, tu peux lire les deux parties du prologue même si le côté "fantasy" n'arrive qu'à partir du premier chapitre.
Sinon, ça me touche de savoir que j'ai réussi à influencer quelqu'un avec l'un de mes textes. Merci pour ce compliment
Et également merci pour ton intérêt.
pas un centimètre carré de sol n’échappait à leur regard rigoureux. De leurs bouches s’échappait une vapeur dense qui s’évaporait dans l’air glacial. --> Répétition du verbe s'échapper, à corriger je pense
Il était vingt-deux heures et quarante-trois minutes --> Ca va peut-être te paraître débile mais je trouve que c'est beaucoup trop précis. Je préfère quand c'est un peu flou, quand l'esprit s'embrourbe dans l'histoire m'voyez.Un "Il devait approcher minuit" ou un truc comme ça passe beaucoup mieux.
et le vent sifflait et se faufilait --> le double "et" est assez laid je pense.
Sinon, pour l'instant je ressent une certaine musicalité dans ton texte, je sais pas à quoi c'est dû, mais en tout cas j'ai même battu la mesure de ce premier paragraphe. Tu es musicien ?
L’homme au chapeau perdit son regard par delà la fenêtre. Il examina les arbres squelettiques couverts de glace qui craquaient au dehors, puis sa voix se fit plus grave.
- Sur quoi tu bossais, Thierry… ? --> OMG le cliché ultime
Scène déjà vu 100 000 fois, malheureusement...
Voilà, lecture finie. Alors je dois dire que c'est assez simple, plutôt bien écrit... et que l'intro m'intrigue étrangement. Je regrette que la musicalité du texte s'arrête là ou commence les dialogues, qui méritent franchement d'être retravaillé pour ne plus rentrer dans le cliché du film policier. Mais attention, "ne pas rentrer dans le cliché" ne signifie pas "ne pas respecter la tradition du policier des années 60", car pour cela je dois avouer que tu es bien partis. Ah ouais, et le prénom Bobby fait vraiment tarte, surtout pour un franchouillard de cette époque. Encore une fois, ça devien récurrent sur ce forum comme dans les livres, on voit que tes écrits sont plus inspirés par le cinéma que par la littérature et c'est un peu dommage, même si c'est facile à lire.
Je lirais la suite, à bientôt !
J'ai également lu la suite de ce prologue, qui, comme dans la tradition des policiers, expose le héros et ces faiblesses, ses peurs, ce qui pourrait lui être fatal pour la suite de l'histoire... En l'occurrence, cette présentation me fait penser à une scène descriptive dans Shutter Island (version bouquin) avec l'inspecteur alcoolique, l'orage et les souvenirs qui ressurgissent.
le premier chapitre est assez psychédélique, plutôt mystérieux et j'aime ça. Est-il mort, dans un entre-deux, au purgatoire ? J'attends la suite.
PS : Lecture fluide et agréable ![]()
Hey !
Merci d'avoir lu, Yugo.
J'ai corrigé les quelques répétitions que tu as vues.
Concernant les clichés du policier, c'est voulu et assumé. Donc je ne vais pas changer ce côté là. Pour cette partie de l'histoire, c'est effectivement très inspiré du cinéma et des vieux films policiers qui ont inventé ces clichés. Bref, c'est intentionnel, et mon idée est d'apporter plus de neuf par la suite en partant d'un postulat qui est vu et revu.
Concernant la deuxième histoire, celle de l'alcoolique, elle doit paraître beaucoup moins inspirée cinéma, normalement.
Pour la musicalité, non, je ne suis pas musicien ![]()
Juste que j'aime travailler ça dans mes textes. Par contre, si elle s'arrête aux dialogues, c'est normal, je trouve. Pour moi, les dialogues n'ont pas à entrer dans une musicalité définie. C'est du "parlé", certes cliché dans ce prologue, mais ça reste du "parlé" qui n'a pas, à mon sens, à sonner comme le reste du texte.
Bref, je comprends tout à fait tes critiques mais tout cela est voulu et assumé. C'est possible qu'avec le recul et, que lorsque l'histoire sera terminée, tout ça soit remanié mais pour le moment je pars dans la direction que je souhaite
Je garde ça en tête tout de même, car, si ça te choque c'est peut-être que le côté cliché est trop prononcé.
Lilian tituba en direction d’un arbre pour l’examiner de plus près. Il était haut d'environ quatre mètres, recouvert d’une écorce aux teintes jaunes-orangées et il ressemblait vaguement aux saules pleureurs de son enfance. Les feuilles filiformes étaient bleutées et s’amoncelaient par centaines aux extrémités des branches, comme si elles avaient glissé le long des tiges désormais dénudées. Sous la voûte feuillue, Lilian sentait une chaleur agréable l’envahir, l’enserrer d’un bien-être si puissant qu’il en oublia, pour un court instant, cette nuit atroce. Il fut également assailli par une odeur de vanille, un peu plus sucrée et plus enivrante que celle qu’il connaissait. Paupières closes, il prit une grande inspiration, puis il caressa l’écorce d’une rugosité familière, mais elle avait un touché différent, légèrement élastique. Il fit le tour du tronc, examinant sa découverte avec une certaine incrédulité dans le regard, laissant ses doigts y vagabonder. De l’autre main, ignorant la douleur, il effleura l’un des amas de feuilles.
A l’intérieur, quelque chose siffla et la branche s’agita.
Un petit insecte phosphorescent s’extirpa de sa cachette et tourna à vive allure autour de lui. Parfois, il s’arrêtait, l’examinait, puis repartait tournoyer dans l’air. Ses déplacements généraient un sifflotement apaisant dont les tons variaient selon sa hauteur. Il jouait, en volant, une sorte de musique lénifiante qui ravissait les oreilles de Lilian. Après quelques tours, l’insecte se rua à nouveau dans le feuillage.
Le jeune homme tourna sur lui-même. Il observait le monde qui l’encerclait avec un éclair de folie au cœur des pupilles. Ses doigts, bien qu’irrémédiablement courbaturés et blessés, s’agitaient, pleins d’une vivacité développée par les battements accélérés de son cœur. Ils couraient sur ses hanches, stressés, inquiets. Lilian ne reconnaissait rien de sa ville natale, son appartement ne semblait plus qu’un souvenir effacé par l’alcool et sa vie tout entière n’était plus qu’un flou qu’il ne parvenait pas à dissiper. Devenait-il fou ? La question tourna dans sa tête. Il paraissait prisonnier d’un monde étrange, comme perdu dans l’infini d’un rêve sans fondement. Tout paraissait si réel… Il voyait le monde, le touchait, le ressentait et l’entendait. Il avait le goût de la vanille sur ses lèvres.
Il prit peur, mais ce qui l’effraya plus encore était l’origine de sa crainte. Il n’eut pas peur d’être perdu, il ne fut plus inquiet d’avoir pu, par un horrible concours de circonstance, causer douleurs et peines à un quelconque individu, non, la peur qui le paralysa à cet instant était sa pensée, que, peut-être, il ne pourrait sustenter son envie d’alcool. Cette réaction le violenta au plus profond de son amour propre, comme une lame aiguisée qui se serait enfoncée dans son âme.
La chaleur de l’arbre, bénéfique auparavant, devint étouffante, oppressante, et fit naître sur sa peau une sueur moite et dérangeante. Le parfum de vanille eut tout à coup un effet vomitif. Il amorça un geste d’écœurement et ses mains glissèrent contre sa bouche. Il fuit, enchaînant les pas incertains sur une herbe qui s’agitait de plus en plus. Les ombres qui vivaient au sol le menacèrent et la lumière l’aveugla comme jamais. Sa course effrénée n’avait aucun sens. Il tournait en rond, cognait parfois un tronc, réveillait les insectes lumineux. Il s’effondrait dans l’herbe, se relevait puis fuyait de nouveau. Il cherchait son appartement, il voulait revoir ses bouteilles, son alcool, retrouver son cocon de haine et d’horreur. Il n’avait jamais autant aimé son passé qu’à cet instant, perdu dans une folie dérangeante, incompréhensible, au cœur d’une plaine inconnue.
Il courut jusqu’à être à bout de souffle. Après avoir grimpé la pente agressive d’une colline égarée dans l’immensité de son cauchemar, il s’effondra sur la fraîcheur du sol et flirta de nouveau avec la sérénité. Ses ongles remuèrent la terre, comme s’il avait voulu s’agripper à cet étrange rêve, mais le terrain, meuble, s’y refusa, le rejeta. Il cogna plusieurs fois sa tête contre le sol pour réajuster ses pensées.
Il devait marcher pour reprendre ses esprits, découvrir où il se trouvait. Peut-être n’était-il pas si loin de Paris, après tout. Le monde regorgeait de curiosités insolites. Il finirait bien par trouver une habitation, des gens qui l’accueilleraient avec sympathie, lui offriraient une douche revigorante… et un verre de vin chaud… ou froid, peu importait, juste un peu d’alcool pour se remettre de ses émotions, pour oublier cette matinée atroce.
Il s’agenouilla, cheveux au vent. Le soleil orangé frappait l’arrière de son crâne et s’étiolait dans l’horizon d’un crépuscule qu’il n’avait pas vu venir. Derrière lui, baignée d’une lueur dorée, se prolongeait l’étendue de la plaine, fourmillante de ces saules pleureurs étranges. Il examina son ombre, reflet obscur dans un miroir végétal, et la trouva un peu trop effilée. Avait-il couru toute une journée durant ? Peut-être bien… Sa folie et son manque d’alcool lui faisaient perdre ses repères et confondaient sa vision du temps et de l’espace.
Les ombres des arbres s’étalaient maintenant comme d’immenses phares obscurs le long d’un océan de verdure. Le vent devenait plus frais. Les insectes se faisaient plus rares. La nuit tombait doucement, et avec elle, viendrait une perte totale d’orientation. Il lui fallait presser le pas. Son regard examina les alentours en quête d’une direction intéressante. Il voyait une forêt dense au loin qui n’était pas sous l’emprise du vent. Les cimes des arbres étaient immobiles, comme une photographie accrochée à l’arrière plan. A l’opposée, il discerna une étrange bâtisse, si petite à cette distance. Il n’émit aucune hypothèse quant à sa nature, mais peu lui importait, il espérait juste trouver, au mieux, des personnes pour l’accueillir, au pire, un toit pour s’abriter et laisser filer la nuit.
Il se releva et sursauta lorsqu’il entendit un hurlement éloigné qui venait de la forêt. Un cri animal, puissant, rauque, qui liquéfia son ossature. Un frisson, effrayant, glissa le long de sa moelle épinière et son cœur s’emballa. La vocifération bestiale prit les teintes de ses phobies, les fusionnant toutes pour en générer une unique mais terriblement inquiétante. Le hurlement retentit une seconde fois, plus assuré et peut-être un peu plus proche, il n’aurait su le dire…
Lilian s’élança à grandes enjambées vers son hypothétique abri, mais déjà, derrière lui, les chocs bestiaux frappaient le sol à sa poursuite.