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Expeditions: Samurai veut révolutionner le RPG tactique avec une aventure entièrement jouable en coop

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Nato8888Rifs
Nato8888Rifs
Niveau 10
14 août 2010 à 21:26:08

C'est très très bon tout ça.
Tu comptes la faire de quelle ampleur ta fic ?

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
14 août 2010 à 23:00:05

Ah tiens. Merci d'avoir lu. ^^

En fait, la nouvelle appartient à un univers plus vaste. Mais ce texte n'aura que deux chapitres supplémentaires.

Nato8888Rifs
Nato8888Rifs
Niveau 10
15 août 2010 à 14:13:05

Dommage, il aurait été intéressant de voir comment cela se serait développé sur le long terme.

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
15 août 2010 à 17:13:35

Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

Les ruminations d'un empereur un peu sénile, je doute que cela soit captivant sur des dizaines de chapitres...

Tu verrais comment l'histoire se poursuivre ?

Nato8888Rifs
Nato8888Rifs
Niveau 10
15 août 2010 à 18:21:56

Je sais pas, mais tu as déjà fait une brève présentation de la géographie de la région. Autant qu'il voit de ses propres yeux ce qui se passe plutôt que de spéculer dans son château. Ou que le complot, s'il y en a bien un, devienne un peu plus "mouvementé".

Mais bon, c'est ton récit, je veux pas te forcer à modifier quoique ce soit. Je trouve juste cela un peu trop court.

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
15 août 2010 à 19:35:59

C'est amusant, ta remarque met le doigt sur quelque chose que bon nombre de gens me reprochent, à savoir que mes textes paraissent trop court.

Après, je voulais un récit tranquille montrant le décalage qu'il peut y avoir entre la réalité du terrain et celle du palais, et les questions que cela suscite, c'est pour ça qu'Alberoth ne va jamais sur le front, ce qui renforce le suspens.

Paradoxalement, j'ai l'impression que mes histoires prennent trop d'ampleur, se ralongent sans cesses, presque inutilement. Je pense que j'ai trop d'idées et que les textes ne se suffisent plus.

Si tu es intéressé, je t'invite à lire Les portes de Baldruzian sur le forum, qui se passe dans le même univers, 300 ans plus tard, et là je développe un récit beaucoup plus long.

Nato8888Rifs
Nato8888Rifs
Niveau 10
15 août 2010 à 20:03:22

J'avais commencé t'inquiète pas. ^^

Arduilanar
Arduilanar
Niveau 10
29 juin 2015 à 23:04:43

Bon, et ces deux chapitres que tu as promis il y a cinq ans ? :hap:

Bon, j'avoue n'avoir encore lu que ton premier post, mais t'inquiètes que je vais lire la suite bientôt. Les rois dépressifs, j'adore ça. :coeur:

Arduilanar
Arduilanar
Niveau 10
30 juin 2015 à 12:05:08

Lu.
C'est bien sympathique, dommage que tu n'aies jamais posté la fin. Il y a bien de temps en temps des fautes ou des tournures de phrases un peu étranges, mais ça date d'il y a cinq ans aussi, je n'oserais pas montrer ce que j'écrivais à l'époque...
J'ai bien apprécié ma lecture en tout cas, l'univers a l'air sympa, même s'il faudrait lire tes autres récits pour le voir pleinement développé. Et ton personnage d'empereur qui doute de sa propre paranoïa m'a ravi.
La suite, la suite !

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
01 juillet 2015 à 19:20:52

Merci d'avoir lu et commenté.

Le texte est terminé depuis des années, mais je m'étais interdit de le poster tant que la pétasse versaillaise ou le prophète décérébré étaient aux manettes. :-d

Je posterai la suite sous peu.

Arduilanar
Arduilanar
Niveau 10
01 juillet 2015 à 21:26:18

Ah, je n'ai pas eu l'heur de connaître la "pétasse versaillaise". Je savais qu'il y avait eu des démêlés avec le précédent modo, mais j'ignorais qu'était aussi impliquée une figure féminine. Plus le temps passe et plus je regrette qu'on ne m'ait pas conté les déboires de ce forum, ça a l'air d'être une histoire pleine de rebondissements. :hap:

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
06 juillet 2015 à 23:43:10

Le col d’Ishmaril, porte d’entrée du plateau lirien où se nichait la capitale, brillait désormais dans la nuit de l’éclat si reconnaissable des flammes qui concurrençaient les astres. Un vacarme grandissait dans les vallées inférieures, charrié par le vent froid du Dubithor, et venait effleurer les parois de granit bleu du palais. D’extérieure massive, la forteresse souffrait à son sein d’un chaos certain qui redoublait à chaque détonation qui ébranlait les fenêtres. La cour préparait sa fuite, la noblesse sa défense, l’empereur sa longue-vue.
Depuis l’aile des ministres orientées plein Est, aucun détail n’échappait à Alberoth où le panorama surpassait celui de la bibliothèque, pas assez en amont pour percevoir les parcelles du paysage les plus distantes.
— Votre oeil semble soudé à l’instrument.
— Comment ?
— Votre oeil semble soudé à l’instrument, lui répéta-t-on plus fort.
Derrière lui, une silhouette s’avança jusqu’à baigner dans la lumière du jour et laisser paraître le général Setlen de toute sa hauteur. Juste à côté, le duc Emeric griffonnait à un secrétaire une panoplie de parchemin qu’il s’empressait de donner à des domestiques qui se succédaient en silence. La décoration de la pièce tout en long témoignait de la mode continentale avec des murs lambrissés qui hélas juraient avec le mobilier ancien plutôt austère et sombre. Alberoth ne s’y sentait pas à son aise et reporta son attention sur l’extérieur.
— Dois-je deviner que votre remarque ironique n’a pour but de me signifier la vanité d’une pareille observation ? s’enquit-il, toujours accoudé à la fenêtre.
— Bien au contraire Sire, je m’en satisfais, et espère que vous saurez dresser une stratégie adéquate pour défendre la capitale.
Une bourrasque glaciale le frappa à cet instant, mais celle-ci l’incommoda moins que la confiance que son conseiller plaçait en lui. Le remords d’avoir permis à l’ennemi de s’enfoncer plus aisément dans le pays pourrissait en lui avec férocité. Il contemplait mortifié son oeuvre, un projet nuisible qui nourrissait son inexpugnable curiosité, muée il y avait peu en douce démence. La réalité lui échappait, et ce qui l’effrayait le plus n’était pas le tant que cela se produise, mais qu’il fût encore lucide pour avoir conscience de sa propre chute. La déliquescence du pays était plus jamais intrinsèque à sa condition. Alberoth se sentit terriblement désemparé, assommé par la culpabilité de n’avoir su prêter davantage attention à cette guerre, et de s’être montré si faible, si incompétent pour le rôle qui était le sien.
Emeric congédia le chambellan et vint s’asseoir à la fenêtre. Il s’accouda au rebord de la menuiserie et scruta un peu avant l’horizon, là où les colonnes de fumée et des éclairs des canons meurtrissaient les flancs du plateau.
— Je ne comprends pas vraiment comment nous avons pu en arriver là, fit Emeric.
— La capitale n’a pas été attaquée depuis trois cents ans et si bien qu’au cours des précédents règnes, c’est surtout la périphérie de l’empire qui a été fortifiée plutôt que son centre.
— Nous savons bien que l’origine du problème n’a rien de militaire, soupira Emeric.
D’ordinaire cinglant, le général Setlen conserva son flegme.
— Personne n’aurait pu s’y attendre, continua le duc.
— L’origine certes, mais les conséquences le sont, et le résultat est que la ville n’est pas préparée pour un siège. Nous ne tiendrons pas une semaine.
Le général se pencha pour être plus audible de l’empereur et lui demanda :
— Avez-vous quelques idées à nous soumettre Sire ?
— Étrange, j’aurais juré que c’était votre travail de concevoir des stratégies militaires.
Setlen ne cilla pas.
— Mes amiraux et moi sommes rompus aux guerres conventionnelles, or pour ma défense, la situation actuelle est inédite. Notre seul point de référence reste votre coup de génie lors de la révolte du Svalbard, et comme nous avons encore à faire avec des...
Alberoth les entendait sans les écouter, son ouïe et son attention étaient trop altérées. Il sentait par moment l’air chaud et l’odeur de cendre qui nappait l’air, il pouvait entendre les éclats de voix et des canons résonner depuis des lieux, pourtant, il demeurait toujours au fond de lui cette incertitude complètement inféodée à son esprit. Après tout, il pouvait très bien s’agir de bottes de foin enflammées, de feux d’artifices et d’une simple cohorte en exercice dans le col qu’on faisait passer pour l’ennemi. Si l’empereur scrutait si minutieusement les montagnes, c’était d’abord pour discerner le vrai du faux avant d’échafauder une quelconque stratégie. Il valait mieux selon lui se préparait à ce qu’on l’écarte du trône plutôt que la ville essuie une attaque de grande envergure. Car pour une attaque, il trouvait ça à la fois redoutable et très brouillon.
Il avait fallu moins d’une paire de semaines pour que les docots traversent toutes la chaîne des Eburides, sans connaître le terrain, sans être freiner par son armée, alors qu’il fallait en temps normal un bon mois. D’un autre côté, il ne comprenait pas comment pareille armée pouvait rencontrer tant de difficulté à pénétrer le plateau de la capitale, et ce, avec les défenses aussi poreuses qui étaient les siennes. Alberoth n’avait jamais écarté l’idée d’une mascarade, et il se jouait là selon lui une complexe mise en scène dont l’unique but était de le pousser à emprunter les souterrains pour gagner le palais d’Oge plus en amont dans les sommets. Une forteresse aussi inaccessible qu’hermétique, et il serait alors facile pour les conspirateurs de prendre sa place une fois l’empereur isolé parmi les glaciers.
— Lonoch a-t-il émis des suggestions ? demanda-t-il.
— Il est parti sur le front Sire.
Alberoth examina la place du marché sans parvenir à discerner correctement si l’excitation qui y régnait était due à l’effervescence habituelle ou la tension créée par l’ennemi aux portes de la ville. Malgré la précision de la lunette, sa vue accusait les ravages de la vieillesse, il ne distinguait que des masses informes et floues.
— L’empereur Cohlse III doit bien être dans les parages, dit-il. Y aurait-il un moyen de le rencontrer, lui ou un de ses diplomates ?
Setlen et Emeric s’échangèrent un regard à demi étonné. Le duc répondit :
— Votre Majesté, je crois que vous vous fourvoyez.
— Ne croyez pas que je suis aussi dupe, rétorqua Alberoth durement.
Agacé, il retira son oeil de la longue-vue qu’il jeta sans ménagement dans le vide. Il la regarda s’écraser plusieurs dizaines de mètres plus bas en esquissant un sourire lorsque l’écho du fracas remonta jusqu’à eux.
— Je suis perplexe. Il n’y a même pas un émissaire, un quelconque messager pour venir nous sommer de nous rendre ou ne serait-ce qu’établir les conditions de notre reddition ?
— Nous sommes aussi surpris que vous, dit Emeric. Nous n’avons aucun contact avec l’ennemi.
L’empereur le dévisagea d’un regard inquisiteur. Avec sa petite taille et sa mine pétrie d’embarras, il ressemblait à un enfant devant confesser un méfait.
— Je sui déçu, je m’attendais à une meilleure excuse que ça.
— Pardon... je ne suis pas sûr de comprendre.
— Vous m’avez très bien compris, trancha Alberoth. Trouvez-moi un docot : un prisonnier, un expatrié, un déserteur, un marchand, un pestiféré s’il le faut, mais je veux parler à un docot.
— Mais Sire, c’est que...
Il se releva de sa chaise.
— Envoyez un pli à Lonoch et faites-lui savoir ma volonté. Il nous reste bien quelques bataillons pardi, et bien qu’il se débrouille pour me ramener un docot. Je ne demande pas les lunes que je sache. Ce soir vous êtes averti, soit je dîne avec un docot, soit c’est vous qui irez dîner en leur compagnie.
Alberoth identifia mal l’expression qui figeait les traits du duc pour lui donner un air sidéré comme s’il s’était vidé de son âme. Sans doute la perspective de se retrouver catapulté du palais en première ligne de front emplissait Emeric d’effroi. La droiture de Setlen dissimula quant à lui ses craintes, à moins que son jeu d’acteur soit plus mauvais que les autres, songea Alberoth. De toute manière, il savait sa demande bien vaine, car même si l'on lui amenait un docot, ou du moins un homme qu’on lui présenterait comme tel, il se doutait bien qu’il serait torturé ou payé pour déblatérer ce que l’empereur voulait connaître.
Il entreprit de fausser compagnie aux deux nobles, mais ces derniers le retinrent.
— Sire, il reste la question de la défense. Quels sont vos ordres ?
Il essuya ses lorgnons, tapota sa canne et feignit de réfléchir. Il était las de concevoir des stratagèmes qui ne trouveraient jamais écho dans la réalité, et si l’ennemi toquait bel et bien à sa porte, Alberoth doutait que ses tactiques usées ne remportent un grand succès.
— Brûlez les faubourgs pour les ralentir et dégagez un glacis pour notre artillerie. Divisez de moitié ce qu’il nous reste de troupe pour les faire passer par le col de Løbyen et tenter de prendre l’ennemi à revers. Et puis...
Son regard s’arrêta sur les lampes à incandescence. Finalement, il n’était pas si vieux que ça.
— Noyez les contrebas du plateau... ça doit pouvoir se faire en perçant quelques réservoirs, et j’ignore comment, mais vous électrifieriez les terres imbibées d’eau pour les électrocuter.
L’empereur s’aida de sa canne et ouvrit la porte. Il resta alors plusieurs minutes dans l’embrasure, fixe, le regard en dedans. Alberoth hésitait. Il se demandait s’il ne valait pas mieux faire davantage d’effort, et faire montre de ses talents de stratèges sur lesquelles reposait une bonne part de la confiance de ses sujets. Seulement, ses espoirs se cognaient à sa lassitude doublée de fatalisme. Il entendit en fond Emeric lui dire quelque chose, mais ne se força pas à identifier les mots et quitta la pièce. Alberoth eut l’impression d’échapper à un univers feutré pour pénétrer un autre beaucoup plus agité.
Le large corridor qui desservait les bureaux des ministres ainsi que leurs appartements bouillonnait de personnels, de courtisans ou de pages, la plupart encombrés de malles et de sacs. Malgré l’apparent désordre et le brouhaha des ordres et des discussions, Alberoth remarqua qu’en réalité, chacun accomplissait une tâche précise selon une organisation bien établie. Tandis qu’il regagnant le corps central du palais, il découvrit qu’il fallait moins de dix minutes pour débarrasser un bureau de toutes les affaires qu’il contenait, y compris les oeuvres d’art. Il fut surtout affligé de voir que les armoires à documentations et les secrétaires de travail demeuraient pleins et en place. Les impératifs personnels primaient désormais sur le sens commun, d’ailleurs, plusieurs personnes le bousculèrent dans s’excuser, probablement sans reconnaître l’empereur qui errait ahuri au milieu de ce sac volontaire. Alberoth s’éclipsa alors au détour d’une colonnade et trois jours passèrent sans qu’aucun membre du palais ne l’aperçoive.
L’habitude voulait qu’il s’isole dans sa tour lorsque la fatigue l’accablait plus que d’ordinaire quand il ne taillait pas quelques arbustes dans les serres pour calmer ses membres tremblants. Des privilégiés comme des personnes plus proches connaissaient d’autres cachettes dont se servait le souverain pour se dérober à la cour ou à la diplomatie, mais il n’y figurait pas. Durant ces quelques jours, l’empire de Dubithor demeura sans chef à sa tête, et personne ne s’en rendit compte, soit que les uns étaient trop occupés à préparer la défense, soit que les autres terminaient de s’en échapper.
Alberoth préféra à ce tumulte les entrailles du palais. Sous les tours et les ailes d’apparat édifiées au cours du siècle se tapissait la réalité de cette incroyable construction ; une série de galerie et de salles creusées dans un granit bleuté à la solidité légendaire. La sécurité avait cédé le pas au confort de la maçonnerie et des boiseries sans toutefois que le souvenir de la jeunesse du souverain ne s’étiole. Mis à part certains domestiques et quelques architectes, plus personne ne connaissait véritablement les lieux.
Le froid de la roche endormait peu à peu Alberoth. Il portait sa fatigue comme un lourd fardeau à l’instar des piliers face à lui qui supportaient en silence la montagne. Épuisé, il s'adossa à l’un d’eux et prit une longue respiration. Il fut surpris lorsqu’un subtil engourdissement parcourut sa main, relique imperceptible du grondement des explosions. Malgré cette acuité, son corps meurtri par les années lui échappait, lui glissait entre les doigts, comme tout ce qui l'entourait. À la fois reclus dans les tréfonds de l’empire et de son propre esprit, il mesura la perception de la réalité qui était la sienne. Il comprit qu’il n’était pas simplement le seigneur d’un pays, mais qu’il formait un tout avec la nation. Si son empire sur le monde déclinait de jour en jour et s'approchait inéluctablement de son terme, il s’agissait davantage de sa propre chute et du temps qui le menaçait de trépas. Cette longue guerre le sclérosait bien plus que l’âge, et chaque incursion sur ses terres était une douleur de plus qui s'imprégnait dans sa chair fatiguée. Par un curieux mécanisme de l’esprit, il avait rejeté l’existence de cette guerre car il refusait l’idée que sa vie ne s’achève si rapidement. Cette peur avait confiner son discernement jusqu’à faire glisser son génie dans une forme de démence.

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
06 juillet 2015 à 23:43:45

— Sire ! Que faites-vous encore ici ? Vous auriez déjà du quitter le palais hier...
Un vieil homme, dont les rides rivalisaient avec les siennes, venait de s’introduire dans l’immense galerie. Ses frusques dépassaient de sa culotte et sa perruque accusait un équilibre précaire. Tout ceci augurait combien la gravité de la situation devait être grande, pourtant Alberoth de bougea pas.
— Sire ? Vous m’entendez.
L’individu s’approcha et avança son bras dans l’intention d’apostropher le souverain par l’épaule. Il sursauta et étouffa un hoquet de surprise lorsqu’Alberoth se redressa. L’empereur refusait de succomber à l'affliction qui était la sienne. Il n'y avait pas de raison que tout cela existe, en définitive. Tout cela lui appartenait. Dans ce souterrain comme ailleurs, l'âge n'avait que l'influence qu'il lui concédait. Il ne laisserait pas davantage la rébellion le perturber, et la rejetterait dans un même mouvement vers les limbes des cauchemars. Il suffisait de penser, non, de savoir que tout allait bien.
Les choses se résoudraient à un moment à un autre, le rideau tomberait sans tarder, et Alberoth était intimement convaincu que le dénouement lui donnerait raison.
— Les portes de la cité viennent d’être forcée. Nous avons peut-être encore une chance de partir par le tunnel. Vite, il nous reste peu de temps...
— Le temps... marmonna-t-il.
— Sire, venez, insista l’homme en tirant l’empereur.
— Quelle heure il est !
— Le soleil s’est couché il y a presque une heure.
— Bien, veillez à ce que mon souper soit servi dans la salle d’armes.
Le domestique ouvrit et ferma sa bouche à répétition.
— Mais Sire, ils approchent.
— Peu me chaud, sauf ma faim.
Alberoth passa devant lui sans le regarder et se faufila par un passage. Il grimpa une volet de marche et atterrit dans un boudoir qui baignait dans une lueur écarlate. L’empereur s’approcha d’une fenêtre et balaya la ville d’un seul regard. Il ne discerna qu’une chape de brume pourpre au-dessus des bâtiments. Sa mauvaise vue et la nuit l’empêchèrent de voir précisément ce qui se passait à l’extérieur. Il n’aurait su dire si les détonations qui zébraient l’obscurité étaient dues au tonnerre, à une foire ou un coup de canon. À dire vrai, il ne voulait pas le savoir.
Il traversa une antichambre, puis un grand hall, et lâcha un soupir de satisfaction en voyant pour la première fois le palais vide. Curieusement, la rumeur des combats et l’éclat rubicond qui s’insinuaient dans le palais le plongèrent dans une grande sérénité, jusqu’à trouver agréable le grondement comme la colère d’une mauvaise tempête que l’on sait éphémère.
— Il est ici !
— Vite, ne traînons pas.
Un groupe d’une dizaine de soldats dirigé par le domestique dépareillé émergea d’un vestibule pour se ruer vers l’empereur.
— La forteresse d’Oge est prête, le comte Lonoch vous y attend avec plusieurs bataillons.
— Non.
Deux soldats l’empoignèrent.
— Nous sommes désolés, mais nous avons ordre de...
— Aucun ordre n’est au-dessus des miens ! cria Alberoth.
Il fouetta l’air avec sa canne pour l’abattre sur les deux hommes. Trop étonnés et trop respectueux, ils ne réagirent pas et reçurent le coup.
— Il est hors de question que je parte d’ici.
— Sire, je vous en supplie.
Une explosion transforma le doux vrombissement en soudain vacarme. Des éclats de voix se firent plus proches pour se mêler au bruit du métal qui s’entrechoque et des armes qui fauchent le silence. Les yeux grands ouverts, le domestique se mordit les lèvres.
— Vous trois, lança-t-il, saisissez-le. Il n’y a pas une minute à perdre.
Un réflexe secoua Alberoth qui se précipita dans le boudoir. Une seconde explosion, plus violente, plus proche, ébranla les murs du palais. Des plaques de marbres plaqués se fissurèrent, les meubles tremblèrent et de minces filets de poussières s’abattirent sur le sol. Les soldats s’arrêtèrent une seconde pour vérifier qu’il n’y avait pas d’autres dégâts, ce qui permit à Alberoth de s’engouffrer dans le passage étroit. Il referma la porte derrière lui, et s’engagea dans le réseau secondaire du palais, ce complexe labyrinthe utilisé tous les jours par les domestiques et le personnel. Aujourd’hui, l’empereur ne croisa personne et plus à loisir se déplacer à l’aveugle, sans carte ni lampe. Il ignorait à cet instant ce qu’il voulait vraiment. Il ne ressentait pas de peur, mais une excitation grandissante. De plus, la colère de voir qu’on voulait le déloger de sa demeure, qu’ils s’agissent d’assaillants comme de traîtres, lui donner une force incroyable, tel qu’il tenait sa canne non pour s’appuyer dessus, mais davantage comme un sabre prêt à anéantir tout obstacle.
Soudain, une nouvelle explosion frappa le palais. Cette fois-ci, il sentit le sol se soulever et les pierres chancelaient dans les murs. Le choc fit basculer Alberoth à terre si fort qu’il perdit ses lorgnons et se blessa à la jambe. Il se releva en grimaçant de douleur et comprit que la détonation venait de l’intérieur. Désormais, il était seul contre une armée inconnue, il devrait bien reconnaître qu’il s’était trompé depuis le début, et pour la première fois depuis des mois, l’angoisse se distilla dans ses veines. Il n’était plus empereur. Alberoth se rendit compte qu’il n’était plus qu’un vieillard sénile qui courrait sans but dans son grand palais vide. Il s’arrêta le souffle court et fut secoué d’une violente crise de rire.
Il fit demi-tour et retourna sur ses pas. À mesure qu’il arpentait les étroits couloirs, il sentit le palais revivre. Au lieu des rires forcés, et des pas feutrés, il pouvait entendre le bruit de bottes fouler le marbre et le murmure rocailleux d’hommes sans éducation. L’ennemi envahissait la place comme un poison dans les veines. Alberoth regarda dans la pénombre si les soldats qui le poursuivaient étaient toujours là, mais il ne trouva pas personne. Il laissa les galeries et les grandes salles aux assaillants pour continuer à boiter dans ce dédale comme un acteur dans les coulisses d’un théâtre. Un acteur fuyant ses spectateurs néanmoins.
Alberoth s’en remit à sa première idée et gagna la salle d’armes. L’espoir fou et ridicule d’y trouver son repas le guida pendant que les cris et les armes résonnaient avec toujours plus d’ampleur dans le château. Comme avec ses conseillers, il ferma son esprit et occulta la réalité. Il sortit du réseau par une porte dérobée et se mit à marcher sans hâte dans la salle d’armes. Aussi grande que la nef d’une cathédrale, des drapeaux de nombreuses armoiries pendaient à la place des vitraux, et plusieurs tables en bois massifs couraient entre les piliers sur lesquels reposait un entrelacs d’arc et de poutres en pierres apparentes. Alberoth trouva ça et là des écuelles, probablement abandonnée durant l’évacuation, et par chance, il trouva des restes de volailles pas trop passés et un pichet d’hydromel qu’il savoura. Il se lança alors dans un repas improvisé et regarda amusé des silhouettes s’introduire dans la salle.
Avec l’obscurité de la nuit et sa mauvaise vue, il ne réussit pas à voir clairement leur visage, ce qu’il regretta. Il éclata de rire en essayant d’imaginer qu’elle pouvait être leur surprise de trouver un palais vide, excepté de la dernière personne qu’on puisse s’attendre à trouver : l’empereur, mangeant négligemment dans une immense salle silencieuse.
— Saludas omedaen !
Il venait de leur dire bonjour dans un docot parfait. Les hommes le regardèrent éberlués et s’avancèrent lentement vers lui comme s’il craignait à une pièce ou à une illusion qui se dissiperait s’ils s’approchaient trop vite. Alberoth ne s’en soucia pas et continua à ronger son os tout en finissant l’hydromel.
— Je vous en prie, prenez une place, il doit bien rester une cuisse ou deux dans les parages.
Les trois hommes n’esquissèrent pas un mouvement. Ils avaient le visage recouvert de crasse et de poudre et leurs vêtements empestaient la charogne. Alberoth ne reconnut pas l’uniforme docot tant l’étoffe était usée.
— Vous êtes Alberoth ? demanda le plus musclé.
— C’est drôle, vous n’avez pas l’accent docot.
— Vous êtes bien Alberoth Harald Thorbjørn Premier, de la maison Dubir, empereur Keisari de Dubithor ?
— Et des royaumes du Nord et de l’archipel...
Les trois hommes ne lui laissèrent pas le temps de terminer ni sa phrase ni son repas. Tout alla très vite. Il fut encadré par plusieurs hommes et traîné de force à travers son propre palais. Alberoth fut emmené dans la salle du trône et subit une curieuse cérémonie. Sans ces lorgnons, sa myopie ne lui permit pas de saisir tous les détails. De plus, avec son ouïe désastreuse et les voix qui résonnaient sur la pierre, il ne savait pas si les envahisseurs hurlaient de rage ou d’allégresse. Il s’écoula alors un temps interminable où une série de personnes, de formes pour Alberoth, firent des discours sibyllins, peut-être en docot se dit-il étant donné qu’il ne comprenait rien, et où des drapeaux et des symboles de l’empire furent brisés et brûlés. Puis, ce qui semblait le chef alla à la rencontre d’Alberoth pour lui dérouler sous le nez un impressionnant parchemin. L’homme avait une carrure somme toute commune pour un meneur, avec des épaules tombantes, un nez busqué et des traits marqués. Sa dentition et ses manières trahissaient une origine modeste, si bien qu’Alberoth ne comprit pas comment pareil personnage pouvait diriger l’armée docote. Il mit sa triste apparence sur le compte de mois passés au front et se lança dans l’examen du document, en vain. Il fit mine de lire, alors qu’en réalité, il n’arriva pas à lire une seule ligne. Entre les enluminures et les cursives, Alberoth s’avéra incapable de déchiffrer le moindre mot en se doutant cependant qu’il devait s’agir d’un document énumérant les conditions de sa capitulation. Le chef maugréa quelque chose.
— Pardon, je n’ai pas bien entendu...
— Est-ce que vous approuvez ? demanda-t-il.
Le ton n’était pas dur ni hautain, ce qui surprit Alberoth. Il détailla les centaines d’occupants de la salle et même s’il ne pouvait les voir, il sentait leurs regards converger vers lui. Le silence témoignait d’une immense impatience. Il se ne voulut pas les faire attendre plus avant, et hocha de la tête non sans inquiétude quant à son sort une fois le document signé. En effet, une plume apparut dans la main ainsi qu’une mordée de cire rouge. Alberoth festonna d’arabesques le parchemin, retira son seau de son annulaire pour l’apposer sur la cire brûlante. La seconde suivante, le rouleau fut brandi comme un trophée et la salle s’emplit de hurlements qui firent chavirer les tympans d’Alberoth.
Ce dernier ne comprit rien de ce qui venait de se passer, et se poser toujours la question les jours et les semaines suivants. Comme il l’avait pressenti depuis des mois, il fut cloîtré avec la totalité de ses effets personnels dans la forteresse d’Oge. Une solide escorte le surveillait avec soin et discrétion, et jamais Alberoth ne souffrit d’inconfort ou d’un manque. Si le sort du peuple et de son empire lui demeura inconnu, son courrier étant censuré, le sien était providentiel, car il n’avait plus à supporter les inepties de la cour et les mensonges de ses conseillers. Il finit par retrouver ses vieilles habitudes, consacrant ses journées à ses plantes et ses timbres, avec toujours une série de questions orbitant dans ses pensées autour du même remords ; celui d’avoir subi les marées sans retour plutôt que d’avoir su en tirer parti, car c’était bien le phénomène à l’origine de tout. Ça, il le savait.

:-)

Arduilanar
Arduilanar
Niveau 10
07 juillet 2015 à 20:02:45

Fini !
La fin ne m'a pas tellement surpris, elle est bien dans la continuité du reste, avec le doute laissé sur la santé mentale de l'empereur - même si, quand même, tu laisses suffisamment d'indices pour qu'on s'en fasse une idée plutôt nette.
Les toutes dernières lignes sur les marées sans retour clôturent bien le tout, même si je trouve que tu as relativement peu exploré le thème au cours de la nouvelle ; cela aurait pu gagner en force si tu avais un peu plus insisté dessus.

Ceci dit, j'ai pris plaisir à te lire, et je ne manquerai pas de jeter un œil à tes autres productions. :)

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
08 juillet 2015 à 03:12:30

— La forteresse d’Oge a été vendue.
— Quoi ? Mais ça fait à peine deux mois que l’empereur est mort...
Lonoch fit une moue et secoua la tête d’incrédulité.
— Plus rien ne m’étonne maintenant. Qui l’a acheté ?
— J’ai entendu dire par un sénateur que c’était une riche famille d’Andrinople, répondit Emeric, après combien ils l’ont payé, c’est un mystère.
Les deux hommes observèrent un bref silence et le soleil qui déclinait à l’horizon. Ses rayons muèrent l’océan en une palette de pourpre et d’ocre en donnant à l’isthme du Sénéstan l’aspect d’une langue de pierre serpentant dans de la lave. Au loin, les ouvriers chargés de la construction de la nouvelle route vers le continent dépeuplaient les grues et les échafaudages pour gagner leurs baraquements.
En haut d’une tour nouvellement construite, Emeric et Lonoch profitaient d’un dîner frugal et d’une vue magnifique sur la mer, et au loin, les côtes de craie de leur voisin le puissant empire de Docotère.
— La cour ne te manque pas parfois ? demanda Lonoch d’un ton mélancolique.
Emeric sourit et fit non de la tête.
— Je suis mieux ici à superviser ces travaux qu’à manigancer dans le froid des montagnes. En revanche, je n’en dirais pas autant pour notre ami Setlen ; il a perdu toutes ses terres.
— Au moins, il lui reste son château. Il a eu beaucoup de chance comparé à d’autres. Sigmirn par exemple...
— Ridicule, s’exclama Emeric en reposant ses couverts. C’est à cause de seigneurs trop gourmands comme lui que la guerre a débuté. Il aurait dû laisser les terres émergées par les marées sans retour aux paysans plutôt que de vouloir à tout prix se les approprier. Pas étonnant qu’ils se soient révoltés.
— À la République ! lança Lonoch ironique.
— À la République, oui...
Lonoch leva son verre et but quelques gorgées d’un vin dont la qualité n’égalait en rien même le plus mauvais des crus qu’ils consommaient dans le temps à la capitale. Il chercha le regard d’Emeric pour reprendre la conversation, mais son ami avait ses yeux qui pointaient dans le vide.
— Oublie-le.
Emeric se redressa et se lança dans le décorticage d’une aile de poulet.
— Alberoth aura été le dernier souverain à régner sur une île.
— Le dernier souverain tout court, surenchérit Emeric.
— Entre nous, il n’avait plus toute sa tête. Tu te souviens quand il nous parlait de l’empereur Albion III alors que nous nous époumonions à lui dire que c’était une guerre civile et non une attaque étrangère ? Il était complètement sénile.
— Bien au contraire, répondit Emeric l’air sombre.
Le duc déchu s’essuya les lèvres avec une serviette et laissa ses bras retomber tout le long des accoudoirs.
— Pourquoi aurait-il monté cette histoire de complot dans ce cas ?
Ses doigts se mirent à pianoter sur la nappe.
— Alberoth est monté sur le trône à l’âge de cinq ans et a régné pendant plus de quatre-vingts ans. Il a toujours été habitué à tout contrôler, tout maîtriser, et il n’a pas pu supporter de voir l’empire qu’il avait construit s’effondrer à cause d’une chose aussi absurde, aussi incompréhensible et imprévisible que les marées sans retour. Il a préféré s’inventer une guerre imaginaire avec l’empire de Docotère plutôt que d’aborder le problème de face qu’il savait insoluble.
— C’est bien ce que je disais, il était fou.
— Mmmh.. c’est plus subtil que ça à mon sens. Il ne voulait pas être responsable d’un massacre du peuple, et je pense qu’il s’est montré au contraire très malin en laissant la révolution arriver jusqu’à la capitale. Souviens-toi, c’est grâce à lui que les rebelles ont pu traverser le fleuve Dubilin alors qu’on aurait pu les arrêter bien avant.
Lonoch s’enfonça dans son fauteuil et goba plusieurs grains de raisin tout en contemplant l’imposante construction qui émergeait des eaux pour venir couper l’isthme comme un tronc barrant une route en forêt.
— Tu as peut-être raison, concéda l’ancien général. Après tout, les délires d’Alberoth sur une invasion docote avaient quelque chose de prophétique puisque le sénat a voté la construction de cette place forte.
— Je regrette cependant que ces mêmes délires l’aient conduit à se suicider.
Un silence pesant s’abattit entre les deux hommes qui se défièrent du regard. Emeric affichait une mine impavide, Lonoch un regard à la fois torve et stupéfait. Ce dernier posa son verre sur la table et garda le silence en attendant que l’ancien noble lui fournisse une explication.
— Les médecins ont déclaré de concorde qu’une crise cardiaque avait terrassé Alberoth. Cependant, j’ai eu l’occasion de parler à un des anciens gardes du palais d’Oge, un de ceux qui ont découvert le corps de l’empereur dans le jardin d’Hiver. Il gisait à côté d’un oepicronus, une plante qui pousse près la mer d’Asnodrah en Docotère. Elle est très appréciée des botanistes pour ses fleurs multicolores comme des assassins qui extraient de ses pétales un poison mortel qui a la particularité de provoquer des crises cardiaques.
— Il était très vieux et le mont Oge est balayé par des vents très forts. Ce sont sa santé et le climat qui l’ont emporté, et c’est en partie pour ça que les édiles l’y ont envoyé afin de s’en débarrasser en s’épargnant une exécution impopulaire.
Le disque solaire venait de disparaître complètement dans l’océan, cédant le pas à la nuit qui s’annonçait par une poignée d’étoiles qui commençaient à percer le ciel. Le pragmatique Lonoch refusait la version d’Emeric.
— De plus, même s’il s’est empoisonné avec cette plante, c’est purement fortuit.
— Fortuit ? Nous parlons bien d’Alberoth, l’empereur qui a dépensé l’équivalent d’une campagne militaire pour raser un pan de montagne et y construire des serres ?
— Oui, je parle bien d’Alberoth, l’empereur qui ne pouvait plus tenir une tasse de thé tant ses mains tremblaient.
Emeric termina son verre et repoussa son assiette en avant. Un rictus de mécontentement parcourut son visage et médita un instant les arguments de Lonoch, jusqu’à se rappeler ce qui l’avait conduit à penser au suicide.
— Ce n’est pas tout, reprit-il. Alberoth avait un testament. Peu de personnes y figuraient dedans, mais j’y étais et il m’a juste laissé un épais volume : sa collection de timbres.
Il défit l’ourlet de ses manches pour les rabattre afin de se protéger de la fraîcheur du soir qui grandissait..
— Au début, je n’ai pas vraiment compris vu que nous ne nous entendions pas à merveille et que le volume était pratiquement ce que l’empereur avait de plus cher. C’est mon épouse qui a remarqué un détail à la fin ; le tout dernier timbre.
— Qu’est-ce qu’il avait de spécial ?
— Rien, un simple timbre frappé de la République de Dubithor.
Lonoch fonça des sourcils.
— Enfin voyons, s’emporta Emeric, Alberoth savait ce qu’est devenu l’empire.
— Sa vue était très mauvaise, d’ailleurs c’est à peine s’il a lu la nouvelle constitution avant de la signer le soir de la prise de la capitale. Ça ne veut rien dire.
— Bien sûr que si, riposta Emeric. Nous l’avons vu plusieurs fois s’occuper de sa collection, il utilisait toujours une loupe et passait des heures à étudier les moindres détails de chacune de ses estampes. Aussi fou qu’il ait pu être, il a forcément dû reconnaître, ne serait-ce qu’à lui-même, que la République l’avait remplacé, lui et son empire.
— Ça n’explique pas le suicide.
— Je pense que si une partie de lui acceptait la réalité, la partie qui nous a manipulé et qui a anticipé les possibles invasions docotes, une autre part de son esprit s’est avéré incapable d’appréhender autant de changement en même temps, et a inventé un complot pour le maintenir dans une illusion, lui donner un but dans sa vie déliquescente. C’est cette part d’ombre qui fit vaciller Alberoth, et une fois qu’il se retrouva prisonnier au palais d’Oge elle précipita sa fin.
Lonoch plissa ses yeux qui se perdirent dans le firmament.
— Séduisante théorie, mais j’en aurais une meilleure et qui valide nos deux visions.
D’un geste de la main, Emeric l’invita à s’expliquer à son tour.
— Tu le voyais brillant, moi égaré. Je verrais plus ça comme une vengeance... Du point de vue d’Alberoth, nous conspirions contre lui, et il n’arrivait pas à savoir si le pays subissait une guerre ou si c’était une mascarade pour le tromper. S’il s’est suicidé, et qu’il était aussi malin que tu le penses, je serais plus enclin à penser qu’il a orchestré sa mort de sorte que le doute qui le rongeait vienne à notre tour nous troubler.

FIN

:-d

Arduilanar
Arduilanar
Niveau 10
08 juillet 2015 à 07:03:33

Ah mais ce n'était pas fini alors. :hap:

Arduilanar
Arduilanar
Niveau 10
08 juillet 2015 à 21:07:40

Bon, voilà donc une fin digne de ce nom !
Sottement, quand j'ai vu deux posts, me souvenant que tu parlais de deux chapitres, j'ai cru que tu avais clos ton ouvrage.

Ces éclaircissements arrivent à propos. Tu réussis à garder quelques points d'ombre - l'empereur s'est-il vraiment inventé cette histoire de Docots à laquelle il refusait pourtant de croire ? N'a-t-il pashttp://m.jeuxvideo.com/forums/42-58-39942089-2-0-1-0-arret-sur-images.htmsait ?
Bref, comme je te l'ai déjà dit plus haut, j'ai apprécié ma lecture, et je suis de plus ravi que ce texte ait enfin trouvé une conclusion cinq ans plus tard. :-)

Nato8888Rifs
Nato8888Rifs
Niveau 10
13 août 2015 à 00:13:12

Oh enfin le dénouement de cette histoire.
La révolte populaire été prévisible depuis le timbre poste, mais ce vieil empereur sénile parvenait à maintenir le doute.
J'aime bien le fait que l'empereur tourment ses conseiller par une ultime interrogation, et les lecteurs par la même.
Bref, un très bon texte. :oui:

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
13 août 2015 à 00:19:37

Ooooh, merci d'avoir lu et commenté.

Un autre texte dans le même univers trois siècles plus tôt ça vous dirait ?

Suledhel
Suledhel
Niveau 10
13 août 2015 à 12:09:24

Nato : dis donc, tu as la mémoire courte mon cher, tu sais que la fin avait été postée sur NE et que tu l'avais déjà lue ? :fou:

Et pour répondre à ta question Ostra, pourquoi pas :)

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