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Le chevalier Lapin

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
31 janvier 2010 à 16:49:36

Il était une fois, dans le pays merveilleux où les mouches ne volent pas, naquirent au même moment trois jeune filles. La première était fille du bon Roi Urien , suzerain de la région des merles. Elle fut déposée dans un magnifique berceau d'or ciselé.
La deuxième était fille d'un bourgeois marchand d'étoffes. Elle fut déposée dans un couffin de bois décoré de couleurs criardes.
La troisième enfin était fille d'un paysan, un honnête travailleur qui s'échinait à la tache sur les champs de concombres royaux de l'aube jusqu'à la tombée de la nuit. Elle fut déposée dans une moitié de tonnelet, un simple fût à vin coupé en deux et coincé entre deux buches pour éviter qu'il ne bascule.
Elle s'appelait Julie.

En ces temps de magie, chaque enfant recevait à la naissance un don des Sœurs Fées, fières garantes de la tradition du Royaume. Hautes comme trois prunes et plus fripées qu'un enfant sortant du bain, les Sœurs Fées ressemblaient à de vieilles poires ridées munies d'ailes. Elles étaient aussi anciennes que le monde lui même, voir plus, et occupaient la même position immuable depuis la fondation du Royaume. Elles habitaient dans une charmante chaumière sur les nuages, passant agréablement le temps à discuter des potins du royaume ou à jouer au poker - souvent les deux en même temps. La propriété était admirablement entretenue par une armée de lutins, qui en plus des taches ménagères assuraient la délicate question de l'approvisionnement. Les légumes poussaient assez mal sur les nuages, et c'était un vrai casse tête. Mais ne nous égarons pas : ce qu'il faut retenir, c'est que l'entente régnait habituellement dans la chaumière sur les nuages.

Or ce jour là avait éclaté une dispute. La querelle était partie de rien : Prunelle avait renversé du thé sur la robe jaune de Citronnelle, qui, furieuse, avait voulu renverser la théière sur la robe verte de prunelle. Mais elle avait touché du même coup la robe rose de Groseille, et la situation commençait à tourner au vinaigre : Citronnelle menaçait d'aller emménager sur un autre nuage si Prunelle ne quittait pas la maison à l'instant.
La lettre apportée par le vieux corbeau fut donc une agréable diversion, permettant à chacune des sœurs d'abandonner - pour le moment - les hostilités.
Groseille détacha la lettre de la patte de l'oiseau, le remercia avec un morceau de fromage, puis ouvrit le rouleau. Comme tous les parchemins apportés par le volatile, il s'agissait du faire part de naissance des enfants du royaume - ici les trois filles, si vous avez suivi l'histoire attentivement. D'un coup de baguette magique les trois fées changèrent leur robe en un modèle plus chic, fermèrent la chaumière à clef - bien qu'assez peu de voleurs se promènent sur les nuages les sœurs préféraient être prudentes - puis enfourchèrent les corbeaux arnachés par les lutins. Un pour chacun des sœurs, plus un portant un panier, qui servirait à recueillir les cadeaux récoltés pendant la visite.

Le premier arrêt fut pour la princesse, car en ces temps là on ne faisait pas attendre la famille royale.
La cour au grand complet était réunie pour la cérémonie des dons. L'arrivé des fées par une fenêtre ouverte fit sensation, et elles rougirent de plaisir en voyant tous ces gens les applaudir. Des cadeaux furent distribués. Les fées étaient puissantes et il valait mieux ne pas les offenser, mais un service à thé miniature en or et diamants suffisait généralement à s'attirer leur bonnes grâces. Puis les corbeaux se perchèrent sur le berceau et les fées parlèrent.
Citronnelle se pencha d'abord vers le bébé endormi :
-Tu seras belle comme le plus beau jour du printemps et tu épouseras un prince, mon enfant.
Puis ce fut au tour de Groseille :
-Tu seras si habile de tes mains et tu chanteras si bien que tous t'admireront, mon enfant.
Enfin ce fut au tour de Prunelle :
-Tu seras bête comme un chou car c'est ainsi que les princesses doivent être, mon enfant.

C'étaient là des vœux tout à fait classiques et conformes à la tradition, et la cour toute entière applaudit de contentement. Le Roi et la Reine remercièrent chaleureusement les fées, leur firent promettre de venir leur rendre visite aussi souvent que possible, puis tout le monde s'en fut de bonne humeur, et les fées partirent comme elles étaient venues.

Au même moment, à l'extrême nord du royaume, un lièvre blanc se déplaçait par petits bonds sur la neige, à la recherche d'herbe encore fraiche sous les plaques de givre. C'était un mignon petit lapin aux grandes oreilles cerclées de noir, qui avait quitté il y a peu le terrier familial, et qui profitait avec bonheur de cette liberté nouvellement acquise. Il errait donc au hasard, s'arrêtait parfois pour creuser la neige en quelques coups de pattes, puis dévorait rapidement la végétation qu'il déterrait. De temps en temps il se mettait à filer ventre à terre entre les buissons gelés, dans l'unique but de sentir ses muscles puissants au travail. Puis il s'arrêtait. Et se remettait à creuser.
Tout dans la joie de sa promenade il ne se rendit pas compte qu'il s'éloignait de plus en plus de la forêt qui l'abritait d'ordinaire. Ce fut seulement lorsque la neige sous son corps fit place à de la boue qu'il leva la tête pour se repérer : il était arrivé près des falaises-qui-tombent.
Sa mère lui avait plusieurs fois répété, alors qu'il était assis au coin du feu avec ses trois frères :
- n'allez jamais du côté des falaises-qui-tombent, mes petits lapereaux, car les lapins n'en revient jamais. Surtout toi Zoreille, tu es trop imprudent !
Ce à quoi il répondait invariablement :
- Je suis le plus fort des lièvres maman, et je n'ai peur de rien ! Je ne crains ni les renards ni les loups. Mais si tu insistes, mère adorée, j'obéirais.
Et sa mère, contente, se remettait à coudre en se balançant doucement sur le grand fauteuil.
Bien sûr la conversation n'était pas exactement prononcé en ces termes, car le langage lapin est complexe et le mouvement des moustaches joue beaucoup dans le sens de la phrase. Mais je suis sûr que les conseils de Madame Lièvre devaient s'en rapprocher, car c'était une mère avisée et soucieuse du bien être de ses enfants.
Zoreille s'apprêtait donc à faire demi tour, quand une odeur exquise vint flatter son odorat. C'était un mélange subtile de pissenlit et d'herbe coupée, avec des nuances de pommes fraiches et de carottes, ainsi qu'un millier d'autres parfums qu'il n'arrivait pas à identifier. Un véritable régal pour les sens ! Posé sur les pattes arrière, le lapin remua lentement ses narines pour renifler le fumet enivrant. Les yeux fermés, il se laissa un instant bercer par cette symphonie odorante, puis retomba brutalement sur ses pattes arrière. L'odeur venait d'une ouverture noire qui se profilait sur un flanc de la falaise.
Notre lièvre obéissait en général aux conseils de sa mère adorée, mais il était aussi très gourmand et il était difficile de résister à un tel parfum. En quelques secondes il fut devant la grotte, et s'y engagea sans hésiter.

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
31 janvier 2010 à 22:34:48

Oui c'est exactement moi. Faut croire que les fans de FF aiment l'écriture aussi !
Bon ça faisait pas mal de temps que je n'étais pas passé sur les forums de jv.com, je suis tombé sur celui là par hasard et je me suis dit que c'était l'occasion de poster des vieux textes.

Suga c'est sugawara c'est ça ? Effectivement je me souviens de toi (bon normal ça fait pas si longtemps, et le forum était pas si fréquenté.)
Le pseudo Métatron c'est en référence à la lune noir ? Tu écris des textes ?

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
01 février 2010 à 21:43:05

Ouah quelle réponse poussée ! Un vrai roman. En MP* et t'as le temps d'écrire ? Hé bien t'es courageux. Moi je profitais de tous mes moments libres pour sortir, j'aurais pas eu le courage de me lancer (ouais yen avait pas mal de moments libres finalement, vu que je bossais très peu le weekend).
Enfin bon, c'est bientôt fini pour toi ^^ (et puis mine de rien quand tu auras terminé tu seras super content d'avoir réussis à apprendre autant de choses en si peu de temps, en tout cas c'était mon cas, et je ne regrette rien).
Sinon faut peut être pousser un peu plus loin le raisonnement, les taupins sont fans de FF (ouais tu te souviens pas de Xenora ? c'est un ancien MP qui a abandonné pour la fac) et les fans de FF aiment écrire (non non, pas de généralisation hâtives, je déteste ça.)

Bon sinon j'avais écris une super réponse, mais je ne sais comment j'ai réussis à tout effacer sans poster.
Donc la flemme de tout réécrire : je résume.

Les chroniques de la lune noire c'est une super BD, c'est de la fantasy mais ça vaut vraiment le coups de lire même si on aime pas le genre.

Concernant ma nouvelle, mon but premier n'était pas tellement de faire une parodie (enfin si, bien sur je voulais détourner le style des contes de fée, mais plutôt parce que j'aime bien ce style un peu "mièvre" comme tu dis, et que j'avais toujours voulu en écrire un)
Donc si il y a des passages qui ne font pas rire c'est plutôt normal, je voulais surtout raconter une histoire. (le comique c'était en plus !)
Après si ils sont ennuyeux c'est plus chiant pour moi, va peut être falloir que je songe à reconvertir le texte en un vrai truc humoristique.

Et donc pour le style j'assume totalement le fait qu'il ne soit pas assumé, vu que je n'avais absolument aucune intention de l'assumer au départ. (je me comprends)

Mais bon, vous me direz ce que vous en pensez avec la suite (encore moins d'humour !)

Enfin le principal est que le style soit plus ou moins bon !(je sais pas pour vous, mais toutes mes nouvelles sont un entrainement pour être un jour assez doué en écriture pour lancer mon
super-projet-qui-roxxxxxx-du-boudin-mais-que-je-va
is-jamais-commencer-mais-on-a-bien-le-droit-de-rêv
er-quand-même)

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
01 février 2010 à 22:09:54

Pendant ce temps les trois sœurs continuaient leur visite.
Le deuxième arrêt fut pour la fille du bourgeois, car les bourgeois sont riches et les rideaux dans la chaumière des fées, quoique splendides, commençaient à accuser le poids des années.
De nombreux notables étaient réunis pour la cérémonie des dons, car le père de l'enfant était très riche et avait donc beaucoup d'amis. L'arrivé des fées par la porte grande ouverte fit sensation, et tout le monde se leva pour les saluer comme il se doit. Après que les fées eurent admiré les carrés d'étoffes qu'on leur avait préparé, les corbeaux se perchèrent sur le couffin et les fées parlèrent.
Groseille se pencha d'abord vers le bébé :
-Tu seras toujours gaie et enjouée, et tu épouseras un riche marchand, mon enfant.
Puis ce fut au tour de Prunelle :
-Tu apprendras à lire et compter et tu pourras faire les comptes de toute la maisonnée, mon enfant.
Enfin ce fut au tour de Citronnelle :
-Tu vivras vieille, et aura une descendance nombreuse, mon enfant.

C'étaient là des vœux tout à fait classiques et conformes à la tradition, et la maisonnée toute entière applaudit de contentement. Le drapier les remercia chaleureusement, évoqua les dons qu'avait reçu sa première fille avec émotion, félicita à nouveau les sœurs, puis les fées partirent comme elles étaient venues.

Dans la contrée des glaces éternelles et des lacs enfouis, notre ami aux grandes oreilles continuait son exploration de la grotte. Elle était haute comme un homme et large comme deux, et descendait en pente douce sur une dizaine de mètres. Le sol était poli, sans doute par une ancienne rivière qui avait jadis coulé là. - Mais cette considération échappa totalement au lapin, qui n'avait guère de notions en géologie. - Au fond de la cavité quelques marches creusées à coups de burin s'enfonçaient au plus profond de la terre. Il y faisait noir, mais l'intrépide lièvre n'avait pas peur, car il était toujours guidé par cette odeur venue tout droit du paradis. Il engagea les deux pattes avant, puis les deux pattes arrière. Et commença à descendre.
L'escalier tournait en fait sur lui même, comme il s'en rendit vite compte. À chaque marche l'odeur devenait plus forte, et le rongeur accélérait, accélérait... Au bout d'un moment, Zoreille s'arrêta net : une douce lumière verte éclairait les marches inférieures. Il plissa les yeux, étonné. La lumière était toujours là. Elle semblait ondoyer, lentement, et son chatoiement faisait ressortir les ombres sur les pierres, leur donnant un aspect vivant, presque menaçant. Le lapin prit enfin peur. Les seules lumière qu'il connaissait étaient le blanc éclatant du soleil, le jaune pâle de la lune, et le rouge des braises du foyer, et cette lumière verdâtre qui éclairait le calcaire blanc n'avait rien de naturel. Une partie de son esprit lui cria de faire demi tour, mais c'était trop tard. Comme hypnotisé, il descendit une marche de plus. Son corps ne lui appartenait plus. Plus rien n'avait d'importance. Seule la lumière, qui l'enveloppait doucement existait... Il perdit conscience.

Le dernier arrêt fut pour la fille du paysan, car les gens simples passent toujours après les puissants.
Seule la famille proche était réuni dans la cahute. Il n'y avait de toute façon pas assez de place pour réunir plus de monde. L'endroit était modeste, et les murs couverts de suie avaient été trop hâtivement lavés. L'arrivé des fées par un trou dans le toit fit sensation, et tout le monde se leva pour les saluer comme il se doit. On offrit des pots de confiture aux sœurs. Puis les corbeaux se perchèrent sur le demi tonnelet.
Prunelle ouvrit la bouche pour parler, mais au même instant Groseille voulut elle aussi prononcer les vœux, si bien que les deux sœurs s'écrièrent au même moment :
-Tu seras...
Elles s'interrompirent toutes les deux et levèrent la tête vers l'autre d'un air contrarié :
-Groseille, c'est mon tour cette fois ci ! S'écria Prunelle.
C'était vrai, mais la vérité importe peu pour des fées, surtout lorsqu'elles sont encore échaudées par une dispute.
-Et pourquoi donc ? Nous ne nous sommes jamais mis d'accord sur un ordre de passage, très chère sœur, minauda-t-elle.
-Comment ça ? Il en a toujours été ainsi ! Nous n'allons pas changer l'ordre juste parce ma sœur est une tête de linotte incapable de se souvenir qu'elle a prononcé son don en premier la dernière fois !
-Prune, enfin ! S'écria Citronnelle. N'insulte pas ta sœur ! Surtout devant des humains ! Vous me faites hontes toutes les deux.
Les humains en question restaient interdit devant le spectacle des fées commençant à se disputer, toujours perchées sur leur corbeau.
-On ne t'as pas demandé ton opinion, très chère sœur, rétorqua groseille. C'est une affaire entre Prune et moi, ne t'en mêle pas.
Je préfère passer sur la suite de la discussion. Le ton monta rapidement et la conversation devient vite un échange nourrit d'insultes, du genre de "mure rabougrie" ou "poire blette", sous les yeux médusés des paysans.
Le point qui nous intéresse fut franchi quelques minutes plus tard :
-La tradition veut que l'on passe l'une après l'autre, en changeant l'ordre pour chacun des enfants, sale clou de girofle moisi ! Grogna l'une d'elle.
-Au diable la tradition ! Peut être que tu es trop vieille pour modifier tes habitudes, vieux nèfle pourri, mais moi j'en suis parfaitement capable, d'ailleurs...
-Au diable la tradition ? Mais nous sommes les gardiennes des traditions ! La seule raison pour laquelle...
-Suffit ! Citronnelle avait crié plus fort que les autres, qui se turent. Cessons de nous quereller, c'est ridicule ! Occupons nous des dons, puis allons régler ça là haut. - Là haut désignant la chaumière sur les nuages, qui avait l'immense avantage d'avoir suffisamment peu de voisinage pour que la dispute des fées ne profite pas à toute la ville, car les fées, bien que petites, avaient une voix forte.
Prunelle, toujours énervée, se tourna alors vers le berceau, puis lança :
-Très bien ! Tu seras plus intelligente que mes stupides sœurs ainsi que tous les êtres vivants de ce royaume, mon enfant !
Groseille, estomaquée, s'exclama :
-Prune, comment oses-tu ? Que veux tu qu'une fille fasse de l'intelligence ?
Sa sœur lui répondit :
-Les dons que JE donne ne regardent que moi. Je n'ai pas de leçons à recevoir d'une boulotte comme toi !
-Ah bon ? Très énervée, Groseille se tourna vers l'enfant : puisqu'il en est ainsi je t'offre le pouvoir de la magie, et puisses-tu être plus puissante que mes stupides sœurs ! Tu seras la plus puissante sorcière qui ai jamais foulé le sol de nos contrées , mon enfant !
Puis, réalisant ses paroles, elle posa la main sur sa bouche, interdite.
Citronnelle, qui pensait avoir plus de bon sens que les autres fées, se tourna alors vers le berceau et déclara avec tristesse :
-Mon pauvre enfant, comment vas-tu pouvoir vivre avec de pareils dons ? Il faut que je trouve quelque chose pour t'aider un peu...
Mais Citronnelle eu beau chercher, implorer du regard ses sœurs de lui souffler une idée, rien ne vint. Finalement, elle prit la parole :
-Tu seras le seul enfant du Royaume à grandir sans un troisième don. Mais le jour de ton vingtième anniversaire, tu pourras réclamer ce qui t'es dû.
Elle se tourna vers les parents et leur dit :
-Aurais-je pu trouver mieux ?
Personne ne lui répondit.

Ces vœux là n'était ni tout à fait classiques ni conformes à la tradition, et le silence régna dans la pièce quand les fées eurent fini de parler. Celles-ci, remontèrent sur leur corbeau sans un mot, oubliant le panier contenant les présents. L'honnête paysan, hébété, serrait fort sa femme contre lui. Ce n'est que quand les montures des fées devinrent des points noirs dans le ciel que celle-ci s'autorisa à pleurer. L'enfant, lui, restait coi.

En arrivant en vue de sa maison à colombage plantée dans le nuage, Citronnelle commença à rouspéter :
-Faire de cet enfant une sorcière à l'intelligence acérée ? Vraiment bravo mes sœurs !
Et la dispute reprit de plus belle.
C'en était fini de la belle entente des fées.

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
05 février 2010 à 21:40:09

Lorsque Zoreille se réveilla ce fût pour se retrouver dans une cage. Passant la tête entre les barreaux il inspecta la pièce : sa prison était posée sur une étagère, entourée par des centaines de flacons de toutes les couleurs et de toutes les formes. Sur certains d'entre eux étaient posée une étiquette racornie, sur laquelle on distinguait des signes incompréhensibles ou des dessins mystérieux. L'étagère elle-même était située assez haut, sur un des murs à peu près droit de la caverne dans laquelle l'intrépide lièvre était enfermé. La pièce tout entière était remplie d'un épouvantable capharnaüm de livres en piles écroulées et d'objets étranges. Le lapin pouvait apercevoir quelques artefacts dépassant du fouillis de grimoires : une épée rouillée, un crâne humain recouvert de pierres précieuses, des sortes d'étranges balles lumineuses qui tournaient indéfiniment dans une petite bassine, des boîtes ouvertes remplies de poudres de différentes couleurs... Dans un recoin sombre, tout un tas d'os gisait abandonné, recouvert par une épaisse couche de poussière. Sur le mur opposé, juste en face de sa prison, était posé une autre étagère supportant plusieurs bocaux remplis de grenouilles et d'autres batraciens, qui flottaient lugubrement dans un liquide jaune clair.
Le lapin eut à peine le loisir de regretter la chaleur du foyer familial et de maudire sa curiosité qu'on vint le chercher. Une porte s'ouvrit en grinçant et une créature verte, hideuse et grimaçante entra à pas trainants. Le gnome, couvert de pustule et apparemment de forte méchante humeur, marcha en grommelant entre les livres écroulés, prit un escabeau dans un coin de la salle et s'en servit pour saisir la cage du lapin tremblant. Puis il sauta à terre. Le choc fut rude pour le lièvre qui fut balancé dans tous les sens à l'intérieur de sa prison. La créature puante entra dans une autre salle, portant l'animal à bout de bras. Zoreille eut le temps d'apercevoir un grand pentacle tracé à même le sol, devant lequel une vieille dame décharnée effectuait des gestes cabalistiques. - Ses mouvements étaient assez semblables à ceux d'une danse très prisée par les jeunes lapins, mais cela ne fit pas du tout rire le pauvre Zoreille, terrifié. - La sorcière se retourna en entendant l'entrée de son serviteur, saisit un énorme couteau posé sur une table taillée dans un bloc d'obsidienne, puis s'approcha du rongeur tremblant.

Qui se dit qu'il aurait mieux fait d'écouter les conseils de sa mère.

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
09 février 2010 à 16:10:51

Chapitre II : le chevalier lapin

Le premier jour du mois d'août, l'armé du roi au grand complet se réunit sur le champ de bataille. Il s'agissait en fait d'une longue étendue de terre qui longeait les falaises sur une dizaine de lieues. Trop salées pour prétendre y cultiver quoi que ce soit, mais trop près des falaises pour la sécurité des bêtes, les landes avaient plus ou moins été laissé à l'abandon : La région ne manquait pas de terres fertiles. On avait finalement décidé de les réserver au combat. Elles avaient en effet pour avantages notables de ne pas être trop loin de la capitale, de disposer d'un grand cimetière à proximité pour les morts alliés, et d'une falaise à pic pour les ennemis. Les poissons étaient bien nourris, les pêcheurs du coin aussi, et personne ne trouvait à s'en plaindre.
La cavalerie avait fière allure. Une forêt d'oriflammes flottait sous l'effet de la brise marine. Les porte-drapeaux brandissaient fièrement les étendards de chaque grande famille. Il y en avait des bleus, des rouges et des blancs, aux motifs soigneusement brodés pour l'occasion. Les armures des nobles resplendissaient au soleil. Les trompettes brillaient, les tambours flamboyaient, même la gueule noire des canons avait été nettoyée en ce jour festif. Les chevaux, pas vraiment impressionnés par les plaques de cuir sur leur dos, tentaient de brouter des touffes d'herbes rêches. Tout le monde était impatient de semer la mort dans les rangs ennemis, de ramener des récits de bravoure, voire même une blessure légère pour impressionner les dames. En attendant on discutait avec la famille éloignée, profitant de l'occasion. Et un joyeux brouhaha régnait sur le champ de bataille, comme à l'heure du salon de thé chez les dames, mais en un peu moins protocolaire.
Devant eux, les paysans semblaient moins pressés d'en découdre. Ils étaient vêtus d'armures de cuir fournies par le Roi, qui étaient souvent d'une qualité inférieure à celle que portaient les chevaux. Grossièrement formés au combat il y a quelques mois, ils espéraient surtout être de retour à temps pour les moissons. Ou en tout cas, dans la mesure du possible, de pouvoir tout simplement rentrer chez eux. En pas trop mauvais état. Une moitié d'entre eux était munie de lances de noisetier et d'une dague gracieusement fournie par Sa Majesté. À ramener après le combat, sous peine d'être accusé de vol. L'autre moitié, placé derrière les lanciers, disposaient seulement d'arcs en bois d'ifs, et de six flèches par personne, pas une de plus.
L'ensemble, une dizaine de milliers d'hommes, formait l'armée Royale, réunie comme tous les cinq ans pour combattre la Sorcière du Nord.

À deux jets de flèches de là, les monstres de la magicienne attendaient sans un bruit.
C'était une collection d'armures biscornues, aux contours flous. Comme l'eau sur le métal poli, le regard glissait où qu'il porte, donnant aux silhouettes une substance qui n'existe que dans les cauchemars. Une étrange lumière bleuâtre émanait d'eux, rappelant la lumière assourdie du soleil qui traverse un glacier. Mise à part la taille, les soldats de la sorcière n'avaient rien d'humain. En se concentrant, on parvenait à distinguer quelques détails : certains heaumes étaient boursouflés, comme s'ils peinaient à contenir leurs occupants. On voyait aussi des silhouettes sur quatre pattes, des membres en trop, ou des pieds se terminant par des serres de rapace. Parfois tout en même temps. Mais le plus étrange, c'était leur immobilité : les gargouilles n'avaient pas bougé d'un pouce depuis qu'elles étaient apparues, comme en attente d'un signal audible d'elles seules.
Et puis, sans qu'on entende le moindre bruit, les monstres levèrent leurs épées, puis se mirent en marche, posément, vers l'armée du roi.

Au lendemain de la bataille, les trois filles fêtaient leurs quinze ans.
Comme le voulait la tradition, une lettre de la sorcière arriva ce jour-là au château. Elle félicitait le roi pour sa victoire de la veille, et l'enjoignait à livrer la princesse à ses serviteurs afin qu'on puisse au plus vite lui trouver un mari. Comme d'habitude, le roi lui répondit poliment d'aller se faire voir, ordonna qu'on double la garde de sa fille, puis s'en alla vaquer à ses royales occupations. Et comme prévu, on s'aperçut quelques heures plus tard que la royale andouille, belle comme un cœur mais sotte comme un derrière, avait disparu.
Vous êtes perdus ? Laissez-moi vous expliquer plus clairement : à l'époque, la sélection du futur roi du royaume, et donc du mari de la future reine, se faisait suivant un processus très codifié :
Le coup d'envoi officiel de la chasse aux prétendants commençait toujours par l'enlèvement de la princesse. Celle-ci était alors enfermée au sommet d'un donjon, au plus profond d'un volcan, ou bien dans une cage de verre - selon l'inspiration de la sorcière du moment. Quelques monstres malheureux étaient tirés au sort pour garder la gourdasse – un boulot peu envié où le taux de survie était très bas. Puis les fées s'en allaient de par le monde annoncer la capture aux chevaliers errants, qui rappliquaient aussi sec, juraient au roi de tout faire pour retrouver sa fille ainée, et partaient en quête. Jusqu'à ce que l'un d'eux finisse par triompher des épreuves, libère la princesse, l'épouse, et devienne le nouveau suzerain. Une vingtaine d'années plus tard il engendrerait à son tour une infante, et ainsi de suite.
Ce système avait tout de même de multiples avantages - par exemple celui de réguler la population des chevaliers errants, trop nombreuse à l'époque, et de sélectionner un roi compétent. Bien entendu il présentait quelques inconvénients pour la princesse qui passait plusieurs mois à s'ennuyer seule dans sa tour, sans parler de la souffrance endurée par tous les princes douillets qui se retrouvaient à camper dans la forêt après avoir vécu toute leur vie dans un château confortable.
Cette année là la sorcière était en forme, et la princesse fut transformée en grenouille, puis placée dans un aquarium chez l'ogre, qui avala la clé et fit garder les grilles de son manoir par deux dragons et une horde de loups. La compétition s'annonçait rude.

{je continues à envoyer des passages, qui sait si ils seront lus un jour :o)) )

Ys_
Ys_
Niveau 6
09 février 2010 à 18:48:33

J'ai pas le temps en ce moment, mais je lirai ^^

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
09 février 2010 à 19:23:46

Ouais, ya de quoi lire sur ce forum de toute façon :fou:

Mandoulis
Mandoulis
Niveau 27
10 février 2010 à 01:34:25

Est-ce que cette histoire a une fin? Autrement j'irais lire les contes sous la lune...

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
10 février 2010 à 06:36:15

Non, elle n'a pas (encore) de fin.

swordmaniac
swordmaniac
Niveau 2
12 février 2010 à 20:05:48

J'adore. L'histoire est légère et on peut dire que te moque des comptes et légendes. J'aime aussi les descriptions qui tire souvent sur le ridicule.

En gros continue, même si je ne poste pas d'autre commentaire, je continuerai de lire cette histoire avec attention.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 13 février 2010 à 14:19:06

J'ai parcouru, et j'aimerais te demander : il y a une inspiration des Flammes de la Nuit ? C'est un roman que j'ai lu il y a très longtemps, mais l'histoire des fées et des dons qu'elles accordent sans compter une certaine dimension parodique du conte de fée m'y fait réellement penser..

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
14 février 2010 à 11:05:23

Swordmaniac => Thx, content que cette histoire plaise à quelqu'un. Il reste 2-3 pages que je n'ai pas posté, et après faut que j'ai le courage de finir.

Metatron => je persiste à penser que l'alliance de passages qui font avancer l'histoire et de passages plus "humoristiques" (en fait les descriptions) ne gênent pas. Je n'ai aucune envie d'écrire un récit comique pour un récit comique, de toute façon passer du temps à chercher des blagues ne m'intéresse pas. Ce que je veux c'est avant tout raconter une histoire, et les trucs drôles (content qu'ils vous plaisent cela dit), je les case selon l'inspiration du moment.

Après si tu trouves que les passages de récit sont de mauvais style c'est plus embêtant, pourrais-tu clarifier ta pensée ? J'ai pas vraiment l'impression de faire deux styles de différents selon les paragraphes...

Aristimbault => Les flammes de la nuit, c'est ça merci ! Je cherchais le titre de ce bouquin depuis pas mal de temps. Alors oui je l'ai lu il y a plusieurs années, mais je ne me souvenais en fait que de la trame principale (la fille qui devient sorcière), et surtout de l'histoire avec le trio chevalier-princesse-serviteur où le même schéma se reproduit un peu partout au nom de la tradition. C'est ultra sombre et pessimiste, j'avais adoré ces moments là (mais le reste était plus quelconque non ?).
Alors concernant l'inspiration : en partie :o))
En fait je ne me souvenais plus du tout de l'histoire des fées et des dons, et apparemment mon subconscient torturé l'a ressorti ici. (remarque c'est un élément commun des contes, donc je ne sais pas si on peut vraiment parler de plagiat...). J'ai écrit tout le passage avec les fées en mode écriture libre sans savoir où j'allais, et après j'ai dû pas mal modifier pour donner une cohérence à l'ensemble.
Mais par contre j'avais bien en mémoire les flammes de la nuit (sans me souvenir du titre) pour l'élément "la tradition maintient le royaume en place, et une gamine va en profiter pour renverser le système"... Donc inspiration oui, en partie :gni:

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 14 février 2010 à 11:29:04

J'avoue que je ne me souviens pas si bien du reste de l'intrigue, mais j'avais aussi été marqué par l'histoire du trio dans les petites criques enchantées où celui qu'on suivant devenait serviteur juste parce qu'il avait compris où été le danger et qu'il ne l'avait pas affronté volontairement. Du reste du roman, je garde tout de même un souvenir d'absurdité assez dantesque. J'hésite à l'emprunter d'ailleurs, car je sens que ça risquerait de gâcher l'image plus que positive que j'en ai grâce à la toute puissance de la nostalgie ^^

Bon, du coup, cette inspiration me donne envie d'y jeter un coup d'oeil plus détaillé à ton texte... il faudra que je revienne commenter plus en détail.

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
15 février 2010 à 10:38:50

Je pense que je vais quand même tenter de le relire, maintenant que j'ai le titre (grâce à toi...c'est dingue ce que c'est dur de retrouver le nom d'un bouquin). Et tant pis pour la nostalgie.

Concernant mon texte je ne sais pas si l'inspiration se sentira vraiment, surtout que le début n'est pas vraiment sombre (enfin remarque, tu l'as détecté en survolant, donc pourquoi pas.)

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
20 février 2010 à 16:21:46

Pendant ce temps-là, la fille du bourgeois apprenait les mathématiques auprès de son précepteur, et avait l'esprit plus occupé par sa fête d'anniversaire que par la comptabilité.
Rien d'intéressant à raconter, son rôle viendra un peu plus tard dans l'histoire.

Julie quant à elle était une demoiselle tout ce qu'il y a plus de quelconque, ni belle, ni laide, qui était occupée en ce jour d'anniversaire à fouiller les cadavres sur le champ de bataille, avec l'aide d'une tripoté d'autres marmots. Comme elle était très débrouillarde c'était elle qui menait les opérations : les gamins avançaient en ligne sur le terrain, ratissant chaque touffe d'herbe à la recherche de butin, qu'elle récupérait ensuite pour une distribution – presque – équitable à la fin de la journée. Il fallait faire vite car les agents du Roi et les prêtres arriveraient bientôt pour s'occuper de l'âme immortelle des soldats décédés – c'est à dire les enterrer, allez comprendre la logique. Il n'y avait aucune trace des monstres de la sorcière parmi les cadavres, qui s'étaient tous évaporés en une nuée bleue aussitôt après que le dernier d'entre eux ait succombé.
Le travail fut fini plus vite que prévu. Julie en profita pour aller faire un tour dans les bois aux alentours à la recherche de myrtilles pour le diner, laissant à son frère et à ses six sœurs le soin de ramener sa part des pillages à la maison.
C'est là qu'elle fit la découverte qui devait changer sa vie à jamais, et en faire la sorcière la plus puissante que le monde n'ait jamais porté :
À quelques lieues de la plaine, près d'un buisson de mures, Julie repéra par hasard des traces de branches brisées et de sol retourné, comme si un homme en lourde armure s'était péniblement traîné pour aller faire on ne sait quoi dans la forêt. La fille était maligne, et elle pensa tout de suite à un chevalier blessé qui aurait décidé de s'en aller mourir au calme. C'était en effet une manie assez fréquente chez les hommes d'arme un peu romantiques, qui croyaient sans doute que trépasser en écoutant les petits oiseaux gazouiller et en regardant les écureuils s'élancer de branches en branches à la recherche de noisettes était moins douloureux que mourir sur un lit de camp entre les mains des médecins – ce qui, au vu des capacités des physiciens de l'époque et de leur fâcheuse tendance à faire des saignées, n'était pas totalement faux. Cette mode convenait tout à fait à Julie, plus pragmatique, qui y voyait surtout la possibilité de détrousser de la tête au pied un des nobles de la cour. Calculant mentalement le prix qu'elle pourrait tirer d'un équipement complet de soldat, elle repoussa une branche qui s'aventurait un peu trop près de son visage, puis s'enfonça sans hésiter dans les profondeurs de la forêt.
La piste était mauvaise et les sapins ne lui facilitaient pas la tache, griffant sans cesse sa peau de leurs doigts crochus. Elle marcha plus d'une heure, et Julie commençait à perdre patience - on n'a pas idée de mourir aussi loin des zones civilisées ! - lorsqu'elle aperçut enfin le chevalier.
Il gisait dans une clairière, le visage tourné vers le ciel. Il portait une armure d'un noir légèrement rouillé, tachée par endroits de traces de terres plus claires et de mousses vertes, qui encadrait un corps qui semblait tout ce qu'il y a de plus humain. Le casque était posé à quelques pieds de là, et Julie étouffa un léger cri en voyant sa forme étrange, cri qui malheureusement sortit tout à fait lorsqu'elle poussa plus loin son exploration visuelle : la tête du gisant était celle d'un lapin. Et même d'un lapin très mignon, brun avec un museau légèrement plus clair, muni d'immenses oreilles rembourrées de duvet blanc.
Julie était prudente, mais la créature semblait morte. Elle lança quelques cailloux sur l'armure pour s'en assurer, et comme la silhouette ne bougeait toujours pas, elle s'approcha. Le trésor n'était pas aussi grand qu'espéré, car personne n'accepterait de payer pour porter cette cuirasse difforme. Mais comme elle pouvait toujours revendre les pièces au prix du métal - ce qui au final représentait une somme correspondant à presque deux ans de récolte de concombres, ce qui n'était pas négligeable - la déception de la jeune fille diminua un peu. Elle comptait ôter l'armure, puis la cacher un peu plus loin au creux d'un buisson et aller chercher sa famille pour l'aider à la porter, mais elle n'en eut pas l'occasion : une grosse main gantée de fer se referma brutalement sur sa cheville.
Le lapin était vivant.

Deux jours passèrent.
La princesse commençait à trouver le temps long dans son bocal. Il contenait une dizaine d'autres batraciens. Un encombrant crapaud lui faisait les yeux doux, les moustiques avaient un horrible goût de vase, bref elle était plus qu'impatiente qu'un chevalier vienne l'embrasser, de préférence un beau et musclé sans trop de barbe. En soupirant, elle monta à l'échelle de son aquarium : il fera beau demain.

Aussitôt ses tâches accomplies, Julie emprunta la grosse jument de son père, chipa en douce un sac de carottes et partit dans la forêt. Personne ne lui posa de questions car ses parents la laissaient totalement libre tant qu'elle ramenait de l'argent à la maison. Après tout, c'était une grande fille.
Le crépuscule tombait tout juste lorsqu'elle arriva dans la clairière du chevalier lapin. Celui-ci semblait en meilleur forme que la veille, et était assis contre un chêne, face à un gros feu qui crépitait joyeusement. Il n'avait pas ôté son armure depuis la bataille.
-Bonjour petite fille, dit-il de sa voix tranquille de lapin débonnaire. Tu viens écouter mes histoires ce soir encore ?
-Bonjour, Monsieur le chevalier, lui répondit-elle poliment. J'ai apporté un sac de carottes aujourd'hui. Et j'adorerais écouter vos histoires, si vous en avez encore à me raconter.
-Viens t'asseoir, petite fille. Si tu as des carottes, bien sûr que je vais t'en raconter. Je connais des milliers d'histoires, laquelle voudrais-tu entendre ?
Le lapin exagérait un peu, mais Julie ne s'en formalisa pas. Elle attacha son cheval à un mince bouleau, déposa les friandises près du chevalier, puis s'assit de l'autre côté du feu.
-Parlez-moi de la sorcière. Comment vous vous êtes retrouvé à travailler pour lui ?
Le chevalier s'installa plus confortablement, le sac posé sur ses genoux. Il croqua une carotte, et ses narines frémirent de contentement. Puis il parla :
Il évoqua les contrées magiques où sa maîtresse l'avait envoyé, les merveilles qu'il avait vu, l'exubérance des trésors de « la vieille », les joies des chevauchées sauvages parmi les herbes hautes, puis sa vie en tant que lapin, il y a une quinzaine d'années. La chaleur du terrier, l'innocence des lapereaux... Les étoiles tournaient lentement dans le ciel au rythme des paroles hypnotisantes du lapin. Même les sapins - pourtant peu réputés pour leur sociabilité – s'étaient approchés discrètement pour mieux entendre. Il passa sous un silence pudique les massacres qu'il avait perpétrés sous les ordres de sa maîtresse, car ce n'était pas une histoire pour de jeunes oreilles humaines, mais il lui raconta d'autres missions, plus légères, passionnantes, qui évoquaient les couleurs et les senteurs inconnues des Royaumes lointains.
Julie écoutait, fasciné par ce monde qui se dessinait devant elle, si loin de la culture des concombres et de la traite des vaches...

Le chevalier s'appelait en réalité Zoreille, et il était très gentil malgré son ancien travail de soldat au service de la sorcière. C'était ce même lapin qui s'était aventuré dans l'antre maudite il y a tant d'années. Il avait été transformé magiquement pour devenir un chevalier au service de la sorcière des glaces, comme beaucoup d'autres animaux pensants. Il était rapidement monté en grade parmi les guerriers, pour finir par devenir chef lors de la dernière grande bataille. Le lapin avait déserté au plus fort du combat, après avoir reçu une blessure si grave que la sorcière l'avait cru mort et avait relâché son emprise. Libre, il s'était enfui en rampant.
Trois jours après le combat il était quasiment guéri, grâce à la magie qui coulait dans ses veines. Il ne savait pas bien ce qu'il voulait faire désormais. Sans doute s'en aller, le plus loin possible de la sorcière des glaces. Mais que pouvait faire un lapin géant, seul sur les routes ?
Le jour se leva lentement, pendant que les dernières braises s'éteignaient.
Julie se jura intérieurement de voir elle aussi toutes ces merveilles.

Les parents de l'adolescente n'opposèrent aucune protestation à l'annonce de son départ, car ils avaient toujours en mémoire les prédictions des fées, même si ils n'en avaient jamais parlé à leur fille. Si son destin devait s'accomplir, qu'il en soit ainsi.
La future sorcière prit la route avec le chevalier lapin, à pied, sans rien d'autre que les vêtements sur son dos.

Chapitre III : la fille du bourgeois

Un an passa.
La princesse commençait à trouver le temps très très très long. Un seul prince était arrivé jusqu'à elle, un seul ! Cet abruti avait réussi il y a quelques mois à contourner les dragons, à faire vomir l'ogre en ajoutant des feuilles de salsepareille à son menu, puis à prendre la clé sans qu'il s'en aperçoive. Et il s'était trompé de grenouille ! Il avait embrassé une des reinettes qui partageaient son bocal. Comme si on pouvait la confondre avec ces bestioles à sang froid ! Résultat il s'était transformé en un affreux têtard gluant, et était venu rejoindre les autres batraciens. Bien fait pour lui ! Comme si on pouvait vouloir se marier avec un tel idiot... Mais depuis, plus rien.
Elle attendait.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
24 février 2010 à 22:19:39

J'ai lu. J'aime bien le style, c'est léger, ça se prend pas la tête, résultat, on se laisse entraîner par l'histoire, toute simple elle aussi. Y a quelques coquilles et trucs pas beaux, mais c'est tellement mignon qu'on ne peut que pardonner :coeur:

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
24 février 2010 à 22:34:30

Tant mieux que ça te plaise, même si ton commentaire n'est pas vraiment assez précis pour m'aider à progresser :o))

Je voudrais d'ailleurs préciser que le paragraphe entre "Le chevalier" et "merveille" à la fin de mon dernier poste n'était pas censée être postée tout de suite, c'est juste un premier jet que je comptais retravailler (je retravaille certains passages longtemps après avoir écrit ce qui suit, faut pas chercher à comprendre.)

iron66
iron66
Niveau 6
28 février 2010 à 14:42:48

Les taupins parlent aux taupins.
Pour conforter ta théorie sache que je suis moi aussi fan de FF sans pour autant avoir fréquenté le forum

Voilà, j'ai lu et j'ai beaucoup aimé. Je ne connais pas le livre auquel Ari' a fait référence mais j'aime beaucoup le principe du conte de fée détourné et parodié. Ça me rappelle un peu Terry Pratchett sans les débordées d'humour absurde qui le rendent si intéressant.
Pour en revenir à ce que dit Meta, je trouve pour ma part que le rapport humour/histoire est bien dosé. C'est un conte manifestement peu sérieux mais qui ne tombe pas pour autant dans la parodie pure et dure. Certaines phrases font sourire de temps en temps et c'est sympa mais il n'y a pas une débauche d'humour qui pourrait rebuter. Et l'histoire, bien que loufoque et farfelue garde une certaine substance et un certain mystère qui pourraient être manquants à un conte humoristique.
Je me répète un peu mais tout ça pour dire que j'aime beaucoup. C'est frai et peu conventionnel et on a envie de lire la suite. Je trouve ça aussi divertissant que la première fic de triplidio que je t'invite à aller lire

Sinon pour les fautes je rejoins McM, j'en ai vu quelques une mais juste des fautes d'accord et j'ai eu la flemme de les relever étant pris par l'histoire. Si un jour je relisais je les relèverai peut être.

-Achene-
-Achene-
Niveau 10
28 février 2010 à 18:02:25

Great, merci pour ce long commentaire.

Déjà j'espère pour tes concours que tu ne vas pas acheter FFXIII dès sa sortie...les taupins et la fainéantise, c'est un grave problème...

Je ne trouve pas tellement que mon histoire ressemble à terry Pratchet (en dehors du fait que c'est une parodie comme les annales du disque monde)...mais bon on a vu pire comme comparaison :-p

Sinon content que le rapport humour/histoire de plaise...je fais ça au feeling et selon l'inspiration du moment, mais effectivement je trouve qu'il est largement suffisant. Faut quand même veiller à faire avancer l'histoire !

Bref, merci à mes lecteurs, la suite bientôt. (j'ai pas mal écrit mais bon je bloque un peu sur un passage...)

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