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Liste des sujets

R. et J.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
07 février 2010 à 05:00:39

La penderie. Des vêtements accrochés aux portes-manteaux. Des tiroirs dans lesquels sont alignés les sous-vêtement. Des piles de pulls, de t-shirts et de pantalons rangés sur les étagères. Et au fond, tout au fond, tout planqué, se trouve une robe. Magnifique. Blanche. Neuve. Quelques centaines d'euros cachées au fond du placard. C'était son cadeau. Même pas pour son anniversaire, sa fête ou une autre occasion particulière. Non, c'était juste comme ça. Pour lui faire plaisir. Pour la voir sourire. Heureuse. Je comptais la lui offrir, mais finalement, j'ai préféré l'étrangler. Puis la tuer. Puis l'enterrer. Du coup, une robe, aussi chère soit-elle, ça s'oublie. Jusqu'à ce que ça ressurgisse. Sa robe, blanche, immaculée, qui lui serait si bien allé, qui l'aurait rendue éblouissante de beauté. Et qui maintenant peut tout juste servir de linceul. Tissu blanc. Fantomatique. Mort. Robe au fond du placard, devenue squelette. Un secret morbide que je vais devoir porter le reste de mon existence. Que je ne pourrais probablement jamais oublier.

Souvenirs, remords, regrets, culpabilité. Ça allait devenir mon quotidien. Et dans cet appartement, j'ai cherché à me révolter contre ça. A en finir. Mourir pour oublier. Trouver comment mourir, ce n'est pas si simple. Surtout quand on se rase avec un rasoir électrique. Surtout quand on a une armoire à pharmacie contenant en tout et pour tout trois pauvres Doliprane. Surtout quand on habite au rez-de-chaussée. Surtout quand on ne possède que de la ficelle utilisée pour ficeler des gigots. Alors, par défaut, j'ai opté pour un hachoir à la lame finement aiguisée. Le seul couvert assez tranchant dans les alentours. Et puis, je me suis rendu compte que je ne pouvais pas me couper les poignets. Ou du moins, juste un. Et un seul, je ne sais pas si ce serait suffisant pour en finir définitivement avec la vie. Alors j'ai décidé de me trancher la tête. Une partie en tout cas. Couper la carotide ou bien la jugulaire, ça devrait suffire pour se vider rapidement de son sang. Évacuer l'âme. Et les remords. Et la culpabilité. Voilà ce qu'allait être ma fameuse fuite, mon idyllique voyage vers la tranquillité.

Sauf que je n'y arrive pas. Car j'ai peur. Le simple fait d'effleurer ma nuque avec la lame effilée me fait la relâcher. Je m'imagine déjà, le sang coulant partout. Moi avec la tête ne tenant plus que par quelques morceaux de chairs. Mais restant encore en vie, titubant vers la sortie pour chercher des secours. Cauchemardesque. Je suis totalement lâche, incapable d'avoir le contrôle de ma vie et d'en décider sa fin prochaine. Je suis qu'un pauvre type, assis sur un lit, un hachoir à la main et de la pisse plein son pantalon. Minable.

Je chiale. Je suis totalement paumé, totalement désorienté, alors je chiale. Par défaut d'être capable de faire autre chose. Et tout cela, toutes ces larmes, tout ce suicide impuissant, ça me rappelle quelque chose. Mon premier amour. Ma première rupture. Mon premier chagrin. Une plaie que je croyais être refermé depuis longtemps. Et voilà que la chair se déchire et que les souvenirs, une fois n'est pas coutume, défilent dans ma tête. Elle était toute petite, toute menue, toute brune. Un oisillon qu'on a envie de protéger. Un petit chaton qu'on veut serrer tout fort contre son corps. Et autres comparaisons animalières du genre. Mais en fait, en guise de chaton, c'était un prédateur. Une briseuse de couple, une croqueuse d'homme qui m'a fait sombrer dans la dépression la plus terrible, la plus obscure qui soit. A moins que je n'exagère. A moins qu'en fait, on ressent tous ça lorsque l'on se fait larguer pour la première fois. Abandonné dans sa solitude la plus extrême. Les temps sombres.

Puis, je me suis demandé comment cette époque a été révolue. Qu'est-ce qui m'a redonné le moral ? Et le sourire ? Dans mes souvenirs d'étudiant, c'était apparemment tout simple. L'alcool. Quelques drogues. Des potes. Des soirées. Et de nouvelles femmes. De nouvelles conquêtes. Éphémères et alcoolisées. La solution à la déprime : l'éclate. Plutôt logique en soit.

redsissi
redsissi
Niveau 10
08 février 2010 à 06:49:31

toujours aux extrêmes mon chou, j'adore le côté "sentimental tourmenté, troublé", les idées de persécution, l'ambiance totalement glauque que tu sais si bien instaurer, ce dilemne bien/mal toujours présent...

j'ai bien aimé cette phrase : "Je l'ai aussi un peu enterré, je l'admets." c'était tout à fait délicieux!!

j'ai repris du tout début, pour vraiment avoir une vue d'ensemble... et j'avoue que je suis curieuse de voir comment tu vas conclure tout cela!!

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
21 février 2010 à 03:36:10

Petite erreur (et il doit y en avoir d'autre) :

"Mais surtout, et il hésite bien là-dessus, que surtout, il n'y a pas d'autres gens."

  • insiste, et non pas hésite.
iron66
iron66
Niveau 6
26 février 2010 à 21:37:33

J'ai d'abord commencé par J. et R. en fait et je me suis dit que j'allais aller voir ce que tu avais écrit d'autre, j'ai donc naturellement lu R et J.

Et je suis bien content de l'avoir fait. C'est fluide, bien écrit et dérangé à souhaits ^^ Stylistiquement, à part quelques problèmes de temps déjà mentionnées, c'est vraiment bien.

Et l'évolution de l'état d'esprit du narrateur à mesure qu'il réalise son acte est très bien menée. Je lirais donc la suite (ou au moins j'essaierai)

Une petite faute cependant "Jusqu'à ce que tout se disloque. Va à vau-l'eau. " aille à vau-l'eau en l'occurrence.
Il y en a une autre similaire plus haut mais je la retrouve pas...

Je me demande bien comment tu vas mener la suite ^^

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
06 mars 2010 à 02:15:45

Et il avait raison. Quelques gorgées de ce breuvage dégueulasse a suffit. A suffit pour me faire halluciner. De ce que je m'en souviens, c'est flou. Très flou. Comme si tout était caché derrière de puissants verres optiques. Et dans ce flou, il y avait du blanc. Beaucoup de blanc. Celui du sol, qui semblait irradier. Comme si une divinité allait apparaître. Comme si le sol allait s'ouvrir pour nous happer et nous envoyer directement au paradis ou un lieu tout aussi saint. Un endroit où l'on me pardonnerait, où l'on me comprendrait. Peut être même qu'elle y sera également. En vie, et que je pourrais me faire pardonner. Ramper à ses pieds. Tout recommencer depuis le début avec elle. Et l'aimer. Sans faille, cette fois. Sauf que non. Moi, on ne m'aime pas. Moi, on ne m'accueillera pas au paradis. Et le sol blanc le sait parfaitement ça. Il le sait tellement bien qu'il cesse d'irradier, qu'il cesse de m'éblouir pour ne redevenir qu'un vulgaire sol. Me renvoyer à ma condition d'humain de cette manière, je dois avouer que c'est très violent. Passer des portes du paradis à un sol quelconque. Déchéance. Et si encore ça s'était arrêté ici. Mais non, le carrelage blanc s'est mis à suinter. Sans rigoler. Il a suinté littéralement. D'un liquide noirâtre et visqueux. Comme ce pétrole se déversant sur les plages françaises. Une masse sombre qui semble tout engloutir son sous passage. Et le sol blanc devient noir. Noir de jais, sans espoir. Et c'est là que ma mémoire s'arrête. Et à vrai dire, je crois que c'est préférable.

C'est le lendemain qu'il m'a tout expliqué. Lui, il n'avait rien pris. Il m'avait juste regardé. Observé les effets de l'ayahuasca s'insinuer dans mon cerveau, prendre le contrôle de mon centre nerveux. Au début, m'expliqua-t-il, je suis resté tout con sur ma chaise. Comme foudroyé sur place, incapable de bouger quoique ce soit. Hormis les yeux. Des yeux qui allaient dans tout les sens, à une vitesse insensée. Flippant, m'avoua-t-il. Et puis, je suis devenu tout rouge. Ça, il me dit que c'est un effet tout à fait normal. On prend un gros coup de chaud et on se met à transpirer comme si on se trouvait au beau milieu du Sahara en plein zénith. J'étais donc là, tout transpirant, tout brûlant, et brusquement, j'ai bondi de ma chaise. Pour aller par terre. Pour coller ma tête contre le carrelage. Tout en prononçant des bribes de paroles. Rédemption. Bonheur. Délivrance. Des conneries du genre, continua-t-il, digne de la Bible. Apparemment, je suis resté ainsi plus d'une heure. Plus d'une heure où il est resté à m'observer, et juste quand il croyait que j'avais terminé mon délire et qu'il allait me mettre au lit comme si j'étais un ivrogne, je me suis mis à hurler. Un cri de terreur. Pur. Comme ceux que l'on peut entendre quand on commence à découper quelqu'un à la scie électrique, selon lui. Flippant. Après quoi, j'ai grimpé sur la table et je me suis mis à repousser des envahisseurs invisibles. Et voilà !

Et voilà. Et voilà quoi ? Ça n'explique pas comment je me retrouve dans un vieux lit tout grinçant, emmitouflé dans des couvertures sentant le formol. Ça n'explique pas la douleur qui me parcourt tout le dos. Ça n'explique pas le goût étrange que j'ai au fond de la gorge. Et les réponses étaient toutes simples. A force de combattre mes agresseurs virtuels, j'ai reculé de plus en plus sur la table. Jusqu'à tomber. Le dos en premier, dans un grand fracas osseux. Le dos réduit en compote et la conscience totalement perdue, il m'avait ensuite transporté dans sa chambre d'amis. Où je suis actuellement. Où un mal de chien me foudroie à chacun de mes moindres gestes. Où je ne comprends toujours pas ce goût au fond de ma gorge.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
21 mars 2010 à 00:14:03

L'odeur. L'odeur si commune. Celui d'un hôpital. Éther ? Ammoniaque ? Javel ? Vieux en train de mourir ? Plateaux repas immangeables ? Je me suis toujours demandé quelle en était la source. De longs couloirs blancs, des blouses blanches, des draps blancs. Trop de blanc, ça m'étouffe. Et surtout, et surtout ça me rappelle la soirée d'hier. Le blanc salvateur. Tournant au noir. Pourrissant. Et m'abandonnant dans la déprime la plus totale. Putain, je l'ai tué. J'ai tué ma copine. Ou presque.

Je ne sais pas si c'est l'endroit, la couleur ou l'odeur, mais j'ai une envie soudaine de dire la vérité à tout le monde. De l'assumer une bonne fois pour toute. Et de me débarrasser de la culpabilité. Pendant que le médecin m'examine le dos, cette pensée circule dans ma tête. Putain, je l'ai tué. Elle circule si vite qu'elle s'échappe presque par ma bouche. Qu'elle parvient presque aux oreilles du docteur à qui j'aurais tout avoué. A qui j'aurais confessé cette bassesse. Comment aurait-il réagi ? M'aurait-il écouté calmement puis envoyé dans la section psychiatrique ? Aurait-il alerté la police ? M'aurait-il planté une seringue de calmant dans les fesses pour que je cesse de raconter ce qu'il pourrait considérer comme des bêtises ? Ou peut être serait-il devenu un confident. Peut être qu'il me comprendrais et m'excuserais. De cette mortelle erreur. De ce mal. De ce pêché.

Une envie folle d'aller à l'église me prend. Seul face à Dieu, je pourrais régler mes comptes, lui expliquer clairement tout ce qui s'est passé. Lui seul peut me comprendre. Ubiquitaire et tout puissant. Il a tout vu, tout entendu. Et alors, il comprendra, et alors il m'excusera, et alors je serais en paix. Avec Lui, et avec moi-même. Sauf qu'entre moi et Lui, il y a quelque chose qui freine mes ardeurs religieuses : lui. Avec ces grosses lunettes, sa coiffure ringarde. Mon seul et unique ami, lui, qui m'a aidé à enterré ma copine et qui m'a ensuite offert la plus grosse défonce de ma vie. Insaisissable. Incompréhensible. Et de cela, effrayant.

Il me faisait clairement peur. Comment réagirait-il si j'avouais mon crime ? Peut être qu'il s'en foutrait complètement, qu'il me ferait pleinement confiance en sachant parfaitement que je ne vais jamais prononcer son nom. Ou peut être qu'il m'enterrera auprès du cadavre de celle avec qui j'ai partagé les meilleures années de ma vie. En y réfléchissant, ça pourrait être une belle fin. Une romance gothique qui finit bien. Six pieds sous terre certes, mais ensemble. Et pour l'éternité cette fin. Enterrés sous la même terre, avec les mêmes vers dévorant nos carcasses. Mais en y réfléchissant un peu mieux, je pense que c'est finalement pas une bonne idée. Pas une bonne idée du tout.

iron66
iron66
Niveau 6
21 mars 2010 à 17:45:40

Pas spécialement de commentaires constructifs à ajouter mais je tenais juste à signaler que j'ai lu la suite et que j'aime toujours autant ^^

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
12 avril 2010 à 01:12:23

Et il est resté toute la nuit à mon chevet. A me fixer, sans dire un mot, sans même changer ne serait-ce qu'une fois l'expression de son visage. Je n'ai d'ailleurs pas compris pourquoi les infirmières ne l'ont pas mis à la porte une fois l'heure des visites terminée. Peut être qu'ils étaient de mèche. Un énorme complot contre moi. Peut être un jeu de télé-réalité. Une caméra cachée. Et à la fin, tout le monde est heureux de se retrouver. Et à la fin je montre à quel point je suis surpris. Et à la fin, tout le monde et vivant. Elle est morte pour de faux et on m'a fait boire un breuvage hallucinogène uniquement pour gagner de l'audience. Ce n'était pas crédible, admettons le. Même moi, aussi désespéré que je suis, je ne peux croire en cette histoire. Pas plausible du tout. Plus débile, tu meurs.

Et lui qui restait toujours planté là à me fixer. Comme une sinistre poupée posée au pied de mon lit, du genre qui m'empêchait de dormir quand j'étais gosse. Qui donnait l'impression de vous regarder tout le temps avec une lueur d'intelligence malsaine dans les yeux. Rien que d'y repenser, j'en frisonne. J'adopte la technique du mec-qui-fait-semblant-de-dormir. Je me planque sous les draps, enfonce ma tête au fond de mon oreiller et je fais comme si j'étais habité du sommeil le plus profond. Sauf qu'en fait, mes yeux sont grand ouverts et que ma pensée galope à bride rabattue.

Elle arrive à un constat. L'homme à mon chevet est dangereux. L'homme à mon chevet est un psychopathe. L'homme à mon cheveux me tuera un jour ou l'autre, et ce même si je n'avoue jamais notre promenade nocturne en forêt. Alors il ne me reste plus qu'une chose, me débarrasser de lui. Pas dans le sens le tuer, le découper en morceaux et le jeter dans une rivière. Non, dans le sens, m'enfuir loin de lui. M'échapper. Encore et encore. Toujours cette obsession de la fuite. Mais à vrai dire, je ne vois aucune autre solution. Entre fuir ou mourir, mon choix se fait très rapidement. Entre fuir ou avoir des problèmes aussi. La fuite, c'est le meilleur remède pour des individus comme moi qui ne se sentent pas capable de faire face à quoique ce soit. D'autant plus quand le quoique ce soit en question ressemble à s'y méprendre à un meurtre.

J'ai attendu. Ce qui me semblait être des heures, mais peut être qu'au fond, il ne s'agissait que de quelques dizaines de minutes. J'ai attendu, planqués son un amoncellement de draps blancs, à faire semblant de respirer profondément et calmement alors que j'étais en réalité totalement paniqué. J'ai attendu, et là, je l'ai entendu. Un léger ronflement. Il avait beau être un psychopathe, il gardait tout de même quelques traces d'humanité. Il devait donc dormir de temps en temps. Et c'est durant ce temps en temps que se situait ma marge de manoeuvre. Ce temps en temps était la seule échappatoire pour moi, le seul moyen de lui fausser compagnie.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
16 avril 2010 à 03:17:46

Je me suis glissé hors du lit. Lentement, sans faire aucun bruit. Tout aussi discret, j'ai fouillé ma chambre en quête de mes affaires personnelles. Mais rien à faire, mes vêtements étaient ailleurs. Peut être piqué par une infirmière cleptomane. Alors, cul à l'air dans ma longue chemise d'hôpital, je suis sorti dans le couloir. Et j'avais probablement l'air très con, je n'en doute pas une minute. J'ai erré quelques temps dans les couloirs vides et silencieux. Seul le bourdonnement de quelques machines se faisaient entendre. J'ai presque cru que tout le monde avait abandonné l'hôpital à cause d'une fin du monde imprévue ou une invasion de zombies, mais des bruits de pas venant dans ma direction me fit revenir à la réalité. Me rappela que j'étais un patient de cet hôpital et que je n'avais aucune raison d'errer ainsi dans les couloirs en pleine nuit.

Alors il a valu que je me planque de cette infirmière se rendant probablement au chevet d'un malade pour vérifier si il est encore vivant, ou tout simplement pour lui donnée une gorgée d'eau ou l'accompagner aux toilettes. C'est ainsi que je suis rentré dans la première chambre à ma portée. A l'intérieur se trouvait des machines, toutes faisant un bruit bizarre. Et quelque part au milieu de cet amas de tuyaux et de câbles se trouvaient un corps humain. L'assistance respiratoire accomplissait son rôle et lui permettait de respirer encore. Toutes les intraveineuses plantées dans ses bras devaient le nourrir ou lui fournir des médicaments expérimentaux pour le transformer en monstre sanguinaire et invulnérable. Le cathéter inséré dans son urètre permettait de garder le sol propre, et toutes les électrodes placées sur son crâne ne renvoyait aucun signal sur la machine correspondante. J'en ai déduis qu'il était dans le coma et qu'on a trouvé ça cool de l'entourer de machines. Parce qu'après trente ans de coma, le pauvre bougre devait se sentir très seul.

Bref, l'infirmière est passé sans même penser un seul instant que j'étais planqué dans cette chambre. Et je pouvais repartir errer dans ces longs couloirs blancs sans encombre. Sauf que j'ai aperçu, à la lueur de la lune passant par la fenêtre, qu'il n'y avait pas que des machines et un similis d'être humain dans cette chambre. Il y avait aussi une armoire. Et cela pourrait être intéressant, dans la mesure où je n'avais pas vraiment de vêtements à ma disposition. Il faudrait cependant être fou pour croire que cette armoire contenait quelque chose. Tout juste un de ces machins anti-mites que l'on ne doit surtout pas avaler parce que c'est marqué dessus. Et bien, croyez le ou non, cette armoire était pleine à craquer de vêtements. Des vestes, des jeans, des t-shirts, des pulls, des caleçons, des chaussettes, etc. J'en ai déduis que pour gagner de la place, la famille du comateux a déménagé ses affaires ici. Ou qu'alors les infirmières trouvaient ça très fun de lui faire porter de nouveau vêtement chaque jour. Mais dans ce cas, j'aurais forcément trouvé un tutu rose, des strings léopard, des pantalons très serré tout en cuir, et autres vêtements fantaisistes qu'il serait tout de même plus amusant à faire porter à un homme inconscient. Très gêné par la présence de quelqu'un d'autre, je me suis dévêtu, et moins gêné, je lui ai piqué quelques affaires. Le miracle veut qu'il faisait exactement ma taille. Et j'aurais même parié qu'il faisait la même pointure que moi, mais aucune chaussure n'était là pour confirmer. Faut dire aussi que ça risquait pas de lui être utile. J'ai tout de même vérifié sous le lit, par habitude, et je me suis senti très con.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
02 mai 2010 à 01:40:18

C'est plaisant d'avoir des lecteurs. :)

charly_owl
charly_owl
Niveau 7
03 mai 2010 à 06:45:27

En fait, j'ai lu R. et J. depuis le début, mais chaque bout que tu rajoutes semble diminuer l'intérêt que j'ai pour ce texte. J'ai l'impression de lire un texte tellement centré sur soi-même que ça en devient saoulant. Un texte presque hermétique, quoi.

Tu as beau mettre de nouveaux extraits, mais je n'arrive même pas à m'intéresser au personnage. Il me rappelle ces petits philosophes dans l'âme qui pensent trop, qui se morfondent sans cesse sur comment ils souffrent, comment l'amour est cruel, comment le monde est pareil à dans Fight Club, à comment le monde c'est de la merde, à comment on est seul dans une société où il y a plein de gens égocentriques et bon. Tu vois où je veux en venir. J'ai l'impression (peut-être à tort) de lire quelque chose de over-larmoyant et self-apitoyant (anglicismes je vous aime) à un point que ça m'écoeure, et que ça me donne pas le goût de lire la suite du tout.

J'ai beau faire des efforts, mais j'ai toujours le goût de donner une coup de pied au cul du perso principal. Le coup du perso wannabe junkie qui noie son désespoir dans la drogue (à moins que j'aie imaginé ça) et qui est cynique à mort me rejoint pas, quoi. Certains adorent le côté "sentimental tourmenté, troublé", et moi le premier. Mais pas quand c'est gnan-gnan à ce point.

Je ne sais pas trop pourquoi j'ai décidé de commenter d'une façon aussi radicale et si peu nuancée ton texte, mais bon ça sort comme ça peut. Je crois que c'est probablement dû à un certain écoeurement de comportements de la sorte que je vois autour de moi, et que j'ai déjà eu par le passé. Apparemment, certaines choses changent plus que d'autres.

yugoski
yugoski
Niveau 7
05 mai 2010 à 12:36:43

Ça se suit, ça passe.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
10 mai 2010 à 02:19:28

Autant je comprends le côté self-apitoyant qui est totalement assumé, donner un coup de pied au cul du personnage aussi, autant le côté gnan-gnan et over-larmoyant me perturbe plus. C'est du côté de sa liaison, de son amour presque fantomatique que tu trouves ça ?

Merci tout de même de la lecteur, et crois moi, un mauvais commentaire fait pas mal de bien. :)

yugoski
yugoski
Niveau 7
10 mai 2010 à 09:14:43

Nan, c'est pas si gnan-gnan, comme l'a précisé Charly, il a commenté ton texte sans aucune nuance.

Cela dit je plussoie le côté auto-centré du délire. C'est très personnel. Qu'est-ce qui t'a inspiré ?

iron66
iron66
Niveau 6
15 mai 2010 à 15:03:29

Je suis loin d'être aussi categorique que Charlie mais il est vrai que les derniers chapitres sont moins plaisants. Surtout le dernier en fait. Autant le début était fort bien mené autant depuis l'hopital ça perd un peu. Je sais pas si je suis très clair mais la phase de panique et de dépression était très bien mais là ça part un peu dans un trip paranoiaco-hallucinatoire et c'est dommage.

Cela n'empêche pas ton texte d'être bien écrit et fluide mais le fond est moins sympa qu'au début, à mon avis

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
18 mai 2010 à 01:11:11

Il ne lui reste donc plus qu'à quitter l'hôpital et à errer dans la rue. Peut être à oublier dans un verre de bourbon. Suite à venir, en espérant convaincre un jour Charlie. :)

L'inspiration, je l'ai déjà expliqué quelque part, il me semble, c'est un ami qui, après avoir tapé sa copine, est venu me raconter ses états âme. Sur le coup, j'ai pensé que ça ferait une bonne histoire. Évidemment, ça dévie pas mal.

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
26 juin 2010 à 02:08:33

Des sous-vêtements avec de petits animaux dessinés dessus. Un pantalon à toile assez minable. Une chemise achetée à petit prix dans n'importe quel centre commercial. J'en ai déduis que mon bienfaiteur, le gars dans le coma, et bien, c'était un démarcheur. Ce mec cliché qui essaye de vous fourguer vainement un aspirateur totalement inutile. Et apparemment, au vu de son état actuel, on en a vraiment pas voulu de son aspirateur. Ou alors, un client mécontent. Qui sait ?

Ces nouvelles fringues semblaient contentes de pouvoir enfin voir le jour, ou du moins le couloir d'un hôpital plutôt qu'une armoire, car elles se faufilèrent, avec, précisons le, moi à l'intérieur, très rapidement vers la sortie. Et moins de cinq minutes après avoir dépouillé le garde-robe d'un comateux, j'ai miraculeusement évité l'agent placé à l'accueil de l'hôpital, et je me suis retrouvé dehors. Sur un parking où de nombreuses carrosseries étincelaient sous la lumière des réverbères. Et j'ai continué ma fuite.

Maintenant, je savais ce qu'il fallait faire. Je ne savais pas où aller, mais je savais ce qu'il fallait faire. Marcher, marcher, peut être même courir. Le plus loin possible. Pour ne pas que l'on me retrouve. Mais pour que j'oublie également. Le plus loin et le plus vite possible. Marcher dans la rue, d'un pas rapide et assuré. Le regard fixé droit devant, comme unique but l'horizon. C'était poétique et j'y aurais presque cru. Seulement, sans chaussure, on ne va pas si loin que l'on voudrait l'espérer. Non, sans chaussure, on commence très vite à tituber parce qu'on s'est planté une connerie dans le pied ou qu'une ampoule vient d'éclater. Et c'est ainsi que s'est achevé ma fuite qui semblait pourtant merveilleuse. Avec un bout de verre planté dans le pied. Assez grand pour vous faire saigner. Assez petit pour que vous ne puissiez pas le repérer et le retirer de la plaie. La petite saleté qui s'enfonce plus profondément à chacun de vos pas et vous fait souffrir davantage.

J'ai presque pensé retourner à l'hôpital pour me faire soigner. Mais comme je n'avais pas envie de me refaire les quinze minutes de marche infernale que j'avais entamé, je suis rentré dans le premier établissement encore ouvert dans la rue où je me trouvais. C'était un bar. Tout ce qu'il y avait de plus typique, avec son zinc sur lequel s'agglutine les habitués, plein de bouteilles que personne n'ouvrira jamais en guise de décor, et des petites tables totalement abandonnées dans le coin le plus sombre du bar.

En poussant la porte, tout le monde m'a regardé. Et j'ai tenté de faire belle figure. Moi, avec mes fringues pourries, sans chaussures, mais en chaussettes sales et légèrement ensanglantées, j'ai souris et j'ai demandé à voix haute un café. Le barman m'a regardé comme la sous-merde que j'étais et m'a répondu qu'on ne faisait pas de boisson chaude à cette heure-ci. Alors, tout penaud, je me suis rabattu sur une bière et je me suis installé sur une table. Dans le coin le plus sombre possible, histoire qu'on ne me repère pas, voir même, que l'on m'oublie complètement. Mais ça n'a pas fonctionné puisqu'au bout d'une demi-heure à siroter paisiblement ma bière déjà vide, le barman est venu à ma table et m'a demandé de le payer. Une notion que j'avais complètement oublié sur le coup. Payer pour boire un coup dans un bar. Une notion dont j'espère que le comateux avait totalement prévu en garnissant les poches de son pantalon de billets. Manque de chance, elles étaient vides. Jockey Full of Bourbon retentissait dans le bar, tandis que moi, je me faisais éjecter à grand renfort de coups. Et c'était con, parce que j'adorais cette chanson.

RebootGyal
RebootGyal
Niveau 10
08 juillet 2010 à 16:57:39

R et J c'est pour Roméo et Juliette j'imagine ? :)

SophyErzengeI
SophyErzengeI
Niveau 6
31 juillet 2010 à 00:35:05

Même pas, je n'avais d'ailleurs jamais fait le rapprochement.

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