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Liste des sujets

— Lettre Vive —

SonOfKhaine
SonOfKhaine
Niveau 10
19 octobre 2009 à 18:36:51

Dameunaide, j'avons été eu. J'ai loupé le message d'aristi où le sujet était présenté. du coup j'attendais toujours de l'avoir...

Je m'y mets donc de ce pas.

emy_la_fumeuse
emy_la_fumeuse
Niveau 8
19 octobre 2009 à 19:06:48

Plus d'inspi (après ce que je vais poster soon) donc j'en suis aussi

emy_la_fumeuse
emy_la_fumeuse
Niveau 8
19 octobre 2009 à 21:43:23

je vous remercie, les gars. Grâce à vous, je relance un projet qui me tient beaucoup à cœur...

Gouloudrouioul
Gouloudrouioul
Niveau 10
19 octobre 2009 à 22:44:03

Wouh, coup de veine, le sujet correspond exactement à un autre concours que j'ai ailleurs et que j'ai à rendre à peu près à la même date. Je vais faire les deux en même temps comme ça :o)) .

emy_la_fumeuse
emy_la_fumeuse
Niveau 8
22 octobre 2009 à 21:00:16

3 semaines ?

c'est beaucoup trop.

- Une semaine, c'est assez.
- On est fainéant comme vous le dîtes : Tout le monde va poster à la fin des délais.
- On dit jusqu'à dimanche prochain ? :p)

emy_la_fumeuse
emy_la_fumeuse
Niveau 8
22 octobre 2009 à 21:54:47

3 semaines ?

c'est beaucoup trop.

- Une semaine, c'est assez.
- On est fainéant comme vous le dîtes : Tout le monde va poster à la fin des délais.
- On dit jusqu'à dimanche prochain ? :p)

Speedmonst3r
Speedmonst3r
Niveau 10
22 octobre 2009 à 23:01:02

Je fais partie de cette aventure. Bonne idée.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
22 octobre 2009 à 23:12:34

La même. Je bosse ça demain et je vous le poste dans le weekend (ou pas :noel: )

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
23 octobre 2009 à 15:30:27

J'suis un peu dubitatif comme avec tous les projets du genre... mais je dois avouer que le sujet est franchement bien, j'aurais presque dit "motivant" si zéro multiplié par n'importe quoi ne faisait pas zéro. :noel:
Y'a donc une chance non nulle (mais pas très éloignée) que je participe.

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
24 octobre 2009 à 15:21:57

Question conne : vu la volonté de vouloir éviter une inondation à la DdP, poste-t-on les textes sur le pic ou bien sûr le forum :question:

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
24 octobre 2009 à 17:45:58

Sur le topic me semble plus approprié.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 25 octobre 2009 à 20:38:45

Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?
(blague à part, je vais lire ça)

emy_la_fumeuse
emy_la_fumeuse
Niveau 8
25 octobre 2009 à 22:41:30

La première scène de uc, est, comme je te l'ai déjà dit, excellente à mes yeux.

C'est froid, necessaire, desespéré.

On sent bien le coit cyborgal, u know what i'm sayin'.

Ohh chouette, un dealer ! Un dealer en first person shooting, en plus.

Décor post-apo installé bien tranquillement. Peut-être de façon trop neutre, parfois.

les noms américains sucks

Je trouve que t'insiste pas assez sur la parano du dealer, qui pourrait se faire choper n'importe quand.
Lol, le dealer alcolo en mode sevrage

Liam Bradley Turrington... lol

Je connais pas plus que ça l'univers d'Alter Ego, qui m'a l'air cependant plutôt riche puisque les accords de Montreal et autres truc du genre m'embrouille plus qu'autre chose.

Tu aurais dû penser le chapitre comme plus accessible au novice, pas te laisser prendre au piège de ton propre univers.

"je distingue l’éclat rouges des yeux artificiels qui mangent le visage de mes geôliers." jolie phrase je trouve.

Bilan plutôt positif, cependant je pense qu'il faut que tu t'appropries ton personnage pour le rendre plus puissant. Deuxième point à ameliorer, l'accessibilité ,mais ça passe encore .

Voilà :d

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
25 octobre 2009 à 22:47:54

Bon, bah, grand merci à Emy d'avoir ainsi lu en premier :-) . Beaucoup de points ou je suis assez d'accord avec un peu de recul, mais je resterais le plus neutre possible tant que mes collègues n'auront pas posté leur dû :-p ...

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
26 octobre 2009 à 14:43:31

J’ai donc lu la première (et j’espère pas l’unique) production de Lettre vive.

D’un point de vue stylistique, c’est superbe. Que de progrès mon ami ! Un texte structuré, des idées qui se suivent bien et une narration fluide. Ca manquerait d’un soupçon de déscriptions, mais je sais que ta façon d’écrire ne s’y prête pas. Ce qui est bien surtout, c’est le calme qui règne en comparaison d’Alter Ego, il y a moins de hargne, plus de profondeur. C’est très intéressant.

Maintenant, en se concentrant un peu plus sur le fond, il y a des choses qui vont, et d’autres pas. L’entame avec la scène de pénétration a le mérite d’accrocher, seulement, la qualité baisse par la suite.
Il s’agit d’un premier chapitre, qui doit privilégier la narration, or tu glisses dans les pensées de Thelma un petit historique qui ressemble fort à un prologue. C’est dommage, d’autant que je pense que la narration n’a pas besoin de ça, concentrant trop d’information.

Pour le reste de la scène, c’est impeccable, bien amencé, les dialogues bien ficélés. Le petit point noir serait une ambiance encore un peu mal définie, justement par des déscriptions, quoiqu’il s’agit aussi de se concentrer sur les personnages.

Je trouve en fait que ce premier chapitre en contient deux : la scène avec Thelma et l’autre à New York. Je pense qu’il aurait mieux valu zapper la première. Je rajouterais un dernier reproche, c’est que ce chapitre est en fait un spin-off d’Alter Ego (ou une suite, difficile à dire). Je veux dire par là, que tu as déjà un univers, que beaucoup de gens connaissent, donc ça enlève du mystère, de la nouveauté.

Un bon texte dans l’ensemble malgré tout. :ok:

Je suis impatient de lire les autres.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 28 octobre 2009 à 17:32:45

Voici donc le second (pour le moment) texte de Lettre Vive, que j'ai l'honneur de poster. A l'instar du premier, il a toutes les chances d'être réutilisé, si du moins j'arrive à me motiver pour me sortir de mon état de loque. Voilà voilà, grand merci à sai Yapluka pour sa beta lecture très complète. Rien d'autre à dire, je vous souhaite simplement une bonne lecture.

Chapitre Premier -

Erg cessa d'être soutenu par ses jambes à l'instant même où il aperçut la tour de la cathédrale de l'Écorché à l'horizon. Il s’effondra à genoux dans le sable, le regard dirigé sur la silhouette lointaine de la cité d’Arkh, dont la ceinture de faubourgs bruns se mêlait avec le sable rouge. Malgré la chaleur écrasante du désert au beau milieu de l’après-midi, l’homme sentit ses membres trembler. Il ne s’agissait pas de sentimentalisme : s’il avait jamais éprouvé le sens de ce terme, les vents abrasifs de la mer-qui-fut s’étaient chargés de le chasser de son coeur desséché. Mais après ces six années passées loin de la Ville Sainte, durant lesquels son esprit ne s’était jamais dessaisi de l’idée de la rejoindre, atteindre enfin son but lui laissait une impression de vide. Erg n’avait plus rien d’un expurgateur depuis longtemps : sa foi comme son Sanctissimus, son arme sacrée, s'étaient égarées, depuis ce qui lui semblait être des siècles. S’il se présentait à la Schola, il serait très certainement rejeté comme le malpropre qu’il était.

Perdu dans sa contemplation, l’ancien expurgateur n’avait pas entendu derrière lui le rythme des sabots sur le chemin de terre. Une petite compagnie, formée de trois cavaliers, ralentit d’abord à son approche avant de s’arrêter à ses côtés. Leur chef – juché, comme le remarqua Erg, sur un cheval sain qui ne portait aucun signe de déviance visible – lui adressa un air ouvertement condescendant. L'allure de l'homme à genoux inspirait la pitié. Un large manteau usé à la couleur indéfinissable pendait tristement sur son dos, cachant mal la misère d’une chemise déchirée. La seule protection dont il bénéficiait face au soleil ardent était un léger chapeau de paille, à la mode paysanne, qu’il fallait retenir d’une main pour ne pas le voir s’envoler lors des rafales de vent. Le visage d’Erg avait été poli par le soleil et le vent, lui donnant un air sans âge, caractéristique de ceux qui osaient s’aventurer pour de longs voyages dans le désert. De son côté, le meneur des cavaliers arborait une expression orgueilleuse qui s’accordait avec son accoutrement. Il était vêtu d’un tabard décoré de l’oeil stylisé de couleur incarnat, symbole de la foi Écarlate.

Erg se dit qu’il s'agissait sans doute d’un combattant laïc incorporé à un des innombrables ordres militaires qui gravitaient autour de l’Eglise Ecarlate, composé d’autant de nobles cadets désœuvrés.
« Eh toi là, qui es-tu ? le questionna le cavalier d'un ton sec.
Erg songea un instant à montrer sa paume, sur laquelle était tatouée avec un grand luxe de détails l'oeil Ecarlate. Les expurgateurs en mission avaient l'habitude de le cacher grâce à des poudres qui restaient en place pendant plusieurs jours, voire semaines, et ne se délayaient pas même sous l'effet de l'eau. Bien entendu, cela faisait bien longtemps que l'homme n'avait plus aucune provision de ces fonds de teint élaborés, et qu'il devait se contenter de cacher sa marque à la main droite par un pansement. Ceci n'avait rien de choquant : de nombreuses régions du monde étaient encore empoisonnées et y résider causait sans délai l'apparition de marques et de plaques aussi disgracieuses que désagréables. Mais après un instant de réflexion, l'homme rejeta l'idée. Il ne méritait plus depuis longtemps sa distinction.
- Un humble pèlerin qui cherche à rejoindre Arkh.
Puis, se disant qu'un mensonge serait du meilleur effet :
- Mon frère est rongé par un cancer, au poumon. Nous vivons près des colonnes d'Amqar, et je compte participer aux travaux de peinture de la tour de l'Ecorché en ville pour son salut.
Autant d'excuses tout à fait plausible. Garder intacte la couleur de la tour centrale d'Arkh malgré les pluies acides et l'air corrosif demandait le travail constant de dizaines d'ouvriers. L'Eglise Ecarlate avait trouvé un moyen pratique de se garantir une main d'oeuvre constante en prêchant que chaque heure de travail sur la tour équivalait à des milliers de prières – ou à de généreuses donations.
- Eh bien, bonne chance à vous pèlerin ! J'ai entendu dire que les travaux se portent en ce moment sur les parties les plus hautes de la tour, autant dire qu'une chute ne pardonne pas vraiment. Tenez, de quoi vous payer une bière, avant ou après votre mort, d'ailleurs ! »

Le cavalier s'esclaffa d'un rire grossier tout en tirant de sa bourse deux pièces d'or de bonne taille. Sans doute, jugea à l'oeil Erg, s'agissait-il de devises battues au Nord. Dans la diversité des cités état plus ou moins confédérées sous la même religion et les immenses distances qui séparaient la moindre ville d'une autre, la monnaie n'avait aucune stabilité réelle et aucun marchand ne se séparait jamais de sa balance, salutaire pour tenter de démêler l'inextricable nœud du système monétaire. L'homme accroupi considéra les deux pièces qui gisaient dans la poussière. Si sa visite à la Schola des expurgateurs restait sans suite et qu'il se retrouvait sans domicile, disposer d'un peu d'argent en plus serait utile – sa bourse était bien peu remplie. Mais Erg avait acquis au cours de ces années de vie hasardeuse un certain amour-propre, trait de caractère que sa formation ne lui avait jamais laissé obtenir par le passé. Il se releva donc, ses genoux gémissant douloureusement sous l'effort, et riva un regard froid sur l'arrogant jeune homme.

« Vous me permettrez de penser que l'Ecarlate pourvoira à mes besoins s'il m'en juge digne, messire. J'espère que ces pièces serviront à un autre voyageur, moins nécessiteux de nourriture spirituelle et davantage de boisson. Puisse l'oeil rouge veiller sur vous, messire.
Tout en parlant, pour appuyer son propos, il pressa du pied les pièces afin de les enfouir sous le sable.
- Que l'oeil veille sur toi, finit par répondre le meneur, l'air empourpré. »

Pendant quelques instants, sa main s'attarda au-dessus de sa cravache. Il hésitait manifestement à punir Erg comme il se devait de son impertinence. Finalement, un de ses compères posa sur son bras une main, comme en signe d'apaisement, et lui chuchota quelques mots à l'oreille. Le cavalier de tête fit partir son cheval au galop, rapidement suivi par ses deux compagnons. Erg regarda partir la petite troupe d'un air amer. Il n'avait lui même, du haut de ses vingt-huit ans, que trois ou quatre ans de plus qu'eux. Et pourtant, il se sentait un vieillard en les regardant. Ils semblaient si juvéniles et alertes, là où son propre corps lui paraissait indolent et brisé... Son dos était douloureux, couturé de cicatrices sans cesse irritées par le frottement contre le tissu rêche de ses vêtements. Ses doigts autrefois blancs, fuselés et agiles étaient tannés pas les cals et les jointures des phalanges se plaignaient à la moindre flexion. Une lassitude omniprésente parasitait la moindre de ses pensées, le moindre de ses mouvements. L'entraînement d'un expurgateur était censée le préparer à n'importe quel défi dans l'exercice de ses fonctions, mais rien n'était capable de prémunir du doute. Et trois années comme esclave dans les mains des barbares de l'est était un tourment qu'aucune préparation physique n'aurait pu atténuer, et elle n'était rien comparé à ce qui avait suivi. Ce qu'Erg dénommait mentalement l'Accident. Doux euphémisme, songea-t-il avec amertume tout en reprenant sa route.

Il reprit sa route sans s'attarder, délaissant après une petite hésitation les deux pièces qui gisaient toujours sur le bas côté ; Il continua sa route pendant quelques lieues, mais bifurqua alors qu'il atteignait les premières villages satellites d'Arkh, extensions lointaines des faubourgs qui se développaient autour de tâches vertes de terre saine. La Schola était un vaste manoir situé à quelques dizaines de lieues de la Ville Sainte. Caché derrière de hautes barrières et au milieu d'un terrain aride mais vaste, sa tour noire de pierres archaïques se remarquait d'assez loin et avait fini par être assimilé à un symbole de mauvaise augure, superstition que les maîtres des lieux ne se donnaient pas la peine de balayer, tant elle leur assurait la tranquillité vis à vis des autochtones. Tout bien réfléchi, cette vision n'était peut-être pas fausse. Personne ne voulait frayer avec les expurgateurs : ni les coupables, ni les innocents, ni les expurgateurs eux-mêmes. Erg sentait d'ailleurs une boule de tension se former dans son ventre à l'idée de revoir la Schola.

Autour de lui, le monde arborait un visage vitriolé. Le paysage était aride, usé, recouvert d'une herbe rase et sèche, et de quelques bosquets de ronces gris, répartis sur le sol d'une manière apparemment aléatoire. Un vent constant rasait le sol, charriant des nuées de poussières qu'inspirait bien malgré lui Erg, et qui lui corrodaient lentement les poumons. Quelques rares arbres avaient réussi à grandir avec difficulté et se dressaient dans la steppe, distordus, au feuillage rare et au bois anthracite. Un silence pesant enveloppait cette campagne oubliée des hommes et de la nature, écrasée par un soleil de plomb. Le ciel avait une teinte jaunie, maladive et soufrée, caractéristique de ses meilleurs jours. Durant les pires d'entre eux, le jaune virait au rouge, ce qui était souvent suivi de pluies terriblement corrosives, qui noircissaient la pierre et gâtaient les terres d'une manière désastreuse, entraînant famine et désespoir. Et de temps en temps, les panaches de la zone industrielle qui s'étendait au nord de la ville semblaient se répandre à terre au lieu de se diluer en l'air. Ces vers rampants installaient un brouillard opaque et asphyxiant qui résistait aux rafales et bourrasques et pouvait mettre des jours à se dissiper.

Il fallut plusieurs heures à Erg pour avoir en vue la tour noire de la Schola ; lorsqu'il l'aperçut enfin, tout signe d'Arkh à l'horizon s'était estompé depuis longtemps dans la pénombre du couchant. Une émotion tordit les viscères de l'expurgateur alors qu'il voyait ce qui s'était le plus rapproché d'un foyer pendant une bonne partie de son enfance, et peut-être même pendant toute sa vie. Pourtant, rien de positif ou même de susceptible à éveiller la nostalgie n'y résidait : juste des murs froids, un traitement plus que dur, une nourriture frugale, des entraînements physiques éreintants. Aucune affection, aucun sentiment à l'égard de ces orphelins élevés de manière à devenir de parfaits et impitoyables exécutants. Mais si Erg se sentait aussi gêné de se rapprocher du manoir, c'était peut-être car en dehors de ses mauvais souvenirs, il avait l'impression de n'être rien d'autre qu'un produit raté de cette machine bien huilée. Il n'avait jamais réussi à être aussi vif, aussi instinctif que les autres. Toujours à douter, à se questionner, à peser, à juger, à complexifier au lieu de réduire, à raisonner au lieu de trancher. Et même alors qu'il était arrivé à quelques mètres du portail de ferronnerie, il sembla quelques instants à Erg qu'il allait prendre ses jambes à son cou, courir, et s'enfuir le plus loin possible de cet endroit.

On entendait au loin des bruits de pas martelant le sol. Vu l'heure, songea Erg, il devait s'agir de la marche qui terminait la journée. Deux centaines d'expurgateurs en herbe, de six à quatorze ans, courant en rond dans la propriété, parfois pendant une heure, trois ou quatre fois par jour, jusqu'à ce que leur souffle se tarisse dans leur poitrine. Ils passèrent devant lui sans s'arrêter, une, deux, six fois. Le moindre ralentissement pourrait valoir un coup de badine, porté par une des madones, ou une correction à coup de trique si l'incident s'ajoutait à une longue série de désobéissances. Au septième passage, Erg s'était résolu à brandir sa main ouverte. Un élève, un peu plus curieux que les autres, lui jeta un regard furtif et s'arrêta quelques instants en voyant l'oeil rouge, oeil rouge qu'il serait plus tard destiné à porter lui aussi. Après une seconde d'hésitation, l'enfant cria aussi fort que ses poumons le lui permettaient « maître ! Il y a quelqu'un » puis repartit sans jeter un regard en arrière.

Il fallut qu'Erg attende encore un nouveau tour de terrain pour que n'apparaisse sur le chemin en terre battue reliant le portail au vaste manoir un des huit maîtres instructeurs. Même à quelques toises, l'ancien élève reconnut son professeur en un instant. Sadredd. Douze ans déjà s'étaient écoulés depuis qu'il l'avait croisé pour la dernière fois, et il ne semblé avoir changé en rien. Même air compact, pincé, concentré, noueux, même nez étroit, même traits volontaires. Les cheveux poivre et sel du vieil homme avaient seulement fini leur évolution vers le blanc ; évolution que la pilosité d'Erg avait également vécue, mais en accéléré, car le mince duvet qui repoussait sur son menton lisse et son crâne rasé avait perdu toute couleur depuis quatre ans. Depuis l'Accident. Objectivement, le vieux maître semblait en bien meilleure forme – et l'était sans doute en fait – que son disciple. Par ailleurs, son regard était toujours aussi dur, chargé d'un dédain constant, qui suintait sur son visage alors qu'il fixait Erg. Quand il prit la parole, sa voix était rauque et implacable.

« Erg. Tu n'es donc plus mort, comme ça. Je suppose que je devrais être content, mais tu n'as jamais été très bon, de toute façon. Rebelle, inconstant, insubordonné, rêveur. Tu ne réussis même pas à rester mort une fois pour toute. Je suppose que tu vas avoir une bonne excuse à pleurnicher – tu n'osais pas petit, mais maintenant, sous prétexte que tu es assez grand pour regarder mon crâne dégarni de haut, je suppose que tu ne résisteras pas à l'envie de me raconter avec des trémolos dans la voix pourquoi tu as déserté ? »
Serrer les dents, une fois de plus. Comme pendant huit longues années d'enseignement. Ne pas geindre – pour ne pas lui donner raison. Ne pas se taire – pour ne pas se rendre.
« Je me souviens encore, Sadredd, tu nous disais : vous devez être aussi tranchants qu'une épée. Eh bien, je suis émoussé, fissuré, brisé. C'est fini. Pour de bon. »

--crazymarty--
--crazymarty--
Niveau 10
29 octobre 2009 à 00:57:01

Très bonne accroche, Ari . L'univers est directement présent, (o)pressant même, et donne une profondeur impressionnante. Ton héros aussi, d'ailleurs.

Bref, j'attends d'autres textes pour être plus bavard, mais ce chapitre est tout simplement excellent :-)

SonOfKhaine
SonOfKhaine
Niveau 10
29 octobre 2009 à 03:18:41

Mon texte est très loin d'être fini, et je ne vais pas avoir de connexion avant le 1er au soir, ce qui signifie que je serai hors-délai.

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 29 octobre 2009 à 11:37:04
  1. Metatron Voir le profil de Metatron
  2. Posté le Ignorer Metatron 29 octobre 2009 à 07:50:47 Avertir un administrateur
  3. Ho,ho. Écrire un premier chapitre, c'est là l'enjeu de la première manche ? Je pense bien participer parce que je suis quand même le spécialiste des premiers chapitres jamais achevés :o))

Plus que quatre jours :3

Sinon, merci beaucoup crazy', content que ça ait pu te plaire. De mon côté j'ai lu ton texte, mais j'attends lundi (et accessoirement mon retour à la civilisation avec une connexion internet) pour faire un commentaire général (en espérant qu'il y ait quelques participations de plus d'ici là :p).

emy_la_fumeuse
emy_la_fumeuse
Niveau 8
29 octobre 2009 à 16:44:43

marrante cette expression !

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