L´albatroce naviguait depuis trois jours déja sur une mer paisible, porté par un vent léger. A ce rythme, il leur faudrait des mois pour atteindre leur but, tant l´atmosphère était calme. Soudain, le ver luisant se mit à clignoter avec la puissance d´un gyrophare au xénon, bien que le xénon fut découvert trois siècles plus tard, en 1898, par Sir William Ramsay et Morris W. Travers.
Alors apparut un vaisseau dont la voilure noire, décorée d´une tête de mort traversée par deux tibias, laissait deviner l´origine.
-Des pirates ! cria le capitaine.
Déja, le navire abordait l´Albatroce. Ses occupants, la bave aux lèvres, ou plutôt ce qu´il en restait, brandissaient leurs sabres de leurs membres décharnés. Ils avaient l´apparence des morts, mais ils n´étaient pas vraiment morts. On aurait pu croire qu´ils étaient vivants, mais ils n´avaient pas l´air très frais. C´était comme un mélange des deux. La peau se décollait par plaques de leurs chairs putrides, leurs dents se déchaussaient, leurs yeux sans paupières roulaient au creux de leurs orbites et par endroits leurs os étaient nettement visibles, mais tout cela ne semblait nullement les déranger.
Par grappes, ils se jetèrent à l´assaut.
Bad sortit sa lame, bien décidé a ne pas se laisser occire sans réagir. Trois pirates fondaient sur lui. Il n´eut qu´a tendre le bras pour que le premier d´entre eux vint littéralement s´embrocher sur son épée. De son coté, Jipé, effectuant de terribles moulinets à l´aide de sa hache, tranchait, tel un ventilateur, tout ce qui passait à sa portée.
Déja, les corps mutilés s´amoncelaient en une sorte d´énorme beefsteack haché dont la date de péremption serait largement dépassée.
Une puanteur infecte se répandait sur le pont, dégageant une violente odeur de viande avariée.
En suffoquant, Bad frappait d´estoc et de taille.
Enfonçant profondément sa lame dans la bouche d´un pirate, il n´eut que le temps
d´esquiver un coup de sabre qui sectionna le cordon qui pendait à son cou. Le petit sac contenant le ver roula sur le pont avant de disparaitre dans les flots.
Furieux, Bad ouvrit le fautif aussi sûrement qu´un paquet de chips. Puis il trancha, égorgea, décapita, empala jusqu´a ce que l´Albatroce fut recouvert d´une épaisse couche d´entrailles et de viscères fumantes.
Le capitaine ainsi que quelques uns de ses hommes s´étaient réfugiés sur la dunette, acculés par une poignée de zombies. Jipé sortit alors ses fléchettes et visa le crâne de chacun d´eux avec précision. Elles atteignirent leurs cibles et s´enfoncèrent dans les têtes aussi facilement que dans une motte de beurre, atteignant instantanément le cerveau.
Quand le dernier des ennemis rendit l´âme, le vaisseau pirate disparut comme par enchantement, aussi subitement qu´il était apparu.
-Par quel maléfice ?... commença Bad.
Mais déja le capitaine s´exclamait:
-Nous coulons ! Quelqu´un a sabordé l´Albatroce ! C´est atroce !
Il faut bien se mettre dans la tête qu´à l´époque, les marins ne savaient pas nager. En effet, très peu d´entre eux avaient eu la chance de passer des vacances à la plage, et encore moins de prendre des leçons particulières de natation avec le moniteur du club Mickey.
C´est alors qu´une voix leur parvint aux oreilles.
-Puis-je vous déposer quelque part Messieurs ?
Se penchant au bastingage, ils virent une légère embarcation munie d´une seule voile, un homme grand et maigre à son bord.
-Avec joie ! Vous arrivez à point nommé. Grace à vous, nous échappons au trépas, Monsieur?
-Fuligineux. Je vous en prie Messieurs, bienvenue à bord.
C´est ainsi que Bad, Jipé et le capitaine embarquèrent, laissant, faute de place, trois hommes d´équipage aux torses velus aux prises avec l´océan.
***
Le voyage semblait interminable. Ils manquaient de sommeil, de vivres, et surtout d´eau potable. Ils s´étaient bien partagé le jerrycan d´anisette que Jipé, en digne Belmonventre, portait toujours à la ceinture, mais, sans eau et sans olives, la fête fut beaucoup moins réussie. C´est alors que le capitaine pointa un crochet hésitant vers l´horizon.
-Ne serait-ce point la terre ?
En effet, une île, ou plutôt un îlot, couvert d´une luxuriante végétation, se dessinait nettement droit devant eux.
Fourbus, ils accostèrent sur une plage de sable fin, mais nulle vahiné ne vint les accueillir au son des ukulélés, ils ne reçurent aucun collier de fleurs de tiaré, pas plus qu´on ne leur proposa de massage à l´huile de monoï.
A vous dégouter de faire du tourisme !
Ils décidèrent néanmoins de passer la nuit sur la plage avant d´explorer le reste de l´île. Il leur fallait reprendre des forces. A peine allongés, ils s´endormirent profondément.
C´est le moment que choisit Mr Fuligineux pour passer à l´action.
Il allait pouvoir mettre son plan à exécution. Il ouvrit délicatement sa mallette, en extirpa son scalpel le mieux aiguisé, vérifia le tranchant du gras de son pouce, et laissa échapper une larme de joie. Il allait enfin pouvoir tuer, et surtout, torturer. D´un coup sec, il plongea son instrument dans la gorge du capitaine, qui laissa échapper un dernier ronflement accompagné d´un bruit de lavabo qu´on débouche. Miles Davis, qui avait l´ouie fine, fut réveillé par ces étranges tonalités, et se mit a hurler en si bémol.
Bad et Jipé se levèrent instantanément, l´arme au poing, chassant la chassie des coins de leurs yeux bouffis de sommeil.
-Hein ? Quoi ? Qu´est-ce qui se passe ?
Mr Fuligineux n´eût que le temps de récupérer sa mallette avant de se précipiter vers le bateau. Flûte alors, pensa-t-il.
Nos amis, à ses trousses, ne purent l´empècher de reprendre la mer, et c´est impuissants qu´ils l´aperçurent leur tirer la langue.
-De toute façon, cria-t-il, vous ne partirez pas vivants de cette île, et vous aurez encore moins de chances d´en partir une fois morts. Elle abrite un monstre invincible que vous ne tarderez pas à découvrir, et c´est à dessein que je vous ai conduits jusqu´ici. J´aurais pu vous laisser vous noyer, mais votre mort aurait été trop douce. Vous allez subir les pires souffrances, et vous ne pourrez rien faire pour sauver votre royaume. Bien fait pour vous. Le Comte Ebon n´est qu´un âne. Nous tenons le soleil, jamais vous ne le récupèrerez. Je travaille pour le Baron Noir, nous allons devenir les maitres du monde, et blablabla, et blablabla...
Au fur et à mesure qu´il s´éloignait, le son de sa voix se perdait dans les limbes.
-Mais qui est donc cet énergumène?
-Ben j´ai pas tout compris mais il a essayé de nous tuer, et il a occis notre ami le capitaine.
-Tout cela ne serait jamais arrivé si je n´avais pas perdu le ver luisant sur l´Albatroce.
-Ce n´est pas ta faute Bad, ne te tourmente pas.
On devrait plutôt remercier Miles, car sans lui, nous étions cuits. Nous lui devons une fière chandelle.
-Tu as raison. Merci Miles !
-De rien les gars. Ce mec ne me revenait pas de toute manière. Il avait l´air... faux.
-C´est vrai, nous aurions du être plus vigilants.
-Allons nous coucher Bad, demain nous y verrons plus clair, enfin si j´ose dire.
-Pas avant d´avoir enterré ce pauvre capitaine.
-C´est un marin, il aurait certainement préfèré mourir en mer.
-Soit, jetons-le à l´eau. Ce sera moins fatiguant.
-Ah,Ah,Ah ! Sacré Bad ! Toujours le mot pour rire !
La suite demain éventuellement.
C'est toujours aussi cool, mais très prévisible même si je me marre toujours autant quand tu démythifies (ça se dit
j'ai vu ça sur mon topic alors bon ^^) les codes des histoires fantasy ^^
le "soit jetons-le à l'eau. Ce sera moins fatiguant" m'a tué
dommage qu'aucune modif ne soit possible car les coms peuvent t'aider et ça attirerait des lecteurs...
Oui, c'est assez prévisible, je le concède...
La suite part un peu en vrille par contre. Re-
Sinon j'ai pas très bien compris le sens de ta dernière phrase.. ![]()
Ce matin-là, ils se réveillèrent tard.
-Ouaaah ! Quelle heure peut-il bien être ? demanda Jipé en s´étirant.
Bad consulta son mobile.
-13h22.
Pouf, pouf...
Cet après-midi là, ils se réveillèrent tôt.
-Ouaaah ! Quelle heure peut-il bien être ? demanda Jipé en s´étirant.
Bad consulta son mobile.
-13h22.
-Hé bien ! C´est ce qui s´appelle une grasse matinée ! Je mangerai bien un morceau, pas toi ?
-J´avalerai un boeuf !
Ils se mirent donc sans tarder en quète de nourriture, tout en déplorant la récente perte de leurs coéquipiers. Heureusement, l´île offrait toutes sortes de ressources. Après avoir bu du lait de coco et s´être nourris de fruits en quantité ( mangues, bananes, papayes, ananas,goyaves), ils ressentirent le besoin de s´isoler un moment. En faisant caca, Bad réfléchissait. ( souvent, on réfléchit en faisant caca.)
"C´est bien joli, nous voilà sur une île déserte, certes paradisiaque, mais au bout de quelques années on risque de s´ennuyer ferme ! Il va nous falloir trouver un moyen de partir. De plus, si j´en crois ce qu´a dit Fuligineux, il y a un monstre horrible dans les parages, et je n´ai pas spécialement hâte de faire sa connaissance moi."
Puis, légers, ils décidèrent d´explorer l´île. Au bout de quelques heures de marche, ils entendirent un affreux mugissement. Le son provenait d´une clairière toute proche. Alors qu´ils y pénétraient, quelle ne fut pas leur surprise d´y découvrir une vache ruminant paisiblement, une cloche autour du cou.
-Une vache ? En ces lieux ? Et moi qui pensait qu´il s´agissait d´un monstre ! Ah ha ha !
-Meuh qu´est-ce que vous croyez ? répondit l´animal. Je suis un monstre ! Un monstre Suisse ! Redoutable de précision ! Et sachez que si vous ne répondez pas correctement a ma question, j´ai le pouvoir de vous faire fondre aussi facilement qu´un vulgaire fromage à raclette. Comme personne n´a jamais donné la réponse exacte, vous pouvez d´ores et déja vous considérer comme fondus.
-Et si jamais on y répond? questionna Bad.
-En ce cas je serais libérée de mes obligations sur cette île, et je pourrais enfin regagner les verts pâturages de ma tendre jeunesse.
"J´aimerai autant la seconde option" pensa Bad qui n´était pas particulièrement pressé de fondre.
-Et bien, posez donc votre question qu´on en finisse. dit-il timidement.
-Vous êtes sûrs de ne pas vouloir griller une dernière cigarette avant ?
-Certains. D´ailleurs pour ma part je ne fume que la pipe, et mon ami le jambon simplement.
-Comme vous voudrez. Voici ma question: quelle est l´heure exacte, à la seconde près ?
-Une seconde...
-Trop tard ! . ..Meuh non, j´plaisante !
A l´aide de son téléphone, Bad composa alors le numéro ( payant cette fois) de l´horloge atomique. Triomphant, il déclara:
-Il est exactement 18h43 et 27 secondes.
La vache en eût le souffle coupé.
-Ca alors ! La vache ! C´est exact !
Puis elle pleura à chaudes larmes.
-Le charme est rompu ! Je vais enfin revoir mes douces montagnes du pays de Gruyère. Je vous en serais éternellement reconnaissante. Je vous prie Messires, d´accepter ce modeste présent. C´est une gemme Suisse extrèmement rare. Couplée a votre épée, elle sera d´une redoutable efficacité.
-Merci beaucoup Madame. répondit Bad en incrustant la pierre sur le pommeau.
L´épée frémit, puis se dota instantanément d´une superbe fonction tire-bouchon.
-Voila qui nous sera certainement très utile, constata Jipé avec plaisir. Merci !
-De rien Messires. Ma joie est grande. Aussi, avant de disparaitre, je vous propose de vous téléporter instantanément où vous le voulez. C´est le seul pouvoir qui me reste, autant en profiter. Où désirez-vous vous rendre ?
-Sachez, Madame, que de ma vie je n´ai rencontré monstre aussi serviable. Si vous pouviez nous envoyer de l´autre coté de l´océan, vous nous rendriez un fier service.
-C´est comme si c´était fait, répondit la vache dans un nuage de fumée colorée. Passez donc me voir à l´occasion, on fera une fondue !
Puis le décor disparut subitement.
***
La ville était grouillante de monde. Chacun vaquait à ses occupations dans l´obscurité, et si l´on avait pu prendre un peu de hauteur, on aurait juré une fourmilière. Toute cette agitation s´étalait en surface sur des kilomètres. Les maisons disposaient d´étages si nombreux qu´on n´en voyait pas les toits, et la ville possédait tellement d´avenues, de rues et de ruelles que les gens, par désespoir, avaient préféré les désigner par des numéros plutôt que de leur donner un nom.
Soudain, à l´angle de la 5eme, deux étranges personnages apparurent, entourés d´un halo de fumées multicolores. L´un était un jeune homme a l´air benêt, et l´autre un petit gros agressif. Mais leur arrivée, bien que spectaculaire, passa totalement inaperçue. Bad interpella un quidam.
-Pardon Monsieur, pourriez-vous nous dire ou nous sommes ?
-A Nw-Yrk bien sûr, quelle question !
Il n´en crût pas ses oreilles. Petit, à Prll, il avait bien entendu des histoires au sujet d´une immense cité par delà les mers ou tout était possible et qui s´appelait Nw-Yrk, mais ce
n´était qu´une légende, du moins le croyait-il jusqu´à présent.
-Tu entends ça Jipé ? dit-il, le sourire plein de dents.
-Alors c´était donc vrai ? Wshngtn, Hllwd, Sn Frncsc... Tout cela existait vraiment ! Nous avons réussi ! Nous sommes bien de l´autre coté de l´Océan !
-En effet, hurla Miles depuis la poche de Bad, mais le soleil se cache plus au Nord, et il nous reste un long chemin a parcourir.
-C´est vrai Miles, tu as raison. Mais nous allons quand même passer quelque temps dans cette ville, l´occasion est trop belle, et quelle ambiance formidable !
-Soit, mais souviens-toi que nous ne sommes pas en vacances.
-Peut-être, mais c´est nous les héros ! Et bénévoles qui plus est, alors faudrait pas pousser non plus...
Et Miles mit une sourdine.
Ils descendirent sur le port, et s´installèrent en terrasse. La zone portuaire était très animée, la vue était splendide, quoique un peu sombre, et le bourbon délicieux.
-Ce serait chouette une statue ici, tu ne trouves pas ?
-Bof, fit Jipé, pour qui l´art se résumait à la charcuterie.
Puis ils burent du bourbon. Puis ils mangèrent une étrange spécialité locale faite d´un morceau de boeuf entre deux tranches de pain. Puis ils burent encore du bourbon. Puis ils dansèrent et chantèrent, de club en club, toute la nuit durant.
Au bout de trois jours de ce traitement, ils étaient véritablement épuisés. Leurs corps ramollis, surmontés de visages bouffis, leurs yeux cernés et leur haleine fétide brossaient un bien pitoyable tableau. C´est simple, ils ne ressemblaient à rien de connu. Il leur allait falloir se refaire la cerise. Ils décidèrent donc de quitter la civilisation en direction du Nord.
Après tout, un poil de marche au grand air ne leur ferait pas de mal, bien au contraire.
Et ils foncèrent, mais tout doucement.
Navré de ne pas laissé de commentaires maintenant, mais je
pour faire couler mon topic du continent ![]()
______________________
Ouzii Est Passé par Ici ![]()
Franchement, ce chapitre est celui qui m'a fait le plus rire. En plus c'est marrant mais dans ma vieille jeunesse j'avais crée un héros de fantasy qui s'appelait Guillaume Merguez ! Et la série c'était un truc genre "Guillaume et les Anachronismes". Ca se déroulait au moyen-age et y'avait plein de vanne du genre : "il dégaina son portable et composa le numéro du destrier.."
Enfin pour te dire que c'est très bon pour ce chapitre, après quelques chapitres un peu creux (mais jamais mauvais), et j'espère qu'ils vont le trouver, ce foutu soleil !!
Et un truc qui me chagrine par contre : Je pense que tu parles pas assez de l'absence du soleil alors que pourtant c'est bien de ça qu'il est question, non ? Genre quand y'a plus de soleil les plantes meurent les gens meurent les animaux meurent... enfin tu vois quoi ;-)
allez, au prochain chapitre ![]()
Merci merciiii !
"Et un truc qui me chagrine par contre : Je pense que tu parles pas assez de l'absence du soleil alors que pourtant c'est bien de ça qu'il est question, non ? Genre quand y'a plus de soleil les plantes meurent les gens meurent les animaux meurent... enfin tu vois quoi ;-) "
Alors là, tu ne crois pas si bien dire !
Regarde un peu la suite... ![]()
Pendant ce temps, dans sa forteresse, le Baron Noir écoutait distraitement le rapport de Mr Fuligineux en se mouchant dans la nappe.
-Je savais que vous n´étiez qu´un incapable. Ne reste qu´a espérer que ces deux trouble-fètes le soient autant que vous !
Prenant un air contrit, Mr Fuligineux laissa échapper un mince filet de bave coupable.
-Demain nous partons pour le château Ebon, reprit le Baron. Le Comte doit être aux abois, il est temps d´appliquer la seconde phase de notre plan.
-Ainsi nous passons au plan B ?
-Non, c´est la phase B du plan A si vous préférez.
-Ah ?
-Oui, A.
Décidément, Mr Fuligineux n´avait pas inventé la poudre a couper l´eau tiède.
-Assez discuté, allez donc préparer quelques échantillons. Je vais voir comment se porte notre invitée. Bonne nuit.
-Bonne nuit patron.
Après un voyage pénible dans le noir et le froid, le Baron et son bras droit pénétrèrent enfin sur les terres du Comté. Comme ils l´espéraient, le pays marchait au ralenti, la désolation se lisait sur les visages, les terres gelées ne produisaient plus suffisamment de ressources et le moral des habitants était au plus bas. Ils se présentèrent au château. Le Comte les reçut avec méfiance, car il connaissait le Baron Noir de réputation.
-Que puis-je faire pour vous Messires?
-Je constate, mon cher Comte, que la faim menace votre population, et que vos terres stériles auraient bien besoin d´un peu de soleil. C´est pourquoi je vous retourne la question, car je puis affirmer que je suis en mesure de résoudre tous vos problèmes.
-Vous aiguisez ma curiosité Baron, mais j´avoue que je ne vois pas très bien en quoi vous pourriez nous être utiles...
-Regardez bien ceci, dit alors le Baron en exhibant une fiole remplie d´un liquide jaune vif.
C´est du soleil concentré. Puis-je vous faire une démonstration ?
Ils sortirent donc dans le parc. Le Baron, ouvrant la fiole, en répandit quelques gouttes sur le sol. La terre se réchauffa instantanément (on aurait presque pu l´entendre soupirer de joie) et bientôt une jeune pousse apparut à la surface.
-Comment avez-vous... commença le Comte.
-C´est un secret, coupa le Baron. Sachez que nous pouvons vous fournir autant de fioles que vous le désirez, moyennant finances bien entendu.
-J´aurais du me douter que vous étiez derrière tout cela. Jamais je ne céderai à votre odieux chantage !
-Réfléchissez bien. Je sais que vous êtes pleinement responsable de votre peuple, et vous ne pouvez pas vous permettre de le laisser dépérir. De plus, pour une commande en gros, je suis prêt à vous faire une ristourne.
-Vous êtes, vous êtes...
-Infâme, je sais. C´est moi qui tiens les rênes, et je crains que vous n´ayez guère le choix, ajouta-t-il dans un gloussement pervers.
Le Comte Ebon était pris à la gorge. Il allait devoir payer. Aucune alternative ne s´offrait à lui. Mais que faisaient donc Bad et son ami ? Avaient-ils péri durant leur périple ? L´avaient-ils tout bonnement abandonné ? Acculé, il sortit son chèquier, regarda le Baron et laissa échapper un profond soupir.
-Combien ?
Acculé, il sortit son chèquier, regarda le Baron et laissa échapper un profond soupir.
-Combien ?
je pensais qu'il paierait plutôt par CB
-Ainsi nous passons au plan B ?
-Non, c´est la phase B du plan A si vous préférez.
-Ah ?
-Oui, A.
Décidément, Mr Fuligineux n´avait pas inventé la poudre a couper l´eau tiède.
c'est quoi cette expression
Hihihi ! ![]()
Ça faisait maintenant plus d´une semaine qu´ils avaient quitté Nw-Yrk. Un poil de marche, tu parles ! Nos amis étaient sur les genoux, sauf Miles qui lui n´avait pas de genoux.
-La route est encore longue jusqu´aux contreforts des montagnes, dit-il. Je suggère que nous nous procurions un véhicule. Il vous faut économiser vos forces, qui sait ce qui nous attend sur place...
-Très judicieux, dit Jipé en tournant sur lui-même, mais il n´y a personne aux alentours. Bad, toi qui as de l´imagination, aurais-tu une idée ?
-Je ne sais pas, il faut que je me concentre.
-Ah ben on est pas sortis de l´auberge...
-?
-Non rien, vas-y.
Dans un silence religieux, Bad entra alors en méditation, essayant d´invoquer quelque dieu salvateur. Enfin, au bout d´une heure, il s´endormit.
-Mais ? Il roupille ! s´exclama Jipé.
-Après tout, pourquoi pas ? répondit Miles, amusé. Tâchons de l´imiter. Au pire nous reprendrons des forces.
En grommellant, Jipé s´exécuta, et bientôt ils rejoignirent notre ami dans les bras de Morphée. Lorsqu´ils se réveillèrent, Bad était en pleine discussion avec une drole d´entité, vaporeuse, étherée.
-Qui êtes-vous ? demanda Jipé, méfiant, en brandissant sa hache.
-J´ai répondu a l´appel de votre ami, qui m´a invoquée. Je m´appelle Micheline, et je suis la déesse des transports. Veuillez excuser ce retard dû a une légère défaillance technique. Que puis-je faire pour vous ?
-Nous devons nous rendre au pied des montagnes du Nord sans tarder, dit Bad. Il y va de
l´avenir du monde.
-Rien que ça ?
-Ben oui.
La déesse se transforma alors en train de banlieue, sous les yeux ébahis de nos trois compères.
-Je n´ai jamais vu un truc pareil, dit Jipé.
-Moi non plus, mais c´est joli, répondit Bad.
-Veuillez prendre place. Départ imminent. Eloignez-vous de la bordure du quai.
Bien qu´il n´y eût pas de quai, Bad, Miles et Jipé, encore sous le choc, grimpèrent à bord de Micheline.
-Attention a la fermeture des portes. Nous vous souhaitons un agréable voyage.
Puis, dans un long couinement suraigu, elle se mit lentement en branle, sans l´aide
d´aucun cheval. Jipé, devant un tel spectacle, ne put qu´admettre l´existence de forces supérieures aux pouvoirs magiques, que Bad semblait être en mesure de controler, ce qui renforça l´admiration qu´il éprouvait pour le jeune garçon. Mais il se garda de lui en faire part.
Confortablement installés, ils regardèrent défiler le paysage, émerveillés.
Toujours prête a rendre service, Micheline, d´humeur joyeuse, allait bon train au travers des vastes plaines, ponctuant sa course de légers coups de sifflet.
A ce rythme, ils ne tarderaient pas a joindre la vallée.
En effet, quelque temps plus tard, le train entra en gare du dernier village avant la montagne, malgré l´absence de gare d´ailleurs.
-Terminus. Tout l´monde descend. Veuillez vérifier que vous n´avez rien oublié dans le train. Ne descendez pas avant l´arrêt complet du véhicule. E pericoloso sporgersi.
-Quel beau voyage ! Merci beaucoup Madame Micheline, vous nous avez fait gagner un temps précieux.
-Je vous en prie, appelez-moi Micheline. De plus, tout le plaisir était pour moi, alors
n´hésitez pas a m´invoquer a l´occasion. Au revoir les amis, dit-elle avant de disparaitre dans un dernier sifflet.
-Ciao Micheline ! répondirent-ils en choeur.
Il faisait froid. Miles prit alors la parole.
-Le soleil se cache juste derrière ces montagnes, dit-il, j´en mettrai mon pied a couper ! Il va nous falloir du matériel adapté, l´ascension risque d´être difficile.
Justement, dans la rue principale, une échoppe d´articles de montagne arborait fièrement son enseigne, constituée de deux piolets dans une chaussure à pointes, un peu comme des fleurs dans un vase.
-Voilà ce qu´il nous faut, dit Bad.
Après s´être procuré des vêtements chauds, moufles, bonnets et écharpes, ainsi que de solides cordes, des chaussures adaptées et divers ustensiles, ils se dirigèrent promptement vers l´unique chemin accidenté qui menait aux pentes enneigées.
Au bout de quelques heures de marche, la progression devenait de plus en plus délicate.
Les bourrasques d´un vent glacial leur brulait les yeux, et il devenait très dur dans la pénombre de voir ou ils mettaient les pieds.
Bad éternua. Ce n´était pas vraiment le moment d´attraper un rhume! Instantanément, Jipé lui tendit la bouteille d´eau-de-vie qu´il gardait précieusement pour les moments difficiles. Bad dégaina alors son épée. Jipé, surpris, adopta une position défensive, la main sur le manche de sa fidèle hache. Bad avait-il perdu la tête ?
-Il faut bien l´ouvrir non ? dit-il en déclanchant la nouvelle fonction tire-bouchon de
l´épée magique.
-Pffiouuu, mon garçon, ne me refais jamais pareille frayeur ! J´ai cru un instant que tu
m´étais hostile !
-Comment le pourrais-je, Jipé ? Tu es mon plus fidèle compagnon et mon meilleur ami.
-Ben et moi ? dit alors Miles. Je sens le gaz ?
-Ouah mais non l´autre hé ! C´est juste que Jipé ben je l´connais depuis plus longtemps
c´est tout...
Sur quoi il fit sauter le bouchon et tous trois se réconcilièrent en chantant "Il est des notres". Puis, ragaillardis et réchauffés, ils continuèrent leur ascension.
Le terrain devenait glissant. La boue se mélait a la neige en un conglomérat visqueux, et la pente devenait de plus en plus raide. Les muscles de leur jambes étaient douloureux, et ils respiraient beaucoup moins bien, probablement a cause de l´altitude. Ils apercevaient plus haut les neiges éternelles, et un énorme glacier se dessinait sur la droite. Ils prendraient donc à gauche, mais pour l´heure, ils étaient exténués...
C´est alors que Jipé aperçut une anfractuosité dans la roche qui ferait un excellent abri de fortune.
-Arrètons-nous ici pour la nuit, dit-il. Je ne pourrais pas faire un pas de plus.
-Je veux bien, mais il est 14h, répondit Bad en consultant son cellulaire.
-Bah ! Quelle différence ? Jour, nuit, c´est du pareil au même, et je me demande si l´on y verrait pas plus clair avec l´aide de la lune...
-On peut toujours essayer.
Rassemblant leurs dernières forces, ils se dirigèrent donc vers les rochers, avec le (très) maigre espoir d´y découvrir un hotel trois étoiles.
J'approuve. J'ai ris.
^^ plus sérieusement (chaud) je me suis bien marré, j'ai pas encore tout lu mais j'aime bien, c'est "frais" comme on dit chez moi ![]()
C'est mythique, tu est totalement en phase (ou l'inverse, mais j'aime être égocentrique) avec mon humour, triplidio. Ce récit atteint des cimes mythologique.
Oah, j'arrive d'une soirée barbecue fortement arrosée, et que constate-je ?
Des commentaires ! Dithyrambiques de surcroît !
Ça mérite bien une suite bon sang.
(Emy, faut que je lise ce que tu fais !)
Merci à tous les deux en tout cas. ![]()
L´espoir fut de courte durée, car, comme chacun peut s´en douter, nos amis pénétrèrent dans une banale caverne, sans chauffage, ni eau, ni électricité. Hé oui... Bad sortit donc chercher du bois afin de faire du feu, en ayant pris soin d´emprunter la hache de Jipé. A quelques dizaines de mètres se trouvait fort heureusement une magnifique commode Louis-Philippe, abandonnée là par quelque collectionneur. Il n´eût plus qu´a la débiter en fagots à grands coups de hache, avant de retourner vers la caverne.
C´est alors qu´il entendit d´affreux hurlements.
Se précipitant à l´intérieur, il découvrit Jipé aux prises avec une ignoble créature. Son corps, entièrement nu, était recouvert de mycoses et d´escarres purulentes, et mille bubons suppuraient en permanence un liquide jaunâtre à l´odeur suffocante. Il aurait fallu l´aide d´un proctologue pour deviner où était sa bouche, tant borborygmes et sifflements s´échappaient de multiples endroits de son corps. En plus, elle avait deux têtes, et celles-ci ne semblaient pas animées des meilleures intentions.
Le tir nourri des fléchettes d´argent de Jipé n´avait aucun effet sur ce... cette chose.
Dans un magnifique effet de ralenti, Bad, tout en dégainant son épée, jeta en l´air la hache de son ami qui l´attrapa en plein vol, puis ils se ruèrent sur l´infecte dermatose vivante. Ils tranchaient, taillaient, coupaient de toutes leurs forces, mais instantanément les membres repoussaient, comme si ces mutilations ne faisaient que renforcer sa puissance. Par moments, des attaques acides jaillissaient des multiples orifices de son corps, et nos amis avaient bien du mal a les esquiver. Ils perdaient peu a peu du terrain, et il n´y avait apparemment aucun moyen de vaincre ce monstre.
Bientôt, ils furent acculés, perdant tout espoir, mais décidés a en découdre jusqu´au dernier souffle.
C´est alors qu´une petite musique résonna dans la caverne, stoppant le monstre illico, qui se tordit de douleur dans d´atroces convulsions, et finit par mourir dans un râle infect.
Le son provenait d´une flûte, jouée par un petit être d´une vingtaine de centimètres qui se tenait fièrement à l´entrée de la caverne.
-Je passais dans les parages, j´ai entendu du bruit. Encore une chance que j´aie ma flûte sur moi, fit la toute petite voix.
-En effet. Mais qui êtes-vous ? Et quelle est cette flûte qui semble avoir de si grands pouvoirs?
-Permettez que je vous retourne la question Messires. Je viens tout de même de vous sauver la vie, et il me semble être en droit d´en savoir davantage à votre sujet.
-Pardonnez-moi, vous avez raison. Je m´appelle Bad Plafon et voici mes compagnons, Jean-Paul Belmonventre et Miles Davis.
-Enchantée. Je suis une fée. Je m´appelle Eric, dit-elle en se roulant un clope.
-Etrange prénom pour une fée...
-Nous sommes des êtres assexués, un peu comme les anges. Certaines de mes amies
s´appellent Robert vous savez...
-Désolé, je ne pouvais pas savoir, d´autant plus que vous êtes quand même formidablement bien foutue.
-Ce n´est pas grave, répondit Eric.
-Et votre flûte ?
-Ah ! Ca ? C´est une flûte magique anti-cauchemars.
-Anti-cauchemars ?
-Vous vous battiez contre vos propres cauchemars. Dès lors, vous n´aviez aucune chance d´en réchapper. Mais même les pires cauchemars ne résistent pas aux mélodies de cette flûte enchantée. (Ha ha !) Il faut croire qu´ils ne sont pas très mélomanes, dit-elle en riant.
-Et bien tant mieux ! Sans vous nous étions proprement refroidis.
-Contente d´avoir pu vous aider. Peut-on savoir ce que vous venez faire en ces contrées hostiles ?
-Nous sommes à la recherche du soleil disparu.
-Ah mais je sais ou il se trouve ! C´est tout près d´ici, dans la vallée, de l´autre coté du sommet. Mes amies sont prisonnières là-bas. J´ai réussi a échapper à l´attention des gardes et je me suis sauvée. Peut-être pourriez-vous m´aider a les libérer...
-Si nous le pouvons Eric, nous le ferons. Vous avez notre parole. Reposons-nous autour
d´un bon feu de bois, et dès demain nous élaborerons un plan afin de les tirer de là.
Après avoir déblayé l´intérieur de la caverne des restes du cauchemar, ils se réchauffèrent donc et s´endormirent près du feu crépitant.
***
Le Comte Ebon était au plus bas. Le moral du Comte était au plus bas, car le compte du Comte était au plus bas. Le Comté subsistait tant bien que mal grâce aux fioles de soleil livrées par les troupes du Baron. Les gens faisaient la queue dans la cour du château pour recevoir chacun quelques gouttes du précieux liquide. Certains attendaient depuis des jours. La confiance qu´ils accordaient au Comte s´émoussait petit à petit. Quelques-uns, attirés par l´assurance d´un salaire confortable, envisageaient de passer à l´ennemi. En effet, fort de son succès, le Baron proposait du travail a qui le désirait, et, vu la situation, il leur était bien difficile de résister.
De son coté, Aude ne pouvait se résigner a subir indéfiniment le joug du Baron Noir et de ses hommes. C´était une femme d´action. Bien qu´elle excellât dans ces deux disciplines, elle maniait mieux la corde de son arc que celles de sa harpe. Elle était plus habile à manier la dague que le crochet. De même, elle montait mieux à cheval que la mayonnaise.
N´y tenant plus, elle fit irruption d´un pas décidé dans le bureau du Comte, surprenant celui-ci en flagrant délit de pêche aux crottes de nez.
-Vous pourriez au moins frapper avant d´entrer! dit-il, gèné, en coinçant négligemment le fruit de ses recherches sous la table.
-Mais, Père, vous oubliez qu´il n´y a pas de porte. répondit-elle en désignant le rideau.
-Hmm, fit le Comte d´un air dubitatif. Quel est donc le but de cette visite inopinée, ma fille?
-Je ne puis me résigner a subir indéfiniment le joug du Baron Noir et de ses hommes. Je suis une femme d´action. Allons leur foutre sur la gueule.
-Songez bien que j´y ai déja pensé. Et j´ai beau retourner le problème, pensez que j´y ai déja songé. Nous ne sommes pas prêts à donner l´assaut. Nos fidèles, bien que vaillants, sont beaucoup moins nombreux, et ils ne résisteraient pas bien longtemps aux troupes du Baron, mieux entrainées et surtout mieux équipées que les nôtres. La sagesse nous oblige a l´extrème prudence. Nous ne devons pas nous précipiter, ce serait aller droit à la défaite. Il nous faut un plan, une ruse susceptible de mettre fin a cette tyrannie. Je dois réfléchir, et c´est justement ce que j´étais en train de faire lorsque vous êtes entrée.
-Ouais mais ça peut durer des années à ce tarif-là. D´autant plus que nous n´avons aucune nouvelle de votre équipe de bras cassés.
-Un peu de patience ma fille. Croyez que je ne laisserai pas de tels crimes impunis. Je trouverai le moyen de faire payer ce Baron. Et maintenant, laissez-moi réfléchir. Vous pouvez disposer.
En fulminant, Aude tourna les talons, et la colère qui empourprait son visage la rendait plus désirable encore. Quelle femme tout de même !
Aux confins des territoires du Nord, dans sa forteresse d´acier, l´infect Baron Noir jubilait.
-Ah ! Ah ! Ah ! Grâce à l´argent rapporté par notre petit commerce, j´ai déja pu m´offrir un jacuzzi, un système home-cinéma dolby-stéréo surround avec caisson de basses, et
j´ai fait poser un interphone à l´entrée de la forteresse. Mon cher Fuligineux, à ce rythme, nous allons bientôt devenir les maitres du monde, enfin surtout moi. Continuez donc à prodiguer a notre invitée de marque le traitement de choix qu´elle mérite et que vous seul êtes en mesure de lui offrir, et je saurai me montrer généreux, faites-moi confiance.
Bien que les derniers mots du Baron éveillèrent le doute dans son esprit, Mr Fuligineux obtempéra en affûtant son fidèle scalpel, une lueur de plaisir dans le regard.
Encore un ptit chapitre bien sympatoche, et une histoire qui bien que classique tient toujours la route !
Joel !
La suite donc...
Les cendres étaient froides quand Bad se réveilla ce matin-là, en proie a un sentiment étrange, proche de la nostalgie. Aucune famille ne l´attendait nulle part, et pourtant Prll lui manquait, et surtout ses habitants. Après tout, il y avait vécu toute son enfance et s´y était toujours senti comme chez lui, accepté sans a-prioris par toutes et tous. Il laissa échapper une larmichette, qui se transforma instantanément en glaçon sur sa petite joue rose et potelée. (Il faut garder à l´esprit que Bad, au moment où se déroule cette histoire, n´est encore qu´un tout jeune homme couvert d´acné avec la voix idiote de l´adolescent en train de muer et l´apparition d´une moustache naissante duveteuse et ridicule.)
Mais il y a un temps pour tout, et l´heure n´était pas aux larmichettes. Il fallait agir, et Bad réveilla ses compagnons.
Après un frugal petit-déjeuner constitué d´os de mollusques séchés que Jipé avait pensé a amener en cas de coup dur, ils quittèrent la caverne a la suite de la fée Eric. Ils contournèrent le glacier, et se retrouvèrent sur le versant opposé de la montagne. Miles était très excité.
-Cette étrange fée a raison, souffla-t-il a Bad. Le soleil est tout près d´ici. Nous touchons au but.
Ils gravirent donc la descente, prudemment toutefois, pour ne pas provoquer d´avalanche.
De l´autre coté se tenait un lac gelé. De la glace, de la glace a perte de vue.
-Mes amies sont de l´autre coté de ce lac, dit Eric.
-Soit, chaussons nos patins.
Ils entamèrent donc la traversée de cette immense patinoire naturelle tout en décrivant de gracieuses arabesques. C´était très joli a voir, même dans la pénombre. Après quelques heures de glisse, ils décrivaient quand même beaucoup moins d´arabesques qu´au début. Tout au plus quelques vrilles de temps a autre. Puis ils touchèrent l´autre rive. Eric leur indiqua un monticule rocheux plus au Nord.
-C´est là-bas, derrière ces rochers.
Ce qu´ils y découvrirent les stupéfia littéralement. Bouche bée, Bad observait la scéne, incrédule.
-Mais qu´est-ce que c´est que ce truc ?
***
En contrebas était tendue une énorme bâche, si grande qu´il aurait fallu des jours et des jours pour en faire le tour. Des milliers de petites fées se pressaient sur ses bords, et leur agitation évoquait une fourmilière géante tant chaque individu vaquait a ses occupations avec précision et rapidité. A y regarder de plus près, on apercevait entre leurs petites mains agiles des dizaines de fioles scintillantes, qu´elles entreposaient ensuite sur d´énormes palettes situées à proximité, sous l´oeil de quelques gardes en armes.
Bad, incrédule, se tourna vers Eric.
-Je repose la question. Mais qu´est-ce que c´est que ce truc ?
-Et bien d´après ce que j´ai cru comprendre, c´est exactement ce que vous cherchiez.
Miles confirma.
-C´est bien le soleil qui est caché sous cette bâche, je peux le certifier, Bad.
-Mais... je n´y comprends rien, dit-il en se grattant l´occiput, que font ici toutes ces fées, et ces gardes, et cette bâche aussi...??
(A ce stade de l´intrigue, il convient de rappeler au lecteur que Bad est con comme une guitare.)
-Je vais tâcher de vous expliquer, dit Eric. Depuis la nuit des temps, le peuple des fées possède un don unique. Bien avant l´arrivée des humains, les fées vivaient en parfaite harmonie avec les autres espèces, principalement les gnomes et les gobelins. Malheureusement, une terrible épidémie frappa notre peuple et fit tant de ravages que très vite, les survivants ne furent plus qu´une poignée...
A leur tête, une fée déterminée et très intelligente qui s´appelait Marcel, se mit en quète d´un antidote. Elle étudia tant de grimoires et de parchemins qu´elle finit par découvrir une formule magique permettant d´extraire l´essence même de l´astre solaire, seule capable d´éradiquer la maladie. Grâce a cette formule, elle put dissocier son esprit de son corps, et récolter quelques précieuses gouttes du liquide miraculeux. C´est ainsi qu´elle sauva son peuple de l´extinction. La formule fut transmise de génération en génération, jusqu´au moment ou certaines fées finirent par posséder ce don a la naissance.
Aujourd´hui nous maitrisons toutes ce pouvoir.
-Quelle belle histoire, dit Jipé, en pleurs, preuve que l´on peut être un nain bourru et ne pas être dénué d´une certaine sensibilité.
-En effet, c´est poignant, mais cela n´explique pas tout ce mic-mac ! dit Bad, qui, décidément, était aussi perspicace qu´un vélo.
-Et bien, poursuivit Eric, je ne sais pas pourquoi ni comment, mais nous sommes prisonnières ici, et forçées d´extraire l´essence du soleil comme de vulgaires esclaves, pour le compte de je ne sais quelle puissance.
-Mais qui ? reprit Bad. Et dans quel but ?
-Le mieux serait sans doute de demander à Gérard. C´est notre chef ici.
-Bien, il faut lui parler sans attirer l´attention des gardes, ça ne va pas être facile.
-N´oubliez pas que je suis une des leurs. Il me suffit de me glisser parmi les ouvrières, et hop ! Ni vue ni connue.
-Ah oui, c´est vrai. Tu es très judicieuse Eric.
-Merci. Attendez-moi ici, je reviens en compagnie de Gérard.
Ils décidèrent donc de faire une petite belote pour tuer le temps en attendant le retour
d´Eric. Après la belote, ils jouèrent un peu a la marelle, aux billes, et, comme Eric ne revenait toujours pas, ils entamèrent une partie de balle au prisonnier. (ils avaient bien pensé jouer a 1,2,3 soleil mais ce n´était ni le lieu, ni l´endroit.)
Ils finirent par s´endormir d´épuisement, en proie au doute quant à la loyauté de leur nouvelle compagnon. Au bout de quelques jours, le doute persistait, et la confiance qu´ils avaient accordée a la fée s´émoussait progressivement.
Quand arriva le week-end, nos amis finirent par se poser des questions au sujet d´Eric. Avait-elle eu un empèchement ? Finirait-elle par revenir ? Devait-on lui accorder le bénéfice du doute ?