Bonjour à tous.
Je vais vous narrer la menue aventure de ce week-end qui m'est arrivé, car je pense qu'elle intéressera certains parmi vous.
En me promenant dans la semaine sur Internet, j'ai pris connaissance du Festival des Imaginales consacré à la Fantasy, la Science-fiction et les autres genres de l'imaginaire. Sur le site, il était indiqué que des éditeurs viendraient, et rencontreraient des auteurs amateurs. Toutefois, cette rencontre était réservée à seulement 12 postulants.
Bon... N'y croyant pas tellement, j'ai fait ce qu'il était demandé : j'ai pondu un petit speech sur Etiam periere ruinae, plus les trois premières pages, et j'ai envoyé le tout cinq minutes avant le délai limite.
Jeudi matin, alors que j'assistais à un cours sur les plans d'extension d'Amsterdam dans le temps (ne rigolez pas, c'est réellement intéressant), j'ai reçu la réponse m'indiquant que j'étais sélectionné pour rencontrer ces éditeurs lors d'un "speed dating". Très bien... sauf que les Imaginales, c'est à Epinal. En Lorraine. Et j'habite Bordeaux. Sachant que le speed dating devait se faire le lendemain soir.
Je me suis alors précipité sur Internet et j'ai monté une petite (et ruineuse) expédition vers cette lointaine région. Plusieurs heures de train plus tard, me voici dans cette charmante bourgade à tâter du festival.
Je m'attendais à trois stands de fortune installés dans la salle polyvalente de la ville avec quelques pecnos, et j'ai pu constater qu'il n'en était rien. Sans être le salon du livre du siècle, il y avait une belle tripotée d'auteurs, des animations, des conférences, des débats, pleins de dédicaces. Bref, une ambiance des plus sympathiques. Je fais le tour des écrivains présents, je leur achète quelques livres et j'échange quelques paroles avant que le plus intéressant ne commence.
A 18 heures, c'est tenue une conférence d'une heure avec les éditeurs. Etaient présents le directeur de collection de Bragelone, la directrice de collection de Mnémos, Xavier Nauméjan et une autre femme dont j'ai oublié le nom mais qui était spécialisé dans la fantasy. Des gens donc d'une certaine importance tout de même, qui se sont prêtés à un jeu de question à propos de l'édition, et je vais vous en faire le récit céans tout en essayant de structurer la chose pour être clair.
Chacun, ils reçoivent dans les 300-400 romans par an, de l'ordre d'un à deux manuscrits par jour. Ils ne lisent évidemment pas tous les manuscrits qui arrivent, et opèrent d'une certaine manière pour faire le tri.
Déjà, il y a les manuscrits qui ne correspondent pas à la ligne éditoriale de la maison d'édition. Les éditeurs le disaient très clairement : les mémoires d'un marin ou le récit du tour du Maroc à pied n'ont rien à faire chez eux. Bon nombre de personnes envoient leur histoire sans avoir fait un minium de recherche. Les maisons d'éditions ont des attentes très spécifiques, et il faut donc se renseigner avec précision sur celles qui correspondent le plus à l'histoire que l'on veut faire publier, sinon on perd de l'argent et du temps.
Ensuite, les éditeurs parlaient de la présentation, et là, il y a pas mal de trucs qu'ils ne supportent pas. En premier lieu, les lettres de présentation. Ils racontaient qu'il y avait énormément de gens qui mettaient des trucs du genre "ma grand-mère/ma prof de français/mon mère/la moisissure dans la salle de bain aime énormément ce que je fais etc...", il n'y a rien de pire selon eux que des trucs niaiseux comme ça et les gens qui tentent à tout prix de vendre leur histoire. Non. Ce que veulent les éditeurs, c'est de la simplicité et de la modestie, avec une courte lettre ressemblant à ça :
"Bonjour, je suis Untel. J'ai écrit un livre intitulé « L'ambivalence herméneutique de l'épistémologie transformative selon le modèle Warhinger » et je souhaiterais le faire publier par votre maison d'édition.
En espérant que la lecture vous soit plaisante.
Cordialement
Untel"
Avec éventuellement un résumé plus ou moins court du récit.
Ca leur suffit amplement.
Second point de la présentation : la mise en page. Une chose qui les agace particulièrement sont les illustrations : ils en ont rien à faire puisqu'ils publient des textes, pas des images. La police d'écriture peut jouer également. Contrairement à ce que l'on pense, ils ne rejettent pas les textes qui ne sont pas aérés (genre double interligne) même s'ils le préfèrent notablement. En revanche, ils détestent les polices d'écritures moisies qui font cursives, ou tentent de produire un effet ou d'accompagner la lecture. La mise en page doit être là encore la plus simple possible avec une police claire et lisible : Times ou Arial font très bien l'affaire.
Une fois passé ce cap, ils s'attardent brièvement sur le style, pour voir si on écrit "en français". Ils ont tous appuyé sur ce fait, en faisant passer le maximum d'implicite par cette expression. Ils regardent donc si l'auteur sait écrire correctement : les répétitions sont proscrites, de même que les verbe terne (être-avoir-faire) et évidemment, les fautes d'orthographe. Ils sont toutefois conciliants avec les coquilles et autres fautes de frappes qui sont être involontaires, et corrigibles facilement.
Ils regardent aussi s'il y "une patte", id est un style particulier, une grammaire qui invite le lecture, et quelque chose de fluide. Les effets de manche, les phrases longues et la grammaire ampoulées, même maîtrisées peuvent être rebutants.
Une chose sur laquelle ils s'accordaient à dire, c'est que l'écriture, cela s'apprend, qu'il y a des techniques. Ce n'est pas qu'un loisir, une passion. Quand on propose son manuscrit à un éditeur, c'est pénétrer un milieu professionnel, et être écrivain est un métier, ce qui implique de travailler. Pour cela, il faut lire énormément pour s'imprégner d'un bon français, il faut écrire beaucoup, s'exercer, se perfectionner, savoir prendre du recul et ne jamais céder à la facilité. Il faut aussi savoir être conciliant et accepter de modifier des choses dans son récit, allant du simple détail dans une description au remaniement d'une partie du scénario.
Mais la présentation et le style ne comptent pas pour beaucoup. Ce qui influe notablement les éditeurs, et/ou leurs comités de lecteurs, sont les débuts. Il faut impérativement que le début soit accrocheur, que dès la première phrase le lecteur soit embarqué et rentre le plus tôt possible dans le vif du sujet. C'est là que tout se joue, et si un début ne leur plaît pas, ils ne regardent pas le reste.
Ils racontaient également que depuis 4 à 5 ans, la qualité des manuscrits tendait à s'améliorer sans qu'ils sachent pourquoi. Alors qu'avant 70 % de ce qu'ils recevaient passait à la trappe tant c'était passable, aujourd'hui, ils étaient confrontés à des dilemmes face à certains textes. Ils ne sont pas nécessairement excellents, mais moyen, et ils se disent "merde ! il y a quelque chose". Ils ne savent pas quoi en faire, ils hésitent, et ça leur arrivent même de renvoyer des lettres en disant "RAS" ou même "C'est bon" sans les publier. Si la qualité peut être au rendez-vous, il manque bien souvent le "truc" qui fait qu'on ait envie de connaître la suite. Il s'agit donc de les séduire.
Bon après, ils ont surtout parlé du comportement de gens étrange comme un type qui avait envoyé un roman en disant dans sa lettre "j'aime beaucoup ce que vous faites, j'apprécie vos livres, et c'est pourquoi j'ai décidé de faire quelque chose de totalement différent. Rires dans la salle. Ou alors parfois des gens au tempérament nerveux qui téléphonaient directement pour parler à l'éditeur, le rencontrer etc. Bref, parfois les gens sont bizarres et ne mesure pas ce qu'ils font.
Toutefois, autant il faut faire preuve de modestie, autant il ne faut pas hésiter à persévérer et les relancer pour savoir s'ils ont lu, ce qu'ils comptent en faire, pourquoi ils ont refusé etc...
Bon après je suis allé au speed dating dans des conditions assez rigolotes. Ils voulaient à tout prix éviter qu'une montagne d'auteurs amateurs ne viennent les submerger, c'est pourquoi ils nous ont conduit dans "un lieu secret" avec interdiction d'être accompagné. C'a avait des airs de réunion obscure pour sociétés secretes en quête de complot.
Nous étions huit él... sélectionnés, trépignant d'excitation. Il y avait une professeure ayant écrit un livre de fantasy pour la jeunesse, une jeune fille avec un roman historique se passent dans la Paris du XIXe siècle, et après je me souviens plus. En majorité de la fantasy, et j'étais donc le seul à avoir de la SF. Il y avait aussi un type qui travaillait sur son histoire depuis 17 ans et qui avait déjà écrit plusieurs tomes. Et à part un ou deux, c'était la première fois que nous tâtions de l'éditeur.
Nous voilà donc véhiculés dans un minuscule restaurant dans la ville et nous voyons chaque éditeur à tour de rôle pendant dix petites minutes, et à chaque fois, il fallait décrire notre histoire du mieux que possible.
J'ai donc résumé quatre fois EPR, parfois en m'embrouillant car mon histoire est assez complexe, et ils ont feuilleté le premier chapitre. En général, ils ont tous trouvé que j'écrivais très bien. L'éditrice de Mnémos a même dit être impressionnée par mon niveau pour âge et que mon style était supérieur à ce qu'elle voyait d'habitude. J'en ai profité pour lui parler des Portes de Baldruzian. Elle a aimé l'idée et le début que je lui ai montré, trouvant cependant à redire sur une sonorité qui n'allait pas très bien.
Ils ont tout de même repéré quelques défauts comme des répétitions bénignes, et aussi quelques phrases longues. Dans l'ensemble, ils ont été très sympathiques, à part peut-être Xavier Nauméjan. Disons qu'il fut le plus stricte, en trouvant un dialogue pas très réaliste et un autre paragraphe où je décrivais trop le décor. Pour le style, j'avoue avoir quand même été satisfait puisqu'ils ont relevé des défauts assez mineurs et que je connais déjà moi-même. Et j'ai été doublement satisfait puisqu'ils ont eu l'air d'apprécier alors que je n'aime pas ce premier chapitre d'EPR qui manque de panache, et que je n'aime pas trop moi-même. Bref, j'écris apparemment très bien, ce qui fait énormément plaisir de la part d'éditeurs.
Ensuite l'histoire. Ils ont tiré des têtes étranges à chaque fois que je parlais de "guerre entre mutants et machines" et il a fallu que je déploie des talents de persuasion pour expliquer que c'était un peu plus subtil que ça. Xavier Nauméjan a trouvé une microfaille dans mon récit qu'il a essayé d'exploiter (pour ceux qui m'ont lu : malgré que Cinéro soit une intelligence formidable, il n'a pas pu prévoir l'émergence des homaridians, ce à quoi j'ai répondu que le futur reste toujours indéterminé et que pour le connaître, il est nécessaire de connaître le présent, et surtout tous les paramètres du présent. Sans certaines données, la prévision peut être faussée. J'y ai pensé après, mais j'aurais pu dire aussi que même si on peut connaître le futur, on ne possède pas forcément les moyens pour le modifier. De plus, comment prévoir des mutants quand la mutation est une chose aléatoire... ? Et de toute manière, Cinéro ne prévoit pas tellement le futur, il essaie de le transformer. Donc bon...), et pour j'ai perdu un peu de temps à lui expliquer que la situation était plus subtile que ça. Ce que j'ai pas apprécié par contre, c'est que comme je lui avait dire que j'étudias l'architecture, il a comparé mon texte à un plan, et j'ai trouvé ça un peu facile.
Il m'a demandé après si j'écrivis autre chose. Ce à quoi j'ai répondu que oui, avec des nouvelles et une batterie de fiction. Et je lui ai résumé "Une erreur primitive" et il a aimé l'idée de mes extraterrestres pacifistes aux volontés étranges. Xavier Nauméjan avait l'air d'être très porté sur la crédibilité de l'histoire, l'aspect dramatique, disant qu'il fallait le plus tôt possible faire apparaître les enjeux.
L'éditrice de Mnémos et celui de Bragelone ont en revanche bien apprécié. Pas forcément le scénario, mais les idées que j'y développe comme l'utilitarisme, mon futur postapo avec ses technologies pas trop avancées, le fait que mon univers ait un passé (notamment ce qui se passe avec le coffret du Maire et Mars), et d'autres choses que je ne peux pas dire pour ne pas spoiler.
Quand à l'autre femme, elle n'édite que de la fantasy, principalement en jeunesse donc EPR n'était pas pour elle. J'ai tenté de lui décrire la guerre de Compaste, mais comme je n'ai pas arrêté tout le scénario je me suis un peu perdu. Elle ne m'a rien appris.
J'ai ensuite papoté avec les autres auteurs. Personne n'a été retenu, de toute manière, ce n'était pas vraiment le but de cette rencontre, où il s'agissait avant tout d'avoir un avis sur nos textes et quelques conseils. Dans l'ensemble, les autres auteurs manquaient de technique dans le style (à part une qui a emballé l'éditeur de Bragelone) et il y a des aspects de l'histoire à revoir, notamment de l'originalité. Chose d'ailleurs que j'ai trouvé paradoxale puisque pour certains, ils leur conseillé de revenir à quelque chose de plus classique (à ne pas confondre avec cliché).
En somme, une rencontre très agréable, très amusante, très enrichissante, même si me concernant ils m'ont dit des choses que je savais déjà.
Voilivoilou. ![]()
Vachement intéressant, surtout les précisions sur l'envoi et la sélection de manuscrit. Tu comptes leur proposer quelque chose de retravaillé un de ces jours?
Carrément intéressant, clair. Par contre, le titre du topic, bravo mon petit Ostra, t'a jamais fait pire que ça. Je m'attendais à lire tes vacances chez Tatie Michèle. ![]()
La fréquentation du 15-18 m'avait fait imaginer une scéne de sexe avec sa cousine, moi. Décu.
Sinon, plutôt intéressant, ouais. Ce genre de rencontre redonne espoir en l'édition, j'imagine. Tu as pris leurs contact pour leur envoyer EPR?
Content que ça vous soit utile, intéressant dirons-nous.
Pour EPR, oui, la version réécrite est terminée et je compte le proposer à des éditeurs à terme. Mais je vais probablement faire quelques coupes, des modifications en fonction de ce qu'ils ont dit. Et puis aussi, j'ai un petit comité perso qui lit en ce moment, donc je changerais probablement des trucs qui ne vont pas.
Pour le titre,
, j'avoue que je me suis laissé tenté par le kitsch.
je pense que c'est un gros FAKE.
Génial!!
Franchement, la manière dont tu racontes, on s'y croirait en tout cas lol. Ca devait être très encourageant pour toi... et sans doute te pousser à éditer !
Bravo! Ta carrière pourrait très bien décoller!
Tres intéressant merci pour les infos.
Comme on dit chez nous : "Cool story bro!
".
Bon bref, content pour toi, 'videmment. Je connais un mec au pseudo de quatre lettres qu'aurait dû y aller aussi...ahem personne voit de qui je parle? ![]()
J'imagine que la "spécialiste de fantasy" était la présidente/directrice/whatever des Mille Saisons, vu que j'avais en effet entendu parler de ces "Imaginales" à l'époque reculée où je visitais leur site.
Lecture intéressante en tout cas, enfin dans mon cas plus pour ma culture gé qu'autre chose.
Good luck dude. On (vous, devrais-je dire) aura peut-être quelqu'un édité dans une vraie maison d'ici la fin du siècle? ![]()
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Bon bref, content pour toi, 'videmment. Je connais un mec au pseudo de quatre lettres qu'aurait dû y aller aussi...ahem personne voit de qui je parle?
"
Bah le pire, c'est que nan ![]()
"personne voit de qui je parle?"
Ah, parce que tu parles de quelqu'un en particulier? ![]()
Az', apparemment Jean_Dezert (il est venu quelques fois sur le fofo) va se faire éditer chez Grasset. ![]()
Je suis là !
Et tout à ma joie ! (c'est chiant la joie pour les autres, je le sais)
Az parle de Kaim.
Très intéressant en effet, cela fournit des informations utiles sur le monde de l'édition... sans compter que recevoir un accueil comme celui-ci doit réellement être très satisfaisant.
J'suis trop inactif/dépassé pour connaître ce Jean, mais congratz à lui dans ce cas. Du coup mon post du dessus fait un peu "bien ta grotte?
" -_-
Mais nan, Az' t'es pas dépassé... C'est juste que le Jean en question n'a jamais posté ces trucs sur le fofo (pas avec ce pseudo du moins), il a juste demandé des conseils pour faire une lettre à envoyer aux maisons d'édition. Voilà, sèche tes larmes et redonne-nous un joli sourire... ![]()
Pour que je sourie, faut un cutter. ![]()
C'est juste que le Jean en question n'a jamais posté ces trucs sur le fofo
Si, j'ai posté une vingtaine de poésies sur le topic "mes poésies et les vôtres" ![]()