Bonsoir aux couche-tards du moment et bonjour aux lève-tôts de tout à l'heure
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Voici une petite et simple nouvelle dont je poste le début. Vos avis me guideront peut-être ;) .
Dans le petit village portuaire de Kervadec, la pêche est une tradition établie depuis bien des générations. Perdu dans un recoin du littoral découpé et tailladé du Morbihan, le village semble une menue poussière marine qui, au fil des courants capricieux, s’est coincée entre deux bouts de terre. Le sol, éventé, trop salé et largement rocailleux offre une végétation bien trop laide pour contenter même le plus facile des hommes. La mer en revanche, dans son épaisse et énorme robe bleue, séduit assurément avec ses indécentes propositions de viande délicieuse. Pareille aux femmes les plus subtiles, elle sait faire miroiter les meilleures régions de sa beauté, laissant deviner des bancs poissonneux dans un recoin d’eau limpide, gorgé d’étincelles baladeuses qui ont l’air d’être tombées du soleil. Ou parfois, plus fatiguée, lasse d’être courtisée, elle s’étale un peu plus grossièrement sur le rivage, débordant toujours de friture frétillante, suintant et transpirant excessivement sa graisse de poisson pour satisfaire le plus goulu. Mais la mer le plus souvent est folasse et mutine, elle aime se sentir désirée, adore être chevauchée et ne se donne qu’au prix d’une laborieuse séduction. Dans le pays elle faisait partie d’un tout, annonciatrice de belles joies ou de malheurs terribles, grande donneuse ou méchante voleuse ; Kervadec avait ainsi grandi au sein de cette inquiétante dame, tantôt mère, tantôt femme. Kervadien et marin ont alors toujours sonné d’un même son de cloche évident ; quand on naît ici, on apprend à parler, à marcher et à naviguer, naturellement.
Mais avec le temps l’exploitation maritime s’est professionnalisée, devenant plus rustre et avide. On partit plus loin avec plus de moyens pour ramener toujours plus. Tant de plus, d’ailleurs, qui contribuèrent à rendre le village coquet et attrayant ; si bien que de pêcheurs à Kervadec, il n’en restait plus que des touristes venus là pour se divertir et découvrir tout un petit monde au pittoresque de moins en moins probant.
Les étrangers venaient souvent pour approcher ou mieux apprécier leur maîtrise de la pêche dans l’endroit le plus fameux du village et qu’on appelait « la digue ». Grande jetée naturelle formée de hauts rochers noirâtres, grenus et plus ou moins disloqués, elle se prolongeait bien loin dans l’océan, si loin qu’on eût dit une jambe oubliée de géant, affalée et à moitié immergée. Elle attirait un nombre énorme de poissons en faisant valoir toute sa richesse sous-marine, en se laissant dévorer éternellement par d’horribles ou mignonnes bêtes aquatiques qui évoluaient bien sûrement dans ce labyrinthe de rocailles et de récifs. Les pêcheurs l’aimaient beaucoup pour tous ses nombreux renfoncements où l’on peut pêcher tranquillement à l’abri d’énervantes contraintes et où l’on peut rester patient pendant longtemps. Seulement, il arrivait parfois que la digue soit inondée les jours de marée haute. Et sur toute sa longueur, plus aucun de ses rochers ne transperçaient l’eau, exceptée son extrémité lointaine, plus haute et plus massive, qui avait alors l’allure d’une petite île.
Il y avait parmi les pêcheurs, les habitués qui venaient reprendre leur même place et les novices qui trébuchaient gauchement pour en trouver une. Les plus vieux se retrouvaient en groupes mais avec suffisamment d’espace entre eux pour ne point se gêner. Et quand on voulait se parler, à propos du temps, de la pêche ou d’autre chose, on entendait des morceaux étouffés de gueulements transbahutés par le vent qui soufflait très fréquemment sur la digue :
« Hé ! Gaston ! V’là l’père Laurent qui s’en va déjà. Je l’ai pas beaucoup vu toucher son panier, il a pas dû trouver grand-chose, histoire de pas changer. Attends que j’lui demande. »
Et le vieux pêcheur se mit debout, les mains autour de sa bouche afin de mieux faire porter sa voix :
« Alors Laurent ? On abandonne déjà la partie, tu te fatigues ? »
Laurent était habitué aux railleries des deux vieux. Il se mit à sourire, amusé, et leur répondit en criant suffisamment fort pour être entendu :
« Hé non Moustache ! Je suis pas encore fatigué mais j’ai promis à ma femme de rentrer tôt pour déjeuner. Pourtant je sentais la touche, dommage ! »
Le vieux Moustache se mit à rire gaiement et le salua tout en blaguant avec son voisin. Laurent lui rendit la politesse et s’éloigna en remontant la digue. De temps en temps il se retournait pour voir les deux compères qui devenaient de plus en plus petits et qui bientôt disparaissaient dans les rochers. Eustache Levadec était un homme encore solide pour son âge, n’ayant plus que quelques cheveux blancs sur le crâne mais disposant d’une magnifique moustache, blanche elle aussi, et qui faisait ressortir son gros nez veineux et écarlate. Son ami Gaston Laënnec était plus maigre, plus allongé de corps et avait toujours une grosse tignasse échevelée d’ancien blond. Les deux étaient d’anciens marins nés à Kervadec et la pêche à la ligne était devenue leur petit plaisir quotidien depuis la retraite. Ils avaient des égards généralement peu flatteurs pour la plupart des autres pêcheurs de la digue, ne voyant en eux que de piètres amateurs venus bafouer l’art de la pêche. Ils adoraient critiquer les plus empotés à les voir lancer leur canne avec maladresse ou arborer un visage de niais satisfait lors d’une prise ridicule. Pourtant, le jour où ils virent Laurent arriver non loin de leur place habituelle, à l’extrémité de la digue, ils ne purent s’empêcher d’admirer avec délice son manque d’habileté. Et Laurent, dont le caractère était trop fier pour se vexer de leurs réflexions, s’entêtait tranquillement à rester, là ou d’autres seraient partis aussitôt. Alors, dans cette contradiction d’hommes, naquit une amitié douce et légère où l’un se persuadait de s’améliorer et où les autres s’amusaient de tant de gaucherie. La nature est parfois bien étrange dans ses choix de rencontre.
Bonjour !
So...le début, admettons tout le premier paragraphe fait franchement carte postale, c'est simple, j'ai cru lire un résumé de Thalassa. C'est pas forcément un mal, mais là, ça fait plus description du dico qu'autre chose. Purement subjectif.
Bon bah ensuite je continue, mais je sais pas, l'écriture est correcte, mais y'a toujours ce style machinal, trop strict.
Finalement j'arrive à la fin du texte, et, euh...what else ? Je suis tenté d'appeler ça une anecdote plus qu'une nouvelle. C'est un peu niais (je voulais mettre "bateau" mais ça sentait le jeu de mots foireux), et ça mène nulle part. L'habitude sans doute, mais je m'attendais à une chute, ou un semblant, ou même à une petite phrase lafontainâtre, mais non.
Donc même si j'abandonne ce genre de texte après lecture de la première phrase en général, là je m'étais promis de faire preuve d'ouverture. Bon, bah j'ai pas aimé, ça n'engage que moi.
T'auras sûrement des avis favorables
Bonne continuation.
Merci merci ! Ca faisait longtemps que j'avais gardé ce bout de texte dans un coin à une époque où j'avais beaucoup mangé de lectures réalistes. Ca avait dû me décider à raconter une histoire d'une façon relativement plate et parfois niaise comme tu le remarques (sauf que je n'ai pas le talent d'un Maupassant pour rendre ça agréable)
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Bien je prends en compte tout ça et j'essaie de finir quand même !
Et comme je suis totalement débile...et que de surcroît je lis pas souvent les intros, j'ai zappé le "c'est le début" donc tu tiendras pas compte du "ça ne mène nulle part" et "y'a pas de chute blabla" merci ^^ .
Du coup je lirai la suite.
Oula ! Je me rends compte que je n'ai jamais posté la suite de ce vieux texte depuis. La voici (il ne manquera plus qu'une dernière partie à suivre) :
Après avoir quitté la digue, Laurent avait encore à traverser la place du village et quelques ruelles pour arriver chez lui. Il y croisa des connaissances avec lesquelles il s’attarda un peu car il aimait toujours à parler et à discuter en remuant ses gros bras et en faisant mille grimaces. Une fois chez lui, il trouva sa femme et son fils, embrassa la première et serra la main du second.
« Tu as rapporté quelque chose pour nourrir notre modeste famille ? » s’enquit l’épouse avec un mignon sourire en coin.
« Ah bah non, avec ta manie de vouloir manger si tôt. Si j’étais resté encore un peu, je vous aurais ramené un bar comme ça, ils sont costauds les vaches par ici.
_ Voilà qui est regrettable, répondit la femme avec un air détaché, on va donc finir par ne plus manger que de la viande dans un village où l’on ne mange que du poisson… Sors donc le poulet mon petit Jean, on va déjeuner maintenant.
_ Eh quoi ! Tu voudrais donc te rendre dans une poissonnerie alors que ton mari peut te combler. Regarde en début de semaine, vous avez eu le droit à un délicieux congre, non ?
_ Mais oui mon bon, on ne te reproche rien. Le congre était seulement un peu court mais il a eu le mérite de faire une entrée exquise. Et puis la viande c’est bon aussi, allez viens manger maintenant. »
Et Laurent, en s’installant à table, continuait à maugréer de sa mauvaise foi coutumière en ces moments-là, un peu blessé par les propos de sa femme. Cette dernière était d’ailleurs habituée aux brèves colères de son époux depuis leur arrivée à Kervadec, six mois auparavant. Ils habitaient alors Rennes avec leur trois fils dans un appartement situé au-dessus de leur bureau de tabac. Le commerce desservait une grande partie du centre-ville, offrant au couple une clientèle intéressante. Les heures de grande affluence, Laurent se prenait pour l’indispensable du quartier, hurlant de bonne joie avec ses clients, en patron sûr de lui, laissant souvent son épouse s’occuper des rayons et de la réserve pour mieux saisir les commérages ; Il trônait derrière sa caisse en bon roi satisfait, vendant ses produits comme on ordonne une exécution, avec une superbe délicieusement ironique.
Le ménage avait vu naître ses enfants au sein de cette même ville. Le premier devint petit avocat de région, le second pharmacien. Le cadet, Jean, dut suivre les parents à Kervadec lors de leur départ en retraite. Il fêtait cette année-là ses douze ans et traînait toujours derrière lui une vague odeur de malice :
_ Donc ‘Pa, t’as encore rien trouvé cette fois-ci ?
_ Ah mais combien de fois faut-il te le dire espèce d’abruti ? La pêche c’est un effort qui dure vois-tu, on ne se pose pas pour repartir dans la foulée avec trois belles prises comme si de rien n’était. Non vraiment, le bon pêcheur est celui qui s’installe patiemment et qui essaie d’attraper ce que la mer daigne lui donner, voilà tout !
_ Mouais. Te connaissant, tu dois t’endormir sur ta ligne.
_ Jean ! T’as intérêt à avoir un peu plus de respect pour ton père si tu veux manger !
Sa passion pour la pêche était née à Rennes, grâce à un ami poissonnier qui tenait commerce en face du bureau de tabac. Tous deux partaient à l’occasion pendant de longs après-midis près de quelque affluent de la Vilaine. Laurent vit dans cette pratique un épanouissement nouveau, une transcendance subtile, accessible à un groupe d’hommes restreint dont il faisait évidemment partie. Naïvement, il se persuadait ainsi d’être doué alors que quelques heures suffisaient à montrer toute l’étendue de son talent de gaffeur.
Le repas achevé, Jean débarrassa la table, laissant seul son père qui rêvassait sur sa chaise, les yeux divaguant vers la fenêtre du séjour comme pour fuir sa digestion d’homme repu.
Le lendemain, l’ancien buraliste retrouvait sa place habituelle sur la digue. Un sourire de jeune ingénu marquait son visage tandis qu’il installait son matériel. Tous ses déboires des autres jours disparaissaient, supplantés par l’espoir d’une journée fructueuse.
Au bout de deux heures, Laurent regardait toujours sa ligne qui n’avait pas remué une seule fois. A quelques mètres pourtant, Moustache et Gaston semblaient dénicher quelques prises avec leur flegme de vieux marins.
Laurent entendit derrière lui les pas d’un nouvel arrivant, un grand jeune homme au visage amusé qui avançait gaillardement sur les rochers. Il installa calmement sa ligne et ses accessoires puis fixa Laurent tout en lançant un salut enjoué. Le nouveau n’eut qu’un grognement en réponse.
Dans le rustre silence, les deux pêcheurs se lorgnaient grossièrement, de jalousie ou de curiosité. Puis brusquement, l’eau se fendit et la ligne du jeune voisin fit apparaitre une dorade bien vivace. Indifféremment, il retira l’hameçon, déposa la proie dans un petit panier rosâtre puis effectua un nouveau lancer. La scène se répéta sept fois, le pêcheur gardant un calme presque insultant. Son panier maintenant grouillant semblait une offense face à celui de Laurent, désespérément vide. Finalement, l’inconnu se leva, rangea ses affaires et se mit en route. Arrivé au niveau de Laurent, il entama un bout de présentation :
« Je m’appelle Luc, je vais passer quelques mois ici pour découvrir un peu le village. Alors si vous voulez des tuyaux, faut pas hésiter à demander ! Vous voulez un bar ? J’en ai pris des beaux…»
Laurent resta le regarder, rougeaud de honte. Le jeune animal voulait donc lui donner des leçons ! Incroyablement vexé, il se mit debout et le fixa dans les yeux :
« J’ai pas besoin de cours de pêche, surtout d’un jeune branleur comme toi. Et tes prises de cocu, tu les gardes dans ton panier de délicate. Maintenant tu déguerpis, le bruit ça fait fuir le poisson. »
Le mot fit sourire le jeune intrus. Sans trop faire cas de la prétention de Laurent, il remonta la Digue.
Les semaines s’écoulèrent alors en suivant une routine implacable. Chaque matin, Laurent arrivait le plus tôt possible, espérant voler le poisson aux autres par son avance. Mais comme souvent il ne pêchait quasiment rien. Puis Luc arrivait, nonchalant. En une heure il récoltait ce que Laurent peinait à obtenir en plusieurs jours.
Dernière partie :
Peu à peu Laurent devenait aigri, voyant ses illusions saccagées par ce pêcheur étrangement doué. Luc s’en allait en regardant Laurent en coin, indifférent, se souvenant seulement de son caractère difficile. En partant, il parlait brièvement avec Moustache et Gaston qui l’appréciaient pour sa simplicité et son talent.
Mais Laurent s’acharnait à revenir, fantasmant sans cesse sur une prise somptueuse, royale, un monstre qui couvrirait son rival de honte. Un matin pluvieux, il arriva donc le premier, vérifiant avec zèle ses appâts et ses lignes. La mer agitée laissait des vagues nerveuses se briser rudement sur les récifs. Et les contours habituels de la Digue, croqués par des tourbillons écumeux, étaient maculés de coulures épaisses et blanches. Dans la fraicheur matinale, une bruine tenace tissait de grandes silhouettes difformes et louches, glissant sur un écran brumeux comme de larges spectres dans un décor éthéré.
Le profil de Gaston apparut alors, bientôt suivi de Moustache qui lança un salut vague en direction de Laurent. Emmitouflé dans son imper baveux, le Rennais se tenait debout face au vent. Sa tête surgissait du vêtement, massive, rosée, le front battu par une masse de cheveux ruisselante. Tout son corps trapu se cambrait avec effort, têtu, déterminé à ne pas céder aux caprices de la nature.
Puis ce fut Luc qui clôtura le bal en s’installant comme à son habitude à quelques mètres de Laurent. Le temps semblait l’égayer comme un enfant, lui collant au visage des sourires nigauds. Son grand corps dégingandé, plié, courbé par les bourrasques évoquait les traits d’un étrange pantin. Il coinça son petit panier rose entre les rochers, régla son matériel et commença à pêcher.
Les quatre hommes étaient ainsi les seuls à prendre place à l’extrémité de la Digue. Le temps, peu à peu, se dégrada sérieusement. Le ciel bas, empli d’une large couche grise et unie, déchargeait une pluie toujours plus dense et qui s’éclatait sur les rochers luisants en un fort crépitement continu.
Laurent vit soudain sa canne se tordre violemment ; une véritable lutte s’engagea. Les yeux braqués sur sa ligne, il se mit à mouliner frénétiquement, les jambes ployées, exerçant une force monstrueuse de bête acharnée. La proie, finalement vaincue, fut tirée hors de l’eau, entre deux vagues. La gueule prise à l’hameçon, un robuste congre de presque un mètre se débattait et frappait l’air inutilement de sa belle queue musclée.
Le pêcheur exultait. Il tenait au bout de sa ligne une prise enfin admirable qu’il scrutait avec une stupéfaction délicieuse. Rapidement, il se tourna vers les autres, exhibant son trophée comme pour répondre à toutes les insinuations qu’il avait dû supporter jusqu’alors. Moustache et Gaston regardaient le congre en souriant tendrement, à peine impressionnés. Puis Laurent dévisagea Luc, débordant de morgue, ricanant même d’un rire terrible. Luc semblait piqué, atteint dans son indifférence coutumière.
Sans lui laisser le temps de réagir, un éclair illumina soudain la Digue suivi rapidement par une explosion sonore colossale. Le tonnerre roula sourdement sur les rochers qui désormais se laissaient recouvrir par la marée fiévreuse et bouillonnante. Fixant tour à tour la prise et son prédateur, le jeune garçon se remit finalement à travailler sa ligne comme pour accepter ce duel improvisé.
L’orage se transformait maintenant en une véritable tempête et les deux anciens compagnons décidèrent de lever l’ancre :
« Les jeunes ! Vous feriez mieux de décaniller sur le champ, le temps devient trop mauvais et la marée va nous coincer ! »
Les rafales de vent happèrent sauvagement ce hurlement qui glissa avec peine jusqu’aux oreilles des deux autres pêcheurs. Le conseil fut de toute façon ignoré. Alors que Moustache et Gaston quittaient difficilement la Digue en manquant de glisser à chaque pas, Luc et Laurent s’acharnaient. Le défi devenait ridicule : la pluie et le vent étaient trop violents et les poissons descendaient plus en profondeur. Les chances de prise faiblissant grandement, la partie virait à l’esbroufe.
En moins de dix minutes la Digue fut totalement immergée, exceptée en son extrémité. On eût dit le tableau magnifique d’un mythe grec où deux héros s’affrontent jusqu’à la mort, égarés dans une arène impitoyable des Enfers. Laurent fut soudain pris d’un mouvement de folie. Il se jeta sur son voisin et l’empoigna brutalement. Paniqué par la situation et tremblant de rage il se mit à insulter et à secouer Luc. Les deux hommes s’agrippèrent, ne s’entendant plus, ne se voyant plus tant les bourrasques fouettaient leur visage. Laurent tenta alors d’asséner un coup de poing mais il ne frappa que l’air et perdit son équilibre. En le voyant tomber, Luc réussit à le rattraper mais son pied ripa sur le sommet glissant du rocher. Tout son corps bascula en avant. Il chuta de quelques mètres jusqu’à la base de l’ilot en atterrissant sur la tête. Dans le vacarme assourdissant de la tempête, le bruit immonde de craquement se fit pourtant entendre. Le crâne fendu se mit à déverser des jets de sang, immédiatement dilué dans le remous infernal de l’océan.
Laurent, soudainement pris de nausée, se mit à hurler mais le corps inconscient commençait déjà à dériver. Un éclair passa une nouvelle fois et éclaira pendant quelques secondes la terrible réalité dans une projection brûlante de couleurs abominablement crues. Lorsque le tonnerre suivit, Laurent discerna une dernière fois le corps sans vie du jeune homme qui voguait vers le large.
Ton texte est assez déconcertant, je dois dire. Pour être franche, la première partie m'a parue fade, sans consistance. C'est vrai que la description du début renvoie à Thalassa ou autre truc du même genre. J'imagine que l'écrire au passé aurait contribué à atténuer un peu cette impression. Néanmoins, on sent qu'il pourrait en sortir quelque chose de bien. C'est d'ailleurs ce qui m'a incitée à lire la suite. Les phrases s'enchainent d'une façon fluide, les images assez bien construites travaillent à rendre un décor, une atmosphère dans la tête du lecteur.
Par contre, la phrase "mais avec l'exploitation maritime..." casse tout ces efforts. A mon sens, cela tient surtout au vocabulaire employé qui contraste pas mal avec le reste.
Le reste avec les deux pêcheurs passe assez bien. Je dirais juste un truc dans la description des deux pêcheurs. Il aurait été bien de minimiser l'emploi du verbe être. Il a tendance à rendre une description plate dans sa tournure. Je te donne un petit exemple vite fait :
"Eustache Levadec était un homme encore solide pour son âge, n’ayant plus que quelques cheveux blancs sur le crâne mais disposant d’une magnifique moustache, blanche elle aussi, et qui faisait ressortir son gros nez veineux et écarlate. Son ami Gaston Laënnec était plus maigre, plus allongé de corps et avait toujours une grosse tignasse échevelée d’ancien blond. Les deux étaient d’anciens marins nés à Kervadec et la pêche à la ligne était devenue leur petit plaisir quotidien depuis la retraite." ==> trois phrases qui démarrent avec le verbe être alors que tu peux facilement t'en affranchir.
Exemple :
"Eustache Levadec, un homme encore solide pour son âge, n’avait plus que quelques cheveux blancs sur le crâne mais disposait d’une magnifique moustache, tout aussi blanche qui faisait ressortir son gros nez veineux et écarlate. Plus maigre, plus allongé de corps, son ami Gaston Laënnec arborait toujours une grosse tignasse échevelée d’ancien blond. Les deux anciens marins, tout deux nés à Kervadec, prisaient la pêche à la ligne, devenue leur petit plaisir quotidien depuis la retraite."
Je sauterais directement à la dernière partie qui m'a plutôt surprise. L'as tu écrite dans la foulée des deux premières ? Si je te pose cette question, c'est qu'elle se détache nettement des deux autres. Dans le bon sens, j'entends. Il y a un changement de rythme qui est très agréable et on trouve ce qui se dessinait en filigrane au début.
Bref, petit texte sympa, tout en contrastes, et même si j'ai beaucoup critiqué, (faut pas se laisser impressionner, j'ai tendance à être assez bavarde à l'écrit) je ne regrette pas du tout d'avoir lu car ta plume me parait prometteuse et si tu postes d'autres textes, je les lirais avec plaisir. ![]()
Merci beaucoup !
Tu as raison de poser cette question car ce texte a une histoire particulière, ou plutôt... longue dirons nous. Je l'ai en fait commencé en été 2006 (!), notamment la description type "Thalassa" du début ce qui peut expliquer certaines choses ^^.
Etant assez paresseux, je ne suis revenu sur ce texte que par très petits bouts chaque année et c'est uniquement ces derniers jours que je me suis décidé à boucler tout ça définitivement (en gros la troisième partie). Donc cela explique le contraste que tu as pu percevoir et me fait extrêmement plaisir car sur toutes ces années j'ai eu tendance à trop m'approprier le texte et à ne pas accepter que ce que j'avais pu écrire avant était moins bon voire mauvais. En fait j'ai du mal à retravailler ce sur quoi j'ai pu passer du temps auparavant.
Du coup je plussoie totalement l'exemple de correction que tu proposes et c'est vraiment agréable d'avoir un œil extérieur comme le tiens.
Encore merci pour ton commentaire sanphi et si tu veux un texte plus récent et à mon gout mieux rythmé :
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-58-150087-1-0-1-0-le-tram.htm
Je me permet de te le montrer dans le sens où il a finalement été écrit après la Digue
et qu'il te plaira peut-être de le lire ![]()
Ha, je comprends mieux à présent. J'avoue que j'ai tendance à être comme toi. J'ai beaucoup de mal à retravailler un texte en profondeur. Sans le vouloir, je me mets des interdits, des trucs que je veux absolument conserver et qui ne sont pas forcément compatibles entre eux. Résultat, je n'avance pas d'un pouce et j'ai l'impression de tourner en rond
D'ailleurs, ça donne rarement quelque chose de bien et je finis presque toujours par mettre à la poubelle et recommencer du début.
Sinon, je vais jeter un petit coup d'oeil au texte et je te dis ça.
Ah ça fait plaisir de voir qu'on est plusieurs dans cette situation
Parfois c'est même bien frustrant ce sentiment d'avoir quelque chose d'inachevé et d'inachevable... Merci pour tes commentaires appréciables en tout cas !
Hé bien... contrairement aux autres, j'ai bien aimé le début. J'ai pas eu cette impression de Thalassa (faut dire que j'ai jamais regardé). Il y a une certaine poésie qui m'a bien touché, j'avoue que c'était agréable. J'ai juste eu un peu l'impression que ça tendait trop en longueur, un peu dans le sens où je me suis demandé si c'était pas une brochure touristique.
Même si l'intrigue peine à démarrer, on retrouve bien dans le style une certaine patte "Maupassant". C'est aussi pour ça que la chute ne m'a pas vraiment surprise, c'est le genre de petits drames de la vie quotidienne qu'il sait si bien décrire.
Malheureusement, si tu as ses qualités, tu as aussi ses défauts. Je trouve que tu n'exagères pas assez certains sentiments des personnages. Tu montres bien comment Laurent est touché dans sa fierté d'être dernier après Luc, plus jeune, mais, pour celui-ci... j'ai un peu de mal à ressentir ses propres pensées. Mon empathie naturelle est comme muselée.
Mais, ça reste un très bon texte. Réaliste, bien détaillé dans les descriptions, sans verser dans un "trop" que parfois certains réalistes ont atteint.
Bon boulot ![]()
Merci Fatuite !
Ca me fait extrêmement plaisir que tu aies cerné l'esprit réaliste à la Maupassant, c'était exactement mon objectif quand j'ai commencé ce texte. Si mes souvenirs sont bons, je venais juste de lire "Pierre et Jean" et ça m'avait sûrement inspiré ^^
Je note bien tes autres remarques sinon ![]()