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Adrana

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
09 février 2009 à 11:09:23

Salut tout le monde ! (Attention long préambule... si vous venez juste ici pour lire, passez au texte !)

Certains d'entre vous me connaissent ici, il est vrai que je ne passe pas beaucoup ces temps-ci, mais pour ma défense, je n'ai pas internet chez moi, et ça me paraît pas mal comme excuse... Désolé donc de ne pas tellement lire ce qu'il y a autour, mais promis, je me rattraperai quand j'aurai pu chopper une connexion.

Me voilà donc, en attendant, avec un nouveau projet de roman. Certes, ce n'est pas le premier, mais il est prévu que je mène celui-ci à terme ; j'ai déjà plus écrit en un mois pour lui que pour aucun autre, quelle que soit la durée que j'y aie passé.

Peut-être y en a-t-il deux ou trois qui se rappellent de mon groupe de musique, Adrana. C'est du Heavy Metal Symphonique, ça ne plaît pas à tout le monde (et même pour ceux à qui ça plaît, les goûts varient d'un groupe à l'autre), mais c'est ce que je fais. Si vous avez le désir en passant d'écouter, c'est ici : www.myspace.com/adrana , mais je suis ici pour le roman.

Le fait est que mon groupe raconte, au fil de ses chansons, une histoire. Le concept est venu peu après la création du groupe, puis sur des bases fragiles s'est un peu solidifié, jusqu'à devenir ce qu'il est aujourd'hui. Et je me suis dit, pourquoi en rester au livret de paroles et ne pas faire carrément un roman ?

La raison pour laquelle je le poste ici, c'est que ce roman sera imprimé (peut-être pas par Gallimard, mais tout au moins par nos moyens) et vendu (au prix de l'encre et du papier, sans doute) à ceux qui le désirent ; et afin qu'ils en aient pour leur argent, j'aimerais qu'il soit aussi bien que possible. Je fais donc appel à votre temps et votre talent pour me corriger, me faire des remarques, des suggestions, autant que vous voulez, afin de tenter de rendre l'ouvrage un peu meilleur.

C'est de l'héroïc fantasy, vous y êtes peut-être allergique. J'ai repris certains clichés pour les utiliser, j'en ai détourné d'autres, et j'espère même avoir apporté un peu d'originalité. Les critiques que je vous demande concernent surtout la forme. Sur le fond, n'hésitez pas à balancer ce que vous voulez, mais je ne pourrai pas tout prendre en compte, étant donné que nous avons déjà sorti un album, et qu'il y a des éléments que je ne peux donc plus modifier, quand bien même une idée de génie vous viendrait, et que ç'aurait été tellement mieux de la raconter plutôt que ce banal passage dans cette ville entre deux lacs. En revanche, pour tout ce qui est de la forme, je suis ouvert à toutes les remarques possibles et imaginables, même si évidemment là aussi je ferai un tri (mais en essayant de ne jamais me fermer, promis !).

Enfin, même si je ne pourrai sans doute pas passer tous les jours, chaque fois que l'un de vous aura eu la bonté de me noter tout plein de petites remarques sur son bloc note en même temps qu'il lit et les aura postées ici, je reverrai ma copie en fonction et posterai la nouvelle version ; donc avant de vous attaquer à la lecture d'un petit pâté, vérifiez qu'une nouvelle version ne se trouve pas trois posts plus bas !

J'essaierai de poster régulièrement et à petites doses. Je commence donc avec la première partie de l'introduction.

ADRANA

Introduction

Les nuages se rassemblaient au-dessus de Prusias.
Le vent projetait la pluie en rafales glacées sur les ruines de la cité, dessinant au milieu des décombres des rigoles de boue. Les gouttes s’écrasaient sans discontinuer dans les larges flaques qui comblaient les creux du pavage créés par de violentes explosions ; l’eau s’infiltrait dans les cadavres qui jonchaient le sol, gonflant la chair, lavant les vêtements du sang qui ne pénétrait plus la terre. Cà et là, la pierre avait pris une teinte pourpre qu’elle allait conserver jusqu’à ce qu’elle ne soit plus que poussière.
Quelques poches de combat subsistaient encore par endroit, mais les combattants étaient extenués, démoralisés par la désolation qui régnait sur la ville. Les perdants se battaient avec l’énergie du désespoir, épuisés par la bataille incessante qu’ils livraient depuis plusieurs jours à présent ; les gagnants, malgré leur victoire, la victoire de leur cause, savaient qu’eux-mêmes n’avaient guère de chance de s’échapper vivants de ce bourbier infernal. Et pour toutes ces raisons, les survivants luttaient avec une férocité surhumaine, celle que seuls connaissent ceux qui n’ont plus rien à perdre, tentant seulement d’emporter le plus d’adversaires possible avec eux dans la tombe.
La pluie conférait à la scène une ambiance triste et anonyme, uniquement troublée par les quelques hurlements des blessés et les coups de tonnerre qui résonnaient à intervalles irréguliers au-dessus des bâtiments dévastés. Par endroits, la magie que le combat dégageait maintenait suspendues en l’air les pierres de voûte d’arches dont les fondations s’étaient écroulées. Des maisons avaient vu leur rez-de-chaussée rasé, et malgré cela le premier étage continuait de flotter dans le vide, comme hors du temps, ses façades éventrées, son plancher troué et le toit percé. Prusias toute entière était couverte d’un voile mystérieux s’étendant sur chaque détail, donnant au moindre objet une allure étrange et inquiétante. Une sourde lueur rouge englobait les ruines et ajoutait à la fureur des derniers combattants.
A plusieurs lieues de là, un cheval galopait vers la cité, les naseaux fumants, la bave aux lèvres. Ses yeux étaient agrandis par l’épuisement et la douleur provoquée par les coups de talons que lui donnait son cavalier. Saneday lui-même ressentait dans sa propre chair chacun des coups qu’il portait à sa monture, mais l’urgence était trop grande pour prendre le temps d’être délicat, aussi, les sourcils froncés, continuait-il de la martyriser pour tenter de gagner quelques précieuses secondes. La pluie avait détrempé ses vêtements déchirés et nettoyé le sang qui coulait de sa blessure à la joue, et elle continuait de s’abattre sur lui, comme pour le freiner, mais il semblait aveugle au déchaînement des éléments autour de lui, seulement concentré sur le point sombre qui s’agrandissait lentement à l’horizon.
Bientôt il put distinguer les deux grandes tours marquant l’entrée de Prusias, dont les silhouettes sombres se distinguaient clairement sur la grisaille ambiante. La base de l’une d’elles s’était écroulée sous les vagues d’énergie qui avaient déferlées sur la ville au début de l’assaut, mais sa cime continuait d’offrir une résistance acharnée aux rafales de vent. Le regard acéré de Saneday lui permettait d’observer le moindre détail des cadavres avachis sur les rondes de gardes. Des larmes de rage se mêlèrent à l’eau de pluie qui ruisselait sur son visage et dans ses cheveux devant la désolation qu’avait connue sa ville. Il avait toujours su que cela finirait par arriver ; les Anges étaient allés trop loin dans leur règne, dans l’oppression qu’ils faisaient subir à trop d’autres peuples depuis leur cité tentaculaire. Mais Saneday avait espéré qu’il serait là lors de la bataille, et qu’il pourrait mourir pour eux, puisque c’était tout ce qu’il pouvait faire : il ne souhaitait pas voir les Anges gagner, car les atrocités qu’ils commettaient avaient déjà trop durées, mais ne pouvait pas pour autant se rallier à leurs adversaires, sa loyauté allant loin au-delà de ses idéaux éthiques. Il ne s’était jamais expliqué le contraste entre le raffinement des Anges et la cruauté dont ils pouvaient faire preuve envers les autres peuples.
Il s’aperçut qu’un campement avait été levé à quelque distance des ruines, où un régiment de soldats attendait d’être appelé à combattre ou, dans le meilleur des cas, que la bataille se finisse sans qu’on ait besoin d’eux. Les tentes couvraient une large étendue de terre, si bien que Saneday décida qu’il serait plus rapide de couper à travers que de contourner ces hommes. Il talonna de nouveau son cheval en lui insufflant sa magie pour l’aider à tenir. Les yeux de l’animal s’allumèrent d’une lueur verte, et son galop prit une nouvelle ampleur. Ses sabots semblaient à peine toucher le sol, le vent sifflait à ses oreilles, mais il n’était plus en état de prêter attention à ce qui l’entourait. N’existaient plus que la cible, Prusias, et un brouillard flou sur les côtés. Rapidement, la monture déboula dans le camp, passant comme une flèche parmi les hommes qui avaient à peine le temps de lever les yeux pour le voir passer. Un sourire hargneux naquit sur les lèvres de Saneday. Nul n’aurait le temps de s’interposer, et peut-être arriverait-il à temps au cœur de la cité pour sauver ce qui pouvait encore l’être.
Une patte de son cheval s’emmêla alors dans le cordage de l’une des tentes. La bête et son cavalier churent violement au sol et roulèrent sur plusieurs mètres en percutant des soldats qui somnolaient autour des feux. Des cris s’élevèrent aussitôt dans le camp, tandis qu’une tente entraînée par les intrus s’enflammait sur des braises encore rouges. Le désordre le plus total se mit à régner autour de l’incident ; certains tentaient d’organiser une chaîne pour éteindre le début d’incendie, tandis que d’autres essayaient simplement de savoir ce qui s’était passé. Quelques hommes se tenaient debout autour d’un monticule de tissu dont ne sortait pas le moindre son ; une autre tente avait arrêté la longue glissade de Saneday et de sa monture, et ils avaient à présent disparu sous la lourde toile. Quelques secondes passèrent sans que rien n’arrive, puis brutalement, un ours tout de crocs et de fureur bondit hors de l’abri écroulé en le lacérant, se jeta sur un homme qui bloquait sa route et qui périt dans la seconde sous l’assaut d’une violence inouïe, puis se mit à courir hors du camp vers Prusias. Nul ne tenta de l’arrêter, tout simplement parce que la scène s’était déroulée trop rapidement. Sous la toile de tente, le cheval s’apaisa enfin, mort de fatigue.

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
09 février 2009 à 11:11:42

Bientôt l’ours fut hors du camp, à moins d’une lieue de Prusias. Ses yeux d’or brillaient intensément, d’épuisement et de colère. Saneday avait perdu de précieuses secondes et sa monture, et sa course présente risquait d’amoindrir encore un peu ses forces, ce qui n’était pas pour l’arranger. Malgré ces pensées qui tourbillonnaient dans son crâne, ses pattes ne fléchissaient pas, et les puissants muscles de son corps d’ours le propulsaient sans relâche vers son but. Les gouttes continuaient de s’écraser sur son pelage terni et sale, mais rien ne pouvait plus l’arrêter.
Une nuée de charognards prit son envol lorsque la bête pénétra dans l’enceinte de la ville. Un combattant, distrait par le passage de l’ours dans son champ de vision, se fit transpercer le foie par l’épée de son adversaire. Les griffes de Saneday cliquetaient bruyamment sur la pierre rougie par le sang, lorsque les pattes ne s’enfonçaient pas jusqu’à l’articulation dans de véritables mares de boue. Il projetait sans difficulté son énorme masse par-dessus les décombres, se faufilait dans les interstices entre les bâtiments écroulés, droit vers le Palais, au cœur de la ville. Sa frustration et sa rancœur envers le monde entier grandissaient à chaque pas, à chaque cadavre, à chaque bâtiment jadis magnifique et à présent en morceaux. Il aurait voulu que tout se passe différemment, que les Anges n’aient pas été de tels monstres, mais la nature profonde d’une race ne se change pas si aisément.
Enfin le Palais fut en vue. Il était gigantesque, à la hauteur de la démesure des Anges. Des sculptures aux détails sans fin en ornaient les murailles et les tourelles, qui auparavant se dressaient gracieusement vers les cieux, et qui à présent étaient pour la plupart décapitées et brûlées. Quelques flammes s’échappaient encore de certaines fenêtres, laissant sur les murs blancs de grandes marques noires et grises.
Un bruit de tonnerre s’échappa du bâtiment, dont une aile entière s’écroula en un instant dans un nuage de poussière. Saneday s’aperçut qu’un petit contingent de soldats attendait devant l’entrée principale, et qu’un combat devait encore se dérouler à l’intérieur, à en croire le bruit qui s’en échappait. Les soldats, l’air tendus, regardaient tous vers l’emplacement de la bataille, sans doute prêts à fuir si l’affrontement prenait trop d’ampleur.
Saneday sentit un regain d’énergie en se disant qu’il arriverait peut-être à temps pour accomplir son rôle. Il se retrouva en quelques bonds au niveau des soldats, dont la plupart n’eurent pas le temps de s’écarter pour éviter la masse de poils qui passait à toute vitesse. Quelques hommes furent projetés sur le côté, s’écrasèrent contre des pierres saillantes, et en quelques secondes à peine, Saneday eut traversé la troupe. Il ne s’arrêta pas pour contempler les dégâts causés par son passage et poursuivit sa course à l’intérieur du Palais. Il le connaissait parfaitement, et savait précisément où est-ce qu’il était attendu.
Des cadavres s’amoncelaient à chaque angle, qu’il s’agisse de ceux, innombrables et tous différents, de l’armée de Thoed, ou bien des gardes royaux qui avaient fini par périr sous la masse, malgré leur puissance effroyable. Leurs armures entachées de sang, cabossées, servaient maintenant de linceul doré à ceux qui avaient été les plus hauts défenseurs des monarques du Ledoras. De grandes salles de réception avaient subi de plein fouet les assauts magiques, et des frises complexes qui en ornaient les murs ne restaient que quelques gravas où de grossiers reliefs se distinguaient encore vaguement par endroit. Les colonnes qui soutenaient le plafond avaient vu leur base rasée, le mobilier de Bois Sombre était brisé, réduit en esquilles pour la plupart carbonisées. Le gâchis était incommensurable, mais il en était toujours ainsi quand un peuple opprimé se révoltait. Il fallait faire table rase pour avoir la chance de repartir à zéro.
Malgré tout, la frustration de Saneday grandissait à chaque pas. Puisque le peuple des Anges s’était de toute façon condamné, il aurait au moins voulu que toutes leurs richesses, toute leur culture soient sauvées. Il se dirigeait vers l’épicentre magique, le seul endroit dans Prusias d’où des vagues d’énergie continuaient de déferler. Il espérait ardemment que le combat n’avait pas encore gagné le temple sacré, où se trouveraient sûrement les derniers survivants de la famille royale.
Au fur et à mesure qu’il progressait dans le palais, les cadavres de l’armée de Thoed étaient de moins en moins nombreux, tandis que le nombre d’Anges éviscérés augmentait. Sans doute les troupes de bases n’avaient elles qu’à peine pu parvenir seules jusque là, contraignant Thoed à se déplacer lui-même au cœur du bâtiment. Saneday grimaça lorsque son esprit évoqua le nom de son adversaire. Une colère sourde grondait en lui, et ses doigts se crispaient, menés par une irrépressible envie de serrer le cou de son ennemi jusqu’à son dernier soupir…
Il sentit que le combat était à présent tout proche, si proche qu’il s’étonnait de ne pas le voir encore. Une paroi sur sa droite fut alors soufflée par une violente explosion, et Saneday fut entraîné au sol par les gravas. Il se releva aussitôt, pour observer les deux combattants qui menaient une lutte acharnée au centre d’une ancienne salle de bal. Des pulsions meurtrières surgirent en lui, et il dut se contrôler avec toute la fermeté dont il était capable pour ne pas se jeter sur celui qui avait détruit Prusias.
L’affrontement cessa un instant, durant lequel les deux adversaires dévisagèrent l’ours-garou. L’épuisement se lisait sur le visage du Roi, mais une sorte d’espoir inespéré était apparu au fond de ses yeux en apercevant Saneday. Au contraire, l’apparition du nouveau venu avait fait naître sur les traits de Thoed une expression de rage incontrôlable. Il tenta de se jeter sur cette proie apparue de nulle part, mais le Roi bondit et mit son épée en travers de sa route, l’obligeant à poursuivre leur duel. Saneday capta le coup d’œil de supplique que lui lança son monarque, acquiesça, et reprit sa course vers le temple, laissant bien à contrecœur son Roi sans aide et son ennemi en vie. Le premier était trop fatigué, trop usé par la bataille, et le second était trop puissant ; l’issue de la bataille ne faisait aucun doute, mais le but n’était que de gagner du temps pour mettre à l’abri ceux qui pouvaient encore l’être.
Rapidement l’intensité du son produit par le choc des épées diminua dans le dos de Saneday. Son cœur était déchiré par le sacrifice qu’il laissait ainsi son Roi commettre, mais il n’avait guère le choix. Il pouvait faire mieux qu’aller mourir à ses côtés, et sa loyauté lui ordonnait de réaliser tout ce qui était en son pouvoir pour respecter les dernières volontés de ceux qui étaient morts et allaient mourir aujourd’hui.

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
09 février 2009 à 11:11:55

Enfin, l’évolution des fresques murales marqua l’approche du temple. Ces quartiers-ci étaient en meilleur état, bien qu’on y trouvât pas non plus âme qui vive. Quelques dépouilles de prêtres jonchaient le sol, mais opposer une quelconque résistance n’avait jamais été une de leurs compétences, aussi le nombre de cadavres ennemis était-il extrêmement bas. Cependant, à l’angle d’un couloir, Saneday découvrit un important charnier où reposaient plus d’une vingtaine de gardes de Thoed, et à côté duquel chuchotaient une dizaine d’autres, vivants. C’est là que s’était retranchée la Reine, et elle vendait très chèrement sa peau. Saneday sourit et continua à courir. Ses adversaires ne se retournèrent qu’au tout dernier instant, tout juste pour voir scintiller les griffes de l’ours. En quelques secondes à peine, tous étaient morts dans l’étroit couloir, sans avoir eu le temps ne serait-ce que de mettre l’épée au clair. Leur bourreau reprit forme humaine, du sang plein les mains et le visage, puis s’avança dans le couloir suivant, qui débouchait sur une salle immense, soutenue par de hauts et robustes piliers, et dont les murs étaient ornés de sculptures d’un réalisme saisissant. Au fond se trouvait Eglaenare, la Reine des Anges, campée dans une attitude de défi devant un berceau d’or. Son visage était crispé d’angoisse, ses mains serrées avec force sur le manche d’une double hache faite d’un métal plus robuste que tous les alliages dont les Nains n’avaient ne serait-ce que rêvé. Néanmoins, aucun muscle ne tremblait ; les jointures de ses doigts avaient blanchi sous la pression qu’elle y maintenait. Ses traits royaux montraient qu’elle irait jusqu’au bout pour défendre ce à quoi elle tenait.
Une vague de soulagement la parcourut lorsqu’elle aperçut Saneday. C’était la première bonne nouvelle qui lui arrivait depuis le début de la bataille, trois jours plus tôt, et elle se serait volontiers laissée aller à s’effondrer si une légère étincelle de suspicion n’avait pas subsisté au fond de ses yeux mordorés. Son serviteur s’avança vers elle aussi respectueusement que la situation le lui permettait. Une fois qu’il fut au niveau de sa Reine, il se contenta de la regarder dans les yeux, et la soutint quand elle s’effondra dans ses bras. On pouvait contrefaire énormément d’un homme, mais Eglaenare avait appris que les yeux ne mentaient pas. Un simple échange de regards lui avaient toujours suffi à savoir où se trouvait son camp, et jamais elle ne s’était trompée, y compris devant les attaques les plus habiles.
Et puis, aussi vite qu’elle s’était laissée aller dans ses bras, elle se releva avec dignité, mais ses yeux ne mentaient pas non plus : elle se savait perdue, et avait l’intention de se battre jusqu’au bout pour sauver le peu qui pouvait encore l’être.
Elle ne prit même pas la peine de parler, et mit son doigt devant la bouche de Saneday quand il essaya de la réconforter. Elle se contenta de lui montrer le berceau derrière elle, où reposaient ses jumeaux, tranquillement endormis pour l’instant. L’ours-garou acquiesça, saisit les coins de la couverture dans laquelle était installés les bébés et les joignit pour faire une sorte de baluchon improvisé. Il jeta un dernier regard à Eglaenare, que son expression déterminée n’avait pas quittée. Elle saisit l’un des candélabres, le fit légèrement tourner, et le maintint ainsi jusqu’à ce qu’un autel s’écarte légèrement, dévoilant un passage dans le sol.
Saneday aurait voulu aider sa Reine, lui parler, mais il savait que le temps était sévèrement compté, aussi s’engagea-t-il dans le passage avec les jumeaux, et ne se retourna pas lorsque l’autel reprit sa place habituelle.
Dans le temple, Eglaenare se laissa aller à un soupir de soulagement. Tout n’était certes pas fini, mais si déjà Adrana et Gabrielus pouvaient survivre, alors rien d’autre ne comptait vraiment. Elle poussa brutalement un long cri de douleur et tomba à genoux au milieu de la salle ; son mari venait de périr sous les attaques de Thoed. Elle sentait la disparition de son âme dans toute sa chair, aussi clairement que si on lui avait arraché un bras. Elle se permit quelques secondes de chagrin, puis se releva, de nouveau déterminée à aller aussi loin qu’elle le pourrait. Un feu farouche brûlait dans ses pupilles d’or, un feu royal et magnifique. Thoed approchait, et il fallait gagner du temps. Il ne devait pas avoir les jumeaux.
Lorsque son ennemi pénétra dans la salle, Eglaenare lui fit face, sans crainte, les yeux seulement emplis d’une rage froide. Ce n’était plus simplement une Reine que Thoed affrontait, c’était une mère blessée avec la volonté de laisser à ses enfants une chance de vivre.

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
13 février 2009 à 23:17:07

J'me permets un petit up ?

Ostramus
Ostramus
Niveau 33
14 février 2009 à 01:30:22

J’ai fais une lecture rapide (il est tard, je viens de faire plusieurs kilomètre à vélo en pleine nuit). Toutefois, si le style est bien maîtrisé, la narration demeure lourde et lente. Le vocabularie est riche et les noms sont formidables de simplciité (félicitations pour Prusias).
J’aime l’idée du récit qui commence après un combat, emportant le lecteur dans une histoire qui a déjà un passé, un passé lourd et mystérieux.
Je relirais peut être plus en détail.

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
14 février 2009 à 11:56:39

Mh il est vrai que ce récit sera loin d'être rapide... Donc la narration lourde et lente risque hélas de continuer ^^'
Après, eh bien merci pour le reste :) Quant au fait que l'histoire ait un passé, ce sera effectivement la base même d'une bonne partie du récit !

KaiM
KaiM
Niveau 11
14 février 2009 à 17:54:12

Lu, apprécié, et je ne trouve pas que ça soit si lent, au sens où il se passe quand même des choses. Par contre, ça manque un peu de dynamisme : on a l'impression que les personnages combattent sans vraiment croire à leur rôle, presque en s'ennuyant. Exemple :

"Il sentit que le combat était à présent tout proche, si proche qu’il s’étonnait de ne pas le voir encore. Une paroi sur sa droite fut alors soufflée par une violente explosion, et Saneday fut entraîné au sol par les gravas."

Tiens ? Ca pète à côté de moi et je tombe. Bon, quoi ensuite ? On a l'impression que l'explosion n'est qu'un évènement banal. On pourrait mettre un peu plus de punch.

"Il sentit que le combat était à présent proche, tout proche, à tel point qu'il s'étonnait presque de ne pas avoir déjà trouvé le lieu de la bataille...
Ce fut elle qui le trouva.
Une violente explosion arracha soudain la paroi à sa droite. Les pierres volèrent en éclats dans une détonation assourdissante avant que le souffle formidable de la déflagration n'envoie leur débris s'écraser contre les murs et projette Sadenay au milieu des gravats."

Ce n'est bien sûr qu'une proposition.

Sinon, deux trucs comme ça :

"Il le connaissait parfaitement, et savait précisément où est-ce qu’il était attendu. "

"où il était attendu" sonnerait mieux.

"L’épuisement se lisait sur le visage du Roi, mais une sorte d’espoir inespéré était apparu au fond de ses yeux en apercevant Saneday."

"espoir inespéré", ça fait une répétition. On peut par exemple mettre "espoir insensé".

A part ça, l'ambiance reste bonne, et j'attends la suite histoire de voir comment le scénario va évoluer. :)

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
15 février 2009 à 12:46:33

Voilà, j'ai corrigé en fonction de tes commentaires, Sanphi, j'ai quasiment tout pris en compte, même si j'ai pas toujours utilisé la reformulation que tu proposais (quoi qu'assez quand même pour que tu puisses m'intenter un procès si ça devait être publié sans ton nom quelque part, si tu continues à ce rythme XD).

Deux petites questions :

"la pluie écornant à rendre liane"
J'avais jamais entendu ça ^^' C'est une expression de chez toi ? ^^'

les Anges étaient allés trop loin dans leur règne, dans l’oppression qu’ils faisaient subir à trop d’autres peuples depuis leur cité tentaculaire. ==> un trop en trop :) à de nombreux peuples ?
Ca à la base c'était sensé être un effet de style ^^ Ca passe vraiment pas ?

sanphi
sanphi
Niveau 8
15 février 2009 à 17:50:51

J’en déduis d’après ta réaction que je peux continuer, donc. Je devrais pouvoir te poster un truc d’ici une semaine parce que j’écris aussi et que je ne suis pas souvent devant mon écran. C’est génial si tu as pu tirer quelque chose de tout ça. Prends, prends, on parlera des droits d’auteurs plus tard - Just kidding :o)) – Enfin, si tu l’as utilisée, j’espère que tu as corrigé la belle répétition : « …un pan de la toile avachie à leurs pieds. Le brutal gémissement de la toile… ». J’étais pressée vers la fin et je ne l’ai pas vue.

Pour les trop, de là à dire que ça passe pas, non bien sur, si tu veux accentuer, pourquoi pas ? Mais fie-toi à toi, pas à moi. On a tous des perceptions différentes.

Enfin, "la pluie écornant à rendre liane", non, c’était une première et du pur Sanphi en fait. L’image d’une chevelure comme une grappe de raisins noirs que la pluie fouette sans cesse, émoussant peu à peu les boucles rebelles pour les rendre semblables à des lianes retombant sans énergie, tristement ; à l’instar des sentiments de Saneday à ce moment précis. Ça m’est venu en lisant ton texte, alors que j’écoutais « Mortualia » (très bien, au passage). Bref, ambiance propice, imagination débordante, légère tendance à écrire de la poésie et à jouer avec les mots. Mélange le tout et tu obtiens le cocktail cité plus haut.

See you !

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
16 février 2009 à 14:00:35

Eh ben si tu as le courage de continuer, ma foi, ça ne peut que m'arranger ^^ Le but étant quand même d'avoir le meilleur texte possible au final. Et allez savoir pourquoi, c'est toujours tellement plus difficile de se corriger soi-même que de donner des conseils aux autres...

Pour la répétition, je n'avais utilisé que la première moitié de la phrase, donc pas de problème.

Et j'avoue, avec l'explication, que ton expression était jolie ^^ Mais Saneday a hélas plutôt les cheveux courts ^^'

Sur ce, mon cours commence, je dois y aller ! A la prochaine :)

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
19 février 2009 à 10:14:08

Bon eh bien je poste le début du chapitre 1 :)

Chapitre 1 : Les Bois sombres

Du silence cristallisé qui régnait dans la forêt naquit une note, d’abord frêle et incertaine, mais qui s’affermissait de seconde en seconde, de plus en plus forte et pure, jusqu’à finalement emplir tout l’espace présent entre les arbres, entre les feuilles. Puis brutalement la source de la note se tut, laissant sa création rebondir de tronc en tronc, se propager à travers les clairières et gagner le ciel d’un bleu uni. Lorsque le silence fut tout à fait revenu, il n’était pas le même qu’auparavant ; les insectes même avaient cessé de bouger, se figeant dans l’attente de quelque chose. Et le chant arriva. De nouvelles notes surgirent du couvert des arbres, en cascade, s’écoulant comme un fleuve dans la forêt, incontrôlable, puissant, filant dans les moindres interstices. Les notes s’enchaînaient sans réellement se distinguer les unes des autres, formant une harmonie largement supérieure à la somme de leurs composantes initiales ; de la symphonie ainsi créée ressortait une mélodie dominante, insaisissable, qui ne semblait pas tant chantée que surgie de l’ensemble, comme si la myriade de notes lancées donnait naissance à quelque chose de nouveau et de plus grand.
Adrana chantait.
Bien que la musique soit sans paroles, un sens profond se dessinait à travers l’œuvre qui s’échappait de la gorge de la jeune fille : il s’agissait des légendes de ces terres, d’anciennes guerres gagnées ou perdues, de conflits gigantesques et oubliés dont les protagonistes étaient plus puissants, plus sages et plus rusés que tout ce qui existait à présent. Un hymne guerrier, qui allait crescendo, s’enflant lentement au fur et à mesure que les combats contés devenaient plus violents et poignants.
Au milieu de ce déferlement sonore dansait Adrana. Ses mains dessinaient en l’air des arabesques compliquées, et du bout de ses doigts jaillissaient de fragiles étincelles qui scintillaient brièvement en l’air avant de s’éteindre. Ses yeux étaient fermés, mais ses pieds semblaient savoir seuls où se poser, bondissant d’un endroit à l’autre en évitant habilement les troncs des arbres. Sa robe d’un vert éthéré virevoltait autour de son corps souple, telle une corolle épanouie dans la verdure environnante ; ses contours restaient en permanence légèrement flous, impossibles à distinguer. Sa chevelure dansait elle aussi entre les branches, masse brune et mouvante qui s’enroulait autour d’elle-même pour se déployer la seconde d’après autour du visage concentré d’Adrana. Elle était entourée d’un halo brillant qui suivait le moindre de ses gestes ; d’abord diffus, il prenait en consistance au fil du chant, comme si c’était ce dernier qui le générait.
Les feuilles bruissaient autour d’elle, tremblant au rythme de la musique qu’elles produisaient. La forêt toute entière semblait participer au chant, accompagnant la mélodie de battements sourds et réguliers et du fourmillement de la vie qu’elle abritait ; chaque animal, chaque insecte était relié aux autres pour créer cette symphonie. Au centre de ce déchaînement se trouvait Adrana, à peine consciente de ce qui l’entourait. Elle était emportée par une sorte de transe indescriptible et magique, et il lui semblait vaguement que rien n’aurait pu l’arrêter. La plus petite parcelle de vie à un kilomètre à la ronde était en communion avec elle, et ce sentiment, bien qu’elle n’en connût pas la source, était plus grisant que tout ce qu’elle connaissait d’autre. Sa voix montait et descendait, exprimait des idées plus anciennes que ses plus vieilles connaissances, et emportait finalement tout sur son passage.
De nouvelles nuances apparurent dans la mélodie. Des accents plus hargneux, des héros aujourd’hui disparus, des duels dévastateurs gravés dans la mémoire collective. Des peuples entiers en croisade contre leurs oppresseurs, des alliances incongrues visant à abattre un ennemi commun. Et en même temps qu’autour d’elle, les étincelles prenaient de nouvelles teintes d’argent, d’or et de sang, des larmes coulaient de ses yeux clos, parce qu’elle puisait en elle, dans ses propres émotions, pour raconter celles qu’évoquaient le chant. Sa robe se colorait peu à peu d’un carmin terni par le temps, alors que ses souvenirs volaient vers la soirée de la veille, au cours de laquelle elle avait appris le sort de ses parents.
Les onze Anciens s’étaient rassemblés dans la Clairière du Conseil. De nombreux autres habitants des Bois Sombres étaient également présents, dont certains parmi les plus anciens et les plus sages. Des visages qu’Adrana et Gabrielus n’avaient jusqu’alors jamais qu’entrevus, n’ayant pas l’âge requis pour assister aux conseils ; des peaux parcheminées, des yeux emplis de connaissances. Et puis d’autres gens, des êtres qu’Adrana croisait régulièrement, qu’elle pensait connaître et apprécier, mais qui lui avaient menti depuis toujours. Elle avait grandi sans rien savoir sur sa famille ni son passé. Elle ne s’était simplement jamais posé la question. Elle avait reçu une éducation, avait toujours eu à manger et un endroit où dormir. A aucun moment elle n’avait eu la moindre occasion de s’interroger sur le destin de ses parents. On lui avait dit qu’ils étaient morts alors qu’elle et son frère n’étaient que des nouveau-nés ; il n’était pas nécessaire d’en savoir plus, tant qu’elle restait heureuse au cœur des Bois Sombres, protégée par Dymos, l’artefact serti au centre de la forêt, sous la protection des Anciens. Elle avait des amis, des précepteurs.
Saneday était également là au cours de cette soirée. Son mentor. Celui qu’elle admirait par-dessus tout, à qui elle vouait une dévotion sans limite. Comme souvent lorsqu’il faisait partie d’un groupe, c’est lui qui avait pris la parole. Elle savait qu’il n’avait pas toujours été résident des Bois Sombres, mais elle ne l’avait jamais vu que comme le second des Anciens. Elle tirait fierté d’être son élève, et d’avoir des rapports privilégiés avec lui. A Gabrielus et elle, il expliquait les affaires du monde, les relations tendues entre l’Empire et le Royaume de la Flèche, les étranges coutumes du peuple des Collines vagabondes, les légendes des terres de Feu et de Glace, ou encore les grands affrontements entre tribus sur les Monts du Chaos, au milieu des Dragons. Il était allé partout, connaissait tout le continent, savait tout sur tout. Mais lui aussi l’avait trahie.
Il avait choisi ses mots avec un soin incroyable, et pourtant la vérité avait blessé les jumeaux au plus profond de leurs âmes. Il ne leur avait rien épargné, ce en quoi il avait eu raison. La bataille de Prusias, dont venait l’immense zone des Perturbations, l’affrontement entre Thoed et leurs parents. La mort de ces derniers sous la lame de leur adversaire. Adrana avait appris avec horreur la cruauté des Anges, l’état d’oppression dans lequel ils maintenaient la majorité des peuples d’Elhanor, les taxes et les mises à mort. Elle avait vu le sang sur ses mains, celui de milliers d’innocents sauvagement assassinés. Elle n’avait même pas songé à remettre en question le discours de Saneday ; ses yeux disaient clairement qu’enfin il disait la vérité, et qu’il en était soulagé.
Puis ils avaient posé des questions. Longuement, Gabrielus et elle avaient interrogé les Anciens et leur second à propos de tout ce qui leur traversait l’esprit, pour tenter d’en savoir plus sur leur passé. Ils n’avaient guère eu de réponses, malgré la bonne volonté de leurs interlocuteurs. L’origine de Thoed était inconnue, et l’arrivée des Anges en Elhanor, si elle était approximativement datée, restait emplie de zones d’ombres. Ils semblaient s’être brutalement retrouvés au pouvoir, dirigeant les autres peuples depuis leur cité tentaculaire. Ils avaient bien sûr quelques alliés, mais ces derniers s’étaient retournés contre eux lors de l’attaque de Thoed, les laissant totalement anéantis. Adrana et Gabrielus étaient les ultimes représentants de leur race.
La jeune fille trébucha légèrement, mais elle ne s’en rendit même pas compte, et son chant continua dans sa lancée, malgré la profonde crevasse qui s’était formé dans le sol lorsque son pied s’était pris dans une racine. La haine perçait dans son intonation, la rage résonnait dans la forêt, et certaines étincelles, en s’éloignant d’elle, tombaient sur des feuilles encore vertes qu’elles consumaient lentement. Le souffle d’Adrana était de plus en plus court, mais cela n’avait aucun effet sur la mélodie qui franchissait le seuil de ses lèvres. Ses yeux étaient toujours fermés, et les larmes avaient cessé d’en couler, la colère ayant supplanté le chagrin. Ses gestes étaient légèrement saccadés, emprunts d’incertitude. Ses pensées tourbillonnaient en son esprit au rythme du chant, les paroles de Saneday se mélangeant aux évènements contés par la musique. Elle croyait voir ses parents en train de se battre, d’affronter un Thoed gigantesque et surpuissant.
La raison qui, plus que toutes les autres, la blessait au plus profond d’elle-même, était qu’elle ne pouvait même pas s’appuyer sur la conviction que ses parents étaient des héros ou des martyrs. C’est eux qui faisaient la terreur en Elhanor, eux qui tuaient sans pitié. Les héros étaient ces braves qui s’étaient levés pour se joindre à Thoed et partir en croisade contre leurs oppresseurs.
Elle trébucha de nouveau, et de nouveau la terre s’ouvrit en une large faille, dans laquelle tombèrent quelques débris. Partout autour, les bêtes complètement affolées couraient pour s’éloigner de ce cauchemar dansant. Des flammes naissaient sur les branches, léchaient les troncs de leur langue de feu, se saisissait des nouvelles pousses et des feuilles sèches. Au milieu de cet enfer, Adrana continuait de chanter et de danser, sans rien voir de ce qui se passait autour d’elle.
Le bruit des affrontements contés par les paroles résonnait dans la forêt ; les épées frappaient les épées, les griffes tranchaient le pelage, les flèches se plantaient en vibrant dans les boucliers de bois. Les cris des guerriers moribonds bondissaient d’arbre en arbre, se répercutaient autour de la princesse du royaume des Anges en de longs râles d’agonie. Au-dessus du couvert des arbres, une large colonne de fumée commençait à s’élever pour se perdre dans le ciel.
Et pourtant, la musique s’amplifia encore, grondante, terrifiante. Des plaies des grands héros coulaient des fleuves de sang, la mort s’approchait d’eux, faisant planer sur leurs ombres son voile de ténèbres. Le temps avait cessé de s’écouler pour Adrana. Elle n’aurait su dire depuis combien de temps elle chantait, mais la puissance qu’avait acquis son hymne montrait qu’une longue durée s’était écoulé depuis le début. Le crescendo final démarra, et des flammes se mirent à danser autour de la princesse. Chaque note paraissait plus destructrice que la précédente, le tout se dirigeant vers une apothéose effrayante.

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
19 février 2009 à 10:15:43

Enfin ce fut la note finale. Un immense cercle de feu jaillit autour d’Adrana, tandis qu’une véritable colonne de flammes s’élevait à travers la cime des arbres. Toutes les petites plantes furent aplaties par le souffle de l’explosion, avant que le feu ne les engloutisse dans son étreinte mortelle. Dans le ciel, sur lequel la nuit était tombée, une immense boule rougeoyante acheva sa course en s’éteignant progressivement. Vu de là-haut, un cercle d’une quinzaine de mètres de diamètres avait été totalement carbonisé, et les arbres alentours brûlaient doucement, bien que rapidement les dernières flammèches aient disparu, aspirées par la puissance magique de la forêt elle-même.
Au centre se tenait Adrana, épuisée, à bout de souffle, tenant à peine encore sur ses jambes. Son regard était lointain, perdu dans le vide. Elle n’avait pour l’instant pas conscience de ce qu’elle venait de faire, mais avait remarqué que la nuit était tombée. Quelques secondes passèrent ainsi sans que rien n’arrive, puis la jeune fille se redressa, et regarda autour d’elle avec horreur et remord. Elle n’aurait pas dû se laisser aller de la sorte. Elle ne pouvait pas se permettre de détruire ainsi la forêt, même si les Bois Sombres étaient plus aptes que d’autres à panser ce genre de blessures. Son chant avait été bien plus long que d’habitude, et avait par là-même acquis une puissance bien trop importante. Elle se laissa tomber au sol, s’asseyant au milieu des cendres qui s’envolèrent brièvement pour se poser de nouveau.
Elle ne savait pas réellement pourquoi elle s’était ainsi abandonnée à sa voix. Bien sûr, elle était en colère, mais ce qu’elle venait de faire serait dommageable pour les Anciens et Saneday, et non pour les seuls coupables qu’elle pouvait blâmer : ses parents. Sa réaction avait été puérile, mais elle en avait eu besoin pour évacuer le trop plein d’émotions qui menaçait de déborder d’une autre manière. Cependant elle ne se sentait guère mieux. Elle avait trop honte de son geste pour se rendre compte que son esprit était à présent plus clair.
Elle posa avec douceur une main au sol, parmi les cendres. Elle tenta de se concentrer pour mettre en œuvre les leçons de Saneday, mais son chant l’avait extenuée. Une légère lueur verte teinta ses pupilles, tandis qu’un halo de la même couleur entourait sa main, et sous sa paume, une petite pousse apparut, forçant le barrage de la surface du sol pour émerger des cendres grises. Adrana se laissa aller en arrière, sentant qu’elle ne parviendrait pas à mieux. Cette trouée dans la forêt n’allait pas rester ainsi durant bien longtemps. Dymos, depuis le cœur des Bois Sombres, dispensait sa magie comme une sourde pulsation, la communiquant aux arbres, l’instillant dans leur sève. Néanmoins, elle se trouvait ici presque à la limite de sa zone d’influence, qui ne recouvrait pas la totalité de la forêt. Le Ledoras était vaste ; il contenait la plus grande zone boisée de tout Elhanor, au sud de laquelle se trouvaient justement les Bois Sombres. Plus au sud encore, on trouvait les Fanges, immense marécage dans lequel Adrana ne s’aventurait guère. Au Nord-Ouest, sur les rives du fleuve Ingalrian, s’étendaient les ruines de Prusias, à la frange des Perturbations.
La princesse savait tout cela pour l’avoir vu sur des cartes, mais n’avait jusque là pas vraiment eu l’occasion de se rendre en-dehors des Bois Sombres, pas plus que Gabrielus. Tous deux avaient passé une enfance douillette parmi les habitants du Ledoras, sans jamais ressentir l’envie d’aller voir ailleurs. Pourtant, maintenant qu’elle savait la vérité, Adrana songeait à aller visiter le monde, et en particulier Prusias, où ses parents étaient morts. Sans doute aurait-elle dû tirer un trait sur eux, mais elle ne le pouvait pas. Malgré leur odieuse nature, elle se sentait incapable d’en rester là. Elle avait à présent un deuil à réaliser. Elle se retrouvait confrontée à la mort de membres de son sang. Les histoires de Saneday prenaient un sens plus dur et plus pénible que jusque là, une consistance qu’elles ne possédaient pas tant qu’elles restaient des cours abstraits et, il fallait bien l’avouer, légèrement rébarbatifs.
Baissant les yeux, elle saisit dans sa main gauche le pendentif qu’elle avait au cou. Il s’agissait d’un demi-cercle de métal, cassé suivant une ligne irrégulière. L’autre moitié était au cou de Gabrielus. Saneday leur avait révélé qu’il s’agissait d’un puissant artefact que portait autrefois leur mère. Adrana n’avait encore jamais eu l’occasion de découvrir en quoi il était puissant, mais se disait qu’elle le découvrirait bien tôt ou tard. Il réagissait lorsqu’il se trouvait à proximité de Dymos, scintillant faiblement d’une lueur nacrée. Ceci mis à part, il n’avait rien de particulier ; aucun motif n’en ornait la surface, mais au moins n’était-il pas cabossé comme un vieux bijou. S’il ne brillait guère, il était resté remarquablement plat, la cassure exceptée. Gabrielus et elle avaient pu constater que les deux moitiés s’emboîtaient parfaitement, mais rien ne se produisait.
Un très léger bruit de course attira alors son attention. Elle releva la tête, sachant pertinemment ce qu’elle allait découvrir ; un seul être dans tout les Bois Sombres courait avec cette foulée aérienne, comme si les pattes n’effleuraient qu’à peine le sol. De fait, elle aperçut bientôt Saneday à l’orée du cercle de cendres, qui la regardait avec calme, sans animosité. Une tristesse indicible brillait au fond de ses yeux, qu’Adrana aurait fait n’importe quoi pour faire disparaître. Elle s’en voulait à présent plus que tout de s’être laissée aller. Quelque chose, quelque part au fond d’elle, lui disait qu’elle devrait en vouloir à l’ours-garou pour l’avoir trahie, mais elle ne parvenait pas à s’y laisser aller, ayant de trop forts liens avec lui, malgré la relation maître-élève qu’ils étaient censés avoir.
Pour l’heure, il se tenait appuyé à un arbre encore intact, sous sa forme humaine. Un visage jeune en dépit de son âge, assez carré, les arcades sourcilières légèrement proéminentes rappelant celles d’un ours, et les yeux d’un noir profond.
Il s’avança précautionneusement vers Adrana, et s’arrêta lorsqu’il fut à son niveau. Elle ne parvint pas à affronter son regard et dut baisser les yeux. Elle savait qu’elle devait s’excuser, mais parler était trop difficile. Le remord la submergeait, implacable, menaçant de la faire chavirer. Puis, alors qu’elle allait prendre la parole, Saneday s’exprima le premier.
« Je suis désolé. »
Elle releva la tête, pour le fixer. Elle ne comprenait pas. C’était pourtant à elle de s’excuser.
« Je suis désolé de t’avoir caché la vérité durant tout ce temps. » Il marqua une pause. « C’est un choix que j’ai fait en souhaitant qu’il serait bon pour toi. C’est à moi de l’assumer. »
Adrana sentit que les larmes lui montaient aux yeux, mais elle les réprima farouchement.
« Merci. Et désolée aussi. Pour tout ça. »
D’un regard, elle désigna le cercle brûlé qui les entourait. Saneday eut un bref sourire, toujours empreint d’une douce tristesse, puis se baissa, se mettant à la hauteur d’Adrana, les mains posées sur le sol. Du fond de ses prunelles surgit un infime tourbillon émeraude, qui dansa un instant, pour occuper finalement la totalité de ses pupilles. Autour de ses mains, une lueur verte apparut, glissant de sa peau vers les cendres, qui furent soulevées à quelques centimètres du sol, nuage gris en suspension disparaissant progressivement, comme éliminé par l’air. La terre brûlée se mit à se craqueler, à trembler, et sa teinte varia doucement du noir vers le marron. De petites pousses comme celle qu’Adrana avait fait surgir du sol en sortirent tout autour d’eux ; les deux crevasses créés dans le sol se fermèrent en grinçant, accompagnées de fortes secousses. Des pousses qui jaillissaient de la terre naissaient de nouvelles feuilles, qui se développaient au fur et à mesure que les plantes grandissaient. Lorsque Saneday et Adrana furent entourés par des plantes d’une trentaine de centimètres, l’Ours-garou retira ses mains du sol et se releva. De nouveau ses yeux étaient d’un noir total.
« Nous devons aller à la Clairière du Conseil, Adrana. Gabrielus est parti. »

sanphi
sanphi
Niveau 8
22 février 2009 à 19:27:49

Et bien c’est parti pour le relevé du 2ème post. Idem que la dernière fois. Suggestions à prendre ou à laisser, c’est selon ^^

Bientôt l’ours fut hors du camp, à moins d’une lieue de Prusias. Ses yeux d’or brillaient intensément, d’épuisement et de colère. Saneday avait perdu de précieuses secondes et sa monture, et sa course présente risquait d’amoindrir encore un peu ses forces, ce qui n’était pas pour l’arranger. ==> Deux « et » à la suite je dirais « de colère et d’épuisement ». Exemple :
"Saneday avait perdu de précieuses secondes et sa monture, ce qui n’était pas pour l’arranger car sa course présente risquait d’amoindrir encore un peu ses forces."

Malgré ces pensées qui tourbillonnaient dans son crâne, ses pattes ne fléchissaient pas, et les puissants muscles de son corps d’ours le propulsaient sans relâche vers son but. Les gouttes continuaient de s’écraser sur son pelage terni et sale, mais rien ne pouvait plus l’arrêter. ==> Pure esthétique ici pour minimiser le nombre d’articles (les/de/son/d’) et éviter le shéma « mais rien ne pouvait… ». Exemple :
"En dépit de ces pensées tourbillonnant dans son crâne, ses pattes ne fléchissaient pas et son corps d’ours aux muscles puissants le propulsait sans relâche vers son but, Indifférent aux gouttes continuant de s’écraser sur son pelage terni et sale."

Les griffes de Saneday cliquetaient bruyamment sur la pierre rougie par le sang, lorsque les pattes ne s’enfonçaient pas jusqu’à l’articulation dans de véritables mares de boue. Il projetait sans difficulté son énorme masse par-dessus les décombres, se faufilait dans les interstices entre les bâtiments écroulés, droit vers le Palais, au cœur de la ville. ==> cliqueter évoque des objets métalliques, je pencherais plus pour crisser. Je dirais « quand » la place de « lorsque ». Lorsque délimite un moment précis, un événement ponctuel. Au passé, il s’emploie avec le passé simple, composé, plus que parfait, etc… « dans les interstices » et entre, c’est un peu répétitif dans le sens.

« Les griffes de Saneday crissaient bruyamment sur la pierre rougie par le sang, quand les pattes ne s’enfonçaient pas jusqu’à l’articulation dans de véritables mares de boue. Il projetait sans difficulté son énorme masse par-dessus les décombres, se faufilait entre les bâtiments écroulés, droit vers le Palais, au cœur de la ville. »

Sa frustration et sa rancœur envers le monde entier grandissaient à chaque pas, à chaque cadavre, à chaque bâtiment jadis magnifique et à présent en morceaux. Il aurait voulu que tout se passe différemment, que les Anges n’aient pas été de tels monstres, mais la nature profonde d’une race ne se change pas si aisément. ==> Purement subjectif mais je changerais le verbe grandir, pour éviter les répétitions et pour accentuer la progression que tu fais avec les pas etc… morceau me gêne un peu. Le verbe passer, passe-partout. Enfin la dernière phrase me pose un mini dilemme. D’un côté, les que à répétition qui obligent à user du subjonctif de l’imparfait, de l’autre que tu aies voulu par là accentuer le sentiment de Saneday, ce que je comprends. Au final, je crois que je garderais tout en rajoutant un petit quelque chose sur la ligne d’avant, histoire d’équilibrer l’effet.

« Sa frustration et sa rancœur envers le monde entier s’enracinaient foulée après foulée, pour chaque cadavre enjambé, chaque édifice jadis magnifique et à présent réduit à l’état de vulgaires cailloux tout juste bons à être piétinés. Il aurait voulu que tout se déroulât différemment, que les Anges n’aient pas été de tels monstres, mais la nature profonde d’une race ne se changeait pas si aisément. »

Enfin le Palais fut en vue. Il était gigantesque, à la hauteur de la démesure des Anges. Des sculptures aux détails sans fin en ornaient les murailles et les tourelles, qui auparavant se dressaient gracieusement vers les cieux, et qui à présent étaient pour la plupart décapitées et brûlées. Quelques flammes s’échappaient encore de certaines fenêtres, laissant sur les murs blancs de grandes marques noires et grises. ==> Je ne ferais qu’une seule phrase des deux premières pour s’affranchir du verbe être et équilibrer la longueur, rapport au reste. La suite est bien agencée hormis peut être les « qui » qui gênent le jeu auparavant/à présent. « Des sculptures aux détails sans fin ornaient les murailles et les tourelles, auparavant dressées gracieusement vers les cieux et à présent décapitées et brûlées pour la plupart. ». Petite suggestion :

« Enfin le Palais fut en vue, gigantesque, à l’image de la démesure des Anges. Des sculptures aux détails sans fin paraient les murailles et les tourelles ; autrefois dressées gracieusement vers les cieux, à présent squelettes aux atours effeuillés et carbonisés, habités parfois de flammes orphelines qui rougeoyaient derrière les fenêtres, maquillant de suie les rares murs encore vierges. »

Un bruit de tonnerre s’échappa du bâtiment, dont une aile entière s’écroula en un instant dans un nuage de poussière. Saneday s’aperçut qu’un petit contingent de soldats attendait devant l’entrée principale, et qu’un combat devait encore se dérouler à l’intérieur, à en croire le bruit qui s’en échappait. Les soldats, l’air tendus, regardaient tous vers l’emplacement de la bataille, sans doute prêts à fuir si l’affrontement prenait trop d’ampleur. == > effondrer à la place d’écrouler pour changer. Répétition de soldats, bruit et échapper. Il faudrait changer l’ordre des phrases pour l’éviter et induire que c’est l’explosion qui attire l’attention de Saneday, d’abord sur le bruit du combat, puis sur les soldats enfin, une fois le nuage de poussière dissipé.

« Un grondement de tonnerre secoua le bâtiment dont une aile entière s’effondra dans un nuage de poussière. A la faveur du calme relatif qui s’ensuivit, Saneday perçut les échos d’un combat provenant de l’intérieur. Massés devant l’entrée principale, un petit contingent de soldats, se tenaient à l’affut de l’escarmouche, prêts à fuir si elle venait à prendre trop d’ampleur. »

Il le connaissait parfaitement, et savait précisément où est-ce qu’il était attendu. ==> où il était attendu (où sa présence était requise)

Des cadavres […]angle, qu’il s’agisse de ceux, innombrables… ==> « qu’il s’agît »

Leurs armures entachées de sang, cabossées, servaient maintenant de linceul doré à ceux qui avaient été les plus hauts défenseurs des monarques du Ledoras. ==> Purement subjectif : je remplacerais « cabossées » par « bosselées » et « servaient » par « tenaient lieu »

De grandes salles de réception avaient subi de plein fouet les assauts magiques, et des frises complexes qui en ornaient les murs ne restaient que quelques gravas où de grossiers reliefs se distinguaient encore vaguement par endroit. ==> Je mettrais un point après « magiques ». Un petit participe présent pour éviter le qui, que, quelques. Sinon, c’est gravats, il me semble. Exemple :

« De grandes salles de réception avaient subi de plein fouet les assauts magiques. Des frises complexes ornant les murs, ne demeuraient que les vestiges de grossiers reliefs encore visibles sur quelques gravats. »

Les colonnes qui soutenaient le plafond avaient vu leur base rasée, le mobilier de Bois Sombre était brisé, réduit en esquilles pour la plupart carbonisées. Le gâchis était incommensurable, mais il en était toujours ainsi quand un peuple opprimé se révoltait. Il fallait faire table rase pour avoir la chance de repartir à zéro. ==> rase/rasée. Je mettrais soutenir en participe présent, une virgule après plafond. Exemple :
« Les colonnes soutenant le plafond, avaient vu leur base rasée, le mobilier de Bois Sombre était brisé, réduit en esquilles carbonisées pour la plupart. Le gâchis était incommensurable, mais il en était toujours ainsi quand un peuple opprimé se révoltait. Il fallait faire place nette pour avoir la chance de repartir à zéro. »

Malgré tout, la frustration de Saneday grandissait à chaque pas. Puisque le peuple des Anges s’était de toute façon condamné, il aurait au moins voulu que toutes leurs richesses, toute leur culture soient sauvées. ==> attention au subjonctif qui ne peut être pas être au présent. Une construction presque à l’identique de quelques lignes plus haut, un peu comme un refrain des pensées de Saneday, c’est peut être l’effet recherché d’ailleurs ? Il me semble d’ailleurs avoir retrouvé le même procédé dans le premier post. Le laisser tel quel me parait trop répétitif quand même, donc je dirais d’exploiter les images, étendre le vocabulaire pour varier tout en gardant la même souche. Exemple :

« Envers et contre tout cependant, la frustration s’emparait de saneday, menaçait de le submerger, tel un lierre grimpant étouffant lentement son hôte. Dés lors que le peuple des Anges fût de toute façon condamné, il aurait souhaité pour le moins que le fruit de leurs richesses, de leur culture eût été préservé. »

Il se dirigeait vers l’épicentre magique, le seul endroit dans Prusias d’où des vagues d’énergie continuaient de déferler. Il espérait ardemment que le combat n’avait pas encore gagné le temple sacré, où se trouveraient sûrement les derniers survivants de la famille royale. ==> Je dirais « où » plutôt que « d’où » mais perso, je changerais la phrase, rapport à la deuxième. « où se trouvaient » ou bien « où il trouverait sûrement… ». Exemple :
« Il se dirigeait vers l’épicentre magique, le seul endroit dans Prusias encore soumis au déferlement de vagues d’énergie. Il espérait ardemment que le combat n’avait pas encore gagné le temple sacré, où se trouvaient certainement les derniers survivants de la famille royale. »

Au fur et à mesure qu’il progressait dans le palais, les cadavres de l’armée de Thoed étaient de moins en moins nombreux, tandis que le nombre d’Anges éviscérés augmentait. ==> dépouilles au lieu de cadavres pour changer un peu. A l’inverse (à contrario) me semble mieux convenir. « Les dépouilles de l’armée de Thoed étaient de moins en moins nombreuses, à l’inverse du nombre d’Anges éviscérés qui augmentait. »

Sans doute les troupes de bases n’avaient elles qu’à peine pu parvenir seules jusque là, contraignant Thoed à se déplacer lui-même au cœur du bâtiment. ==> Tortueux.
« Sans doute, les troupes de bases n’avaient elles pu qu’à grand-peine parvenir jusque là, contraignant Thoed à se déplacer en personne au cœur du bâtiment. »

Saneday grimaça lorsque son esprit évoqua le nom de son adversaire. Une colère sourde grondait en lui, et ses doigts se crispaient, menés par une irrépressible envie de serrer le cou de son ennemi jusqu’à son dernier soupir… ==> « lorsque son esprit évoqua » m‘a fait sourire ; ) Pour faire plus simple, je dirais « en évoquant ». J’enlèverais le « et » qui coupe un peu et remplacerais « menés » par dominés (plus expressif). Exemple :
« Saneday grimaça en évoquant le nom de son adversaire. Une colère sourde grondait en lui, ses doigts se crispaient, dominés par (en proie à) une irrépressible envie de serrer le cou de son ennemi jusqu’à son dernier soupir… »

Il sentit que le combat était à présent tout proche, si proche qu’il s’étonnait de ne pas le voir encore. Une paroi sur sa droite fut alors soufflée par une violente explosion, et Saneday fut entraîné au sol par les gravas. Il se releva aussitôt, pour observer les deux combattants qui menaient une lutte acharnée au centre d’une ancienne salle de bal. Des pulsions meurtrières surgirent en lui, et il dut se contrôler avec toute la fermeté dont il était capable pour ne pas se jeter sur celui qui avait détruit Prusias. L’affrontement cessa un instant, durant lequel les deux adversaires dévisagèrent l’ours-garou. L’épuisement se lisait sur le visage du Roi, mais une sorte d’espoir inespéré était apparu au fond de ses yeux en apercevant Saneday. Au contraire, l’apparition du nouveau venu avait fait naître sur les traits de Thoed une expression de rage incontrôlable. Il tenta de se jeter sur cette proie apparue de nulle part, mais le Roi bondit et mit son épée en travers de sa route, l’obligeant à poursuivre leur duel. Saneday capta le coup d’œil de supplique que lui lança son monarque, acquiesça, et reprit sa course vers le temple, laissant bien à contrecœur son Roi sans aide et son ennemi en vie. Le premier était trop fatigué, trop usé par la bataille, et le second était trop puissant ; l’issue de la bataille ne faisait aucun doute, mais le but n’était que de gagner du temps pour mettre à l’abri ceux qui pouvaient encore l’être. ==>
S’affranchir du verbe être et de la voix passive. Préciser l’atmosphère, faire des liaisons au minimum et privilégier des phrases courtes pour dynamiser. Ex : une violente explosion souffla une paroi sur sa droite et Saneday mordit la poussière sous une grêle de gravats. Suggestion sur l’ensemble :

« Il sentait le combat proche à présent, si proche qu’il s’étonnait de ne pas le voir encore. Puis soudain, plus rien hormis un sifflement strident à percer les tympans. Une paroi sur sa droite explosa avec violence, cracha une bordée d’éclats qui vint percuter Saneday à la vitesse d’un boulet de canon. Il se dégagea des gravats en hâte et se releva aussitôt, notant en un éclair la salle de bal, le fil brillant des lames aux mains des deux combattants. Une seconde s’égrena, lourde, opaque, dans un silence tissé par trois regards brûlants ; celui du Roi, empreint de lassitude et nourri soudain par un espoir insensé ; consumé de pulsions meurtrières tout justes muselées pour les deux derniers. Thoed bougea le premier, âpre à en découdre avec l’ours-garou. Il chargea d’estoc et de taille avec fureur. Saneday esquiva la pointe d’une volte habile, le Roi contra le tranchant sur le fort de son épée, forçant Thoed à poursuivre leur duel. Une supplique muette du monarque suffit à briser l’élan vindicatif de Saneday. La mort dans l’âme, il s’éloigna en direction du temple, laissant bien à contrecœur son Roi démuni et son ennemi en vie. Le premier était trop fatigué, trop usé par la bataille, et le second bien trop puissant. L’issue de la bataille ne faisait aucun doute, mais gagner du temps pour mettre à l’abri ceux qui pouvaient encore l’être, primait sur tout le reste. »

Rapidement l’intensité du son produit par le choc des épées diminua dans le dos de Saneday. Son cœur était déchiré par le sacrifice qu’il laissait ainsi son Roi commettre, mais il n’avait guère le choix. Il pouvait faire mieux qu’aller mourir à ses côtés, et sa loyauté lui ordonnait de réaliser tout ce qui était en son pouvoir pour respecter les dernières volontés de ceux qui étaient morts et allaient mourir aujourd’hui. ==>
Décroître au lieu de diminuer pour mieux coller à l’idée du son. Répétition de laisser. Commettre me gêne un peu. Il a une connotation négative (péché, crimes, imprudence etc…), enfin les qu’/qui/qui à la suite. Exemple :

« Le cliquetis (sec et grave) des épées (s’entrechoquant), décrut (déclina) rapidement. Le cœur de Saneday était déchiré pour avoir ainsi permis à son Roi de se sacrifier, même s’il n’avait guère eu le choix. Il pouvait faire mieux qu’aller mourir à ses côtés et sa loyauté lui intimait l’ordre de tendre tous ses efforts pour respecter les dernières volontés de ceux qui étaient morts et allaient encore mourir aujourd’hui. »

Me voilà arrivée au bout et oups ! J’ai fait aussi long que la dernière fois :-d
Toujours aussi sympathique et agréable à lire. Je ne sais pas si c’est réellement recherché, je me trompe peut être d’ailleurs complètement mais j’aime bien l’idée de « refrain » que j’ai mentionné plus haut. L’équilibre à trouver entre « refrain » et répétition pure n’est pas franchement évident mais au final ça donne un certain cachet au texte, une signature.

See you! :hap:

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
28 février 2009 à 17:56:35

Lu, le prologue. Je trouve ça sympa, même si les actions sont un peu trop lentes pour être réellement captivantes.

Je lirai la suite un autre jour, quand j'aurai plus mal à la tête.

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
06 mars 2009 à 12:04:32

Merci Sanphi ^^ J'ai tout repris en fonction de tes commentaires, je me suis même bien pris la tête parfois :P

Moicesmoi, j'avoue, le rythme est lent ^^' Et ça va continuer comme ça... donc... ben faut aimer, je crois :)

emy_la_fumeuse
emy_la_fumeuse
Niveau 8
06 mars 2009 à 16:08:49

j'ai pas lu, j'aime pas spécialement la héroic fantasy mais j'ai écouté ta musique et le concept est super intéréssant sauf qu'on ne comprend pas vraiment les paroles et c'est dommage. C'est du latin ? ^^

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
06 mars 2009 à 16:57:58

Pour les paroles, suivant les chansons, c'est en français ou en anglais, et il y a parfois un petit peu de latin :) Mais effectivement, on ne comprend guère les paroles ; faut dire, c'est du chant style opéra, et c'est pas pour rien que ces derniers, même ceux en français, sont surtitrés ;)

emy_la_fumeuse
emy_la_fumeuse
Niveau 8
06 mars 2009 à 17:02:56

on comprend très bien un chant d'opéra :-(

Grhyll
Grhyll
Niveau 7
06 mars 2009 à 17:31:14

Euh... ben on a pas dû aller voir les même opéras ^^' Le chant type opéra est fait pour faire passer les émotions avant tout, souvent au détriment de l'articulation. Je suis déjà allé voir des opéras dont le texte était en français mais où un panneau l'affichait malgré tout au-dessus de la scène, afin de pouvoir comprendre la pièce.

powpi
powpi
Niveau 3
06 mars 2009 à 19:21:34

Et pourquoi tu n'apportes pas ta touche personnelle en faisant des chants compréhensibles ?

j'ai également écouté, et c'est du réchauffé... enfin surtout, continue, mais essayez de performer un peu plus

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