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Les Chevaliers d'Opale

capelle3313
capelle3313
Niveau 10
24 décembre 2004 à 13:38:45

Le chauffeur de la locomotive hissa timidement la tête par le trou béant qu’avait laissé la fureur reptilienne de la salamandre dans le wagon.

- Vous . .. vous l’avez eu ?
- Oui, elle est morte. En revanche, continua Patrick, nous allons avoir besoin de votre aide pour la pousser de sur le toit.

Les quatre hommes s’attelèrent à la tâche. Poussant sur le côté de la bête, ils parvinrent à faire glisser la tonne du reptile qui alla s’écraser sur le talus en contrebas avant de dériver dans les buissons. Le chauffeur s’occupa ensuite de détacher le wagon endommagé avant de prévenir les services des chemins de fer d’Ibéria de l’attaque.

Le train ne comptait à présent plus que la moitié des wagons avec lesquels il avait quitté Opale. Les chevaliers étaient maintenant entré en Ibéria et devait rester incognito. Depuis l’attaque de la Salamandre, Vivi ne tenait plus en place. Il avait déjà traversé le wagon une bonne cinquantaine de fois, sans jamais s’arrêter. L’anxiété ne voulait pas le quitter. La locomotive sifflait dans les plaines de Parlonne, les plus grandes du continent qui entouraient Esdrid sur un rayon d’une centaine de kilomètres. Etonnamment désertique, l’Ibéria n’en était pas pour le moins relié au reste du monde. Des rails sur lesquels filait le train opalien, on pouvait distinguer une gigantesque autoroute qui traversait elle aussi la plaine. Plus on s’approchait d’Esdrid, plus le trafic était important. Quelques rares nomades peuplaient la plaine mais les apercevoir à proximité de ces axes de communication était peine perdue. Vertes à perte de vue, les Plaines de Parlonne abritait également une faune de monstre terrifiante. Raison pour laquelle rails et routes étaient si hauts perchés sur leurs pylônes de béton et d’acier. Etrangement, aucun monstre ni animal ne se montrait. Mais la situation qui intriguait les chevaliers se changea très vite en excitation à leur entrée à Esdrid. Les voilà enfin à destination après trois heures de voyage. Vivi était rassuré. Les quatre jeunes hommes glissèrent instinctivement leur pendentif sous leurs vêtements et mirent pied à terre. Bien que leurs armes restaient visibles, seuls les opales qu’ils portaient permettaient de les identifier comme Chevaliers d’Opale. Nombreux sont en effet les individus armés qui peuplent la capitale ibérianne. Il en deviendrait presque bizarre qu’un homme soit désarmé plutôt que le contraire.

- Nous voilà enfin à Esdrid mes amis, entama David.
- Oui, maintenant, il nous faut rejoindre la Gare du Sud, affirma Vivi qui venait de déplier son planisphère.
- Il faut traverser la ville, remarqua Patrick. Prenons par le Marché de Durano.

Une fois à l’extérieur de la Gare de Parlonne, la plus petite des deux gares de la ville, les quatre chevaliers faisaient face à une imposante avenue. Le soleil offrait à la ville une chaleur étouffante. Les températures de la région étaient généralement très élevées. Peu habitués à ce genre de chaleur, les quatre jeunes gens n’étaient pas réellement à leur aise. Heureusement pour eux, le Marché de Durano était couvert, et par conséquent, plus frais. Ils traversèrent l’avenue assez rapidement et gagnèrent l’entrée du marché. Nichée entre deux rues, cette entrée, composée de deux poutres en bois au sommet desquelles se nichait une pancarte « Marché de Durano, Ville d’Esdrid », apportait son lot de sobriété à ce haut lieu de vie de la population esdridienne. Une fois l’entrée franchie, la surprise était de taille. Immense, telle était la place qui accueillait le marché. Une bonne cinquantaine de stands et autres étalages parsemaient les pavés de la place. Un véritable labyrinthe pour peu que l’on soit novice dans l’art de chiner. Ce qui était malheureusement le cas des quatre chevaliers. Sceptiques et peu rassurés par leurs chances de trouver une issue dans ce dédale marchand, ils s’avancèrent.

*

Une légère flamme jaunâtre peinait à survivre. Les Ténèbres, tout autour. Le silence oppressant. Une voix caverneuse se fit entendre.

- Maître, vous souhaitiez me voir ?
- Oui. Tu es le plus jeune de mes généraux. Mais également le moins efficace. Du moins pour l’instant. J’ai une mission à te confier.
- Quelle est-elle ?
- Nous sommes sur le point de nous extraire de cet infâme dôme de magie que ce maudit Opale a érigé voici mille années. J’ai besoin de toi pour une tâche particulière . .. As-tu entendu parler des Chevaliers d’Opale ?
- Oui, Maître.
- Bien. Je sais que quatre d’entre eux ont quitté leur patrie pour se rendre sur l’île qui surveille ce dôme et dont ces maudits humains nous empêchent de sortir. Ils ne doivent pas arriver jusqu’ici. Retrouve les et élimine les.
- Certes Maître. Mais comment comptez-vous m’envoyer sur Tierra ?
- J’ai envoyé Saurya anéantir ces faibles créatures humaines. A l’heure qu’il est, lancer une sphère pour te permettre de sortir de l’archipel ne devrait pas être un problème.
- Bien entendu, mais, excusez-moi Seigneur, je ne comprends pas pourquoi devrions aller chercher ces chevaliers là où ils sont plutôt que d’attendre leur arrivée ? D’autant plus que le général Saurya aura éradiqué cette minable résistance humaine.
- Ne pose pas de questions !
- Oui, excusez-moi, je vais me retirer.
- Disons que nous avons légèrement sous-estimé ces humains. J’ai le sentiment qu’ils nous préparent quelque chose mais je ne saurais te dire quoi. Je préfère m’assurer que ces chevaliers ne parviendront jusqu’ici. Je ne sais encore ce dont ils sont vraiment capables. Je te le répète, ils ne doivent arriver au dôme.
Le général baissa la tête. Tout comme Saurya, rien de son corps ne se voyait, une immense toge noire le recouvrait. Seul un N manuscrit, identique à celui du premier général, ornait la boucle de la ceinture que l’on pouvait entrevoir sous les plis du vêtement. Il recula et se redressa en se retournant, prenant la direction de la porte de cette salle, visiblement celle d’un trône quelconque, dont la noirceur des lieux empêchait tout détail de s’en échapper.

- Et... Diablo, un échec ne saurait être toléré.

*

Le brouhaha qui régnait rendait inaudible toute conversation pour peu que les interlocuteurs ne soient pas côte à côte. Les quatre chevaliers se faufilaient difficilement entre les gens, clients, vendeurs ou simples badauds qui animaient le marché.
- Est-ce que tu sais où on va ? demanda David à Patrick.
- Je croyais que tu connaissais le marché, rajouta Jérôme.
- A vrai dire, je ne suis venu ici qu’une seule fois, et ce n’était pas aussi peuplé, se défendit l’intéressé. Je crois qu’en allant tout droit, on devait en sortir . ..

Patrick ne parvenait pas à se rassurer lui-même. Où se trouvait cette sortie ? Demi-tour ? Impossible à présent. Demander son chemin ? Absorbés par l’ambiance, les gens ne feront même pas attention à de pauvres jeunes hommes perdus. Seul recours, avancer. Dire qu’un simple marché peut rapidement tourner au désastre. Soudain, Jérôme s’arrêta net. Les trois autres chevaliers ne le remarquèrent pas immédiatement. Perdus dans la foule, ils se retournèrent et virent qu’ils n’étaient plus que trois. Jérôme les rejoignit, le visage fermé par le doute.

- Nous ne sommes pas seuls, affirma-t-il.
- Evidemment qu’on n’est pas seul, tu as vu le monde qu’il y a ? plaisanta David.

Mais la fermeté du visage du Chevalier Noir ne portait pas à la plaisanterie.

- Je ne plaisante pas. Nous sommes suivis.
- Et nos Opales . .. Vivi souleva son col pour jeter un œil sur son pendentif. Inerte. Elles ne brillent pas.
- Nos opales ne sont pas parfaites, elles ne reflètent pas tous les dangers qui nous guettent, répondit Jérôme.
- Avançons et restons sur nos gardes, termina Patrick en tâtant le bout de la poignée de son épée, que son fourreau dorsal contenait.

Les quatre jeunes hommes avancèrent, se frayant un chemin à travers la foule. Tous faisaient confiance à Jérôme, qui avait déjà senti l’attaque de la Salamandre pendant le voyage. Ils réussirent enfin à atteindre ce qui semblait être le centre de la place. Un peu d’espace et une patrouille de police la garnissaient. Il semblait que ce soit le seul endroit à ne pas accueillir ni de foule, ni de marché. Un repos en quelque sorte. Tout à coups, surgit de nulle part, rapide comme l’éclair, un individu fonça sur Patrick. A peine eut-il le temps de le voir fondre sur lui qu’il se pencha en arrière pour éviter ce qui semblait être un coup. Un poing ganté lui rasa le menton. Si près qu’il pu sentir le vent se fendre sous cette main. En l’espace d’une seconde, le mystérieux individu passa devant les chevaliers et se retourna quelques mètres plus loin. Il leur faisait désormais face. C’était un jeune garçon, une quatorzaine d’années tout au plus. Il était habillé sobrement. Un t-shirt mauve recouvrait un pull noir dont seules les manches dépassaient. Il portait également une paire de baskets noire sur lesquelles s’élançaient deux bandes mauves sur chaque côté. Son visage lui donnait une apparence malicieuse. Une chevelure violette, ébouriffée, recouvrait deux yeux noirs. Il fixa les quatre chevaliers. Un regard froid, meurtrier, seul la mort semblait s’exprimer dans ces yeux. Il serra les poings. Il portait une paire de gants noirs. Seul le revers de la main était découvert. Il sourit.

- Qu’est-ce qui te prend ? demanda Patrick.
- Hum, rapide . .. rétorqua le jeune garçon.
- Pourquoi m’as-tu attaqué ?
- Tu es Chevalier, je me trompe ?
- Même si je l’étais . ..
- J’ai toujours voulu me mesurer à un Chevalier d’Opale.
- Dis-moi au moins qui tu es. Patrick sorti l’épée de son fourreau, lentement, comme si il sentait que le combat était inévitable.
- Je te dois bien ça. Uchiwa. Zell Uchiwa.

:noel:

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