Un livre, un livre, un livre!
Gaétan Soucy
"La petite fille qui aimait trop les allumettes"
Y a trois types de livre, en gros. Il y a les "classiques", qu'on remarque du premier coup d'oeil, les Hugo, Borges, les Musset et les Zola, les Flaubert, les Levy-strauss et les Rousseau, qu'on lit et qu'on découvre, souvent, avec un mélange de curiosité et d'admiration, sans compter, souvent, en cours de lecture, une bonne dose d'analyse car, bon dieu, comment un type aussi chiant peut être aussi connu? Y a aussi les "conseils", les noms inconnus qu'un bon pote vous chuchote à l'oreille qui sonnent et qui sonnent à vos oreilles comme des nouvelles mélodies, car, évidemment, vous n'en avez jamais entendu parler, et, en plus, des mélodies pleines de promesses: "Y a un écrivain qui est génial, un tout nouveau tout récent, hein, c'est Marc Lévy- Hé! Tu connais Gemmell?- Moi, j'ai découvert un style unique, Robin Hobb qui s'appelle le gars, et... -T'as déja entendu parler des Fourmis?-Amélie... Amélie Latombe, oui, je crois que c'est ça- Laurent Ruquier il a écrit un livre avec les auteurs de Lanfeust... C'est d'une poésie..." Et puis il y a les livres comme ça, qui vous tombe sous la main, quand vous regardez un rayon dans une librairie et que vous faites tout tomber, avant de découvrir, au milieu des décombres, le livre, blanc, brillant, avec des belles lettres et tout et tout, dont vous devenez vous amoureux. Est-ce à cause de la faute d'orthographe sur le titre, sur le nom de nouille de l'auteur, ou alors sur la couverture, image évoquant malgré tout un plancher où on a renversé des couleurs? On ne le sait, pourtant on le prend, on l'achéte, et on le lit. La plupart du temps, c'est de la merde.
Bref, toute cette intro pour dire que si l'un d'entre vous connait ce livre, c'est surement que vous l'avez trouvé -comme moi- dans la troisiéme catégorie, pour un euro, conseillé par une jolie bouquiniste pour mes vacances. Et que si vous l'achetez maintenant, il sera dans la deuxime catégorie, et que si vous le lisez, vous penserez qu'il mérite la premiére. Et que si vous êtes comme moi, vous vous êtes certainement pris une claque dans la gueule. Oh, pas par la bouquiniste.
Par le bouquin.
En gros, ça raconte l'histoire de l'ainé de deux enfants, dont le pére vient de mourir. Deux enfants ermites, n'ayant connu que l'amour et la discipline, enfermé dans leur forêt comme des princesses dans une antre à dragon. Et, comme toutes les princesses adulant leur dragon, ne connaissant rien des créatures qu'on appelle les humains, le contact va être difficile.
C'est pas pour rien si je joue la métaphore sur les dragons, vu qu'une de mes fics qui y faisait référence (je vous laisse trouver laquelle, attention, c'est dur), et que j'avais en gros tenté ce que Soucy réussit avec maîtrise, avec perfection. Tout est drole, enjoué, émouvant, troublant d'innocence et de violence, tout se retourne, le bien, le mal, la société, l'isolement, l'individu, dans un gros imbroglio stylistique qui, dans son vocabulaire décalé, son argot à la fois grossier et soutenu, tisse une carte, celle de l'esprit du héros -ou es-ce une héroïne?- Et, pendant qu'on avance à reculons pour comprendre l'histoire, pendant qu'on déchiffre les signes, on comprend que tout ça n'est ni tout à fait joyeux, ni tout à fait de l'horreur. C'est étrange, et c'est humain.
Y a des chef-d'oeuvres comme ça...