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Liste des sujets

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Amir_
Amir_
Niveau 9
01 décembre 2007 à 15:24:50

J´ai lu!

Wouah ^^ S´trop bien :noel:

Tu as réussi un tour de force, un genre de texte que je vois pas beaucoup sur le forum: un texte sans véritablement de scénario, ou du moins, le scénario n´est ici qu´un prétexte. C´est une sorte de fable. Et j´adore, cette SF qui sert non pas à divertir "bêtement", mais qui fait réfléchir. C´est ce que j´aime dans ce genre ^^

C´est triste, ca se termine mal, et c´est foutrement bien écrit. Ca fait partie de ces nouvelles qu´on oublie pas, qui restent dans un petit coin de l´esprit, auxquelles on repense avec plaisir de temps en temps, qu´on relira un jour! Je comprends d´ailleurs même pas où se trouvent tes répétitions, le texte est passé comme une lettre à la poste, j´ai pas constaté de lourdeurs! Remarque, si y a des lourdeurs et qu´elles sont passées inapercues, c´est bon signe ^^

J´avais lu quelques textes de toi avant, mais ca m´avait pas marqué. Je me souviens vaguement que t´écrivais bien, mais qu´il restait un peu d´ampoulage. J´aimais, mais y avait encore de l´amateurisme.
Là... ^^ Bah là c´est comme Hobbit ( ouah la majuscule :noel: ), ca fait pro, ca fait éditable. Je m´emporte peut etre, mais sans doute pas de beaucoup. Tu as la plume agréable, un style fluide et sans fioritures, où les défauts deviennent des détails. Y a pas de tâches, c´est maitrisé ^^ C´est ce que j´ai constaté vraiment de facon évidente dans le Mur de Hobbit, maintenant je le constate chez Xbq.

Et puis tu as cette manière de raconter très américaine, qui sait ce qui attire l´attention du lecteur, qui sait ce qui lui plait, une écriture accessible ( ce qui veut pas du tout dire simpliste ), mais profonde. Tu nous fais pas chier avec des longueurs, des explications, le lecteur comprend ce que tu veux faire passer, il a pas besoin de plus. Et y a beaucoup d´humour, mais c´est subtil, c´est bien disposé, comme je l´ai dit. Enfin, bref, cay bien :noel:

De plus, tu introduis beaucoup de petits indices supplémentaires sur cette espèce de monde décérébré. Le coup de LOTR écrit par Peter Jackson, c´est bien trouvé, par exemple ( ca me rappelle les gens qui croient que les contes adaptés par Disney sont de Walt Disney :noel: ). Le passage sur le net est très amusant ( osef (cette théorie avait l’air très populaire, tant elle revenait souvent) :rire2: ).

Et puis le texte est aéré, donc ca pique pas les yeux :-)
ET les dernières phrases sont magnifiques :noel:

´fin bref ^^ J´adore le genre de la nouvelle, j´adore la science fiction, alors merci pour ce super texte " Jack Kincaid" :noel: Je voudrais encore en parler, mais j´suis fatigué :p

J´en veux encore ^^

Jack_Kincaid
Jack_Kincaid
Niveau 9
02 décembre 2007 à 19:55:25

Eh ben, :ouch: , vraiment merci de ton commentaire^^

Surtout que ce que j´avais envie de provoquer chez le lecteur, en commençant à écrire ça, c´est à peu près la réaction que tu détailles ici, donc forcément ça me rejouit encore plus que ça t´ait plu :-)

Bonne soirée du coup, tiens \o/

Jack_Kincaid
Jack_Kincaid
Niveau 9
08 décembre 2007 à 22:13:21

J´vais me upper deux ou trois fois pour faire genre, et ensuite je laisserai couler :-)

Jack_Kincaid
Jack_Kincaid
Niveau 9
29 décembre 2007 à 01:46:51

ça c´est la deuxième fois que je mentionnais, donc :up:

daconta
daconta
Niveau 4
29 décembre 2007 à 20:32:58

Remarquable, autant au niveau de l´écriture que du scénario, ça ne se lâche pas du début à la fin, un peu à la manière d´un bon gros Big Mac (tu me pardonneras, j´ai passé la journée au macdo :/) et c´est vraiment bon! On sent que tu maîtrises ces phrases, ces tournures et cette cohérence qui embaume ton texte.

Maintenant, j´ai quand même un mais. Ton récit est très bon, voire même excellent, mais il y manque qqchose pour qu´il s´envole pleinement. Je sais pas si j´ai du mal à me faire comprendre ou non et n´ayant pas lu d´autre écrit de toi, je n´ai pas de point de comparaison mais... Je sais pas, c´est excellent sans être non plus un "blockbuster" (arf, je suis en manque de vocabulaire ce soir...), le genre de chose qu´on aime lire, qui laisse une bonne sensation... Mais pas de sentiments violent, aucune "explosion" (dans le sens émotionnel j´entends), rien de vraiment marquant. Je ne dis pas ça pour toutes les œuvres et à tous les auteurs (alors que l´on pourrait facilement le faire) hein, je te dis ça à toi parce que je sens vraiment qu´avec ta plume, y´a de quoi faire qqchose de vraiment plus gros.

Bonne continuation

Yohan-Kiefa
Yohan-Kiefa
Niveau 10
30 décembre 2007 à 08:51:14

Vouloir faire de jolis explosions de couleur pour en mettre plein les yeux quand on maîtrise son style, c´est un peu tuer l´âme de ce même style. Il faut savoir toucher sans lancer des confettis et des serpentins un peu partout. Ce sont ce genre de texte comme Undefined qui nous reviennent en tête parfois bien longtemps après avoir lu qui en valent la peine pour un auteur et non ceux qui laissent à la lecture une foule d´émotions fortes mais brèves que nous auront tôt fait d´oublier. Enfin, ce n´est que mon avis.^^

Jack_Kincaid
Jack_Kincaid
Niveau 9
01 janvier 2008 à 04:51:04

Hé bien merci Daconta pour le temps que tu as pris à lire, et pour ces encouragements :-)

S´il n´y a pas de violence dans ce texte c´est simplement que je pense pas qu´elle serait à sa place... Dans ce monde-ci, tout est édulcoré, la seule expérience de violence que John connait c´est une série tv... Même quand il cherche un sens à sa vie, il ne parvient pas à s´échapper complètement de ce monde fantoche, et donc les expressions violentes n´ont pas lieu d´être...

Après pour le fait que mon style est perfectible ça j´en suis tout à fait persuadé :-) Si t´as des exemples précis, je verrai avec plaisir ce que je peux faire pour y remédier :-)

Jack_Kincaid
Jack_Kincaid
Niveau 9
01 janvier 2008 à 04:52:20

(merci à Yohan aussi >< Je t´avais déjà remercié à ton premier comm mais c´est pas une raison, désolé de l´impolitesse :honte: )

Zech
Zech
Niveau 23
16 mars 2008 à 19:41:39

Bon, bon ayant la flemme de lire épitaph, je vais lire le premier bout de ce topic.

Donc d'abord les détails:

"Deux hommes sont assis face à face à cette table"
Bon répétition du "à", y a pas forcément besoin de le supprimé, mais juste de le déplacer genre "A cette table, deux hommes sont assis face à face.
La répétition fait bizarre, parce que ca donne fassa fassa, surtout que y a pas de coupure comme une virgule qui ferait qu'on changerait le rythme naturellement rapide de face à face, puisque c'est une expression, donc on enchaine rapidement avec l'autre à.

"Cela faisait maintenant plusieurs mois qu’ils s’accordaient un temps de discussion chaque jeudi soir, alors qu’il avait jusque là coutume de rentrer directement chez lui auprès de sa femme."
Le problème de cette phrase, c'est que quand on lit, on lit assez rapidement en règle général, et la reprise du pronom "il" on a l'impression que c'est le même, or l'un est au singulier, l'autre au pluriel, ca change donc de sujet, et on voit que ca a changé par rapport à la cohérence, donc on se demande, on voit que c'est un singulier on remonte à John. C'est assez rapide à faire tout ça, mais il faudrait préciser pas juste grammaticalement mais à l'oreille aussi ce changement.
Parfois cependant il n'y a besoin. Notamment quand il y a un "ils" pluriel suivi d'un verbe commençant par une voyelle, puisque la liaison et le son "z" permet l'identification du pluriel.

HS : (cette manie de lever le petit doigt en buvant) HEYYY moi aussi j'arrive pas à ne pas lever le petit doigt!!!!^^

"Sa voix râpe sortait comme un murmure."
Alors j'ai cru comprendre râpe au premier abord, mais j'étais pas sûr, alors j'ai ouvert le dico, d'abord râpe c'est un nom féminin. qui veut dire pleins de trucs sans intérêt, sauf, la variable précisée suisse qui veut dire avare, ça concorde bien, même si c'est un substantif. Mais bon, un substantif adjectivé c'est d'abord rare, et c'est un peu too much là, mais surtout c'est suisse. Je pense qu'il faudrait que tu cherches un terme plus "français" moins suissé, pour que tout le monde puisse comprendre. Même si tout le monde pensera comprendre mais en fait moi j'imaginais roque par exemple. Même si en français on a par contre rapia, pour un avare. M'enfin bon je changerai cet adjectif à ta place, surtout que c'est pas si justifié puisque ça ne se passe pas en suisse, mais en Angleterre à priori, donc on aurait pardonné des termes anglicans, mais moins des suisses, nous pauvre francais^^

"Ses livres avaient retenu son attention pour cette raison, déjà avant qu’il n’apprenne tout à fait par hasard qu’ils étaient quasiment voisins."
Alors pour cette phrase, le "pour cette raison" est grammaticalement n'est pas nécéssaire, et ces groupes qui ne sont pas nécéssaires, vaut mieux essayer de les mettre pas en fin de proposition ca plombe le rythme, et vaut mieux essayer aussi de les espace l'un l'autre donc déjà je mettrais plutôt:
"Pour cette raison, ses livres avaient retenu son attention"

"Déjà avant" Y a un hiatus qui est pas agréable. La réptition de "qu" me semble un peu lourde aussi.

"- J’ai commencé hier, poursuivit l’écrivain, anticipant la prochaine question. Je pense avoir fini d’ici deux semaines.

Deux semaines ? Le délai de publication normal, mais sans compter la relecture du correcteur et du censeur… Le livre risquait de paraître dans trois semaines, au mieux.

- Il doit être particulièrement long, souffla John.
- Tout à fait, confirma son interlocuteur, avec un sourire suffisant. Je compte bien atteindre les 150 pages.
- N’avez-vous pas peur que personne ne l’achète ? "
Hilarant ce passage^^

"l évoquait une scène dans une de ces cliniques de rétablissement en campagne, quand l’infirmière dit « relaxez-vous » et que, désireux de la satisfaire, le patient effectue les gestes requis et prétend se tranquilliser alors qu’il n’a pas le moindre début d’idée des sensations qu’on souhaite le faire éprouver. "
C'est trop long, un peu lourd. Même si y a pas d'erreur caractéristique.

"Il s’en alla en hâte, et pas seulement parce qu’il s’était mis à pleuvoir timidement. S’il y avait des bouchons sur l’autoroute, il risquait d’arriver en retard."
Le "pas seulement" est beaucoup trop "familier" par rapport au reste du style.
Tu peux essayer de reformuler avec un "Non seulement... mais aussi. ou d'une autre manière.

"celui de cuisine," Le parfum de cuisine, Je dirais plutôt le parfum de la cuisine, et de la vengeance, "celui de la"

"Il n’y avait rien à répliquer quand elle partait dans ce genre de diatribes."
Je mettrais bien un mot de concordance pour lier à la phrase précédente genre: "D'ailleurs il n’y avait rien à répliquer quand elle partait dans ce genre de diatribes."

"Le véhicule partit valdinguer dans les décors, tournant plusieurs fois sur elle-même" sur lui même puisque c'est le véhicule. Où puisque tu enchaines avec pleins de elle, peut être changer par la voiture, mais il y aurait une légère répétition.

Voilà la pour la première partie, sinon le texte est sympa très drôle, on percoit la critique dès le début, on va voir où ca nous mène, mais sinon c'est vrai que le style incisif neutre est sympathique. Cependant il faudrait voir à l'alléger justement pour qu'il ne perde pas de son incision.

Mais un vrai bon texte. Je lirais surement la suite.

Jack_Kincaid
Jack_Kincaid
Niveau 9
17 mars 2008 à 00:29:11

Merci beaucoup pour les erreurs repérées, pas grand à chose à contester, je vais tacher de reformuler tout ça dans la mesure du possible. Et bien sûr content que ça t'ait plu, j'espère que tu liras la suite :-)

Jack_Kincaid
Jack_Kincaid
Niveau 9
23 avril 2008 à 19:35:37

Correction du texte entamée. Va falloir que je reécrive une bonne partie de la 4ème ou de la 2ème, le comportement de l'écrivain est trop décalé entre ces deux parties et nuit à la cohérence du texte. Enfin bwrf. 1ère partie améliorée donc, me semble que ça peut aller maintenant, j'attends vos appréciations. Si vous avez déjà lu ça sert à rien de recommencer :

___

Undefined

IF...

"So far, who cares?"
Silas Adams

La scène se passe dans un jardin artificiel arrangé sans grand soin, au milieu duquel trône une table en plastique blanc. Deux hommes sont assis à cette table face à face, dégustant un thé brunâtre qui ressemble à un marécage enfermé. L’un des deux hommes, celui à qui appartient l’endroit, est un écrivain. Nous l’appellerons l’écrivain. L’autre est notre héros. Nous l’appellerons John.

John souleva doucement sa tasse et considéra l’écrivain. Cela faisait maintenant plusieurs mois qu’ils s’accordaient un temps de discussion chaque jeudi soir, alors qu’il avait jusqu'alors coutume de rentrer directement chez lui, pour le souper. Karen ne s’en formalisait pas, sans quoi elle n’aurait pas manqué de le lui faire sentir pendant les dernières vacances, et John appréciait la compagnie de cet homme. L’environnement sobre, leurs discussions, l’ambiance, tout lui donnait envie de revenir. Même le thé insipide ; la préférence allant au café ces temps-ci, un distributeur Lipton lui suffisait pour s'immerger brièvement dans un autre univers.
L’écrivain se mit à siroter doucement le liquide, provoquant quelques bruits de succion désagréables. Tout ce qui avait rapport à son physique semblait morose et austère, jusqu’à sa manière de se tenir droit sur son siège ou à cette manie de lever le petit doigt en buvant comme s’il existait encore des nobles et une reine en Angleterre. Pas de quoi s’attarder, évidemment, mais c'était amusant. Il porta sa tasse à ses lèvre et avala le contenu d’une traite.

- Avez-vous commencé votre prochain livre ? demanda John.
- Oui.

Sa voix rauque sortait comme un murmure.

- Quel en sera le titre ? Quelle en sera l’histoire ?
- Je pense l’intituler « Les Errances » ou quelque chose d’approchant. Il relatera le périple d’un jeune enfant abandonné qui finira par se faire enrôler contre son gré dans l’armée de Nouvelle-France et mourra au cours de combats. J’aborderai peut-être la pédophilie dans les péripéties, mais je ne garantis rien.
- Intéressant, assura John.

Il aimait les scénarios développés, avec des rebondissements inattendus. C'est pour cette raison que les livres de cet auteur avaient retenu son attention, avant même qu’il n’apprenne tout à fait par hasard qu’il vivaient à vingt minutes l'un de l'autre.

- J’ai commencé hier, poursuivit l’écrivain, anticipant la prochaine question. Je pense avoir fini d’ici deux semaines.

Deux semaines ? A peu près le délai de publication normal, mais celui-ci incluait la relecture du correcteur et du censeur… Le livre risquait de paraître dans trois semaines, au mieux.

- Il doit être particulièrement long, souffla John.
- Tout à fait, confirma son interlocuteur, avec un sourire suffisant. Je compte bien atteindre les 150 pages.
- N’avez-vous pas peur que personne ne l’achète ?

L’écrivain s’appuya contre le dossier de sa chaise, mais ne se détendit pas d’un pouce. Il évoquait à John une scène qui devait souvent se produire dans les cliniques de rétablissement : quand l’infirmière dit « relaxez-vous » et que, désireux de la satisfaire, le patient effectue les gestes requis et prétend se tranquilliser, alors qu’il n’a pas la moindre idée des sensations qu’on souhaite le voir éprouver.

- C’est pas mon boulot... J’écris. C’est à l’éditeur de faire en sorte que l’on me vende correctement, je n’ai pas le temps de m’occuper de ça.
- Bien sûr, je comprends… La longueur m’a pris au dépourvu, pardonnez-moi.
- Il n’y a pas de mal, assura l’écrivain.

Il n’avait jamais paru à John du genre à engager rapidement des poursuites, mais quand bien même, des excuses valaient mieux qu’un bête procès.
Sa montre-chrono émit un petit bruit plaintif, dictant la fin de leur entrevue.

- Très bien, conclut-il en se levant. J’aurai certainement fini votre livre précédent d’ici là. Il me tient en haleine.

L’écrivain se leva à son tour. Poignée de mains, formelle.

- Bonne soirée.
- Bonsoir.

Il s’en alla en hâte, et pas seulement parce qu’il s’était mis à pleuvoir timidement. S’il y avait des bouchons sur l’autoroute, il risquait d’arriver en retard. Karen n’apprécierait pas.

John franchit la porte de son domicile conjugal à 21 heures, 32 minutes et 34 secondes. Il flottait dans l’air deux parfums distincts ; un de cuisine, celui du plat précuit que sa femme avait fait réchauffer, et un de vengeance, assorti au regard implacable que dardaient ses grands yeux noirs.

- Tu as au moins deux minutes de retard, lui fit-elle remarquer calmement. Je me demandais si je devais commencer sans toi.

Calmement, du genre calme avant la tempête.

- Tu aurais dû. Excuse-moi.

Il déposa un baiser sur sa joue et s’assit à table. Ils commencèrent à ingérer les divers aliments indéterminés, dans un silence si lourd qu’il se sentit obligé d’ajouter quelque chose.

- Il y avait du trafic sur l’autoroute, expliqua-t-il.
- Joue pas à ça, Johnny… Tu aurais dû prévoir le trafic. C’est ton ami - ce terme semblait méprisable, à l’entendre -, cet écrivain - celui-là aussi, par ailleurs -, qui prend trop de place dans ton planning.

Elle avait raison. En temps normal, quand sa montre sonnait, il se trouvait déjà dans la voiture. Il avait passé quasiment dix minutes à discuter, ce soir-là.

- Toute notre soirée est décalée maintenant, poursuivit-elle sur le même ton de reproche. On va manquer le début du feuilleton.
- Tâchons de ne pas perdre encore plus de temps en disputes, proposa-t-il. On a déjà suffisamment de retard comme ça.

C’était une échappatoire minable, il en avait conscience, elle en avait conscience. Mais peu importe ; elle ne serait pas devenue un lieu commun de leurs querelles sur ce sujet si elle ne fonctionnait pas aussi bien.

- Très bien, soupira Karen.

Le repas s’acheva en silence, et ils s’installèrent devant leur Home Cinema. Il avait pu se l’offrir grâce à un gain modéré au World Loto l’an passé, et depuis il ne cessait de s’en féliciter ; personne d’autre n’en possédait dans le quartier, ce qui lui donnait un agréable sentiment de célébrité éphémère.
A 21h45, 48 Heures Chrono débuta. Comme on arrivait gentiment au dernier quart de cette treizième saison, le neuvième ennemi principal de Jack Bowler allait selon les rumeurs apparaître à l’écran. Ils s’en réjouissaient tous deux.
L’épisode lui plut. Il y avait du mouvement, des combats, du sang et de la sueur. Que demander de plus ? Karen se mordit la lèvre lors de la dernière scène de torture, mais Karen était une petite nature, après tout.
A 22h45, l’épisode fut couronné par un cliffhanger du feu de Dieu. Jack était pris en tenailles par quelques terroristes mineurs, sans aucun moyen d’éviter l’affrontement. Mais où les scénaristes allaient-ils trouver des idées aussi remarquables ?
Ils débattirent des nouvelles avancées de l’intrigue au moins jusqu’à 22h50 ; un point d’importance majeure les mettait en désaccord. En fait, ils poursuivirent jusqu’à ce que le sifflement strident de la montre retentisse comme un glas. Ils se regardèrent, honteux d’avoir tergiversé si longtemps. L’heure de se coucher était largement dépassée.
Ils firent l’amour, ils s’endormirent.

Il ne rêva pas, bien sûr ; cela n’avait qu’un intérêt secondaire, et il ne pouvait se le permettre d’un simple point de vue financier. Sa nuit s'écoula dans une torpeur brumeuse, obscurité envahie d’ombres, parfois reposante, parfois non. Mais dans l’ensemble, elle passa bien, d’autant qu’il avait l’habitude de ces périodes plus agitées et qu’il parvenait presque à les maîtriser.
Son réveil sonna à six heures pile, ce qui lui valut un coup de poing rageur. Mauvais timing, il allait justement replonger dans la quiétude. La journée commence mal, pensa-t-il, en s’abandonnant contre l’oreiller, son subconscient recherchant vainement la paix qui venait de lui échapper. Vraiment un timing regrettable. Bon…
Soudain – du moins, lui sembla-t-il – une secousse. De plus en plus violente. Trois point cinq sur l’échelle de Karen.

- Mais réveille-toi, bon Dieu !

John émergea enfin, avec pour première réflexe de jeter un œil au réveil impromptu. Il indiquait à présent six heures sept.

- Et merde, grogna-t-il.
- Tu as déjà cinq minutes de retard sur le planning d’urgence, marmonnait Karen. Tu vas te faire virer… Ils auront raison de te virer. Et ensuite, qu’est-ce qu’on fera, tu y as pensé ? Tu es vraiment bon à rien…

Les récriminations le suivirent jusqu’à la salle de bains, qu’il gagna sans répliquer. Il n’y avait rien à répliquer quand elle partait dans ce genre de diatribes. Surtout quand c’était justifié. Il se doucha sommairement et enfila son costume aussi vite que le lui permettait la nécessité de ne pas le froisser. Tout cela avec la voix de son épouse en arrière-fond musical. Elle devrait bientôt s’arrêter ; elle travaillait, elle aussi.
Il avait gagné deux minutes en bâclant ses ablutions, mais il en restait encore cinq à rattraper quand il s’éloigna enfin de ses pénates et de la tempête d’injures qui s’y déchaînait. Au moins la voiture ne posa-t-elle aucun problème ; elle réagit aux injonctions de la clé électronique et s’ouvrit immédiatement. Il s’y engouffra et démarra en trombe.
L’autoroute. S’il flirtait avec les vitesses autorisées, il avait une chance d'effacer ces cinq minutes décisives qu'affichait toujours l'horloge numérique. S'il écopait d’une amende, il la paierait avec joie si l’alternative était de perdre son travail. Les entreprises recherchaient les jeunes en priorité, pour les habituer à la société et pour qu’ils ne perturbent pas l’ordre public par leur oisiveté. A 37 ans, il devrait se contenter d’un emploi de valeur minimale – s’il en trouvait un –, ce qui rejaillirait sur leur train de vie tout en alimentant les mauvaises dispositions de Karen à son encontre.
Cette idée lui fit appuyer avec plus de vigueur encore sur l’accélérateur. Quand il déboucha sur Kaine Highway, il avait largement dépassé les 130 km/h, sans s’émouvoir le moins du monde. Le trafic restant fluide jusqu’à huit heures du matin, en général, il ne risquait pas vraiment de causer un accident.
John dépassa en trombe deux camions d’une société néofrançaise. L’un d’eux klaxonna dans son dos, stridence poétique étouffée par les hurlements du moteur. Plusieurs motos, plusieurs hybrides étranges – il ne comprenait pas comment certains pouvaient rouler – disparurent tour à tour dans son rétroviseur. Aucun ne conserverait de lui un souvenir particulièrement chaleureux. Peu importait. Il n’avait plus que trois minutes à récupérer. Si peu, et tant encore... Il pressa l’allure.
Le paysage majoritairement urbain défilait autour de lui sans qu’il y prête attention. John avait l’impression d’avaler le monde, comme si tous les éléments du décor luttaient pour le privilège de se trouver dans son champ de vision. C’était stupide, évidemment. Illusion infondée créée par une vitesse excessive, à présent au-dessus des 175 km/h. Sur cette portion, la limite oscillait entre 180 et 185, il lui restait de la marge. Plus vite. Deux minutes. Plus vite.
John avait ralenti avant que le virage ne se présente – il aurait pu faire le trajet les yeux fermés, depuis le temps. Il s'y engagea à peu près à 150 km/h, tout à fait dans les normes donc. Aucun problème.
Sauf qu’il avait plu sur cette portion la veille, l’averse se poursuivant au cours de la nuit et laissant la chaussée glissante. Il l’ignorait. En outre, s’il avait sans doute entendu le terme aquaplaning une ou deux fois dans sa vie, il ne situait pas exactement ce que cela signifiait. A partir de ce matin-là, il le situa mieux.
La voiture dérapa sur la droite dans un crissement de freins, se frotta avec une plainte métallique contre les protections extérieures de l’autoroute, tandis que John pensait avec désespoir aux secondes qui s’égrenaient pendant sa perte de contrôle. Le véhicule partit valdinguer dans les décors, tournant plusieurs fois sur lui-même avant de percuter un vieux chêne, toujours robuste malgré la pollution latente. Là, enfin, il se résigna à l’immobilité, il se résigna au silence.
Quant à notre héros, il cessa de crier, lui aussi. Pour lui, tout devint terriblement noir, lointain, vide, froid.

_Azerty777
_Azerty777
Niveau 10
23 avril 2008 à 21:52:51

Tiens, je passais par hasard, j'ai lu trois lignes, et j'me suis dit que je pouvais pas louper ça. :noel:

Alors...c'est très glauque, pour sûr. Le tout numéroté, la vitesse excessive...reminds me of 1984 et Fahrenheit 451. Je suppose que c'est le but, en fait.

C'est très maîtrisé (normal pour une réécriture), et puis de toute façon je doute que je sois capable de faire ne serait-ce qu'un minuscule commentaire sur la forme de ton texte, toi qui es le spécialiste de la moindre coquille.^^

Bref, je garantis pas que j'aie le cerveau assez développé pour tout comprendre (me suis fait méchamment spoiler par Amir sans le vouloir, mais bon :noel: ), mais au moins je te lirai, désormais. :-)
________________________________________________
C'est en buvant une goutte d'eau que l'on se rend compte de sa soif.
"L'homme choisit, l'esclave obéit." (Andrew Ryan)

Epitaph
Epitaph
Niveau 10
23 avril 2008 à 22:09:26

"qu’il vivaient"

Voilà qui est bien singulier.

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