Chapitre 3 : La requête
Driiiing...
« Tu réponds pas ? » me demanda José, avec le doigt pointé vers le téléphone.
« Si, si bien sûr » répondis-je encore avec ce même air non convainquant.
Je me fis à l´idée que je n´avais pas le choix de toutes façons, je décrocha donc le combiné.
-« Allo » dis-je d´un air fébrile.
-« Tu veut entendre ta femme ? » m´interrogea Mister X immediatement.
-« Oui, bien sûr oui s´il vous plaît ! »
Léger silence de 5 secondes.
-« Chéri, chéri ne fais pas ce qu´il... »
- « Satisfait ? Bon voilà ce que je veux que tu fasse, tu as 30 minutes pour tuer l´homme présent chez toi, la façon m´importe, tue-le »
- » Par-don ?! » Bégayeai-je
« S´il n´est pas mort à 18h30, je tue ta femme. «
Il raccrocha.
Muet, ne sachant plus quoi penser. Je racrocha le combiné.
- » C´est bon ? On peut y aller ? » me demanda José l´air pressé.
«- »Euh... un petit moment, je passe aux toilletes, je reviens » dis-je simulant une intense envie de me soulager.
Je m´enferma dans les WC. Seul avec pour seule compagnie la cuvette et un numéro de Femme actuelle que Valérie lisait en se soulageant. Souvenirs...
Ecartant cette pensée afin de me concentrer sur le probléme, je consulta ma montre, 18h03, déjà.
« S´il n´est pas mort à 18h30, je tue ta femme. «
- »je dois donc tuer mon patron afin que ma femme garde la vie « me dis-je à voix haute.
Quelle absurdité ! Quel interêt ?
Je songeai à José, pour être franc je n´avais jamais aimé cet homme, la quarantaine, petites lunettes, calvitie débutante, dodu.
Ce n´était pas un patron tyranique loin de là, cependant il ne m´avait jamais évoqué une quelconque sympathie.
S´imaginant que j´étais son ami, il me conviait souvent à des soirées entre managers interminables et d´un ennui profond, auxquels j´assistais dans le seul but de bien me faire voir par le Boss. Chose qui avait d´ailleurs payée, puisque j´avais eu une augmentation récente, bien que dérisoire en réalité.
Mais le tuer ? Ça me m´avait jamais traversé l´esprit.
Et pour quelle raison ? Comment ?
Autant d´interrogations qui surgirent, et auxquelles je n´avais pas les réponses.
Mr X avait-il voulu simplement placer la barre très haut et ainsi tuer valérie ?
Je jeta un coup d´oeil à ma montre,
18h07.
- »Vite une solution » chuchotai-je
Pourquoi ne pas le cacher ? J´étais conscient que je n´aurais jamais son bon vouloir, cela dit je pouvais très bien lui faire perdre connaissance et le cacher au grenier ?
Je me rendis vite compte du caractère utopique de mon idée.
Mr X n´avait pas l´air stupide et il me surveillait sûrement d´une manière ou d´une autre.
« Le méchant a toujours un temps d´avance » pensai-je.
Je devais donc le tuer ? En étais-je réellement capable ?
Je pesai le pour et le contre. Mieux vaut Valérie en vie ou José ?
Valérie.
Tuer José.
Un frisson me parcoura l´échine.
Comment ? Couteau...pensai-je instantanément
La rapidité de ma réponse me fît peur. J´allais vraiment tuer un être humain ? Serais-je capable de planter un couteau dans le corps de « Jojo » comme je planterais un steak Haché ?
Un coup d´oeil sur ma montre : 18h13
Je sortis vite du cabinet, José criait du rez-de-chaussé.
- « Depêche-toi Pat, on va être en retard ! »
«- » J´arrive ! » lui répondis-je avec un air un peu plus convainquant cette fois ci, après tout j´arrivais bien.
Je m´étais décidé à tuer José. Je ne m´étais pas transformé en tueur froid en un coup de fil mais la raison l´avait emportée.
J´aimais Valérie plus que tout au monde et je ne pouvais pas la laisser mourir pour José.
José...je ne me faisais pas encore à l´idée que j´allais l´assasiner froidement avec un couteau de cuisine, ma passion pour les films d´horreurs m´avait immediatement suggéré cette méthode classique.
Je m´efforçai de penser que c´était pour le bien supérieur, je n´avais pas le choix mais après tout j´avais très bien le choix. Je pouvais laisser José en vie.
Seulement ce n´est pas ce que je m´étais décidai à faire.
- »Attends JoJo, je voulais te montrer une photo de Justine sublime, elle est dans la cuisine, tu viens ? » lui dis-je d´un air aussi naturel que je pouvais.
José hésita.
-« Tu sais que j´ai toujours adoré ta fille Pat, mais... on a vraiment pas le temps, on est d´ailleurs déjà en retard ! »
- »Allez, je te promet que je me depêcherai après.. »
Il accepta pour me faire plaisir, et nous nous dirigeâmes alors dans la cuisine.
La cuisine était une cuisine basique, assez petite sans être miniscule avec une table centrale en rond au millieu.
Les couteaux étaient situés dans un tiroir à gauche. La photo à droite.
Mon plan macabre était de le poignarder lâchement dans le dos pendant qu´il observerait la photo de Justine.
Je me rassura en me disant que j´essairai de faire ça le moins douloureusement possible. On se rassure comme on peut.
Il n´y avait aucune échappatoire à mon acte, et le stress commencait à monter, un peu comme un enfant terrifié à l´idée de plonger dans la piscine se retrouvant sur le bord du plongeoir.
- »Alors... Montre moi ta magnifique photo » me dit José d´un air impatient
- « Juste ici ! » lui dis-je feintant un air fier
Alors qu´il se dirigeait vers la photo j´ouvris le tiroir et je pris le plus gros couteau que je trouvai. C´était un couteau de boucher, avec une lame énorme de 10 cm au moins.
- »Ah...oui très beau » fit mine de s´extasier José en observant la photo, on ne peut plus basique de Justine souriant dans son berçeau.
Je pris avec fermeté le couteau, m´avanca à grands pas vers José, ce cher Jojo, 5 ans que je le connaissais...et là il n´y eut pas de surprise.
Je lui planta la lame dans le dos avec une froideur qui me donna la chair de poule.
Il lacha un cri de douleur intense, puis s´écroula.
18h23.
José gisait sur le carrelage de ma cuisine, baignant dans une marée de sang. Je vomis. Je venais de commettre un meurtre. Au-delà des inquiétudes légitimes qui auraient dû me venir à l´esprit, la police, la justice...Je ressentis étrangement un soulagement.
Valérie était sauf pour le moment. Ainsi que Justine.
J´avais accompli la requête de Mr X.
Perdu dans mes pensées, j´entendis alors le téléphone sonnait.