Voici le début réécrit du Dieu Mouche, une histoire à quatre mains écrite en collaboration avec un ami. Je l´avais déjà postée sous un autre pseudo (Teen_Spirit) mais je n´étais pas réellement satisfait en me relisant et j´ai donc décidé de réécrire mes paragraphes. Je vous poste le texte sans les coupures entre les parties écrites par moi et celles de mon ami, voici donc les trois premiers "paragraphes" réunis, sur les 21 que compte actuellement ce projet.
Bonne lecture!
Le Dieu Mouche
Chapitre 1: Exil. (titre provisoire)
Paragraphes 1 à 3.
L´actualité est un ennemi que l’on ne peut fuir. Comme un viseur toujours braqué sur moi, un oeil numérique qui me toise de haut, le présent me suit sans retard, il me colle à la peau. J´imagine que je n’ai pas à me plaindre, il y en a pour dire qu´il me va bien. Mais dans mes rêves profonds, une image récurrente me torture et me réveille en sursaut : et si à l´autre bout du viseur, se trouvait un fusil, et logiquement, un tireur ? J´imagine bien ce vieil homme à la peau glaciale, alangui derrière sa gâchette... Un sniper ancestral sur lequel les secondes glisseraient sans jamais le toucher, et qui attendrait depuis le début de toutes choses à bord de son satellite armé. Toujours à attendre, toujours à veiller, depuis l’époque oubliée où la première forme de vie unicellulaire fit son apparition dans les abysses noirs de l’océan.
Dans le silence qui enveloppe mes réveils paniqués et sur les autoroutes vides que j’arpente comme un pantin sans âme, l’interrogation prend de plus en plus d’envergure et l’absurdité m’apparaît si évidente qu’elle mute peu à peu en une vérité parallèle. J’avais d’abord pensé que le tireur ne s’occupait que de moi mais j’ai compris que cette hypothèse était trop égocentriste pour être plausible, je me dis maintenant que chacun vit avec une visée mortelle braquée sur son front. Je n´ai donc rien d´exceptionnel aux yeux de ce tueur sans âge, mais je me console en pensant au fait que moi j´imagine son existence; si j´avais raison cela ferait de moi quelqu´un de très lucide.
Je laisse libre cours à mon imagination et l’arbre des possibles étend ses branchages dans mon esprit: Il peut y avoir plusieurs snipers, chacun à bord de son satellite, un œil, un viseur, un canon et une balle pour chaque individu. Ou alors il peut y avoir plusieurs snipers à la chaîne dans un seul satellite, parmi lesquels le convoyeur de ma mort attend patiemment son tour, enchaîné aux assassins de deux humains, dont l’un me précèdera dans la mort et l’autre m’y succèdera.
Mais une sensation étrange, comme si j’étais guidé par une logique dont les principes me seraient inconnus, me donne plutôt envie de m´imaginer un être allongé dans un siège de velours, avec un grand oeil composé de milliards de petits yeux, chacun rivés à un viseur; un être dont les mains rendues douces et froides par le contact du métal de tant d’armes voyageraient de gâchette en gâchette avec une dextérité surnaturelle, comme les mains d´un pianiste, parfumées par le temps, aux doigts longs et aux ongles ´coupe bébé´ pour ne pas griffer l´acier qui hurlerait. Ne pas faire de bruit, ne pas laisser de trace. C´est le crime parfait, l´hypothèse du réticulé. Ce n´est pas tant ce point rouge et froid sur mon front qui me dérange. C´est cette imminence du visé, l´ironie du sort, le quand même et le pourquoi pas qui m´afflige. Je devrais peut être oublier la proximité de ce tireur a l´affût, oublier le sursis, déchiffrer l´éphémère, mais le codage est trop parfait pour le décrypter. Je vire à droite, à tribord. J´use ma grand-voile pour me laisser le temps de répéter le cycle. Mais tout est linéaire et ma fuite sans issue ne peut se perdre que dans des horloges figées. Qu´importe je suis libre pour un aussitôt, un souvenir, un instantané, une pellicule noire irradiée par mes désirs. Venez, embarquez, lâchez l´ordinaire, optimisez votre futur. Je suis le négociant de votre infortune. Partagez-vous à bord et laissez-vous guider sur mon océan de fleurs en papier comme celles que l´on trouve dans les cocktails trois étoiles. Mon souhait est irréel et ma passion marquée par mon identité. Mais pour dire NON, je suis le meilleur, croyez moi, faites moi confiance pour ça. Soulagez vos débits, passez entre les deux, oubliez les flashs cosmiques. Entrez dans ma mémoire indivisible. Je navigue depuis bien des temps dans les territoires anonymes, j´y ai vu l´arche de Tanahooser, des friches à la dérive, de grands vaisseaux en flamme, le peuple nomade de Carnish, le dernier horizon et tant de choses encore. Je sais bien maintenant que ces doigts virtuoses à la gâchette facile ne peuvent me suivre sur ces contrées la.
Ou est-ce que, dans une autre hypothèse que me suggèrent mes nuits torturées, le dieu mouche n´aurait que faire de me suivre? Son oeil fractionné ne doit voir que la séquence "c´est ton heure - je tire - tu meurs". Lui reste peut-être, noyée dans de la monotonie sans goût, la distraction à peine amère de choisir ses balles, entre balles cancer, balles infarctus, balles accident tragique... Au final je ne me plaindrais pas de ce laser rouge constamment entre mes deux yeux, je préfèrerais presque qu’il existe, après tout cette lumière ne ferait que me regarder, sans me surveiller, elle me laisserait profiter d’une liberté relative durant le laps de temps que ce tueur immortel daignera m’accorder. Mais, parfois plus fataliste quand, à mes brusques réveils, le silence se fait oppressant, je me dis que le dieu mouche est loin, infiniment loin, et que ses balles mettent un temps fou à nous parvenir; un temps fou, disons, toute une vie. Il ne s´embarrasserait pas de me braquer en permanence, non, il aurait, grâce à un cerveau prodigieux et à une connaissance parfaite des lois de la causalité, calculé toute ma vie, rien qu´à poser son oeil douloureusement divisé sur le nourrisson que j´étais. Il aurait prévu tous mes actes, anticipé chacun de mes déplacements, démasqué toutes mes intentions... Et dès ma naissance il aurait tiré à l´endroit précis où je me trouverai au moment qu´il aura choisir pour être celui de ma mort. Peu importent les ramifications que je prendrai entre temps, quoi que je fasse je serai au rendez-vous lorsque son tir viendra m´intercepter. Peut-être même que sans m’en rendre compte, c´est moi qui marche à sa rencontre. Je sais que la possibilité d´une esquive de dernière minute est impossible, il aurait vu cela en moi; et pourtant, je suis partagé, déchiré entre deux vies. Je suis tenté de ramasser le plus de choses possibles sur le bas-côté de ma route, m´enrichir au maximum avant que n´arrive l´instant ultime. Comme tout homme je souhaite profiter du temps qui m’est accordé, contempler la beauté de notre monde avec vous mes congénères éphémères. Et d´un autre côté, ma nouvelle logique me souffle qu’il est trop tard ; maintenant que je soupçonne l’existence du dieu mouche, le beau sera à jamais terni par l’hypothèse de cet oeil morne et froid. J´ai envie de parier sur l’autre destination que dessert ce carrefour obscur... J´ai envie de rester le plus leste possible, pour pouvoir au dernier moment, éviter le projectile qui en ce moment même fend l´espace, pointant vers le bout de mon chemin. Je suis conscient de mon audace, mais le prix à gagner est conséquent, et ferait frissonner même les plus humbles... Un deuxième destin, voire l´immortalité.
Sublime!
Les phrases s´enchainent et se suivent, continuant dans la logique implacable et absurde du texte. une idée poussé à l´extréme, étudié dans chacun de ses ramages tortueux. Un truc génial, déja, l´idée de ce Dieu tueur, cet assassin qui dirige la mort des mortels. Mais allié avec l´onirisme que tu nous décrit (un dieu mouche dans un satellite... j´avoue que ça me fait rêver.), ça devient un texte qui m´enthousiaste au plus haut point.
Merci, et surtout ne lâchez pas ce truc ![]()
Lu
Bon, très bon même.
J´avoue avoir du mal à comprendre quelques phrases, et que le fait que tout soit "relatif", des pensées qui parlent d´idées non-acquises, me dérangent un peu,mais j´espère que la suite règlera ce problème. C´est très bon, et je lirai la suite, évidemment.
Bonne continuation ![]()
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Qu´est-ce qui est sur un canard et qui rime avec oin?
Merci à vous deux de vous être donné la peine de lire ce petit pavé, je ne m´étais pas rendu compte avant de le poster que ce serait aussi long!
Dans cette réécriture j´ai justement veillé à ce que les phrases s´enchainent avec beaucoup de fluidité, dans l´ancienne version il y avait parfois des à-coups qui me dérangeaient. Malheureusement Moicesmoi je ne pense pas que la suite comblera tes attentes, ce problème que tu évoques ne se résoud pas vraiment. Dans l´écriture de cette histoire, mon ami et moi ne nous sommes jamais soucié d´élaborer un plan, nous laissions simplement à la fin de notre écrit un début de phrase en suspension pour lancer l´autre. Ce que je veux dire, c´est qu´il y a tout de même eu des incompréhensions mineures dont nous ne nous sommes pas rendu compte sur le coup, et de toute façon nous étions loin d´imaginer que nous irions aussi loin dans ce projet. Nous écrivions vraiment très librement sans nous poser de question, et sans souci de rigueur. J´ai essayé d´améliorer cet aspect dans la réécriture mais je ne veux pas non plus faire trop de modifications ni changer ce qui était dit dans la version originale. C´est pourquoi à mon avis tu trouveras malheureusement encore des points d´incompréhension voire d´incohérence dans la suite.
Encore une fois merci de votre lecture et de vos critiques! Je posterai la suite dans la soirée.
Paragraphes 4 à 6.
Alors, je passe un regard terne et glissant sur le paysage qui m´entoure au quotidien, je ne suis plus dans l´idéal oubli et la pertinence de vouloir éviter la fin en me persuadant que dans mes songes, mes rendez-vous fictifs j´atteindrai les limites de l´inévitable, décrétant qu´en m´éloignant de l´ordinaire, je finirai bien par dépasser la distance, m´effaçant ainsi de son programme. La punition du réel est exemplaire. J’arrondis mon optique et m´accorde à cet axiome primaire. Mais je ne m´avoue pas vaincu pour autant. Je continuerai à voyager sous ces pôles parallèles, là ou le temps s´est aboli de lui même. Là où tout est possible, aléatoire et furtif. Dans cette infinitude intemporelle ce projectile fractal s´y trouve forcement. J’ai passé bien trop de temps à vouloir décrypter le pourquoi sans aucun résultat et je n´ai plus le loisir d´en perdre. Ma quête est démesurée et l´issue improbable. Je n´ai qu´une chance sur rien de trouver cet explosif à effet retard. Et même si au coin d´une pensée, dans une transe, dans un moment d´éloignement extrême je repère cette balle organique, que se passerait-il ? Faut-il que je m´en inquiète ? Non, cette rencontre est si peu plausible que je sais bien que le Dieu Mouche marquerait un arrêt face à cette préséance conquise, il serait bien obligé de m´offrir un minimum. Un deuxième tour de manége, une seconde chance, une autre vie en bonus. Mais je refuserai ce deal. Un autre destin préfabriqué ne m´intéresse pas. De plus je n´ai aucune confiance en ce Dieu psychopathe. Il a sûrement prévu cette éventualité. Un projectile dormant serait réactivé et ma renaissance serait de courte durée. Une nano seconde de vie, pas plus. Alors quoi ? Que peut-il me donner d´autre ? Il est inconcevable qu´il puisse abandonner à jamais une de ses prérogatives et me laisser libre de mon destin, libre de choisir le quand et le comment de ma fin. En est-il seulement capable ? Je ne le crois pas. Le Dieu mouche n´est probablement qu´un prestataire de service, un sous traitant, un commis qui encaisse les impayés. Alors la dernière exigence que je pourrais formuler serait de revendiquer mon droit à savoir le pourquoi avant de mourir. Il ne pourra me donner satisfaction ne le sachant pas lui même. Il devra consulter son supérieur, cela le mettra dans l´embarras. C´est déjà ça de gagné. Il me mettra en stand by dans un espace temps figé, une salle d´attente vide, sans sommeille, sans besoins, sans envies, privé de toutes émotions, bref, une salle d´ennui et de supplice, plongé dans un coma conscient pour une éternité d´attente. Mais que tout ça est loin de mon existence! Je suis toujours vivant et quoi qu´il en soit je m´en félicite.
Peut-être que l’on se dit à l’extérieur que je ne suis qu’un vecteur d’organes, un moyen de locomotion sans pilote ; un corps froid et sans conscience, du fait de mes yeux vides et de la virginité de ma mémoire. Car de ma vie en ce monde je n’ai retenu aucun visage, je n’ai sélectionné que ceux des rares vagabonds rencontrés par inadvertance dans mes errances parallèles. J’ai retenu ces êtres et ces paysages là, mais je ne garde de ceux de mon monde originel que la bribe présente qui défile continuellement devant moi. J’ai du voir bien des choses sans en regarder aucune, car j’ai appris à verrouiller mon esprit aux assauts des stimuli extérieurs. J’ai scellé ma mémoire et le présent se dissout sous mes yeux avant de devenir le passé. Mes anciens souvenirs se sont évaporés, et les nouveaux se heurtent à ma barrière mentale, rebondissent sur la membrane de mon esprit et sombrent dans l’oubli avant même je ne les aie vécus. Je deviendrai au fil du temps si peu matériel et tellement léger que je pourrai moi aussi rebondir sur la conscience de mes congénères, quand bien même ils n’auront érigé aucune paroi. Je pourrai alors visiter cet endroit dont l’étendue est infinie et où s’accumulent bien des richesses, cette réserve immense où est stocké tout ce qui est perdu sans aucun espoir de retour, tout ce dont l’existence a été réduite par l’oubli au néant le plus total. De ce port d’attache j’aurai accès à beaucoup plus de ces lieux hors du monde, j’irai naviguer sur des mers de négation absolue, tout en étant sûr d’être invulnérable puisque j’aurai disparu de la visée du Dieu Mouche. Mort bien avant mon heure, je renaîtrai de mes cendres invisibles dans cette caverne obscure. Je me jouerai de mon prédateur en lui adressant un signe de main de temps à autre et en disparaissant peu après, laissant son viseur vide sans qu’il s’en rende compte. Quelles seront ses frustrations quand son supérieur viendra l’inspecter et lui désignera ce fusil pointé sur rien, bougeant au rythme du destin qui aurait du être le mien ! J’accumulerai les peines que le réel voudra m’infliger et la liste de mes condamnations s’étirera indéfiniment. Tel un souvenir vivant, un spectre translucide, je demeurerai insaisissable car mon être s’étalera sur plusieurs époques. Je deviendrai peut-être un dieu moi-même, je régnerai seul dans les ténèbres de l’oubli, j’y accepterai ce que je désirerai et condamnerai le reste au réel. Je deviendrai un accident prémédité, un hasard calculé. Condamné à être libéré, regardant sans être regardé.
Alors, nostalgique, j´errerai dans les coursives de l´aliénation pour y retrouver mes demis frères, ceux qui au regard des corruptibles sont hors séries et incompatibles. Ils seront mon seul lien avec la chair. Ils seront le seul langage compréhensif pour mon déséquilibre vainqueur. Car c´est bien une fêlure, une fission mentale qui m´aura permis d´échapper au réticulé du Dieu Mouche. Ils me diront ce que je sais déjà mais avec une musique différente, une mélodie que je n´avais pas su entendre. Eux ils se sont bien moqués du Dieu Mouche ou peut être ont-ils eu la sagesse de vouloir parier sur autre chose, fixant avec une telle désinvolture le projectile qui leur était destiné qu´il en était devenu inoffensif ou négligeable. Ils ont choisi un autre canal, un non à une vie sous contrôle pour un oui à un libre parcours. Je ne sais toujours pas si c´est le Dieu Mouche qui a déprogrammé sa visée ou si c´est eux qui dans leur instabilité volontaire ont crée une troisième sortie, une nouvelle équation que ne peut lire la trajectoire de la course. Je suis bien trop dans mon abstraction maintenant pour tout comprendre, il va falloir que je m´y fasse, que je me retourne de temps en temps pour ne pas perde pied, cette indépendance gagnée m´a peut être coûté plus cher que je ne le croyais. Bien qu´étant sûr d´avoir gagné la partie, je me laisse une marge, je sais que c´est dangereux le Dieu Mouche y pourrait écrire des mots contaminés par le doute. Je prends le risque d´une balle furtive, je sais bien qu´au moindre faux pas je récupérerai instantanément ma vulnérabilité. Je pourrais me contenter de ma victoire, mais elle a un goût amer. Un peu comme si derrière ma certitude d´avoir échappé à la matière il y avait encore un fil si fin qu´il m´est invisible et je ne sais s´il est dangereux ou nécessaire.
En effet, j´ai rien pigé, ou si peu. ![]()
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Qu´est-ce qui est sur un canard et qui rime avec oin?
Très interessant, le style littéraire est plaisant, l´histoire attrayante et originale.
A suivre ^^
Up et suite:
J´aimerais croire que c´est moi qui, à l´entrée de ce monde ténébreux, en ayant encore peur à l´époque, avais laissé ce fil d´Ariane "au cas où". Je ne pouvais alors m´imaginer ce qui m´attendait au détour du carrefour. A cette époque j´aurais déjà été déçu de ne trouver qu´une impasse derrière le portail que j’ai emprunté, mais j´aurais encore pu m´en accommoder. J´aurais depuis dans un souci de légèreté mentale, choisi d’oublier cette anecdote. Et cette hypothèse est plausible, je veux m´en convaincre. Dans l´urgence mon tri mémoriel est parfois maladroit; il est fort possible que j´aie jeté ce souvenir par inadvertance. Mais la faille est ouverte, le doute y pénètre, me contamine et je ne peux m´empêcher d´avoir peur. Je continue de me méfier des projectiles mortels mais je ne pense plus avoir à les craindre réellement. Le regard du Dieu Mouche ne peut plus me saisir à l´intérieur de la caverne noire où je suis entré. J’ai pris soin de m’envelopper de pénombre et les chemins de l’oubli que j’ai empruntés pour parvenir à ma terre promise sont tortueux, je sais que tout virtuose qu’il soit, la trajectoire rectiligne de ses balles ne peut s’adapter à ce dédale complexe. Je n´ai donc qu´à rester suffisamment profond dans l´oubli, ne pas réapparaître trop longtemps dans mon monde originel, ne pas risquer d’y renouer des attaches, pour être définitivement hors de portée de son fusil.
Il n´empêche que je ne suis pas totalement en confiance avec ce fil. Je ne pense pas que les humains, mes anciens congénères, sauront le voir et ainsi suivre ma piste, mais je ne peux pas l’affirmer avec certitude, et si jamais... J´aurais du mal à tolérer que ma terre promise devienne une attraction, à tolérer tout simplement ne plus être le seul à y errer. Et ce n´est pas la pire hypothèse. Au fond je me refuse à croire que le Dieu Mouche soit si impuissant, j´en serais même déçu quelque part. Serait-il possible qu’un être doté d’une telle intelligence soit dans l’incapacité d’établir un plan d’attaque contre moi ? Bien sûr que non. Il doit avoir bien plus d´un tour dans son sac, dans ses éternités d’assassinats il a forcément mis au point des solutions de rechange pour combler les failles de son système meurtrier. Il a sûrement des serviteurs, des créatures subalternes qui l’aident dans sa quête d’extermination... Peut-être enverra-t-il des assassins qui n´auront qu´à remonter le fil pour venir me retrouver et corriger l´erreur que je suis.
Plus effrayant encore, peut-être que le supérieur du Dieu Mouche lui-même, exaspéré de mon insolence et de l´incapacité de son vassal, l´enverra en personne pour me traquer. Il le remplacera pendant ce temps au siège du tireur et accomplira sa tâche avec un génie bien plus époustouflant encore que le Dieu Mouche. Dans son courroux il orchestrera un chaos total avec l’efficacité la plus impitoyable qui soit. Comme quoi mon entreprise n´est pas sans risques, peut-être que j’expose mon monde à un pouvoir destructeur bien plus grand que celui du Dieu Mouche.
Et si toutes ces pensées me faisaient déjà courir à ma perte, si ces questions étaient en fait une arme brandie sur moi en ce moment même, un stratagème pour me débusquer ? De la peur, oui, c’est bien de la peur que je ressens, mais au fond de mon antre, dans cet asile profond, je ne me sens pas en péril. C´est cette distance créée entre moi et le Dieu mouche qui me donne l´avantage, comme si j´avais pris de l´avance sur le temps, gagné en altitude, marqué l´écart. Ce n´est pas tant ce bunker flottant qui me préserve, c´est plutôt son accès. Quand bien même le dieu mouche en personne tenterait de me surprendre, usant de stratagèmes occultes, il lui sera bien difficile de suivre ce fil que j´ai laissé traîner par dépit ou par inconscience. Il se verra confronté à un labyrinthe en perpétuel mouvement, obligé de jouer avec mes propres règles dans un jeu où il ne pourra qu´être perdant, dénué d´humour et de fantaisie il s´y perdra forcement. Je ne suis pas absolument certain que dans cette chasse acharnée le Dieu mouche me laissera la victoire aussi facilement que je me l´imagine. Mais je ne peux croire en sa réussite, je me suis donné bien trop de mal pour atteindre cette préséance pour quelle me soit fatale. J´ai toujours voyagé léger, sans encombres mais aussi sans attaches. Je ne regrette rien, j´ai bien oeuvré et je suis prêt à assumer mon décalage pourvu qu´il me soit libérateur. En tout état de cause je ne suis pas mécontent de devoir me confronter au dieu mouche en personne, c´est peut être une étape nécessaire et je l´attends de pied ferme. Je suis même bizarrement attiré par cette rencontre, un peu comme s´il devait absolument y avoir un vainqueur et un vaincu pour qu´enfin cette lutte prenne un sens, comme si cette inévitable bataille était une initiation, un passage obligatoire, la clé pour un plus loin, un ailleurs inconcevable que je ne peux encore comprendre. De plus je ne veux pas être en perpétuelle fuite, acculé aux parois de mon refuge, condamné à fabriquer de l´éloignement entre le Dieu mouche et moi dans un éternel recommencement. Il faudra bien que j´en finisse une fois pour toute et même si mon optimisme est illusoire, si le Dieu mouche me terrasse, je sais bien que je n´ai pas d´autres choix que d´aller au feu. Peut être même est-il déjà en train de préparer le champ de bataille à son avantage en alourdissant cette microgravité si chèrement payée par des attaques psychiques, soumettant mon esprit à la question. Alors il faut que j´évite les doutes, les pourquoi et les comment. Je sais bien que c´est là mon point faible et mon adversaire le sait aussi. Il est grand temps de réunir mes forces et de faire l´inventaire de mon arsenal. J´ai dans mon paquetage quelques surprises pour le Dieu mouche. Dans mes rencontres parallèles, j´ai appris à jongler avec de la matière étrange, j´ai été le témoin de l´oracle aux pieds nus, le peuple nomade de Carnish m´a initié au secret de la musique cantique, me laissant par sympathie une arme d´une puissance phénoménale qui pourrait bien me donner la prérogative.
Tout cela est bien ficelé et la lecture est agréable. Le style est une fois de plus une merveille où l´on s´y croirait presque, où l´on plongerai avec plaisir dans cet univers bien qu´un peu dangereux.
C´est génial. Je l´ai mis dans mes favoris.
J´ai lu jusqu´au bout. J´ai adoré.
Tu utilises et maitrise un style ampoulé et alambiqué qui peuvent rebuter certain au début de la lecture, mais une fois rentré dedans, on reste scotché. Des fois, les phrases sont tellement complexe qu´elles noient le lecteur et ralentissent un peu le rythme, mais ça rentre parfaitement dans l´ambiance paranoïaque du texte.
Je viens de trouver le mot qui convient le mieux, je pense: Paranoïaque: C´est un délire logique poussé à l´extréme, sans aucune faille, partant d´une analyse de l´actualité jusqu´a un combat symbolique entre le narrazteur devenu demi-dieu et le Dieu mouche, ou le Diable. Le choix est tranché jusqu´à son paroxysme, ce qui fait qu´il s´agit d´une oeuvre entiére, difficile à lire pour celui qui n´accroche pas, mais qui transporte celui qui aime dans un autre monde.
Bref, il est tard et j´ai du mal à me faire comprendre. Pas grave, je réessayerais d´être plus clair un autre jour ![]()
Merci à tous, premièrement d´avoir lu tout ça, et deuxièmement pour vos critiques qui me font très plaisir. Voici la suite, j´ai mis longtemps à la réécrire parce qu´elle a beaucoup changé par rapport à l´original:
Mais pour l´activer il me reste encore beaucoup à faire. Pour assembler mon fusil il me faut avant tout trouver ses constituants. Je pourrai assurément obtenir la plupart des pièces nécessaires à sa fabrication dans la décharge mémorielle devenue ma base tactique, mais je suis certain que pour venir à bout du dieu mouche il me faudra un projectile bien spécial, fait d’un métal hors de portée. Je dispose des partitions de Carnish et je peux les traduire, je peux les lire mais l’essentiel m’échappe. Je connais le mode de fabrication d´une telle balle, du moins en théorie, mais je n’ai pas les pouvoirs permettant de la forger. Selon les paroles de l´oracle, cependant, il existe un être, et un seul, ayant cette capacité. Seulement, cet armurier n’habite aucune des terres que j’ai visitées, ni les plaines désertiques des Carnish, ni l’obscur royaume de l’oubli, ni mon monde originel.
Me voilà de nouveau face à un problème de taille, et je ne peux plus continuer à attendre perpétuellement dans mes ténèbres délectables, le Dieu Mouche est peut-être déjà entrain d’accélérer le rythme, prenant peu à peu de l’avance sur son planning mortel dans le but de pouvoir s’accorder le temps de venir me cueillir. Il me faut agir, prendre l’initiative avant qu’il ne soit trop tard, partir chercher cet armurier qui m’est indispensable, et voilà que survient le dilemme : je dois impérativement avancer mais j’ignore totalement quelle direction prendre. Mon refuge comporte plusieurs tunnels sinueux d’entrée et de sortie, et bien des fois j’ai failli me perdre dans ces labyrinthes obscurs. La dimension des Carnish est voisine de la mienne et le chemin pour y accéder est très court ; pourtant j’ai toujours ressenti une indubitable appréhension. Il y a bien un risque, même pour un trajet si simple, et c’est pourquoi je n’ai que quelques fois fait la traversée. J’ai longtemps essayé de dessiner une carte pour me repérer dans les allées étroites qui relient ma dimension à bien d’autres, mais les sentiers bougent et se transforment au gré de principes que je ne parviens pas à saisir. Je ne peux pas me lancer au hasard dans un de ces conduits sans même savoir où ils peuvent déboucher. Ce n’est pas simplement l’inconnu, c’est aussi l’inimaginable, et cela est bien plus effrayant. Il existe cependant une alternative.
Les accès à mon refuge sont presque impraticables, et c’est précisément en cela qu’il me protège. En revanche, je suis convaincu que ce qui donne tant de pouvoir au Dieu Mouche sur mon monde originel, c’est justement qu’il existe des passerelles presque rectilignes, des autoroutes directes et sans risques, des fenêtres invisibles aux humains et qui permettent au Dieu Mouche et à ses serviteurs de préserver l’infaillibilité de leur système meurtrier. La solution qui se présente à mes yeux serait donc de retourner sur ma terre natale de laquelle je pourrai couper bien plus facilement à travers les dimensions pour rechercher le forgeron dont j’ai besoin. Seulement il y a plusieurs risques, et ils sont immenses : premièrement je marcherai de nouveau sous la menace de l’œil du Dieu Mouche, balayant constamment chaque parcelle, vérifiant ses calculs et traquant les éventuelles anomalies, et je sais qu’il tirera à vue s’il me repère. Deuxièmement, je serai de nouveau confronté à mes congénères, et étrangement, il m’est difficile de prévoir quelle sera leur réaction à mon contact, tout comme demeure indiscernable, et cela est plus inquiétant encore, ma propre réaction. Je ne dois pas m’aveugler délibérément, il me faut avouer que je ne suis pas totalement libéré de mes chaînes, et il y a surtout une corde sensible dont la vibration puissante pourrait me faire chavirer : la nostalgie de l’humain. Je pourrais passer inaperçu au milieu des foules désenchantées, me frayer un chemin entre les humains comme un courant d’air froid, frôler leur conscience sans y créer de remous et n’être qu’un spectre furtif s’effaçant instantanément des mémoires, pour éviter ce contact synonyme d’un danger d’autant plus grand qu’une partie de moi est attirée vers lui. J’étais le plus insaisissable des hommes et je saurais l’être de nouveau, je pourrais ignorer les bleus et les verts de ces regards que je n’ai pas pu oublier, mais c’est sans compter les partitions de Carnish. C’est un artefact puissant auquel, j’en suis sûr, les humains ne seront pas insensibles. Je peux les sceller tant bien que mal, mais il m’est impossible d’étouffer complètement leur vibration, les regards se tourneront immanquablement vers moi, et je pourrais me rompre et les sceaux pourraient céder. Alors, je ne sais ce qu´il adviendrait de cette puissante énergie que je ne contrôle pas encore. Au contact des possibilités du réel ces partitions risqueraient bien de s´oxyder à jamais, voir pire encore, elles joueraient leur propre musique en se servant de ce nouveau support, initiant les esprits humains à une dérive flamboyante pour un exil sans fin. Je crois bien hélas que le Dieu Mouche ne puisse tolérer un tel exode, alerté par la moindre note dissonante il est à craindre qu´il détruise d´un tir d´une précision parfaite mon passeport vers la victoire. Je ne suis sûr de rien, mais je ne peux prendre un tel risque. Il est très tentant d´imaginer qu´au lieu de me sauver et d´atteindre solitairement la préséance, je puisse jouer cette musique cantique en boucle pour faire vibrer ma dimension originelle, brouillant par ce fait la visée du réticulé à jamais. Mais je n´ai pas la prétention de changer ce monde, encore moins l´envie de devenir un anti Dieu Mouche condamné à être un éternel musicien que personne n´écoute. Je n´ai pas cet altruisme en moi, du moins plus maintenant. Et il est trop tard pour essayer de revenir à de meilleurs sentiments. Je n´ai plus aucun sentiment. Je ne suis plus qu´un trafiquant de l´évasion et le goût de mon anomalie est devenue ma raison gardée. Car je sais maintenant que ce n´est pas le Dieu Mouche qui essaye de me faire douter pour en tirer avantage, c´est bien moi qui par un réflexe bien naturel me retourne sans cesse vers l´humain. Il m´est bien trop séduisant de brutaliser l´intervalle qu´il existe entre mon désir de survie bien légitime et l´attrait de ma présence dans le sérail de ce monde qui dans le fond est bien le mien. Il y a des souvenirs qui m´accrochent encore à cette magie ordinaire qui ne l´est pas tant que j´ai bien voulu le croire. C´était ça, ce fil que j´avais laissé traîner sans y prendre garde. C´était ce besoin inconscient du souvenir que je n´ai pas pu couper, comme un imprévu, un synonyme de l´erreur que je n´avais pas vu, une complexité secondaire gravée au plus profond de ma chaire. Et voilà, c´est encore de moi dont je m´inquiète, encore moi qui me protége, encore moi qui me balance entre le feu et le sang, entre l´oubli et la présence. Pourtant je n´ai plus d´autre choix que d´aller jusqu´au bout de mon extravagance.
Je n´ai que des informations fragmentaires sur cet armurier, l´oracle m´a laissé plus de questions que de réponses. Je sais que c´est un mercenaire sans état d´âme, un militant acharné du libre échange et que probablement le Dieu Mouche est l´un de ses meilleurs clients. Je pourrais retourner embrasser cette odalisque aux pieds nus pour plus de précision, elle ne peut rien me refuser et je n´ai pas besoin de prendre un ticket temporaire pour la rencontrer. Je suis devenu un de ses amants depuis que j´ai gagné le prix en lui posant une question à laquelle elle n´a pas su répondre. Mais le problème reste entier, je ne peux plus voyager à découvert dans le monde réel qui reste un passage obligé pour l´ailleurs. Je pourrais emprunter les autoroutes des rêves, j´y serais en sécurité même si cela me rallonge. Pourtant j´ai l´intuition qu´il existe un raccourcie rare et sans encombres, une route antique calme et sereine, un chemin oublié par tous.
Toujours aussi bien =)
Je poste la suite et la fin du chapitre 1, ensuite par contre je sais pas trop quand j´aurai le temps de continuer la réécriture...
Merci à tous pour vos lectures!
Une entrée doit se trouver quelque part dans ma caverne, mais je ne sais pas si la rapidité de cette avenue permettra de rattraper le temps perdu à la rechercher. A l’inverse un retour à ma dimension originelle serait aisé, je sais comment me repérer dans le dédale de néant qui sert de frontière. Chaque matin j’interromps mes recherches à la venue d’arcs-en-ciel de brume étrange qui posent un pied dans mon royaume et illuminent son horizon infini. Je monte sur une colline et m’abandonne à une contemplation songeuse. Des visages humains, des villes ensevelies, des créatures mystérieuses apparaissent par transparence dans cet impalpable brouillard de lumière. Je sais désormais ce que sont ces arcs-en-ciel, ce sont des résidus de rêve humains au réveil, en transition entre la conscience et l’oubli, un pied dans cette dimension et l’autre encore posé sur ma terre natale. Alors, je sais que je n’ai qu’à remonter le courant de cette brume étincelante pour refaire surface sur ma terre natale. Je pourrais à nouveau sentir ce goût perdu que ne font que m’évoquer ces apparitions, faire peser mes pas sur les routes du réel, respirer de l’air, céder au sommeil, bref, me sentir humain à nouveau. Il me faudra en revanche faire très attention à ne pas recréer de liens similaires à ceux qu’autrefois j’ai eu tant de mal à rompre. Je ne veux pas faire marche arrière et les liens sont des chaînes dans lesquelles je ne veux pas revenir. Je peux m’autoriser à me sentir humain à nouveau, mais certainement pas à le redevenir et ainsi retomber sous le joug du Dieu Mouche, moi qui suis si près d’être son égal ! Que penserait-il d’un tel rebondissement ? Il rirait certainement de ce dénouement qui signifierait que les humains sont trop attachés à leur faiblesse, à leur soumission aux destins qu’il leur compose. Pourtant, s’il a un jour été autre chose, s’il a, comme je l’ai fait, dû sacrifier une partie de sa nature pour obtenir ses pouvoirs, je suis sûr que son rire prendrait vite une teinte amère. Il se poserait certainement la question de savoir ce qui avait bien pu m’amener à vouloir retrouver l’humain dont j’avais eu tant de mal à m’échapper, et il repenserait avec nostalgie à l’époque où il était si agréablement vulnérable et faible, où il n’avait qu’à se laisser porter par la destinée plutôt que de la forger lui-même. Quelle issue ironique ce serait, de le voir finalement se morfondre dans de la nostalgie ! Il est évident que je ne peux accepter cela. Je veux lui donner bien plus, lui offrir la bataille de sa vie d’immortel, lui infliger la peur et l’excitation ; au fond je suis sûr que malgré son sens du devoir il m’est quelque part reconnaissant de le faire enfin sortir de sa routine meurtrière.
D’un autre côté, je ressens, presque imperceptible, une perturbation à l’idée de retourner dans mon monde natal. Un murmure, un souffle des confins de mon être m’incite à abandonner cette entreprise, comme si elle impliquait obligatoirement cette marche arrière que je ne veux pas accomplir, comme si au contact du monde réel je redeviendrais inévitablement humain. A l’inverse l’alternative de la route ancestrale qui m’est encore invisible m’inspire un « oui » presque inaudible. J’ai tout à apprendre de ce sentier abandonné, je ne sais dans quel but elle fut construite, ni qui pouvait voyager ainsi entre les mondes. J’ai le sentiment que c’est cet itinéraire qui me permettra d’apprendre et de grandir, d’acquérir les aptitudes nécessaires pour vaincre mon adversaire, c’est même logique : le Dieu Mouche surveille mon monde depuis la nuit des temps et il a du prendre soin de détruire tout ce qui pourrait, même à une probabilité ténue à l’extrême, risquer de remettre son règne incontesté en question. Je n’ai rien à apprendre d’utile dans cette direction, alors que les diligences qui voyageaient de monde en monde renferment, j’en suis sûr, un savoir infiniment plus grand. Un savoir qui me permettra notamment d’en savoir plus sur l’armurier que je dois rencontrer. Il m’apparaît désormais évident que c’est vers ce raccourci dissimulé que je dois m’orienter. J’ai donc fait mon choix, et déjà mon regard revisite chaque recoin de mon antre. Le passage est là, il ne devrait plus m´être secret. L´humain me ronge encore de trop, je me comporte comme lui. La tentation du beau, le désir de l´émerveillement m´attire. Je ne dois plus regarder ces arcs en ciel aux rayons fabuleux avec l´impatience d´un petit garçon curieux. Au prochain cycle je ne me précipiterai pas pour contempler ce feu d´artifice, je n´abandonnerai pas mes recherches comme je l´ai toujours fait jusque ici, hypnotisé par le désir de la contemplation, par l´envie de me vautrer dans les sentiments humains. D´avoir échappé au réticulé fait de moi un décalé en mutation et mon antre est ma chrysalide. Mes sens doivent pouvoir acquérir de nouvelles fonctions et je me dois de les posséder. Ces éclairs à la lumière rémanente qui éclairent par intermittence mon refuge sont à moi. Je piégerai ces particules lumineuses dans le miroir de l´eau de mes yeux pour avoir une autre optique, je pourrai alors voir ce que je n´ai encore jamais vu, regarder avec une acuité visuelle qui m´est inconnu. L´aveugle que j´étais verra pour la première fois. Je ne dois plus douter, ni laisser la peur s´insinuer en moi. C´est ça qui me fait traîner dans mon cocon, la frayeur de mon devenir me paralyse. C´est trop tard, mon métabolisme est déjà en train de se métamorphoser et je ne peux plus rien y faire. Je n´ai plus à craindre mais à accepter de perdre mon identité primaire. D´ailleurs je ne la perdrai pas entièrement, je garderai mes initiales molécules et ce que j´étais deviendra ce que je serai. Mes yeux sont irradiés, je ne vois plus rien parce que je vois tout autrement. Je trébuche sur ce qui m´était invisible et j´ai l´impression de pleurer du sang. Je reste assis dans un coin sûr en attendant que cette agonie devienne une délivrance. Je ne sais pas encore de quoi mes yeux sont capables maintenant mais je vois enfin cet escalier qui descend et qui mène au chemin ancestral. Je suis suffisamment vaillant pour l´emprunter. Mes pas résonnent dans un son qui m´est inconnu. J´ai juste eu l´idée d´ôter mes chaussures et me voilà déjà pieds nus, ma peau me renseigne sur mon espace plus que jamais, je ne reconnais pas les odeurs qui m´entourent, je ne connais pas cette dimension. Je ne sais combien de temps a duré cette escalade inversée. Le temps s´oublie de lui même ici, c´est à moi de vouloir m´en rappeler ou pas. L´exercice est très déstabilisant. Je ne suis pas surpris de me retrouver dans cette gare silencieuse. Je ne sais pas pourquoi je m´y sens bien, je la connais comme si c´était moi qui l´avais construite. C´est l´originelle dimension, le carrefour des chemins, là ou tout commence et tout se perd. Je ne suis plus dans le pensé, je suis dans l´action. Un train viendra bientôt je le sais, est ce celui là qu´il faut que je prenne ? Le doute n´est plus permis je m´en remets à...
So...
Au niveau du scénario, rien à dire, c´est toujours aussi bien. Tu nous entraine dans une sorte de cosmologie onirique et contemporaine qui donne à l´histoire un souffle épique bienvenue.
Au niveau du style, je n´ai pas grand chose à dire, si ce n´est que tu es repassé au présent, ce qui entache un peu l´exotisme du texte. Le futur de l´hypothése donnait un aspect bien plus étrange et color à ton texte. La recouvrance de la vue et l´escalier des voies ancestrales donnent donc un aspect un peu moins onirique que je ne l´avais espéré. Maintenant, je suppose que c´est inévitable.
La Quite, grand-merci saï! ![]()
c´est une formidable lecture cosmopolitaine que tu nous offres ici, la déontolgie de l´écriture post-abracadabrantesque est parfaitement maîtrisé. A lire dans le même style : "Guerre et Paix"de Guy Lux, "comment j´ai mangé ma mère" de claude sarraute
Voici le début du chapitre 2, plus narratif que le précédent et donc sur la forme il vous semblera certainement moins original.
Chapitre 2 : La voix du mutant.
Je m’en remets à l’intuition de mon devenir. C’est un grand pas qu’il fait au détriment de ce que j’étais mais je ne m’occupe plus de faire la comptabilité entre mes identités passée et future. J’ai abandonné la logique de la perte et du gain, elle était liée à la question du bénéfice ou du déficit, elle-même au centre d’un nuage de doutes. Ce train a le pouvoir de me rendre mon humanité, et si au moment de lui donner ma destination, une hésitation vient perturber l’information que je lui donnerai, tout s’arrêtera. Je ne serai probablement même pas retransporté dans mon monde. Le train n’a pas d’arrêt prévu pour un intermédiaire, lui présenter un doute serait comme lui demander de dérailler. Bien évidemment je me verrai refuser l’entrée si ma décision est chancelante, ou pire, je serai peut-être expulsé en marche et projeté dans des infinités de néant. Ce train est le point de non-retour. Il est même un moyen de me propulser en avant ou de me ramener à zéro. Peu importe la direction que je lui indiquerai, il faut que mon choix soit irrévocable. Il m’éliminera si je ne suis pas prêt.
Mais je le suis. C’est évident maintenant, d’ailleurs les portes de cette gare ne se seraient probablement pas ouvertes si je ne l’étais pas. Je peux rentrer chez moi, je le sais, pourtant même en martelant mon esprit nouveau de cette possibilité, aucun doute ne germe et la réponse est formelle. Non. Et ce n’est pas étonnant. L’humain ne m’intéresse plus désormais, ma raison d’être et de devenir est d’affronter le Dieu Mouche. D’ailleurs il est déjà temps de quitter la gare, mon train arrive. Et je suis là, au rendez-vous. Tout à coup je me rends compte de la signification de ce moment. J’ai mené à bien la première partie de mon périple, et je vais maintenant pouvoir profiter du paysage que m’offrira le train durant le trajet, avec la satisfaction d’avoir gagné la première manche. J’ai réussi à échapper au réticulé, à réunir les éléments dont j’avais besoin, et j’ai erré longtemps dans la décharge mémorielle. J’aurais pu m’y perdre, me faire engloutir par le néant, tomber d’une passerelle interdimensionnelle. J’aurais pu rester un embryon dans un cocon, paralysé par la peur d’éclore, par l’incertitude de mon avenir. Mais j’ai triomphé de ces épreuves, et, surtout j’ai triomphé du doute. C’était l’adversaire final de cette première étape, je ne pouvais pas avancer plus loin avant de l’avoir vaincu et d’avoir laissé ses restes derrière moi. Maintenant que je n’ai plus de doutes rien ne pourra m’empêcher de muter, rien ne retardera plus ma rencontre avec mon futur, et je sais que quand je ressortirai du train je serai déjà bien différent. Il y aura d’autres épreuves alors, car j’imagine que négocier avec l’armurier ne sera pas chose aisée. Il voudra un prix pour ses services et je n’ai rien pour le payer. J’ignore ce qu’il pourra bien me réclamer en échange de sa contribution à ma quête, mais je sais que lorsque nous nous rencontrerons j’aurai bien plus de cordes à mon arc ; par la suite, ma réussite dépendra de mes nouvelles aptitudes et de la maîtrise que j’en aurai. Jusque là j’étais mon propre adversaire, un adversaire dangereux que je connaissais bien et qui pourtant me réservait bien des surprises ; dorénavant j’affronterai des entités plus puissantes et de qui j’aurai tout à apprendre. Je suis conscient du risque et pourtant il ne m’inspire plus la peur, je me sens fort et serein. J’ignore combien de temps le trajet durera mais je suis confortablement installé. Peut-être que le train fera des escales, peut-être qu’il me sera donné de faire des rencontres, alliées comme ennemies. Cet environnement m’est totalement inconnu mais bientôt à chaque seconde j’en apprendrai bien plus que je ne peux encore l’imaginer. Ce sera mon intuition qui me guidera maintenant et il faudra que je cultive cette faculté avec une attention toute particulière. Il y a aussi mes nouvelles capacités qu´il me faut évaluer et entretenir. Je ne m´en soucie plus comme je l´aurais fait autrefois, je sais ce que je dois faire : RIEN. Je n´ai rien d´autre à faire que de m´imprégner, devenir perméable à tout et goûter aux effets procurés. L´univers entier m´attendait sans même que je le sache et je compte bien y traîner mes bottes de routard invétéré le plus longtemps possible. Le Dieu Mouche n´est plus qu´un adversaire qu´il me faudra affronter et je me moque de ce qu´il est et de ce qu´il représente. Je suis seul dans ce wagon qui est à moi. Le train entier m´appartient, c´est lui-même qui me l´a fait comprendre, dans un silence assourdissant il m´a dit : « Je suis à toi comme tu es à moi ». Tout est tellement plus simple et si différent que mon esprit se vide de ce dont je n´ai plus besoin et se rempli d´informations si étranges et si complexes que je ne souhaite qu´une chose : Que le voyage soit long, j´ai besoin de repos, je crains que je serais bien incapable d´utiliser mon corps pour le moment. Je regarde par la fenêtre des paysages que je ne saurais reproduire par des mots. Les couleurs que je connaissais ont une autre odeur, ma vision se divise en une multitude d´impressions nouvelles. Je jouis de chaque instant de ce voyage qui devrait me faire peur. Mais je ne crains plus rien, je ne me pose plus de questions, je suis plus libre encore que la liberté que je convoitais dans mon ancien monde. Je ne me rappellerai plus jamais d´aucun autre coucher de soleil que celui que je suis en train de voir, je commence à percevoir les ondes et leur vibration, et par intermittence je vois des rayons aux formes étranges. Je sais que je ne pourrai pas oublier ma dimension. Même si je le souhaite ardemment, j´en aurai toujours des traces. Mais le poids du doute m´est enfin inconnu et je peux aller à la recherche de mes talents nouveaux sans être interféré par ces supplices que je m´infligeais. Le doute, les choix à faire et leur cortège de tourments ne sont plus qu´une image dans un rétroviseur qui ne me sert plus à rien. Les mots du doute disparaissent de mon système de pensée, je deviens petit à petit le créateur de ma nouvelle raison. Je ne l´avais pas entendu venir, c´est sa voix qui m´a fait comprendre que je n´étais pas seul dans ce train que je croyais être à moi. Dans un excès d´euphorie j´avais occulté que j´appartenais au train autant qu´il était mien. Il était assis juste en face de moi. Je le voyais clairement et pourtant comme un rêve qui s´étiole au matin il s´effaçait de ma mémoire, mes yeux ne le voyaient que dans le présent immédiat. Il s´est présenté en ces termes :
« Je suis... »
Et puis deux secondes plus loin :
«... Là. »
Il se tût un moment comme pour me jauger. Je crois aujourd´hui encore que c´est l´odeur de la peur qu´il avait voulu provoquer en moi pour s´en délecter. Mais ce ne fut pas le cas, à ma grande surprise j´étais resté serein. Puis il repris avec une certaine suffisance :
« Je suis celui qui détient le don obscur et j´en suis le maître. Je suis Ryam, si ce nom peut vous plaire. Cependant ce nom est celui que je me donne dans cette circonstance, car je n´ai en fait aucun besoin de patronyme. Comprenez bien le privilège que je vous fais en me montrant à vous. Le temps et la mort n´ont plus d´emprise sur moi. Ici je suis craint et respecté. C´est pour cela que chacun doit courber son front sous mon baiser clément. Je parcours ces dimensions depuis si longtemps que j´en ai oublié comment j´y suis parvenu. Je peux montrer un coeur aimant et miséricordieux ou me laisser aller aux pires abominations quand l´ennui me fait chavirer. Vous savez ce que veut dire le bien, la souffrance et l´émotion, cela transpire de tout votre être. L´humain, vous empestez l´humain. Cela m´est insupportable autant que cela me fascine. Je suis un esprit recouvert de chair surnaturelle, détaché, immuable mais vide. J´ai besoin de distraction et j´ai besoin de vous pour connaître votre dimension car c´est la seule qui m´est encore prohibée et je veux tout savoir d´elle. Vous êtes sans le savoir extrêmement précieux, cela fait une éternité que j´attends un nouvel arrivant. Je vous ai observé lors de vos brefs passages, j´ai eu souvent le désir de vous piéger mais vous ne m´auriez été alors plus d´aucune utilité. Alors je n´ai fait que vous espérer. Vous possédez des informations qui me sont nécessaire et si je suis le premier à vous avoir entendu arriver d´autres vous ont senti aussi, le Dieu Mouche a des adeptes partout. Je ne serais pas ingrat, en retour je vous apprendrai ce qu´il vous faut savoir pour voyager sans encombres et près de moi vous ne risquerez rien. Je vous veux pour compagnie et sachez que mon invitation n´est pas ouverte à tous. La refuser, vous pouvez, et je n´aurais courage de vous chercher querelle. Vous vivez maintenant sans le poids du doute tout en refusant de croire en l´inévitable. Ce paradoxe vous mènera à votre perte si vous refusez mon offre bienveillante. Vous n´avez plus le choix de méditer, vous ne pouvez que me répondre sans penser à la question. »
Mes premiers mots parlés dans cette nouvelle langue que je ne connaissais pas sont sortis avec une sincérité et une spontanéité que je n´avais encore jamais connues et je ne sais pourquoi j´ai répondu :
« Même si votre invitation ne peut que me combler, je ne peux que la décliner. »
J´avais envie de rajouter quelque chose mais je ne pouvais pas. Mais lui avait entendu ce que je n´avais pu traduire.
« Ceci n´est pas une réponse, ce n´est qu´une vérité qui vous dépasse encore, vous m´avez l´air bien las pour dire autre chose, je reviendrai plus tard quand vous serez plus enclin à comprendre l´écart »
Le présent le fit disparaître et je tombai dans un long sommeil éveillé, les yeux rivés au paysage qui s´effilait au ralenti. J´étais épuisé et je finis par me laisser flotter dans la vision d´une eau calme.
Plus tellement le temps d´écrire, néammoins voici la suite:
A mon réveil le lac avait disparu. J’avais créé moi-même cette source bienfaisante à partir du néant et je l’avais absorbée durant cette transe qui avait fait bien plus que me régénérer. Son eau circulait sur mes mains désormais. Dans les sillons de mes empruntes digitales, des rivières étaient nées, des canaux qui m’envahissaient d’une énergie que je ne savais encore comment utiliser. Pourtant la réponse sembla m’apparaître avant même que la question ne soit formulée, elle était déjà en moi et attendait simplement le bon moment pour être déverrouillée. Depuis l’apparition de Ryam je m’étais armé sans m’en rendre compte d’un mécanisme de défense d’une puissance redoutable. Toute une partie de mon esprit se trouvait constamment projetée vers le futur de telle manière qu’à l’instant où je le vivais le présent n’étais déjà plus que le passé. Mais ce n’était qu’une des nombreuses fonctions auxquelles pourvoyait cette force née du brassage du vide. Je sentais l’air de cet endroit si particulier entrer au plus profond de mes poumons, et au contact de mon sang modifié, à chaque inspiration, la mémoire latente de chaque centimètre cube s’ouvrait à moi et j’emmagasinais des quantités immenses d’informations, à des vitesses de plus en plus élevées. Je découvrais les lieux et les entités au travers desquels le gaz avait voyagé. Déjà ces dimensions ne m’étaient plus aussi inconnues, la carte se dessinait et s’agrandissait de peu à peu dans mon esprit. J’y voyais très clair et d’ailleurs j’en savais beaucoup plus à propos de Ryam. Il avait autant besoin de moi que j’avais besoin de lui, nous étions donc des alliés. Cependant il voulait, tout comme moi au fond, gagner beaucoup et donner peu. Il était loin d’être un ami, il était même dangereux. Il y avait beaucoup de vrai dans son discours suffisant de la veille, mais c’était bien avant d’être une déclaration d’amitié, une tentative d’intimidation. Il avait fait exprès de venir me voir alors que j’étais épuisé, pour voir comment je réagirais face à sa proposition, il avait voulu me jauger, mesurer les intérêts qu’il aurait à me protéger, et je devinais que si je lui avais paru trop faible, si le prix à gagner ne lui avait pas semblé suffisamment élevé, il se serait dressé contre moi et aurait cherché à m’éliminer. Visiblement j’avais réussi à passer ce test puisqu’il était allé jusqu’à me dire très franchement que je représentais un grand intérêt pour lui. Cependant je devinais dans la brusquerie de sa proposition comme un mal-être, une crainte qu’il avait habilement dissimulée. Il avait voulu me faire signer dans la précipitation avant que je ne sois dans la mesure d’ajouter mes conditions au contrat, car il avait senti non seulement mon épuisement actuel, mais aussi le pouvoir de mon futur et l’éventuel danger que je pourrais représenter.
Il m’appartenait autant que j’étais sien, c’était, pour lui comme pour moi, difficile à concevoir, sans parler de l’accepter, pourtant cet équilibre devait être respecté.
Quand il revint me voir il comprit que la donne avait changé. Cependant je ne devais pas profiter de cet instant de surprise, aussi minime soit-il, je ne devais pas me montrer intimidant sans pour autant chercher à lui cacher ma force nouvelle. Je devinai qu’encore une fois c’était à mon intuition qu’il fallait que je me fie, je devais parler sans chercher à élaborer de stratégie ; il existait un lien entre nous qui ne pouvait nous être bénéfique que si nous nous parlions du fond de nos âmes. Il ne disait rien car c’était à mon tour de prendre la parole, et je finis pas lui dire :
« En moi sommeille la force capable de terrasser le Dieu Mouche. Il est le seul à qui je veuille faire la guerre. Je ne suis pas qu’une anomalie humaine que vous pouvez vider sans remords. Vous êtes le maître de bien des terres et j’ai moi aussi régné sur des richesses extraordinaires. Mais ma quête est autre. Je veux mettre fin à la domination du Dieu Mouche sur la dimension qui vous est interdite. Vous pouvez essayer de m’en empêcher ou m’y aider. Mais vous devez m’accepter comme votre égal et ne pas faire l’erreur de me considérer comme un instrument. Je sais que ce serait une erreur, car nous pouvons l’un à l’autre nous être bien plus utiles que de simples outils. Même si mes origines et mon enveloppe sont humaines, je suis devenu bien plus. Je peux vous donner beaucoup, mais n’essayez pas de prendre plus ; je n’essaierai pas non plus pour ma part de piller vos richesses et vos connaissances. Soyons généreux et non cupides. Je détiens une force qui est encore loin d’avoir fini de croître. Ce n’est pas une menace, c’est simplement une question : je crois en vous, acceptez-vous de croire en moi ? »
Un silence, puis sa réponse :
« Oui. »
Le contrat qu’il m’avait proposé la veille avait changé, je l’avais clarifié et équilibré. D’ailleurs ce n’était plus un contrat mais un pacte, plus un rapport hiérarchique mais une collaboration, qui pourrait mener à une alliance, qui elle-même pourrait déboucher sur autre chose. C’est pourquoi je pus prononcer :
« Alors j’accepte votre invitation. »
Ainsi pour la première fois depuis bien longtemps j’avais un interlocuteur. Pour autant ma solitude ne m’abandonnait pas. Au contraire j’étais plus seul que jamais, entièrement tourné vers moi-même, émerveillé par ma métamorphose. Absorbé dans une contemplation intérieure, je regardais la forme que prenait petit à petit mon être et je réalisai bientôt que le discours que je venais de prononcer, s’il était sincère n’était pas si proche de la vérité. J’avais tout d’abord failli le considérer simplement comme un moyen de locomotion, le voir simplement « utile » alors qu’il était bien plus… Plus qu’un collaborateur, plus qu’un allié, et même plus qu’un ami éventuel. Il était bien plus que nécessaire car il était une partie de moi, un morceau de mon identité que dans mes métamorphoses je devrais tôt ou tard assimiler. Je ne pouvais plus être sincère, il me fallait dissimuler cette découverte au plus profond de moi-même, il était très dangereux qu’il apprenne que j’étais en fait ce dans quoi il allait se dissoudre et donc en quelque sorte disparaître. Pourtant lui aussi devait connaître cette fatalité, il devait en être conscient à un degré infime, mais comme il l’avait dit il était vide, nous étions l’un et l’autre deux fragments complémentaires qui devaient être réunis. Je me rappelais de Ryam désormais, je l’avais engendré dans un vieux rêve et je l’avais jeté dans un vide interdimensionnel. C’étaient des germes de mon devenir, j’avais encore peur à cette époque, peur que le Dieu Mouche ne me trouve et ne détruise ces germes à jamais. Alors je m’en étais séparé en prenant cependant soin d’y attacher un fil extrêmement fin. Ces germes avaient grandi et étaient devenues Ryam. Le paradoxe qui l’animait était désormais simple à comprendre, il était attiré par ma dimension parce que c’était là qu’il était né, pourtant sa raison d’être était justement d’être abrité du regard du Dieu Mouche et c’est pourquoi sans qu’il puisse s’expliquer pourquoi il ne pouvait pas retourner à sa terre natale, c’était un ordre que j’avais gravé moi-même comme le tout premier trait de sa nature, si profond qu’il ne pouvait le voir. Je voyais ce fil qui me reliait à lui grâce à ma récente acuité. Il avait la même consistance que le fil que j´avais laissé traîner dans mon monde et que j´avais pris pour de la nostalgie. Ce n´était pas le cas, ces cordes invisibles au regard des autres, fixées aux extrémités des frontières et dont j´étais le centre me reliaient directement aux entités mouvantes, elles n´étaient que des marqueurs. La première me reliant au Dieu Mouche, la deuxième à ce que j´avais semé et qui avait acquis une certaine autonomie. Ryam n´était qu´un émissaire amnésique, un éclaireur que j´avais envoyé sur les terres ancestrales pour me guider dans ce futur qui est devenu mon ´présent´. Il allait falloir que je lui donne des informations sur ses origines tout en gardant pour moi que j´étais son créateur. Je ne crois pas qu´il aurait apprécié cette vérité et ses pouvoirs m´étant encore secrets je devais me montrer tout particulièrement vigilant à ce que j´allais penser en sa présence, une simple réflexion anodine pourrait le faire remonter à la source de son identité. Il lirait en moi tout ce que je montrerais. Ici le mensonge est frappé d´interdiction et puni comme il se doit, on ne peut cacher des vérités que pour sa sauvegarde, c´est tout. Cela ne me gêne en rien bien au contraire, le dégoût pour le mensonge qui me faisait être faible dans mon monde est devenu une force supplémentaire ici. Quant à mes nouvelles capacités, je ne suis pas encore apte à les identifier toutes, elles sont prêtes à s´activer quand elles seront sollicitées et c´est comme cela que je pourrais mieux les comprendre et les contrôler. Je peux faire apparaître dans mon esprit la carte des 7 dimensions, cependant je ne sais pas encore la lire correctement, de plus Ryam pourrait bien s´en servir pour trouver le passage vers mon ancien monde, ce qui le ferait disparaître irrémédiablement. Je suis loin d´être prêt à affronter seul les piéges de ces nouveaux mondes, j´ai encore besoin de lui même si je me réconforte de savoir que j´y ai des amis sûrs. De plus Ryam m´est devenu sympathique et je ne peux oublier que j´en suis responsable d´une certaine façon. Mon corps ici n´est pas un handicap, il ne veillera pas, ne s´alternera pas, il ne sera pas cet élément fragile que je devais protéger autrefois. Je ne suis plus sous contrôle, je suis maître de ma chair, je peux aussi bien me souvenir de la seconde d´avant ou pas, je suis mon propre décideur. Cette liberté acquise n´a de limite que si je le décide. Je suis devenu un être à géométrie cantique, ne réagissant plus à rien mais agissant sur tout. La vie, la mort ne sont plus des secrets engendrant le doute, je ne me positionne plus dans cette optique réductrice. Je sais que l´une et l´autre limite l´humain car il ne maîtrise pas la juste cohérence des deux. L´humain s´accroche trop à la vie, à ses souvenirs, à ses sentiments et en même temps les brûle pour s´affranchir du poids de la réalité, en attendant la mort que le Dieu Mouche a déjà programmée pour lui. Les humains se consolent avec l´illusion du choix qu´ils se fabriquent pour un semblant de liberté. Il est grand temps de libérer mon peuple, je ne suis plus juste un fugitif, je suis l´ultime combattant et le duel qui m´attend ne concerne plus ma seule petite personne. Quand j´aurai terrassé le Dieu Mouche je le ferai disparaître définitivement de mon ancien monde et ma dimension primaire se transformera en autre chose. Je dois d´ailleurs enquêter sur ce qu´il adviendra de ma communauté d´origine après l´extinction de ce Dieu qui rédige le testament de chaque humain. Il me faut connaître les conséquences d´un tel bouleversement. Après tout je pourrais juste rester et vivre dans les mondes parallèles à jamais, et je suis persuadé que le Dieu Mouche ne prendra pas le risque d´un face à face sur les terres ancestrales ; le peut-il seulement ? non. Il me fera traquer par ses adeptes qui ne représentent aucun danger pour moi. Ce ne sont que des espions en service commandé, rendant leur rapport avec l´obéissance de tous bons serviteurs. Je commence à entrevoir l´enjeu qui m´attend et je me sens enfin prêt à aller jusqu´au bout.
Le paysage s’est arrêté de défiler, il est temps de continuer le chemin à pieds. Ryam apparaît de temps à autre, il a changé du tout au tout, de sa magnificence il ne reste plus grand chose, même s´il essaye de ne rien montrer de sa timidité que je ressens quand il s´adresse à moi. Cela confirme la certitude que j´ai qu´il me sera utile et fidèle. De plus il n´est pas le seul à pouvoir apparaître à sa guise puisque je peux moi aussi le faire disparaître à la mienne. Il y eut un temps quand j´étais jeune et altéré par le symptôme de l´humain ou je m´infiltrais dans la psyché de ceux que je rencontrais, j´y voyais la différence et même si elle me paraissait bien éloignée de ma vérité, j´étais conditionné au désir de savoir le pourquoi, le comment et surtout une envie irrésistible de changer les visions négatives qui se formaient dans mon esprit. Aujourd´hui je sais que ce comportement vis à vis de mes pairs me donnera une force supplémentaire, comme une sagesse naturelle et innée qui fut mon premier pouvoir, et qui me sera encore utile sur ce chemin de cendre rouge, que mes bottes arpentent et transforment en un brouillard qui me suit à la trace. Il n´y a rien à perte de vue, même ma nouvelle vision ne voit que déserts, mais je sais que deux pas plus loin je serai peut être dans un paysage de glace et quelques pas plus tard encore je serais là ou je dois être. Je n´ai que deux buts prioritaires: rencontrer l´armurier et connaître l´incidence qu´aura sur mon monde l´anéantissement du Dieu Mouche. Le temps n´existe pas sur ces terres et je compte bien voyager le plus possible pour apprendre plus encore. Je retournerai voir le peuple de Carnish et les suivrai peut être dans un de leur périple s´ils m´y invitent. Je retournerai voir l´oracle aux pieds nus pour lui faire l´amour et goûter à mes nouveaux sens avec elle. J´ai tout mon ´temps´. A moins que les évènements ne se précipitent et que l´horaire du duel ne soit déjà fixé par le Dieu Mouche, qu´importe je reviendrai après l´avoir éliminé avec une telle diligence qu´il ne sera jamais remplacé. Je sens monter en moi une force qui précède mon aboutissement, je n´ai plus peur, je suis déjà impérissable quoi qu´il arrive. Les traces que je laisse dans ces mondes sont d’ores et déjà des légendes que l´on raconte. La préséance m´envahit de trop, j´ai besoin d´action. Sans m´en apercevoir j´ai franchi un autre paysage, une ville dans une nuit morte en apparence, je m´y introduis sans aucune crainte, Ryam me préviendra si des piéges ne me sont pas visibles. Le glacial sort de ma gorge en un nuage de particules cristallines, mais je ne ressens pas la morsure du froid. Il y a au bout de la rue une agitation singulière qui contraste avec ce lourd silence. De la musique, des rires, de la lumière. C´est ma destination. Ryam apparut et me dit : « Garde toi de devenir dans cette endroit celui qui attire un public ». Je n´aurais pas du lui demander plus mais je le regardais comme un indicateur au lieu de le voir comme un compagnon, c´est pour cela que je lui ai dit : « Donne-moi plus d´informations ». Il avait disparu avant même que j’aie posé ma question.
Rien à ajouter, sinon que c´est toujours aussi bien et aussi particuler.
Ah ouais, aussi, tu devrais aerer un peu plus les paraghraphes, comme ça ça donne un style spécial, certes, mais ça rebute un peu à la lecture, je préférerais plus de passages à la ligne. Mais sino, le fil des pensées est parfaitement retranscrit, j´espére juste que tu arriveras à ne pas nous lasser, ni que ce soit trop repetitif ![]()
Le style est attirant, mais... Le sujet me déplait. Dommage, car ça se lit vraiment facilement.
En gros c´est juste que j´ai aucun goût, mais je m´incline devant la qualité.