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Liste des sujets

[Projet Fantasy] Chroniques chimériques

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
01 avril 2009 à 18:06:49

Le pouvoir du temps, j'ai, pas de soucis mais... C'est quoi une arme d'Ozara?

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
04 avril 2009 à 15:59:57

Ozara, c'est l'arbre dont est issus tout les objets ayant un puvoir du temps: C'est expliqué parce que l'arbre est en lui-même relié aux Psaumes de maniére directe, donc qu'il peut modifier la réalité.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
07 avril 2009 à 23:46:29

Ok ok. Je vois pas trop comment un arbre peut arriver sur la tronche d'un gars, mais pourquoi pas, je suis un homme compréhensif.

Au passage, pour le duel, ... euh, ça dérive un peu je dirais. En gros, c'est une sorte de nouvelle qui introduit la plupart des personnages que j'aimerais utiliser dans les chroniques. Il n'en manque que trois à l'appel (Désespoir, et les deux "chasseurs de dieux") mais ils ne sont pas excessivement important comparé aux protagonistes de cette nouvelle.

Sinon, je sais pas quand elle sera finie, j'essaierai fin de cette semaine, mais pas sûr.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
12 avril 2009 à 23:00:01

Nouvelle terminée, elle fai à peu près quinze pages. Je la pose demain, après profondes lectures et méditations.

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
12 avril 2009 à 23:51:33

Comment tu fais? 15 pages, c'est ce que j'écris en six mois :noel:

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
13 avril 2009 à 11:08:01

Euh...Lol?
Je tiens à dire, je les ai écrit extrêmement lentement (quand je vois les "Deem" où il m'arrive de faire une trentaine de pages en quatre jour), et j'avoue que le texte global ne me satisfait que très peu, même si je ne vois pas trop comment améliorer le tout. Quoiqu'il en soit, voici, le texteuh:

« Voici un conte, qui, de dix fils, est tissé.
Voici une histoire, qui, de triste façon, va se terminer. »

Tous les jeudis soirs, la taverne était déserte. Schism avait eu le temps de s’en apercevoir, depuis deux semaines qu’il l’observait.
Il ne bougeait pas de son tabouret. Il contait quelques histoires, le soir, avant de demander à l’une des deux serveuses de lui apporter quelque chose à boire. Il détestait l’alcool, craignait sans doute que son souffle chaud ne l’enflamme avant qu’il ne porte le gobelet à ses lèvres. Après quoi, il se faisait raccompagner à sa chambre, qui était commune aux deux autres employées.
L’auberge n’était pas très grande, ni très chic. Loin d’être la plus en vogue de la ville, qui, elle-même, était loin d’être la plus célèbre de la région, la taverne puait en permanence un horrible mélange d’urine, de sueur et d’alcool, porté en permanence par les divers clochards des bas quartiers qui s’abreuvaient ici. Le prédécesseur de la tenancière, une jeune fille aux longs cheveux auburn et lisses, malgré les pointes fourchues, était mort pour cet endroit, à la tâche, d’un arrêt cardiaque. Sa fille avait repris le commerce du haut de ses seize ans, resplendissante et énergique, et elle ne laissait jamais un client s’en aller avant d’avoir reçu ses pièces sonnantes et trébuchantes, et, à l’occasion, une main aux fesses.
Pourtant, cette joie de vivre n’avait pas été facile à conquérir. Son idée première avait été de fermer la boutique après le décès de son père. Et ç’aurait été ce qu’elle aurait fait, si elle n’avait pas eu la chance de tomber sur Lilith et Dante.
Elle était entrée sans rien dire, alors que l’écriteau « fermé » pendait sempiternellement sur la porte. Elle n’avait dit qu’une chose : « Bonjour, je suis serveuse. ». Ainsi, le destin venait de mettre sur le chemin d’Anaïs ce qui la sauverait sûrement de la faillite. La présence de cette jolie fille aux yeux verts pétillants d’ingéniosité, aux traits soigneusement dessinés par un grand maître du dessin qui se serait épris d’elle, aux longs cheveux noirs et bouclés qui allaient jusqu’à ses épaules, dynamisait le commerce. En effet, elle irradiait une aura de beauté et lumière qui embellissait tout l’établissement, et restaurait l’éclat que la nature avait offert à Anaïs. Celle-ci revivait, attirant l’œil partout où elle passait. Ces deux jeunes et séduisantes femmes attiraient les badauds, d’autant plus que Lilith était une elfe, qui semblait être des créatures plus sujettes à fantasme.
Pourtant, à elles seules, elles n’auraient jamais pu tenir, si Dante n’était pas apparu. Dante, c’était le nom qu’Abanfir utilisait désormais. Se présentant comme un mendiant aveugle sans attache qui ne vivait que par la route, il logeait depuis quelques jours à la taverne, quand, un soir, voulant mettre de l’animation, il commença à conter une histoire. Le public avait apprécié, et Lilith lui avait demandé de rester quelques jours de plus. Et puis, les jours succédant aux jours, il était resté plus longtemps que prévu. Néanmoins, s’il n’avait été qu’un simple diseur de fables, son intérêt aurait été limité. Il était également versé dans la plupart des autres arts, littérature, peinture et prodiguait souvent des conseils aux chasseurs de primes qui passaient dans la région. Conseils apparemment utiles puisse qu’il ne fallait que quelques jours avant que les avis de recherches ne soient renouvelés après les discussions avec le ménestrel, soit pour l’enlever définitivement, soit pour allonger la liste des victimes des criminels.
Tout ça, Schism l’avait appris lentement mais sûrement, pour ne pas attirer l’attention. Son but était de prendre à part Abanfir, et de découvrir ce qu’il savait sur le Purgatoire. Pourtant, cette tâche n’était pas évidente. Premièrement, parce que le démon n’était jamais seul. Par crainte ou par hasard, il s’agissait du premier obstacle. Le second était qu’il devait jouer sans se faire remarquer. Ce qui n’est pas évident, lorsqu’on fait deux mètres, qu’on a le visage tatouer entièrement et que l’on porte une longue cape noire camouflant tout son corps musculeux. Il prétendait être un chasseur de primes désirant prendre un peu de repos après une chasse particulièrement harassante, mais il n’était lui-même pas convaincu de ce mensonge. Il mentait très mal après tout. Cela tenait peut-être du fait qu’il n’avait jamais eu à mentir. N’ayant souvent côtoyé que ses supérieurs, à qui il vouait un respect et une dévotion sans bornes, il n’avait pas l’utilité de déformer de quelque façon que ce soit la vérité.
Le bruit de la porte qui s’ouvre à la volée le fit légèrement sursauter. Aron venait de revenir dans l’auberge.
Aron était un enfant énergique qui venait chaque soir écouter le démon, ses grands yeux bleus vifs émerveillés par toutes les fantaisies qu’il inventait, ou toutes les histoires déformés où il trompait tout le monde en se donnant un beau rôle. Depuis le temps, Dante semblait s’être pris d’affection pour lui, et ne manquait pas d’ébouriffer sa crinière brune à chaque fin de récit. Il était jeune, treize ou quatorze ans, mais en faisait moins, chétif comme un moineau prenant son envol.
Pourtant, ce soir, deux choses balayaient cet impression de faiblesse qui l’imprégnait habituellement : son expression déterminée et féroce peinte sur le visage, et deux sabres qu’il tenait dans chaque main.
- Le voila ! Hurla-t-il au ménestrel, assis sur son tabouret, ruminant quelques sombres pensées.
Aron tendit un de ses sabres à Dante, directement dans sa main, trop impatient pour attendre qu’il tâtonne à sa recherche.
- Aron ! Hurla l’un des soldats au comptoir, occupé à faire la cour à une Anaïs amusée. Il est interdit d’avoir des armes dans un lieu public.
Le garçon l’ignora, trop occupé à attendre la réponse du ménestrel.
- Alors, alors ?
Abanfir caressa le fourreau, tout en nacre, et le pommeau, sans examiner la lame.
- Je n’ai pas grand-chose à dire. Sinon, que ça m’a l’air d’être un bon sabre.
- Je sais ça, mais je veux savoir ce que je pourrais en faire !
- Que veux-tu que je te dise ? Je ne suis pas un forgeron.
Il lui rendit, fit un geste qui fit claquer les deux sabres l’un contre l’autre.
- Tu en as un deuxième ? Fit-il, surpris.
« Quel démon ! » Pensa Schism, pestant contre les mensonges.
- Oui. Avoua Aron, apparemment nettement refroidi. Mais je ne peux pas te donner celui-là. C’est un Oni-shi.
Dante resta un instant immobile, estomaqué par ce qu’il venait d’entendre. Le bandage noir qui lui couvrait les yeux tremblota, comme il les écarquillait.
Un grand rire tonitruant retentit dans la salle, jusque-là totalement silencieuse.
Il venait d’une personne assise à une table à quelques pas de Schism. Petite forme barbue fumant une pipe qui enrobait une partie de la salle dans un brouillard grisâtre, le nain riait à gorge déployée, seule réponse possible à la blague que cet enfant osait proférer.
- Qu’est-ce qu’il y a de drôle ! Hurla Aron, serrant les poings.
Le fou rire se calma, tandis que le nain reprenait une gorgée de bière. Il lança sa crinière rousse en arrière, découvrant totalement son petit visage noyé dans une forêt de poils, ainsi que son cache-œil noir, tâche sombre à peine perceptible au-dessus de son nez épaté et de ses lèvres brunes.
- Je sais ce qu’est un Oni-shi, gamin, fit-il d’une voix marquée par le tabac, et je sais qu’aucun mortel ne peut en posséder, surtout pas un gosse dans ton genre.
Aron s’apprêta à rétorquer, mais Dante l’arrêta d’une main ferme sur l’épaule. Un silence glacial où crépitaient des étincelles électriques s’installa, avant que Richard, le soldat en cotte de maille brillante, ne le brise.
- C’est quoi un Oni-ch’ais pas quoi ?
- Un sabre de démon, répondit le ménestrel, concis.
Le nain ricana, avant d’ajouter :
- Les démons ne se battent pas au sabre. A vrai dire, on n’a jamais vu de démons tuer quelqu’un avec une arme autre que leur corps.
- Faux. Rétorqua Abanfir. Les démons des enfers se battent avec de vraies armes.
Un nouveau rire, avant que le barbu ne reprenne :
- Vous n’y connaissez rien. Les corps des démons sont de vraies armes : leurs griffes peuvent trancher la pierre, leur souffle faire fondre l’acier,…
Il cracha quelques ronds de fumée, et continua :
- Mais c’est vrai que les démons des enfers ont souvent des armes, je te l’accorde, gamin.
Il découvrit ses dents cariées en un rictus effrayant.
- Mais ce ne sont que des caricatures de démons, ils n’ont rien d’horribles ou quoi que ce soit.
Il posa ses deux pieds sur la table, les mains sur la nuque.
- Les vrais démons, ce sont ceux de Dämon. Eux, ils peuvent vous arracher un membre avec une seule main. Ils n’ont pas besoin d’armes.
- Pourtant… Commença Dante.
- Ouais, ouais, ouais. Il y a quelques exceptions. Trois à ma connaissance : Servile, la double-lame d’Abanfir, Sparda, l’épée de Dämon, et Offrande, une arme qui aurait été forgée pour Lucifer en personne.
Il marqua une pause, avant de reprendre, confiant :
- C’est pourquoi cette arme ne peut pas être un Oni-shi, ou quoi que ce soit. Le marchand qui te l’a vendu t’a arnaqué, gosse.
Aron prit la parole, calme et mais tranchant :
- Je ne l’ai pas acheté. C’est Abanfir qui me l’a donné.
Schism se redressa imperceptiblement à cette nouvelle.
Un claquement retentit, lorsque la main de Dante frappa la joue d’Aron.
- Ne prononce plus jamais ce nom.
Sa voix était impassible, d’une froideur frôlant celle des cieux infinis, une voix de meurtrier.
Dante traversa la pièce, et sortit, claqua la porte de l’auberge.
- Laisse-le, dit Lilith en récurant une table, lorsque Richard amorça un geste pour arrêter Aron lancé à ses trousses, je crois qu’ils ont besoin de se parler seul à seul.

« Le premier fil, de dures larmes de sang, allait pleurer,
Pour le deuxième fil, qui, d’une imposture, a profité. »

Dante se trouvait sur la grande place, une gigantesque cour entourée de nombreux entrepôts inhabités, immobile, frappant de son bâton pour s’orienter.
- Attends !
Aron le rattrapa, et se planta devant lui, lui bloquant le passage.
- J’ai besoin de toi ! Tu peux pas t’en aller !
- C’est ce que je fais pourtant.
- Tu quittes la ville ?
- Sans regret.
Il amorça un geste, mais le garçon l’arrêta.
- Attends ! Si tu t’en vas, je veux que tu m’écoutes ! J’ai une histoire que je veux que tu racontes : l’histoire du démon qui m’a sauvé la vie.
Dante baissa la tête, avant d’afficher un sourire.
La tête de son bâton se fracassa, dans une nuée d’échardes acérées, lorsqu’il frappa la tempe du jeune homme. Aron s’écroula, un mince filet de sang lui coulant sur le visage. Il toussota, et leva un regard embué de larmes au ménestrel.
- Crétin. Abanfir est un assassin. Continue de parler comme ça, et tu va finir aussi froid que ses victimes.
Aron serrait les dents et les poings sur ses fourreaux. Il aurait voulu tout lui dire dans un cri de haine : comment, il y a bientôt un mois, son village, limitrophe du pays elfique, avait été rasé par une troupe d’orcs assoiffée de sang, comment, dernier survivant, il s’était retrouvé encerclé et, surtout, comment une forme sombre était apparue, surgissant de nulle part et, à la seule force de ses poings et de ses pieds, avaient terrassé tous les orcs. Et puis, comment, sur le dos de ce même combattant, il avait parcouru tant de kilomètres, à la vitesse du vent, et, dans un murmure, il lui avait confié son sabre et en lui donnant son nom.
Au lieu de ça, Aron poussa un cri de rage, tandis que de longues larmes brillantes roulaient sur ses joues. Il se leva et s’en alla en hurlant, disparaissant dans l’ombre des rues.
Dante poussa un soupir, puis se retourna, faisant face à Schism.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
13 avril 2009 à 11:09:16

Les claquements d’une paire de bottes sur le dallage les interrompirent. Ils se tournèrent tous vers le nouvel arrivant, à la périphérie de leur champ de vision.
- Dante, Dante, Dante… Murmura-t-elle, désolée d’un tel spectacle.
Elle s’avança, passa à côté d’Aron, qui ne la reconnut pas immédiatement. Il se retourna, sans comprendre, avant de pouvoir posé un nom sur ces formes.
- L… Lilith ?
Schism n’attendit pas : il saisit sa seule chance et se jeta en avant, ses grands pieds touchant à peine le sol face à la vélocité et la souplesse déployée. Le poing fusa vers le visage de l’enfant, qui n’eut pas le temps de préparer une défense. Il allait mourir.
Dante s’écroula sur le sol, une quinte de toux se déclarant en même temps que sa libération. La gorge et les poumons en feu, il se roula à terre, tandis que des larmes brillantes lui roulaient sur les yeux.
Schism poussa un hurlement de rage à la vision de son double échec : non seulement Abanfir était libre de son emprisonnement, mais en plus, Aron survivrait à cet assaut raté.
Le poing aurait dû le percuter à la mâchoire, tout en libérant une énergie vieillissante pour le réduire en poussière. Pourtant, une main s’était interposée. Douce, aux longs doigts fins et blanchâtres, elle avait intercepté l’assaut sans difficulté, se renfermant sur le poing comme un filet sur des poissons. Schism tremblait, poussait de toutes ses forces, libérait tout son pouvoir, mais rien n’y faisait : Lilith, dans son habit de travail, un haut à large décolleté lui dévoilant les épaules, et une jupe sanguine aux plis trompeurs, ne tressaillait pas. Le titan releva les yeux vers le visage de la femme. Tout chez elle, de ses yeux verts où transparaissaient la tristesse, à sa moue rouge de ses lèvres, transpirait une aura d’impassibilité qui contrastait fortement avec la fille énergique de la taverne.
- Ca ne sert à rien, fit-elle d’une voix monotone, je suis une elfe. Tu peux me faire vieillir de millions d’années, je ne changerai pas.
Elle inspira fortement, et resserra légèrement son emprise. Schism se dégagea, en serrant sa main contre son torse. Un coup d’œil confirma ses craintes : la moitié de son avant-bras était désormais couverte d’une peau ridée noircie de taches, où une série de poils immaculés se dressaient. Il referma le poing, entendit craquer chacune de ses phalanges.
Il regarda son opposante, et, avec surprise, la vit les yeux embués, deux longs sillons argentés s’égouttant vers le sol.
- Je sens, dans ton cœur, une infinie tristesse, dans laquelle se noie ton âme. Murmura-t-elle en fixant Schism d’un regard sérieux.
Le colosse sentit quelque chose se briser en lui. Sans savoir pourquoi, le doux timbre de l’elfe libéra en lui un torrent d’émotions incontrôlable qui le submergea, noya sa conscience et toutes ses certitudes le concernant. Pourtant, ce flot considérable ne le prit qu’un court instant : il s’empressa de bâtir un barrage de violence entre lui et ces sentiments, de peur de n’être complètement perdue dans cet océan inconnu.
Lilith le sentit. Elle ferma les yeux, et essuya ses larmes. Puis son regard transperça la nuit, dur comme l’acier. Schism se jeta sur le côté, au moment où un mélange de salive et de haine s’écrasait là où son ombre se tenait un instant auparavant. Il dressa sa main valide pour amortir le choc, instinctivement. Il percuta le sol violemment, en un craquement où il reconnut une cassure au niveau du poignet. Il serra les dents, et se dressa sur son coude, dans l’impossibilité de se relever avec ses mains désormais impotentes.
- Tu… as les mêmes pouvoirs que moi ?
- Erreur. J’ai tes pouvoirs à toi.
Lilith le regarda, indifférente. Rien ne laissait présager si elle allait le laisser en vie ou le tuer.
Pendant un court moment, Schism se dit que cela faisait deux fois cette soirée qu’il mordait la poussière. Puis que cela pouvait très bien être la dernière. Et, pour la deuxième fois, il fut épargné, au moment où une chance de tuer le démon se présentait.
- Aron !
Anaïs jaillit des ombres et se précipita vers le jeune bretteur, un mouchoir en main, prête à éponger le sang lui coulant au visage. Richard la suivait et, voyant que le garçon était déjà étouffé par les soins prodigués, il tendit une main à Dante pour l’aider à se relever. Il l’en remercia chaleureusement, avec une quinte de toux. Une troisième forme apparut, tenant à la main une arquebuse brillante entre les nœuds de sa barbe rousse. Le nain retira sa pipe d’entre ses dents, et souffla un nuage de fumée.
- Avec tout le fracas qu’vous faites, j’m’étais imaginé qu’on était attaqué par un je-ne-sais-quoi de pas très humain.
- Et c’est le cas, fit Aron, jusque-là silencieux.
Il se dégagea de la prise d’Anaïs, qui pensait à voix haute au meilleur remède pour ces plaies.
- Ce gars, il fait parti d’une organisation qui tue des gens !
Schism pesta intérieurement contre ce gosse. Pourtant, il avait une idée qui devait le sauver.
- Tuer des gens ? Crétin ! Je suis un chasseur de primes !
Il se releva, fit semblant de vaciller.
- Je suis ici pour tuer Abanfir, ce démon qui se fait passer pour le ménestrel de votre taverne !
Tous se tournèrent vers Dante, pâle comme la mort, haletant comme un mourrant.
Le nain dressa son arquebuse dans un grognement :
- C’est vrai ce qu’il raconte ?
Dante se servit de l’épaule que Richard lui tendait comme appui. Il parvint à souffler, tremblotant de tous ses membres :
- Franchement, les gars… j’ai une si sale gueule que ça qu’on n’arrête pas de me confondre avec lui ?
Schism fulminait. Son stratagème tombait à l’eau. Maintenant, s’il insistait trop, il risquait de se faire tuer. Mais, il ne pouvait tout de même pas faire comme s’il s’était trompé et lui laisser une chance de s’échapper !
Un horrible bruit suraigu vint interrompre sa rage. Tous se couvrirent les oreilles, tandis qu’une étrange forme sombre s’abattait lourdement, en soulevant poussière et dalles, sur la place. Le bruit se changea en un rire monstrueux, provenant de la forme qui venait d’atterrir.

« Le quatrième, d’une douce romance, allait aimer
Le cinquième, qui, elle, vers un autre, voulait se tourner
Et de cette même volonté, le sixième, était animé.

Le septième, sans grande raison, avait un ennemi juré
En la personne du huitième, que la haine avait porté.»

Le rire s’interrompit, et la forme se redressa, dévoilée par la lumière lunaire.
Trois mètres de muscles se dressaient, en un corps aussi large qu’Aron était haut. Sa peau, d’un violet mystique, se tendait et se détendait au rythme de ses respirations, qui coloraient et décoloraient par le même mouvement une infinité de veines d’un vert luisant, formant ainsi une fresque grandiose sur son torse nu. D’incroyables griffes noires pendaient de ses mains, suffisamment larges pour saisir la tête d’un cerf, et recouvertes d’un poil sombre et hirsute. La dureté des siens et la cruauté de son peuple se lisaient sur son visage, où brillaient deux pupilles dorées, encadré par une masse de cheveux sombres, retenus par un catogan. Mais, parmi tous les éléments qui composaient son apparence extérieure, deux étaient univoques quant à son identité : l’immense corne pointue saillant sur son front, et les deux grandes ailes de toiles, de plus de cinq mètres d’envergure, qui pendaient à son dos.
- Un… Un… Bégaya Richard, mettant la main au fourreau de son épée.
- Un démon. Acheva Dante, calme.
- De Dämon. Compléta le nain, d’une voix bourrue et emplie de haine.
La forme les observait, calme, deux canines surdéveloppées dépassant de sa mâchoire inférieure.
- Tu es en retard. Fit une voix dans l’ombre.
Une forme bleue sombre en jaillit, en une pirouette improbable.
C’était un autre colosse qui aurait pu faire plus de deux mètres, s’il ne s’était obstiné à se tenir accroupi, dans une position de bond qui rappelait vaguement un batracien. Comme l’autre, il était torse nu, mais celui-ci était barré d’une multitudes de fines zébrures, des cicatrices. Deux pointes, longues et crasseuses, dépassaient sa tête d’une dizaine de centimètres. Il s’agissait simplement de ses oreilles, deux tours surplombant la masse de poils fins et blanchâtres sur le haut de son crâne. Deux énormes cornes, défenses, ou quoique ce soit, jaillissaient de sa bouche, trou béant hérissé de crocs, qu’un long nez en pointe surplombait. De ses yeux, seuls deux globes livides étaient visibles, sans pupille, comme un aveugle, et ce regard sans émotion exprimait toute la terreur qu’on pouvait avoir de cette créature.
- Ils ne cessent de se mettre dessus depuis tout à l’heure, c’est assez drôle.
Tous les regardèrent, conscient de leur malheur de se trouver là à ce moment même.
Lilith fit le premier geste. Elle plongea ses mains sous sa jupe, et en sortit deux poignards, courts, mais aiguisés, et se mit en garde, une lame horizontale, le haut de la garde contre le pouce, l’autre verticale dans le sens contraire.
- Anaïs, Aron, restez derrière moi !
Richard s’avança également, sa courte épée tirée, tremblant sans savoir que faire.
Dante se pencha et ramassa l’épée de démon de l’enfant, avec un léger « j’t’l’emprunte », en même temps que l’autre sabre, fauché quelques mètres plus loin.
Aron se demanda pendant un instant si ils avaient ne se fut-ce que l’ombre d’une chance face à eux. Sa mémoire saturait d’histoires sur les démons invincibles qui massacraient depuis des millénaires quiconque croisait leur chemin. Une ligne de défense composée d’un soldat tremblant, d’une serveuse et d’un aveugle pouvait-elle contenir une telle puissance ?
Pourtant, Aron était plus intrigué qu’effrayé. Lilith et Dante avait tenu tête avec une facilité déconcertante à ce monstre de muscles et de magie connu sous le nom de Schism.
L’enfant se retourna, cherchant des yeux le colosse en question. Il l’aperçut, derrière le groupe, boitant tranquillement en direction de la sortie de la ville.
- Où vas-tu !
Il ne répondit pas, et la colère de l’enfant augmenta. Il se fit la promesse que, si jamais il le recroisait un jour, il lui ferait payer sa fuite.
- Voila le si fameux courage humain. Ricana le démon bleu, d’une petite voix nasillarde.
- La ferme !
Le nain s’avança, son arquebuse à la main, dépassant les trois guerriers. Il s’arrêta à environ trois mètres des démons, le regard empli de rage, les dents serrées.
- Curufin !
- Quoi ? Qui m’appelle ? Fit le démon en levant les yeux vers le ciel, à la recherche d’un quelconque locuteur.
- Ne te fous pas de moi !
La pipe du nain tomba et se brisa au sol, sans que cela semble le déranger.
- Oh ? Mais qui est-ce donc là ? Je ne t’avais pas tué, petit ?
- Si. Répondit le nain, un sourire sadique sur le visage. Et je suis revenu des Enfers pour ta tête !
Une détonation retentit dans l’air immobile de la nuit. Un nuage de fumée s’élevait lentement du bout de l’arquebuse, tandis que l’œil unique du nain regardait avec effarement son ennemi.
- C’est quoi ça ? Fit-il en étendant sa grande main bleue, dans laquelle roulait une petite bille de plomb. Je vois. Une balle creuse, n’est-ce pas ? Et j’imagine qu’il y a de la poudre dedans ? C’est le genre de projectile qu’on utilise pour la chasse aux dragons.
Il referma sa main, et la porta à sa bouche. Il souffla dans sa paume, un sourire narquois aux lèvres.
Une seconde explosion retentit, suivie d’un hurlement de souffrance. La botte ensanglanté du nain s’envola, et s’écrasa quelques mètres plus loin, rebondissant mollement sur les pavés. Richard s’élança, attrapa le nain et l’allongea. Lilith découpa d’un geste souple et précis un pan de sa jupe, et le tendit au soldat pour qu’il puisse faire un garrot. Elle jeta un œil à la blessure, et vit à quel point ces démons étaient dangereux.
La balle avait explosé juste au dessus de la botte, sectionnant instantanément la jambe. La peau était calcinée à l’endroit de l’impact, mais, de l’intérieur du membre, s’écoulait un flot de moelle et de sang qui formait déjà une marre écarlate aux pieds du garde.
Curufin, le démon bleu, éclata d’un rire vulgaire et sadique. Ses dents jaunes luisaient dans l’obscurité, et, au plus profond de sa gorge noire comme l’ébène, un monstre de malveillance et de cruauté jubilait.
- Cesse donc tes enfantillages. Lança une voix.
Ils levèrent les yeux vers les toits, et restèrent silencieux, sous le coup de l’étonnement. Aron fut le premier à réagir :
- A…Abanfir ! C’est Abanfir !
Le nouvel arrivant bondit, exécuta une pirouette, et se reçut souplement sur le sol devant les démons, ses pieds nus claquant légèrement.
Lilith le regarda, avec un mélange d’étonnement et de peur.
- Ce… ce n’est pas Abanfir.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
13 avril 2009 à 11:09:57

« Le neuvième et le dixième, du deuxième amouraché,
Allaient se déchaîner
Et d’une telle bataille, ne revinrent, jamais. »

C’était effectivement un démon, ça, elle le sentait. Mais elle sentait aussi autre chose. Un parfum qu’elle connaissait déjà : celui qui émanait de Dante. Les deux êtres émettaient exactement la même odeur, qui mêlait démon et elfe, la cendre et l’herbe, la mort et la vie.
Pourtant, ils avaient peu de points communs. Certes, ils étaient tous deux filiformes, maigres mais un peu plus grands que la normale. Leurs yeux se mêlaient à l’obscurité, s’y camouflaient, car ils étaient comme le charbon même : d’un noir absolu, uniforme. Et, hormis ce turban sombre qui les enserrait à la taille, comme une ceinture improvisée, rien ne les rapprochait d’autre.
Sa peau mate, bronzée, tranchait avec le blanc uni de ses cheveux, correctement plaqués contre son crâne, là, où ceux de Dante étaient en permanence ébouriffés. Ses traits, et particulièrement son petit nez pointu, marquaient une régularité exemplaire, tandis qu’un nombre incalculable de bosses imperceptibles criblaient le visage d’Abanfir, là où les chocs et les assauts l’avaient atteint. Sa tunique pourpre partait de l’épaule gauche à la hanche droite, couvrant une partie de son corps, mais dévoilant une autre, son épaule et son bras entièrement nu. Pourtant, il se dégageait de lui une aura de propreté et de netteté contre laquelle son opposant ne pouvait rien, avec son vêtement rapiécé et brûlé à maints endroits, ses braies noires hors d’usage contre celles blanches impeccables.
- Qui es-tu ? Lui hurla Lilith. Tu n’es pas Abanfir.
L’inconnu tourna son regard vers elle, impassible. Son visage n’exprimait aucune émotion, tout comme ses yeux, deux points sombres perdus sur des globes laiteux.
- Non. Répondit-il simplement, et sa voix était d’autant plus mélodieuse que celles de ses compagnons semblaient étaient rauques et dissonantes. Je suis un simple démon qui a commis la faute d’épargner un humain. Je suis venu régler cette erreur.
Une fraction de seconde. Avant, tout était immobile. L’ordre, la paix. Après, tout était rompu, dans un tourbillon de chaos et de violence.
Tous ses muscles se tendirent, et se mirent en branle, rompant avec une immobilité parfaite. Sans transition entre cet état amorphe et sa course effrénée, il se jetait en avant, ses pieds touchant à peine le sol, sous l’effet de cette puissante mécanique qui faisait de lui une arme sans faille.
Lilith réagit la première : elle lança ses couteaux, en ligne droite vers le visage de l’inconnu. Celui-ci bondit par-dessus, par-dessus Richard et la nain, évanoui, et se réceptionna souplement, avant de repartir en direction de sa proie.
Il passa à côté d’un Dante amorphe, incapable d’agir, et plongea sa main vers Aron, en direction du flanc.
L’enfant poussa un hurlement lorsqu’elle pénétra dans sa chair, déchirant tous les tissus qui pouvaient faire obstacle. Anaïs, terrorisée, regardait Aron, sa blessure, au ventre, et l’avant-bras entier de l’inconnu enfoui dans ce geyser écarlate.
- Je suis désolé, murmura-t-il, abattant le tranchant de sa main en direction du cou de l’enfant.
Anaïs poussa un hurlement en détournant les yeux, l’image de la tête décapitée d’Aron imprégnée sur sa rétine.
Un claquement retentit. Dante.
Deux sabres en parade, la main de l’agresseur dans le croisement des armes. Lutte tremblante et cliquetante, le visage pâle tendu sous l’effort.
L’acier glissa contre la chair, une seule goutte de sang écarlate témoignant de cette rencontre. Dante se fendit, les deux pointes vers le cœur du démon. Celui-ci s’esquiva vers la gauche, et leva son genou en direction des côtes, coup intercepté par le coude rabaissé in extremis. De sa main valide, il décrivit une large parabole vers le visage bronzé, qui s’abaissa en décochant un crochet à son ennemi. Celui-ci se décala légèrement, raffermit sa prise sur les sabres, et se jeta en avant, en un cri de rage.
Les armes découpaient l’ombre en de larges paraboles sifflantes, les rayons de la lune basse sur l’horizon se reflétant en un scintillement de mille feux. Dante ne cessait d’avancer, usant du contrepoids des sabres pour placer les bottes les plus fines, les fente les plus sournoises, les coups de taille les plus cinglants. Pourtant, rien ne l’atteignait. Face à l’oiseau de proie et de précision qu’était l’escrimeur, le corps de l’inconnu ondulait, se courbait, se tordait comme celui d’un serpent, dont la peau écailleuse effleurait parfois les serres du prédateur, sans que jamais cela ne lui cause un moindre tourment.
Dante s’échappa de ce duel interminable et bondit en arrière. Couvert de sueur, haletant et pris d’une quinte de toux, il laissa tomber les armes, mit genou à terre. Son adversaire s’en sortait bien mieux, impassible, rien ne laissait paraître qu’il venait de frôler la mort de si près.
- Si t’as besoin d’aide, dis-le. Fit Curufin, l’observant aux côtés de son ami.
- Pas la peine, c’est mon erreur.
Le démon bleu ricana, sans motif.
- Aron ! Tiens bon ! Hurla Anaïs.
L’enfant gémissait. Bien que petite, sa plaie le faisait souffrir et l’immobilisait complètement. Son visage se tordit sous l’effet de l’agonie qu’il endurait, et vomit une grande quantité de sang.
- Richard ! Hurla Dante en se relevant. Embarque les blessés et cours !
Le soldat ne se le fit pas répéter : il posa le nain sur son épaule et se dirigea vers un Aron gémissant.
- Vous n’irez pas plus loin !
L’inconnu se lança, dans la même course effrénée que précédemment, en direction du garde qui lui tournait le dos. Sa main se tendit, pointe en avant, prête à le transpercer.
Dante s’interposa, dans un choc violent qui les souleva du sol un instant. Bras contre bras, ils luttèrent quelques instants, avant que Dante ne réagisse.
Sa jambe quitta le sol, se dirigea vers la tête de l’individu. Celui-ci recula légèrement, et, lança à son tour sa jambe. Les deux membres se rencontrèrent dans les airs, en un claquement sinistre, et, dans le grincement des os rencontrant les os, se battirent, espérant prendre l’avantage sur l’autre.
Dante se laissa glisser sur le sol. Surpris et déséquilibré, son adversaire amorça un geste en avant, pris dans le piège. Les deux pieds du semi-elfe se détendirent, et frappèrent le ventre de l’inconnu, le propulsant à plusieurs mètres de hauteur. D’une poussée du bassin, Dante se releva et bondit à sa poursuite. Il le rattrapa en une fraction d’instant, le pied apprêté pour lui fracasser le crâne.
Pourtant, il ne pouvait rien face au profond pouvoir démoniaque qui courait dans les veines de son ennemi.
Il dressa sa main vers le visage de Dante, et ouvrit la bouche pour libérer son intention :
- Ô souffle draconien !
Une balle enflammée éclata au niveau du torse du ménestrel. Celui-ci, propulsé par le choc, s’écrasa sur le sol en levant un regard troublé par l’odeur du souffre vers son ennemi.
Quatre autres sphères s’écrasèrent sur lui, provoquant une série d’explosions qui retentirent dans l’obscurité de la place. Une fine fumée s’éleva du cratère formé, où gisait le cadavre de Dante.
- Monstre !
Richard, mû par une poussée d’héroïsme et de rage, épée au poing, se jeta sur le démon.
Son talon heurta la mâchoire du garde, l’envoya valser quelques mètres plus loin, sans connaissance.
L’inconnu continua sa marche, s’arrêta au niveau de Lilith, immobile, désarmée, incapable de faire un geste.
- C’est inutile, lui fit-il en reprenant sa marche. Tu ne peux pas me prendre mes pouvoirs.
Elle recula d’un pas, tétanisée. Comment savait-il ce qu’elle essayait de faire ?
Il la dépassa, sans rien lui faire, et se stoppa finalement devant Aron, allongé dans les bras d’Anaïs. L’enfant, inconscient, était couvert de sang, de la bouche à la plaie, la main serrée dans celle de la serveuse.
- Vous ne le toucherez pas !
L’inconnu la regarda, serrant le gosse dans ses bras. Il se demanda si ce qu’il faisait était bien ou mal. Il se demanda si il était répugné par ce qu’il faisait, ou si cela l’amusait. Il se demanda s’il avait raison ou tort de le faire. Puis, il se demanda si ses questions avaient réellement de l’importance.
Sa main plongea vers le cœur d’Aron. Vif. Précis. Sans échappatoire.
Son corps fut propulsé en arrière, subissant l’assaut d’une impulsion. Il se reprit dans les airs, ses pieds touchant à peine le sol, et s’arrêta en un long dérapage poussiéreux devant ses frères de sang.
Les deux autres démons semblèrent interloqués par la scène. Avant, ils se gaussaient des actes futiles des humains pour tenter d’arrêter leur collègue, mais, après cet acte de résistance si anormal, ils se trouvaient surpris et incapables du moindre geste.
L’inconnu fut le premier à réagir :
- Vous avez senti ?
- O…Oui. Marmonna Curufin. C’est incroyable.
Anaïs posa Aron au sol, délicatement, et se leva, les mains en avant.
- Je suis prête à me battre avec tout mon pouvoir pour sauver la vie de mes amis.
Le grand démon ricana, avant de rire franchement, de son rire suraigu qui perçait les oreilles.
- Ce n’est qu’une simple sorcière. Il suffit de la tuer avant qu’elle n’incante son sort !
Curufin ne se le fit pas répéter. Il approcha sa main de sa bouche, et prit son inspiration.
Anaïs leva la main, interrompant du même mouvement l’action du démon. Le corps de celui-ci se souleva, et traversa la moitié de la place, à toute vitesse, bousculant une Lilith étonnée, et s’arrêta à quelques centimètres de la sorcière. Celle-ci posa sa main sur le torse figé du démon, qui disparut, instantanément, sans laisser de traces.
- C… Curufin !
- Ne t’en fais pas, il n’est pas mort. Juste… Ailleurs.
L’inconnu se releva, impassible, comme à son habitude.
- Tu peux contrôler le temps et l’espace. Dit-il, posément, sans se presser. C’est un don rare.
Un rictus déforma le visage de son acolyte, excédé par tant d’insouciance.
- Qu’est-ce que ça peut bien faire !
Il leva la main, et une immense sphère de flammes apparut, d’un éclat orangé vif. Le feu tourbillonnait, incontrôlable, léchait le bras entier du monstre, sans que cela semble lui être préjudiciable. Il l’abattit.
Une explosion de flammèches, de cendres, et de divers éléments calcinés jaillit de la rencontre de la sphère avec Anaïs. Lilith poussa un cri, effrayée de voir la mort si cruelle de son amie. Elle resta amorphe, sans savoir que faire, tandis que le rire effrayant du démon résonnait sur la place vide.
Un hurlement de rage interrompit l’hilarité. Anaïs était intact, protégé derrière un bouclier vivant.
Dante tituba, le bras en croix. Il venait de recevoir l’assaut, de plein fouet. Sa tunique était entièrement calcinée, laissant apparaître son corps frêle et blanchâtre, mais où aucune blessure ne luisait.
Il s’écroula, Anaïs tentant vainement de le soutenir.
- Il est courageux. Nota l’inconnu, de sa voix monotone.
Il s’avança vers Aron, mais Lilith s’interposa.
- Anaïs, embarque-les et va-t-en. Maintenant.
- Mais…
- Maintenant !
Elle acquiesça et mit une main sur Aron et Dante. Ils disparurent tous les trois, comme s’ils n’avaient jamais été là.
- Inutile. Fit l’inconnu.
Ses yeux se posèrent sur Richard, inconscient à côté du nain.
Il s’élança, au moment même où Anaïs réapparaissait pour les transporter. Il se laissa glisser sur le sol, en un long tacle dirigé vers le buste de la jeune fille, avant, d’un coup de bassin qui lui sauva la vie, de s’élancer dans les airs, au moment où une boule de feu éclatait juste sous ses yeux, lui coupant la route.
Il se réceptionna, et se tourna vers Lilith, celle-ci main tendue, un fin filet de fumée grise la recouvrant. Puis il regarda où se trouvait sa proie un instant auparavant : plus rien. Il ne restait que lui, l’elfe, et le démon.
- Qu’est-ce que tu es exactement ? Fit-il, d’une voix posée.
- On peut dire que je suis une sorte d’imitatrice.
- Tu peux t’emparer des pouvoirs des autres rien qu’en les observant, j’imagine.
- Leurs pouvoirs, tout comme leurs mouvements, leur agilité. Je sais parfaitement copier n’importe qui.
L’inconnu poussa un soupir, et tourna le dos à l’elfe.
- Qu’est-ce que tu fais ! Lui hurla son collègue.
- C’est inutile. Elle a vu le pouvoir de son amie. Elle peut disparaître quand elle le souhaite. N’est-ce pas ?
Lilith opina. Ils restèrent un instant à se fixer, sans aucun mouvement, puis elle demanda :
- Quel est ton nom ?
- Moi ? Je n’ai pas de nom. Les gens comme moi sont des ombres qui n’ont pas droit d’exister.
Il marqua un temps d’arrêt, puis reprit :
- Néfosia. C’est comme ça qu’un ami m’appelait.
- Néfosia, je n’oublie jamais un visage. Un jour, nous nous reverrons, crois-moi.
- Et toi, qui es-tu ?
Lilith sourit, ferma les yeux :
- Moi ? Je suis la femme d’Abanfir.
Néfosia se retourna, un cri de surprise lui échappant des lèvres. Trop tard : Lilith avait déjà disparu.

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
13 avril 2009 à 11:10:17

Le soleil se levait. Ses rayons rouges sangs perçaient comme un millier d’épée le rideau sombre et empestant la mort de la fumée, recouvrant le ciel de ses innombrables braises et volutes. La ville brûlait, à jamais. Tous étaient morts, assassinés par les démons.
- J’ai échoué.
Richard était à terre, son casque au loin, ses longs cheveux blonds détachés. Deux profonds sillons salés brillaient dans le crépuscule, comme deux rivières de sang.
- Ils sont tous morts, et moi, je suis ici…
Il frappa le sol avec son gantelet d’argent, appelant dans un hurlement de rage ses amis : Dante, Lilith, Aron, Anaïs,… Tous morts. Et lui était seul.
- Si tu avais été plus puissant, tu les aurais arrêtés.
Avec un nain unijambiste.
Il serra son bandage rougi par le sang, se lissa les cheveux.
- Ne t’en fais pas, petit, je pense pouvoir t’aider à trouver ce que tu cherches.

Une nuit bien remplie. La ville brûlait, tous ses habitant victimes de la rage de Karash. Néanmoins, une fois défoulé, celui-ci semblait plus d’humeur à rentrer chez eux, même s’ils étaient bredouilles.
- C’est embêtant que cet humain sache que tu existes. Répéta-t-il pour la millième fois du haut du promontoire rocheux d’où ils observaient leur bûcher.
- L’existence des hybrides parmi le peuple de Dämon, est-ce vraiment un si grand secret qu’il doive être si durement protéger ?
L’autre cracha, battit des ailes.
- Un démon qui sauve un humain. Et ton honneur ?
Néfosia ne répondit pas. Si cet humain survivait, et qu’il racontait ce qu’il avait vu, les milliers de démons échappés des enfers pourraient venir sur leurs terres, trouver refuge. Peut-être que, finalement, le laisser en vie n’était pas une si mauvaise chose ?
- Et pour Curufin ?
- Bah, fit Karash, il reviendra bien à la Montagne tout seul…

« … j’espère juste qu’il s’amuse bien là où il est maintenant. »
- Mais… mais…
Curufin regardait partout autour de lui. Au-dessus de sa tête, une épaisse canopée couvrait le ciel, des arbres qu’il n’avait encore jamais vu s’élevant à plus de trente mètres de haut, pour couvrir les rayons du soleil. Autour de lui, d’immenses fougères, de deux fois sa taille, avec des graines aussi grosses que ses poings, s’étendaient en une forêt vaste et verte.
- Mais… à quel endroit suis-je ?
Il se jeta sur le côté, au moment où une mâchoire de cents dents aiguisées comme des poignards se refermait là où il se trouvait un instant avant.
- Et à quelle époque ! Hurla-t-il en courant pour échapper au terrible lézard qui s’élançait à sa poursuite.

Abanfir s’éclaircit la gorge, en se relevant. Taché de sang, mais heureux, il savait maintenant qu’Aron vivrait. Il déposa les deux sabres à côté de l’enfant, puis se tourna vers Lilith, penchée sur Anaïs, évanouie.
- Qu’est-ce qu’on va faire d’eux ?
- Aron se débrouillera très bien tout seul, à mon avis. Je ne suis pas fier de ce que j’ai dû faire pour le sauver, mais, au moins, il vivra.
Il se passa une main sur le fin tissu de soie lui couvrant les yeux.
- Je ne suis plus malade, mais je suis toujours aveugle. Tant pis.
- Et pour Anaïs ?
Il marqua un temps d’arrêt. Il respira profondément, mettant ses idées en place : il savait au plus profond de lui que le pouvoir d’Anaïs n’avait rien à voir avec un pouvoir inné. Il savait que cette fille était, d’une manière ou d’une autre, liée à une magie très ancienne connue sous le nom d’Ozara. Mais, comment, sans un morceau même de l’arbre antique qui contrôlait le temps, avait-elle pu délivrer cette puissance ? Il ne voyait qu’une explication : c’était un lien de chair qui unissait cette serveuse et l’arbre, Anaïs et Ozara. Il n’y comprenait rien, mais, il était sûr que ce pouvoir était bien trop grand pour tomber dans de mauvaises mains.
- On a pas le choix, on la ramène au temple.

Cendres et ruines. Os noirs et bois sombres. Il ne restait rien.
Schism regarda autour de lui. La ville était finie, incendiée, sans aucun survivant. Rien ne prouvait pourtant qu’Abanfir était mort… Ni qu’il était vivant, d’ailleurs.
Schism poussa un soupir. Tous les moyens qu’il avait mis en œuvre pour tenter de protéger le Purgatoire n’avaient eu pour finalité que de le menacer. Que devait-il faire ? S’il retournait là-bas et qu’il disait ce qu’il s’était passé, et qu’Abanfir était encore vivant, il serait mis à mort pour sa négligence.
Non. Il devait mentir. Il devait retourner là-bas et mentir à ses chefs. Pour le Purgatoire. Pour rester vivant, et protéger de l’intérieur le Purgatoire.
- Des traîtres qui le gangrènent.

« Voici un conte, qui, de dix fils, est tissé.
Voici une histoire, qui, de triste façon, s’est terminée.

Le premier, d’un grand pouvoir, a hérité
En échange de son âme, et de son humanité

Le deuxième, de la maladie, s’est délivré
Vers un nouveau règne, désormais, va se diriger

Le troisième, d’effroyables doutes, a fomenté
Et, de sa vie, son peuple, va protéger.

Le quatrième, d’une sombre colère, était animé
Que la vue d’un doux visage, a apaisé

Le cinquième, une infinie puissance, a libéré
Pour un sombre destin, elle s’en est allée

Le sixième, par malheur, était désespéré
Pour un idéal faussé, il allait se sacrifier

Le septième, une partie de lui, a immolé
Et un ignoble plan, sa haine, pouvait concocter

Le huitième, bien loin de tout, est arrivé
Et, soi-même, dans le passé, alla trouver

Le neuvième, perdue dans ses idées
Par un simple nom était troublée

Et le dixième, son frère, venait de retrouver.

C’était un conte, qui, de dix fils, était tissé
Etrange histoire, qui, désormais, est terminée. »

Pouf, c'est fini.

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
15 avril 2009 à 13:55:43

J'ai lu, et... ben, c'est bien. :-) J'ai pas grand chose à dire peut-être parce que ça fait un bail que j'ai plus lu de duel, et à part quelques arrivées un peu cliché (le coup de la lune tout ça) j'ai pas grand chose à dire, sinon que c'est vrai que ça part dans tout les sens. Je rédigerais probablement un peu de truc sur le Purgatoire es prochains jours, le retour de Necron dans la course, tout ça... J'vais voir ce que je peux faire.

Sinon, ben, c'est un beau texte :-)

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
15 avril 2009 à 20:35:44

Merci :-)

Par contre, oui, faudrait un peu écrire là, c'est que j'ai un peu l'impression d'être tout seul. :snif:

Negatum-
Negatum-
Niveau 10
24 juin 2009 à 19:57:57

Oui, bon, j'ai mis deux mois, et alors? :noel:

Ma nouvelle est bouclée, anyway. Elle fait 35 pages, dont une bonne moitié de baston, je dirais. Mais y a ps mal de question dont je me pose: Visiblement, le projet pas mal d'ampleur, et à faire ça à deu, ça perdrait tout son coté libre, ça ferait comme une sorte de fic commune. De plus, on va se retrouver sans lecteurs.
Je propose qu'on fasse un nouveau topic pour voir si d'éventuels nouveaux seraient interessés, dans lequels on pose vite fait les grandes lignes. Aprés on essaye d'imaginer un systéme plus ouvert, pour ne pas imposer une histoire trop dirigiste. Aprés, faudra voir si les "duels/fic/nouvelles" tel que celui que tu as écrit ou le mien, on ne pourra pas les poster dans une sorte de topic à part...

Moicesmoi
Moicesmoi
Niveau 10
25 juin 2009 à 08:12:01

Alors, il est huit heures, je me suis levé à six, j'ai dormi quatre heures, et j'ai cours de conduite dans vingt minutes.

Par conséquent, tire ton plan, du moment ça passe.

:dehors:

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