´RECITS QUELCONQUES´
5
Un crime parfait
« Donner un coup de couteau. Le plonger intensément dans la chair, la sentir se déchirer.
Décortiquer la victime. Lui enlever sa carapace fine et fragile, la sentir partir.
Craquer les os, jusqu’à jubilation, la mâchoire d’abord, puis les doigts.
S’attaquer au plus dur et se trouver invincible. Ouvrir la boîte crânienne et mettre en bouillie le cerveau.
Plonger ses doigts dans la poitrine, en extirper le cœur et le manger cru jusqu’à vomissement.
Arracher la langue et la faire rentrer par le nez, dont les narines ont été agrandies, puis terminer par dilater l’anus.
Se diriger vers la salle de bains, se regarder les dents dans le miroir. Se les laver si le besoin s’en fait sentir.
Bien observer sa tête et enlever toute trace de sang. Pour les mains, s’équiper de gants suffit amplement.
Allez chercher un pinceau, l’imprégner de la bouillie de cerveau et peindre une croix renversée sur le miroir.
Le forfait est accompli.
Vous venez de commettre le crime parfait. »
En écrivant ça, Arnold réfléchit. N’est-ce pas trop violent ? Ce qu’il vient d’écrire lui paraît tout simplement affreux, mais n’est-ce pas ce qu’il souhaitait ?
Il pense plutôt à sa prime. Ce petit traité du « Parfait Serial Killer » va lui rapporter des sous.
Et il pourra ainsi manger à sa faim.
Lucie lit, inéluctablement, le livre d’Arnold, paru trois ans plus tôt.
Chez elle, tout est éteint, elle se trouve dans son lit, et seule la lampe de chevet l’éclaire suffisamment. L’appartement, vide et silencieux, s’imprègne d’un certain trouble, personnel à Lucie.
« Le Parfait Serial Killer » est un roman de cent-cinquante pages environ et se termine par une scène affreuse où le psychopathe parvient à quitter la maison de sa victime, et raconte son acte comme s’il donnait des leçons à ses successeurs.
Un bruit fait sursauter Lucie, pauvre lectrice. Il ne s’agit que de son chat, Mistigri, qui vient de rentrer par la trappe.
Elle se calme et pense soudain qu’elle n’a pas de chat. Que doit faire un chat chez Lucie, si Lucie n’a pas de chat ?
Elle se lève pour aller boire un verre d’eau, et suppose que trop prise par sa lecture, elle s’est imaginé à la place de la victime du livre, et a imaginé avoir un chat. Elle a même imaginé le bruit.
Elle allume la lumière et voit une ombre en trop. Surprise sur le coup, il ne s’agit en fait que d’une armoire… En plein milieu de la cuisine ?
L’armoire disparaît et l’ombre avec.
Encore confuse, Lucie se dit que cette histoire est vraiment excellente, car elle a même des répercussions sur son mental.
Elle se retourne et voit brutalement un homme grand, musclé, avec un couteau à la main. Elle sursaute et se dit que ce n’est qu’une image, et essaye de passer à travers, mais…
« Le forfait est accompli.
Vous venez de commettre le crime parfait. »