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Les acclamations sortirent Nafel de sa torpeur. Il s’étira lentement, luttant contre l’éveil inéluctable, puis se résolut ouvrir les yeux. Il découvrit en jetant un regard interrogatif à Kob que celui-ci s’était endormi paisiblement, au lieu de monter la garde selon ses instructions. Bien qu’il en sourît, cela l’ennuyait : si le messager les surprenait ainsi, il les accuserait avec raison de manque de professionnalisme. Et Nafel aimait encore moins les remontrances quand elles s’avéraient justifiées.
Il secoua l’épaule du géant roux. Celui-ci grogna et changea de position. Nafel dut lui asséner un coup de pied pour le ramener enfin à la réalité.
- Hé, grommela un Kob maintenant bien lucide. Qu’est-ce qui te prend ?
- Quelle heure il est ?
Nafel n’avait pas jugé bon d’insister, car son ami possédait l’objectivité nécessaire à se réprimander lui-même. L’absence prolongée du Kerjanais commençait en revanche à l’inquiéter.
- Minuit passé, tu crois ? estima son ami, qui avait tout de suite compris où il voulait en venir. Quelles sont ces clameurs ? ajouta-t-il après coup.
- Une fête ? supposa le jeune homme, sans s’impliquer.
- Il n’y avait pas de préparatifs quand nous sommes arrivés, objecta Kob. L’événement n’était pas prévu.
Un raisonnement simple et correct, que Nafel se tança de ne pas avoir formulé tout seul.
- Allons voir où en sont les astres, proposa-t-il. En même temps, on verra bien ce qui réjouit Lyrath.
Le géant acquiesça, le précédant au dehors.
L’agitation avait fait reculer les rats au fond de la ruelle. Sous l’effet d’un vent calme, l’enseigne des Deux Coqs se balançait en produisant de désagréables sons visqueux. Rien ne bougeait ; les bruits de foule provenaient d’un autre quartier.
Kob leva les yeux pour étudier les lunes. Le ciel était exempt de nuages, il reconnut très vite le quartant.
- Un peu après minuit, assura-t-il laconiquement.
Nafel hocha la tête, ses doutes renforcés. Le vacarme confluait dans leur direction, comme si la foule remontait lentement la rue qu’ils avaient empruntée.
- Je suis curieux de savoir de quoi il retourne, fit-il à voix basse.
Ils s’accroupirent dans l’angle de la façade et observèrent la rue principale, au long de laquelle une procession éclairée par de longues torches flamboyantes était en train de défiler. Nafel reconnut deux des porteurs de torches : ils gardaient la porte de Lyrath quand ils l’avaient franchie au crépuscule. Entre eux, deux silhouettes tiraient le cadavre d’un voyageur. Un attroupement de citadins criaient à qui voulait l’entendre leur approbation et leur soif de vengeance. Les deux Balkirites échangèrent un regard lourd de signification : le messager n’avait pas dépassé la frontière.
Le mort agita soudain une main hésitante. Le Kerjanais respirait encore ! Nafel sentit son sang bouillir et s’élança droit devant lui, déterminé à libérer le malheureux blessé. Une poigne solide le stoppa, avant de le rejeter rudement en arrière.
- Qu’est-ce qui te prend ? s’étonna Kob, décontenancé.
- Il vit toujours ! s’écria Nafel. Nous devons le libérer !
- Et comment ? demanda le géant roux, avec un sourire entendu. Ils sont au moins vingt. Tout ce que tu y gagneras c’est de mourir avec lui ou pire, d’être déporté à Turgath.
Ils frissonnèrent tous deux à la mention du tristement célèbre camp de travail de Shazhar. L’enthousiasme du jeune homme en prit un coup.
- Il doit y avoir quelque chose à faire… se lamenta-t-il.
- Oui. Partir. Dès qu’ils seront passés, on récupèrera nos chevaux et on s’enfuira en vitesse. Le Kerjanais finira par parler et dès lors, les voyageurs balkirites ne seront plus les bienvenus à Lyrath…
- …D’autant qu’ils se doutent probablement déjà d’une partie de l’histoire, compléta Nafel. Tu as raison. Mais que dirons-nous aux sentinelles de la ville ?
Kob sourit.
- Rien. Elles sont ici avec pour mission de contenir la foule. Toutes les cinq.
Nafel sourit à son tour, soulagé. Il remercia les Dieux de lui avoir donné un compagnon astucieux.
- …Ce qui signifie que nos chevaux sont sans surveillance, conclut-il. J’espère que ça ne donnera pas d’idées aux voleurs.
Les chevaux ne pouvaient s’aventurer dans les cités hariennes, à la fois à cause de vieilles traditions et parce que leurs sabots détérioraient le pavement des rues. Les sentinelles veillaient en contrepartie sur ceux des voyageurs, de façon qu’ils les récupèrent en bonne santé à la fin de leur séjour. Dans les grandes villes telles que Shazath, il existait toute une infrastructure d’écuries et de palefreniers. Il y avait à Lyrath un entrepôt vide et un peu de foin. Les brigands connaissaient le système et ne s’y attaquaient qu’épisodiquement. Leurs montures, bien que sans protection, gardaient une relative sécurité.
La foule dépassa la taverne des Deux Coqs sans s’arrêter. Les infrastructures de l’armée se trouvaient de l’autre côté de la ville, mais le chef de la patrouille tenait sans doute à savourer son quartant de gloire. Nafel lui en fut reconnaissant : ils n’auraient rien suspecté sans cet orgueil, et se seraient probablement réveillés le lendemain matin piégés dans la ville.
- Allez, murmura son ami, dès que les voix s’estompèrent. Filons d’ici !
Ainsi quittèrent-ils Lyrath sans remords ni difficultés notables. Les chevaux les attendaient, indemnes. Une fois en selle, ils galopèrent à bride abattue vers leur patrie.
Il le faisait déjà, en fait. Qu’en retireraient-ils ? Pas grand-chose. Mais il n’avait pas flanché devant elle
C’est pas qu’en retirait-il ?
La fic elle même est exellente, tu écris vraiment bien, un peu trop espacé mais ça ne dérange pas.
L´histoire évolue un peu, enfin on nous présente le perso principal si j´ai bien compris et il est attachant ainsi que Kob et Nafel.
Un truc que j´admire chez toi ( et qui me manque cruellement ) c´est l´art d´introduire les descriptions avec une fluidité agaçante
.
J´attends la suite ![]()
Merci pour la faute et pour être toujours là, et content d´avoir pu accrocher au moins une personne ![]()
On est bientôt à la fin du premier chapitre. Pour changer, je suis assez satisfait de cette partie donc j´espère que vous l´apprécierez aussi^^
Enjoy !
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Ada détestait ses chaussures d’apparat ; outre de lui meurtrir les chevilles, chaque coup de leurs talons se répercutait dans les couloirs de pierre du palais. Le comble pour une espionne ! Elle arrivait au faîte de la hiérarchie grâce à ses capacités et voilà que la tenue réglementaire la privait de toute discrétion !
Shazhar mettait trop en valeur le coté « diplomatique » de sa fonction. La place des gens de son espèce se trouvait dans l’ombre des souverains, pas à la tête d’un de leurs ministères… Mais Ada ne se plaignait pas vraiment. Elle appréciait qu’on la traite avec la déférence due à son rang, que Shazhar tienne toujours compte de ses recommandations. En privé, il la traitait d’égale à égal, et cette attention la flattait.
Les courtisans jasaient sur leurs entrevues depuis la mort de l’épouse du souverain, mais à tort : jamais l’empereur n’avait effleuré l’idée d’abuser d’elle. Ada n’aurait par ailleurs peut-être pas refusé, si la situation s’était présentée. Elle était consciente que sans la naissance d’un héritier, le trône deviendrait un objet de convoitise pour quiconque en vue au palais. Shazhar ne pouvait l’ignorer, lui non plus. Son cœur restait pourtant lié à la mémoire de l’impératrice, comme si le chagrin excusait un tel comportement. Désolant. Dans tous les autres domaines, il agissait avec une rationalité froide qui convenait beaucoup mieux à la jeune femme.
Ada bifurqua sur la droite et manqua percuter un courtisan qui venait en sens opposé. Elle s’excusa sans même ralentir. Le soleil n’était pas levé, mais le serviteur qui l’avait réveillée avait parlé d’une urgence. Elle avait enfilé sa robe la plus simple, un habit noir de jais déjà un peu trop prétentieux à son goût, avant de se précipiter dans les couloirs.
Elle manqua percuter Shazhar dans le hall principal, s’attendant à le retrouver dans ses appartements privés. L’empereur lui fit un signe rassurant de la main. Malgré l’heure impromptue, il était parfaitement alerte et ses yeux bruns brillaient de curiosité.
- On a capturé un éclaireur, expliqua-t-il calmement. Pas un rebelle balkirite imprudent, cette fois ; un Kerjanais.
L’imagination d’Ada s’enflamma. De tous leurs voisins immédiats, seul Joreb constituait une réelle menace. Une occasion de connaître ses plans, même minime, ne se refusait pas.
- Dans quelle ville est-il séquestré ? interrogea-t-elle.
- Ici, au palais, répliqua l’empereur. Je l’ai envoyé à Dorn. Le chef de patrouille mérite une petite récompense, pendant que j’y pense, ajouta l’empereur par-dessus son épaule, tandis qu’il s’engageait dans l’escalier de droite. Assure-toi qu’on lui fasse gagner quelques grades.
L’espionne le promit, avant de reléguer cette information loin de ses priorités immédiates et de lui emboîter le pas.
Il ne dévala pas l’escalier, conservant au contraire une démarche souple et posée. Son calme ne l’avait pas quitté ; Ada doutait qu’une situation quelconque puisse un jour l’émouvoir. Cette attitude perpétuellement concentrée était révélatrice de son caractère. Cela expliquait probablement en partie sa capacité exceptionnelle à ne jamais se laisser prendre de court par les complots de ses nombreux ennemis, à toujours prévoir la parade au prochain mauvais tour. Il n’était pas supérieurement intelligent, ce qu’il ne cessait de le répéter ; son intelligence fonctionnait beaucoup plus longtemps et précisément que la moyenne, tout simplement.
Des torches attendaient au bas des marches qu’un visiteur éventuel s’engage dans les catacombes. Bien que cela ne se produise que rarement, elles avaient l’air neuves et leur halo éclairait les alentours sur un diamètre satisfaisant. L’empereur lui en tendit une, prit lui-même la seconde.
L’étendue des catacombes surpassait celle du palais, ce qui ne constituait pas un mince exploit. C’était un labyrinthe de vieux couloirs poussiéreux, sombres et vides, dans lequel on croisait de temps à autre la tombe d’un ancien empereur. Certaines authentiques, d’autres non. Nul ne s’en préoccupait, puisque personne ne venait régulièrement ici, hormis Dorn.
Ada mit le frisson qui l’envahit sur le compte du froid. Elle évitait autant que possible la compagnie du spécialiste des tortures, le considérant comme diamétralement opposé à elle : là où elle puisait ses réponses par la subtilité, il n’employait que la force brute, la contrainte physique. Il leur faisait parfois gagner un temps précieux, l’espionne lui accordait cela, mais il y prenait trop de plaisir pour ne pas la dégoûter. La majorité partageait l’opinion d’Ada : un garde du palais reconnu coupable d’une faute ne pouvait recevoir pire châtiment que d’endosser la responsabilité de la salle des tortures, de nuit ou de jour, jusqu’à ce que le prochain malheureux le remplace.
L’homme de faction à l’entrée ne dormait pas. Son visage livide exprimant toute la désapprobation du monde, il fixait un point invisible devant lui. A l’intérieur, les gémissements dont sa répulsion découlait s’atténuèrent. Il s’inclina respectueusement à la vue de l’empereur, puis écarta les deux battants de la porte.
L’odeur les assaillit immédiatement. L’air empestait la moisissure et l’humidité, et on décelait sous ce parfum l’effluve métallique du sang. La salle en elle-même semblait en tous points banale ; aucun instrument de torture ne pendait aux murs de pierres noirs de suie et suintants, pas de vierges de fer ou autres excentricités… Une table en bois sommaire, pourvue de sangles. L’air était vicié, comme partout dans les catacombes, mais l’atmosphère ne correspondait pas. On aurait dit qu’un esprit maléfique tourbillonnait à l’intérieur, dansant mille danses, obscurcissant la pièce.
Cet esprit, c’était Dorn. Par égard pour Ada, le tortionnaire déposa son scalpel dès qu’il l’entrevit, mais celle-ci se refroidit quand même. Les yeux fiévreux de l’homme louchaient sans cesse en direction de son instrument. La contrariété se lisait sur son visage : il aurait préféré qu’on ne le dérange pas.
On emploierait pour décrire Dorn des termes triviaux tels que « médiocre », « commun »… paradoxalement, le mythe qui l’entourait se construisait principalement autour de son apparence. S’il ne plaisait pas, on ne le rejetait pas non plus. Inapte à combattre dans la cour des grands, sa carrure ne le plaçait pourtant pas au bas de la chaîne alimentaire des courtisans. Il ne se distinguait ni par une ingéniosité, ni par une idiotie insigne. Il avait en fait tout d’un citoyen sans envergure, de ceux que l’on croise régulièrement. A chaque fois qu’ils se rencontraient, Ada repensait aux personnes qu’elle avait été amenée à côtoyer au cours de sa vie afin de déterminer ce qui le différenciait des autres. La réponse sonnait comme un glas : rien.
- Bonsoir, Dorn, fit l’empereur, sur le ton de la conversation. Méfiez-vous de l’homme à l’entrée ; j’ai l’impression qu’il ne vous porte pas vraiment dans son cœur.
- C’est un nouveau, expliqua le tortionnaire. Il s’habituera.
« Ou pas », fut tentée d’ajouter Ada. Elle se retourna vers le second garde de la salle, mais ses traits stoïques ne laissaient rien filtrer de ses opinions.
- Soyons brefs, coupa Shazhar : avez-vous appris quelque chose de ce jeune homme ?
- Bien sûr, reprit Dorn avec une moue indéchiffrable. Mon ami Lakhlos se montre très coopératif. Trop, en fait. J’espérais un semblant de résistance.
Ada se souvint pourtant qu’il avait ses outils à la main, lorsqu’ils l’avaient interrompu. Il comptait poursuivre la torture alors qu’il possédait déjà les informations. L’espionne se sentit mal.
Elle considéra le malheureux Kerjanais pour la première fois. Les sangles le pressaient fermement contre la table, sur laquelle du sang se déversait. Le liquide provenait de quelques coupures le long de son torse nu et de son auriculaire droit, dont on avait amputé l’extrémité. Il avait été roué de coups, ce qui masquait son expression, mais il suait abondamment et semblait au bout du rouleau. Il y avait des marques boursoufflées jusque sur ses avant-bras. Ses cheveux commençaient à grisonner, preuve d’une longue carrière ; il devait avoir joué de malchance pour finir ainsi.
- Pourquoi a-t-il les mains brûlées ? s’enquit Ada.
- Parce qu’il était orgueilleux, expliqua Dorn. Il pensait que détruire le message suffirait à celer son contenu. Il pensait pouvoir me résister. Orgueilleux ou naïf.
Le bourreau semblait vexé qu’on puisse le sous-estimer ainsi. L’empereur reprit la parole.
- Il vous a donc révélé quelque chose ?
- Il portait un message de Joreb à Pulver, le leader de la rébellion balkirite. Deux intermédiaires l’attendaient à Lyrath.
Dorn marqua une pause théâtrale assez irritante. Impatiente de remonter au palais, Ada lui donna la réplique.
- Que disait ce message ?
- Il l’ignore, concéda le tortionnaire. On le devine toutefois.
- Oui, confirma pensivement Shazhar. Si Pulver a envoyé ses propres éclaireurs réceptionner la missive, il connaissait son existence. Ils avaient par conséquent déjà eu des contacts. Le sultan veut conclure une alliance avec les rebelles pour diviser mes forces en deux. Un plan peu développé, mais qui a toutes les chances de fonctionner. Je craignais que Joreb ne se décide un jour.
Le tortionnaire acquiesça.
- Nous devons préparer notre défense, enchaîna l’empereur en se tournant vers sa conseillère. Organise une réunion demain, à la première heure.
Ada hocha la tête. Son regard s’attarda sur Lakhlos, puis sur son bourreau. L’étincelle de joie dans les yeux de ce dernier, à l’idée de se remettre à l’ouvrage, la décida immédiatement. Abandonner un ennemi à un sort funeste ne lui poserait pas de problèmes ; l’occasion s’était d’ailleurs déjà présentée par le passé. Elle souhaitait simplement gâcher la nuit de Dorn.
Une dague jaillit soudain dans sa main.
- Dois-je achever le messager, Altesse ?
Elle avait appuyé sa proposition de façon que Shazhar comprenne où elle voulait en venir. Mais à son grand dam, l’empereur ne s’en embarrassa pas le moins du monde.
- Non, statua-t-il doucement.
L’espionne remit la lame dépitée à sa place, dans la doublure de sa manche droite.
- Ta présence sera requise à la réunion, poursuivit l’empereur, magnanime. Je n’aimerais pas que tu salisses ta robe pendant que ce garde se tourne les pouces. Il s’en chargera.
L’homme interpellé s’avança et dégaina son épée courte.
- Puisque tout est réglé ici, au travail, conclut Shazhar. Nous avons une couronne à sauver.
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A bientôt, gens.
"outre de lui meurtrir les chevilles"
Rha mais non, je te l´ai dit au chapitre d´avant
Sinon, je m´attarderai pas en commentaire, mais je continue à accrocher. C´est un peu moins court qu´avant, toujours aussi fluide, et l´histoire continue à se profiler doucement mais sûrement. Je serai toujours là pour la suite, mais c´est plus besoin de préciser, nan?
Allez, t´as plus qu´a tenir compte des fautes que je relève, pour un fois qu´il y en a ![]()
Mais ça peut vraiment pas se dire ce "outre de" ? :pleure:
Sinon merci d´avoir lu, comme d´hab...
J´attends peut-être deux ou trois autres avant de mettre la suite, sinon au pire bah je la mettrai quand même, pas comme si j´avais vraiment le choix xP
ce qu’il ne cessait de le répéter => ´faut enlever le "le" je pense.
Sinon, c´est toujours aussi bien. J´avais pas vraiment compris le camp d´Ada au début mais ça s´est éclairci vers la fin^^. Toujours aussi bien, même si on reste encore dans la présentation...j´attends la suite ![]()
Partie un petit peu plus courte, j´ai essayé d´allonger mais j´avais pas assez d´infos à donner^^ Si quelque chose n´est pas suffisamment clair, faites-moi signe et je développerai volontiers...
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Les ombres se sauvèrent enfin, chassées des faubourgs de Kenshed par l’arrivée tardive du jour. Les toits plats s’illuminèrent sous l’action combinée du soleil et des toits ovales, faits d’un matériau chatoyant qui teintait leurs alentours de lueurs iridescentes. Un arc-en-ciel artificiel, sphérique, se formait au-dessus de la ville dans une indifférence quasi générale. Au sol, la cité s’activait, inconsciente de la beauté intrinsèque de l’aube. Le joyau du Kerjan n’émerveillait pas ses habitants blasés, trop dépendants de leur train de vie futile pour s’octroyer le temps de lever les yeux chaque matin.
Ce spectacle devait ravir l’œil des Dieux même, dans le haut ciel, et rehausser leur opinion de l’humanité. Ils se disputaient sans doute le privilège d’assister de près à l’éclosion de tant de beauté, à la démonstration du savoir-faire surhumain des architectes kerjanais.
A défaut d’une demeure dans les étendues célestes, Joreb se contentait du balcon en demi-cercle de son palais, sis un peu à l’écart de la cité. Hors des murailles, mais protégé sur deux côtés par la disposition naturelle du terrain, le majestueux édifice offrait une vue imprenable de la capitale qu’il surplombait. Il contribuait même aux jeux de reflets par certaines cloisons habilement situées. Après tant d’aubes passées à admirer ce mécanisme, le sultan n’en avait toujours pas saisi toutes les subtilités ; son émerveillement ne s’épuisait donc pas, ne s’épuiserait probablement jamais. Ses détracteurs laissaient courir le bruit qu’il ne s’accrochait au trône que pour continuer ses contemplations matinales.
Ils avaient tort. La seconde passion de Joreb était le pouvoir, ou son acquisition.
Après la mort du dernier souverain, le pays s’était déchiré en une guerre fratricide, opposant une multitude de candidats dont aucun n’avait l’argument de la légitimité. Il avait fini par triompher de cet imbroglio d’ennemis. Mais cette décennie de conflit lui léguait un pays exsangue, aux coffres vidés, à la population modérément soumise. La conclusion s’imposait : il fallait un ennemi contre qui le peuple se liguerait. Shazhar correspondait parfaitement à ce rôle. L’or des mines de Turgath l’aiderait en outre à redorer son blason et la salle du trésor.
Le sultan se détourna du balcon pour faire face à son vizir, qui attendait sagement la fin du rituel. Le petit personnage aux cheveux grisâtres et au faciès de rat promenait son regard fureteur sur les atours luxueux de la chambre royale.
Il l’aurait dérangé s’il y avait du nouveau.
- Le messager a-t-il donné signe de vie ? demanda-t-il par acquis de conscience.
- Non, messire, répondit le vizir en secouant la tête.
Le contraste entre les deux personnages était saisissant. Joreb appréciait les vêtures coûteuses et la bonne chaire, deux éléments qui contribuaient grandement à modeler son apparence. Le vizir se contentait quant à lui d’habits sommaires, dans les tons sombres. Sa maigreur renforçait le sentiment d’austérité qu’il dégageait.
- Nous devons partir du principe qu’il a échoué, statua le sultan. Shazhar connaît peut-être nos plans.
Le petit homme confirma avoir atteint la même conclusion.
- On ne pourra donc éviter la bataille frontale ? Cette alliance allait nous donner l’avantage…
- A vrai dire, messire, il y a toujours une seconde option.
Joreb se retourna, intéressé. Son vizir prévoyait toujours quelque plan de secours au cas où les choses tourneraient mal. Comme les choses avaient rarement bien tourné au cours de ces dix dernières années, sa créativité avait fait de lui l’un des principaux artisans de leur victoire finale.
- Qu’as-tu mijoté, mon ami ? demanda-t-il, tâchant de maîtriser sa curiosité.
- Vous vous souvenez du duo d’agents qui a contacté Pulver ?
Le vizir marqua une pause parfaitement inutile, visiblement satisfait de ses effets. Le sultan le foudroya du regard, l’incitant à reprendre immédiatement :
- Eh bien, leur mission se poursuit à Shazath, selon mes instructions. L’un d’entre eux a infiltré le palais du tyran en tant que courtisan et le second a sillonné la ville à la recherche de potentiels alliés. Il a fini par faire mouche.
- Un rival de Shazhar résidant à la capitale ? s’étonna Joreb.
- Un rival ancien, soi-disant repenti, expliqua le petit homme en plissant des mâchoires. Un nobliau avec beaucoup trop d’ambition pour ses moyens financiers. Il a dilapidé sa fortune. En revanche, ses connexions dans certains milieux faciliteraient notre conquête.
Le sultan se détourna pour réfléchir, les yeux rivés sur le soleil. Il ne souhaitait évidemment pas refuser de l’aide, mais le plan supposait la conquête du Harath, non une simple passation de pouvoir entre deux dynasties.
Ayant anticipé cette objection, le vizir poursuivit :
- Ce Zulkhar ne posera pas de problèmes. Il a pris des précautions pour rencontrer mon agent, mais sans jamais soupçonner que le danger pourrait venir de nous. Sa haine envers Shazhar est telle qu’il semble prêt à faire confiance à n’importe qui la partageant.
Les joues du petit homme se plissèrent à nouveau. Ce tic irrita Joreb, alors qu’il n’y accordait d’habitude que peu d’importance. Il comprit que l’excitation le gagnait.
- Or donc, mon ami, il se jetterait sans peine dans un petit… accident, si tant est que nous lui en concoctions un, compléta-t-il avec une jubilation croissante.
- De tristes événements se produisent souvent dans les temps troublés qui suivent un coup d’état, s’apitoya le vizir d’un air parfaitement sincère.
Un large sourire se dessina sur les joues du souverain tandis que ce plan de dernière minute prenait corps dans son esprit. Il l’examina en tous sens, en quête d’une faille apparente – inutile de l’éplucher en détails, l’idée comportait encore trop d’inconnues. Il n’en trouva point. Dans la mesure où le dénommé Zulkhar disposait réellement des appuis dont il se targuait, la soumission de Shazhar s’accomplirait sans vagues. Encore plus facilement qu’avec l’aide de Pulver, dont il aurait sans doute été plus ardu de se débarrasser par la suite.
- Tout cela me plaît, décréta le sultan. Ordonne à ton agent de lancer le processus, puis de rentrer au bercail.
- A vos ordres, messire, s’inclina le vizir.
Il quitta la pièce après avoir réprimé un énième reniflement. Joreb s’en retourna bien vite à son panorama de rêve, sans se départir de son sourire réjoui ; une très belle journée s’annonçait.
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Fin du chapitre 1, "The Messenger".
Majuscules à Sultan, désolé. Et j´ai oublié de vous enjoindre d´"enjoy (ou pas)".
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Partie 1
"...And all the pieces matter."
Lester Freamon, The Wire.
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Chapitre 2 : Diplomatic Immunity
La salle de réunion était plongée dans une semi-pénombre. Il y faisait suffisamment clair pour discerner les visages des occupants et leurs expressions préoccupées, mais un voile sombre recouvrait la scène, comme un filtre de mauvaise qualité. Il y avait dans le palais une dizaine de pièces à l’office similaire. On avait opté pour l’une de celles qui s’ouvraient à l’est, au vu de l’heure matinale, mais de lourds rideaux de satin empêchait le soleil d’y pénétrer. Ils ne seraient pas tirés avant l’arrivée de Shazhar : ainsi, même la lumière se plierait à son bon vouloir.
L’un des ministres toussa, mi-embarrassé, mi-impatient. Rien n’interdisait à l’empereur de convoquer ses exécutants à n’importe quelle heure mais dans la pratique, cela se produisait rarement si tôt. L’esprit emploie plus d’ardeur à sa tâche lorsque les brumes du sommeil sont dissipées. Ceci dit, aucun des personnages présents ne donnait signe de fatigue ; la réunion ayant été décidée dans l’urgence au cours de la nuit, nul ne doutait de l’importance vitale des sujets qu’ils allaient aborder.
Un des deux gardes en faction de l’autre côté de la lourde porte en ouvrit enfin les deux battants, avant de s’écarter en une courbette respectueuse. Shazhar ne lui adressa pas un regard et s’engagea à l’intérieur, suivi de près par Ada. Deux courtisans empressés tirèrent les quatre rideaux, rendant ses droits à l’astre du jour.
Si Bjarn peina quelques instants à s’accoutumer à cette clarté nouvelle, seul un clignement de cils le laissa transparaître. Les autres ministres, stoïques comme lui, se levèrent pour saluer cette double illumination. Les courtisans qui avaient écarté les tentures contournèrent la longue table autour de laquelle les participants se rasseyaient à l’unisson, puis s’éclipsèrent sans ajouter un mot. Les débats de ce conseil ne les concernaient pas. Le garde referma derrière eux, laissant le gouvernement d’Harath en autarcie momentanée.
Bjarn reporta son attention sur l’empereur, s’attendant à ce que son maître expose les raisons de cette assemblée impromptue. Au lieu de ça, Shazhar engagea une conversation à voix basse avec son amante. Le général en chef des armées d’Harath considéra Ada, son mépris bien mal dissimulé. Il n’avait bien sûr aucune preuve de ce qu’il avançait, mais comment expliquer autrement qu’une femme accède à un poste aussi important ? On murmurait parfois qu’elle avait appartenu à l’élite des espions, ce qu’il ne pouvait croire. Elle préférait les compromis, comme toutes les femmes, et s’effaçait devant les vrais obstacles. Il était prêt à parier que même un diplomate débutant négociait avec plus de courage que cette putain. Alors, une espionne… Une intrigante, certes assez jolie, mais rien de plus. Du vent. Il jalousait… Non, il s’inquiétait de la place privilégiée que ses appas lui accordaient dans l’estime de l’empereur.
Le silence se prolongeant, le responsable des finances de l’empire prit la parole. Il s’agissait d’un courtisan récemment promu qui s’appelait Jenk et que Bjarn n’aimait pas. Il siégeait juste en face de lui et ne cessait de se tortiller les doigts d’une manière irritante, comme s’il craignait à tout instant de s’attirer les foudres du maître. Il ne risquait pourtant rien : son travail consistait principalement à apposer sa signature où et quand Shazhar le lui indiquait. Dépourvu de volonté propre, anxieux, doutant constamment de lui-même. Jenk était un être très petit, et il le savait. Cet appel mielleux serait sans doute sa seule contribution de la matinée.
- Sire ? Excusez-moi, nous sommes prêts.
A peine sa tirade terminée, il se tassa à l’intérieur de son siège, comme si une telle initiative l’exposait à des représailles divines.
L’empereur se racla la gorge tout en acquiesçant, à la recherche d’une introduction appropriée. Il ne fit pas dans l’originalité.
- Messieurs, vous vous en doutez, l’heure est grave. Depuis que le Kerjan possède à nouveau un chef, nous savions que celui-ci risquait de liguer son peuple contre nous. Nos sources indiquent qu’il tente de rallier les Balkirites à sa cause.
Ada esquissa un sourire, mais Bjarn ne s’y trompait pas : si lesdites sources l’impliquaient d’une manière ou d’une autre, l’empereur se serait empressé de le mentionner. Cette bêcheuse ne perdait pas une occasion de paraître compétente.
Occupé à remâcher sa rancœur, le général en chef n’avait analysé que secondairement les conséquences de ces révélations, si bien qu’il ne réagit pas vraiment. Il aurait dû prendre spontanément la parole, puisque le sujet le concernait. Rhenab enchaîna à sa place.
- Ainsi, notre armée se verrait contrainte à soutenir deux fronts simultanés, souligna-t-il. Mes compétences ne me permettent pas d’affirmer qu’elle échouerait, mais nos chances me semblent sensiblement diminuées.
Le chef de la police lui lançait avec subtilité la perche qu’il utiliserait pour faire oublier son mutisme. Le général remercia intérieurement son ami. Rhenab était un homme taillé dans le roc, de physique comme de caractère. Les deux chefs s’échangeaient souvent avis et services, partageaient leurs expériences. Le respect forgeait leur relation : profond, sincère, et mutuel – du moins Bjarn l’espérait-il.
- Alors… fit-il, se laissant le temps nécessaire à formuler son résumé. Quoiqu’ils représentent une menace avec laquelle il faudra compter, les effectifs des rebelles restent limités. En fait de division, nous aurons plutôt affaire à un front principal et un front secondaire. Quelques-uns de mes régiments maintiendront aisément les Balkirites à distance, tandis que le gros de l’armée se concentrera sur l’ouest.
- De quel rapport de forces parlons-nous ? s’enquit Ada.
- J’allais y venir, répliqua-t-il du ton sec de ceux qui énumèrent des évidences. En calculant correctement, nous garderions la supériorité numérique sur les deux fronts.
Shazhar s’assit nonchalamment à sa place. Rien dans son attitude ne trahissait un intérêt particulier, mais de cette position étudiée, il pouvait capter le regard de chacun de ses ministres.
- Une supériorité significative ? s’informa-t-il posément.
Il se lissa la moustache, ce qu’il avait coutume de faire pendant une réflexion intense. Il se représentait sans doute mentalement les détails de la conjecture.
- Non, une supériorité légère, convint Bjarn.
L’empereur et Ada échangèrent un regard de connivence, ajoutant encore à l’exaspération du général.
- C’est insuffisant, reprit presque aussitôt Shazhar. On ne peut s’engager dans un conflit ouvert sans une maîtrise totale des événements, dont nous ne disposerions visiblement pas dans ces circonstances. Trop de paramètres, qui impliqueraient trop de risques.
Plusieurs ministres opinèrent. Bjarn n’objecta rien, car il n’y avait rien à objecter ; c’était vrai, et cela aurait dû le frapper dès le début. Son désir de contredire Ada l’avait aveuglé.
- Que faire d’autre ? demanda-t-il, recouvrant sa contenance.
- Chercher de l’aide, suggéra l’empereur.
Ada acquiesça aussitôt, ce qui agaça le général plus qu’autre chose. Il conserva toutefois son calme, se retourna et s’adressa au ministre qui siégeait juste derrière lui. Les regards confluèrent sur lui.
- Qu’en pensez-vous, Enghar ? poursuivit Shazhar, du ton modéré des animateurs de débats. Vers qui devrais-je me tourner ?
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Je vous ai posté une moitié de partie, d´une part parce que j´ai un tout petit peu l´impression de plus avoir grand monde derrière moi, et d´autre part parce que j´ai plus beaucoup d´avance dans l´écriture et que ça m´aidera à remonter le temps perdu.
Diplomatic Immunity est la 2ème track de l´album The Code Is Red... Long Live The Code, une galette que l´on doit à Napalm Death, Death/Grindcore, UK.
Je profite de l´occasion pour rappeler qu´il est nécessaire que le monde entier regarde The Wire^^
Salut !
Je te mets ma critique ! Peut-être que je vais répéter ce que d’autres ont déjà dit mais je suis pressé !
-à toute une variété d’animaux => enlève le « toute »
-Un regard circulaire alentours => Ca frôle le pléonasme
-que ses chaussures laissaient sur son passage => enlève « sur son passage » C’est l’évidence même de dire que les empreintes sont toujours à la traine de nos chausses !
-quelque distance… quelque chose de lourd => Répétition !
-Car le pépiement clair => Enlève clair !
J´ai pas lu la suite, je dois y aller!
Allez je me casse !
Good luck ! ![]()
Merci pour le comment Anta, je vais voir ce que je changerai
Rien sur les trucs plus récents sinon ? :-/
Allez, petit cours de géopolitique harienne
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Le ministre des affaires étrangères se leva, gagna une armoire au fond de la salle et en ressortit un parchemin jauni qu’il étala sur la table. On y avait dessiné l’ensemble des terres connues. L’encre s’estompait par endroits, mais pas au point de troubler la lecture. Chacun des personnages présents n’ignorant rien des nations environnantes, la carte n’avait de toute manière qu’une valeur théâtrale – Enghar adorait ménager ses effets.
De taille moyenne, glabre et peigné avec soin, il privilégiait l’apparence ordinaire d’un négociateur. Bjarn n’était pas dupe. Lorsque deux ministères se nommaient respectivement diplomatie et affaires étrangères, l’un d’eux relevait de l’euphémisme. L’ex-espionne Ada travaillait sans aucun doute sous les ordres de cet homme avant de « mériter » sa promotion.
- A vrai dire, je doute que nous trouvions une échappatoire par cette voie, sire, affirma-t-il dubitativement.
Il désigna du doigt le sud, au-delà du détroit d’Enzer.
- Il faudrait compter une semaine de traversée pour atteindre les terres des Corporations et quand bien même, je ne me fierais pas à eux ; ils profiteraient de notre faiblesse pour nous trahir et s’approprier les mines de Turgath. Nous avons déjà suffisamment de soucis contre le Kerjan : inutile d’inclure Plov dans l’équation.
L’empereur acquiesça. Enghar jeta à peine un regard au nord-est de la carte avant d’enchaîner d’un ton sinistre :
- Quant à Gadharas, je n’ai même pas à argumenter…
Chacun hocha lentement la tête, Bjarn le premier. La pentarchie n’avait aucun ami sur le continent et jamais elle n’avait cherché à s’en faire un. Elle ne bougerait pas le petit doigt pour Shazhar.
- Comme le Kerjan et les Balkirites sont contre nous, les deux autres points cardinaux sont bouchés, conclut le ministre des affaires étrangères. En substance : trop de concessions, pas assez de confiance.
Ada et l’empereur échangèrent un regard agaçant, puis ce dernier réfléchit un instant. Alors qu’il s’apprêtait à poser la question suivante, une autre voix se fit entendre du fond de la salle :
- Et les Shudakines ?
Quelques rires étouffés s’élevèrent. Bjarn se contenta de sourire avec indulgence : en tant que ministre de l’agriculture, il était normal que l’homme qui venait de s’exprimer ne comprenne pas grand-chose à la politique internationale. Donathar s’acharnait cependant à rester informé et à participer pleinement au processus de décision. Le général appréciait son dévouement.
- Les Shudakines ne nous aideront que si nous prouvons que notre cause est juste, énonça-t-il clairement. Il faut prouver cela à leurs prêtres suprêmes, ce qui demande des orateurs convaincants, une bonne dose de corruption interne, et surtout des mois de procédure. Le temps qu’ils mettent leurs machines de guerre en branle, le sort de la guerre sera scellé depuis longtemps. Sans compter que les messagers que nous enverrions à Shudak devraient traverser les monts de Balkirie, s’exposant ainsi à quantité d’embuscades.
Son homologue accusa le coup et se rassit sans rien ajouter. Il ne s’entêtait pas dans ses erreurs, une autre qualité appréciable.
- Enghar, vous nous avez brossé un portrait sommaire, reprit Shazhar une fois l’incident clos. Seules les grandes puissances figurent dans votre résumé.
Il observait l’horizon d’un air pensif. Le jour effaçait toute ombre de son visage.
- J’ai supposé que seules celles-ci nous offriraient une assistance suffisante pour avoir un intérêt, sire, se défendit le ministre.
- Vous avez eu tort, mon ami. Les Balkirites disposent de forces mineures. Nous pourrions les contrer avec une force mineure.
- Dans la mesure où les Anithrides seront bientôt soumis par Plov, je suppose que vous faites allusion aux guerriers sen ?
- Exact, confirma l’empereur avec un hochement de tête. Nous avons déjà requis leurs services par le passé. Ce sont de féroces combattants qui soulageraient le front balkirite et nous laisseraient nous concentrer sur celui de Joreb. En outre, enchaîna-t-il comme si l’idée venait de lui traverser l’esprit, l’appât que nous emploierons afin de les rallier à notre armée ne nous engage à rien ; après la victoire, que pourraient-ils faire si nous revenions sur nos promesses ?
Tout en admettant la remarque, Enghar s’en servit comme tremplin :
- De même qu’ils ne pourront rien faire de significatif après la guerre, ils ne pourront rien faire d’utile pendant.
Il y eut un murmure d’assentiment. Bjarn attendit de savoir où son seigneur voulait en venir.
- Faux, répliqua celui-ci. Ils n’ont aucun sens seuls. Mais en première ligne, à encaisser le premier assaut à la place de nos soldats… Ils ont une valeur stratégique. Pour nous, pas pour eux-mêmes. Tout le monde préfère se couvrir quand le froid arrive.
Le général apprécia le cynisme de ce procédé. Même en cas d’échec, ils n’avaient rien à perdre dans cette tentative. Il profita du silence pour railler l’usurpatrice.
- Ma chère Ada, en fouillant bien, vous trouverez sans doute un diplomate convainquant parmi vos subordonnés, n’est-ce pas ?
Elle le foudroya du regard. Cela lui plut.
- Je m’occuperai des préparatifs, messire, éluda-t-elle lâchement en se couvrant sous l’autorité de Shazhar.
- Bien. Avons-nous fait le tour ? s’enquit l’empereur.
Rhenab éleva la voix. Le général, qui pensait la réunion ajournée, avait relâché son attention. Il se reprit, sachant que son ami ne se manifesterait pas pour un point de détail.
- …d’autres stratégies, disait le chef de la police. Nous pourrions attaquer, au lieu d’attendre passivement et de parier sur des alliances incertaines. Les Balkirites se terreraient évidemment au fond de leurs montagnes, comme ils en ont l’habitude, ce qui ralentirait trop le conflit. C’est pourquoi je suggère que nous marchions sur la capitale de Joreb, pour l’obliger à capituler.
L’un dans l’autre, l’idée se tenait. Personne ne l’avait évoquée parce qu’elle se plaçait en marge des traités internationaux.
- Vous n’ignorez pas l’existence des accords de Lyrath et de Val-du-Nord, Rhenab, fit d’ailleurs remarquer l’empereur. Si nous assiégeons Kenshed, les Corporations de Plov nous détruiraient politiquement.
- Vraiment ? Ironisa le ministre. Joreb et son Vizir n’ont pas l’air de s’en préoccuper outre mesure.
- Parce que l’objectif de Plov n’est pas la justice, expliqua Ada.
Elle n’eut pas besoin d’achever sa phrase.
Personne n’ignorait l’objectif final, quelles que soient les nations, quels que soient les idéaux qu’elles prétendaient défendre.
Le monde entier se jetait dans la mêlée avec la même hargne, guidé par le même point de mire étincelant.
Turgath.
J´ai lu que le 1er chapitre pour le moment et bien, c´est bien mais BEAUCOUP trop long.
Désolé d´avoir tardé mais j´ai rattrappé mon retard
. Par contre j´ai oublié de relever les éventuelles fautes ( même si je pense pas qu´il y en ait ).
Sur l´histoire toujours rien à dire. Ca évolue lentement, j´attends avec impatience le retour du personnage principal
.
Je me permets de te demander, t´as une vision générale du monde suffisamment claire, ou bien il faudrait quelques précisions ?
(Bon c´est peut-être un peu tard mais bon^^)
A peu près oui, je ne sais pas où se trouve le mont Balkrie et les terres de Joreb mais la géopolitique est suffisamment bien représentée pour qu´on comprenne tout
.
Je note, et te remercie de ta fidélité
Allez, un minuscule petit bout de suite, histoire de rappeler que j´existe encore. Le prochain morceau sera nettement moins digeste, je vous rassure.
Enjoy !
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Le crépuscule retirait tout son éclat à Kenshed. L´incommodité des trajectoires des lunes avait dissuadé les architectes d’organiser un jeu lumineux nocturne. C’était donc une lumière tamisée, uniforme, qui éclairait le chemin du vizir.
Les ruelles exhalaient des relents de fumée et de ruine. Il ignorait à quoi on devait la fumée. La ruine par contre, il la décelait tout autour de lui dans un mur craquelé, un toit effondré, l’eau croupie qui dérivait entre les pavés. Quand Joreb canalisait la haine de son peuple envers un ennemi par crainte des désordres civils, il ne commettait certes pas d´erreur stratégique, mais s’il passait moins de temps à contempler les vaines réverbérations d’une gloire antique depuis son balcon, s’il perdait ses illusions de grandeur, peut-être n’y aurait-il aucune haine à canaliser. Le vizir doutait que son peuple soit porté à la révolte par une inclination naturelle et incoercible : tant qu’ils ne trouvaient pas à se plaindre, les gens se plaignait peu. Ces dix ans de guerre civile avaient autant érodé les maisons que la confiance de leurs habitants. Sans remettre en question les mauvaises décisions qui avaient entraîné sa chute, on commençait à murmurer que l’ancien Sultan se préoccupait un tant soit peu de ses sujets, leur apportait au moins un semblant de prospérité, de sécurité. Peut-être avait-on eu tort, peut-être s’était-on tiré dans le pied avec ces histoires de révolution. Le problème avec le bon vieux temps, c’était qu’il était bon, et vieux.
Le vizir renifla. Quoi que sa respiration ne formât pas de buée, il trouvait le froid particulièrement mordant pour la saison. Sans doute à cause de ce vent dont le sifflement entêtant troublait le silence, ce vent qui le forçant à resserrer les pans de son manteau sombre. Depuis l’imposition du couvre-feu sur Kenshed, à l’avènement de Joreb, ce murmure faisait partie intégrante de la nuit ; aucun autre son ne la perçait ou, du moins, pas pour longtemps.
Ce couvre-feu présentait deux désavantages majeurs : fragiliser les rapports entre Joreb et ses citoyens, et le transformer en cible. Hormis les patrouilles occasionnelles chargées d’appréhender les contrevenants, seuls les membres de la très influente Guilde des Voleurs osaient s’aventurer au dehors après le crépuscule. Il représentait une proie de choix en tant que vizir, d’où sa tenue plutôt anonyme, mais même ainsi il avait des chances de se faire détrousser. Rien ne garantissait sa sécurité tant qu’il traversait les rues. Et comme son rendez-vous n’avait rien d’officiel, il ne pouvait se faire escorter par sa garde personnelle. Sans cette nécessité de discrétion, il aurait simplement convoqué l’agent au palais, pendant la journée.
Il jeta un coup d’œil par-dessus son épaule, croyant avoir entendu un bruissement. Des ombres grouillaient de toutes parts comme autant d’ennemis menaçants, mais rien ne le menaçait vraiment ; il n’y avait que la promesse d’une menace postérieure. N’était-ce pas pire encore ?
Le vizir pressa le pas. Les bâtisses anonymes semblaient autant de témoins désapprobateurs des actes du palais. Il se sentait étranger à un environnement dont il brûlait de faire partie. Il avait parfois le sentiment qu’obéir à Joreb l’éloignait petit à petit de ce peuple qu’il aimait plus que tout au monde. Ils ne pouvaient cependant revenir en arrière, depuis que le Sultan avait averti l’état-major du Kerjan de ses intentions belliqueuses : le moindre signe de faiblesse servirait de prétexte à l’ambitieux général Thozad pour revendiquer le trône. Il parlerait de lâcheté, trouverait des soutiens, rassemblerait les déçus… Toute révolution se basait sur la crédibilité de son leader vis-à-vis du régime en place. Tant que la balance penchait du côté de Joreb, il tiendrait bon. Or l’état-major pesait lourd sur cette balance.
Un fracas mouillé le fit sursauter hors de ses pensées. Le bruit avait semblé proche, mais ne se reproduisit pas. Le vizir avança jusqu’au carrefour suivant et jeta un œil prudent dans la rue parallèle. Du liquide avait récemment coulé sur le pavement. Il comprit que quelqu’un venait tout simplement de jeter ses eaux usagées par la fenêtre. La tension chutant d’un coup, il plissa les lèvres, honteux de sa réaction démesurée.
Il devait se reprendre, continuer. Ses maîtres d´espionnage lui avaient suffisamment enseigné qu’une situation ne devenait pas périlleuse parce qu’on se déplaçait, car le danger était un concept uniforme sur lequel nos actions n’influaient pas. En privilégiant la réaction à la passivité, on s´octroyait le contrôle de son destin. Toutes ces considérations lui semblaient à présent bien abstraites.
Il se remit pourtant en route, considérant les alentours d’un œil aiguisé, avançant à pas mesurés.
Précautionneux. Furtifs.
Lents.
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Yeah, formulaire expiré ! *content*
Je profite de l´occasion pour vérifier que les caractères dont j´aurai besoin pour le prochain passage ne s´affichent pas correctement sur le forum : şığ
J´imagine que cette fiction ne sera jamais terminée et que donc je n´ai pas besoin de la lire? ![]()
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Qu´est-ce qui est sur un canard et qui rime avec oin?