Une pluie de cristal sur un monolithe.
Soirée grisâtre, crépuscule d’automne.
De lourds nuages recouvrent le ciel de leurs reflets, tristes et mornes.
Le tonnerre gronde et déchire le ciel.
Tandis que de la lune naissante ne s’échappent de sinistres teintes, blafardes et vermeilles.
Lui ne pleure plus, il l’a décidé.
Elle est bien trop cruelle pour que des larmes ne puissent couler…
La mer reflète son désespoir, pacifique gardienne des regrets.
Lui ne peut que s’asseoir, et le cœur lourd la contempler.
Elle a abrité des sirènes, des épaves, des pierres précieuses, des noyés.
Mais c’est sans la moindre peine qu’elle n’a de cesse de refluer.
L’écume se dessine au creux de ses vagues.
Le ciel se convulse et fond en cascade.
De fines gouttes cristallines, pleurent les cieux, caressent son échine.
Une pluie de cristal sur un monolithe.
Une ondine se dresse sur l’horizon, femme d’eau translucide et mystique.
Elle avance en sa direction, d’un pas voluptueux, fantomatique.
Ses cheveux reluisant virevoltent au gré de vent.
Il se rappelle que le temps passe, inexorablement.
Son âme est prise de douloureuses brûlures.
Il ne les supporte pas, elles perdurent.
Les souvenirs ressurgissent et le transpercent de toutes parts.
Il se retrouve perdu, dépossédé d’envie d’exister, hagard.
Son souffle le frôle, froide caresse spectrale, humide allégorie de son âme.
Il ouvre la bouche, prononçant d’inaudibles paroles, psalmodiant son nom comme une ode, métaphore de sa flamme.
Enfin elle se dissout et le libère de son emprise si douloureuse.
Les larmes perlent sur ses joues, lentes caresses doucereuses.
Une pluie de cristal sur un monolithe.
D’une vague naît léviathan.
Ô dieu des mers emporte-moi loin de mes tourments !
Son corps, parsemé d’écailles translucides, s’enroule.
La pluie ne cesse de tomber et chaque goutte, en s’écrasant contre son corps aquatique, crée une minuscule explosion. Une myriade de reflets bleutés m’illuminent, me percent les yeux.
Des gerbes d’eau se dressent peu à peu devant mon visage, un peu plus loin sur la plage.
Lentement, les gouttes se lient, et forment un mur liquide.
Ovale portail vers la maison de mes rêves.
Je tente de croiser le regard du serpent, mais il disparaît en une cascade reluisante.
Un lointain écho me parvient, commence à m’hanter.
Les jambes tremblantes, parcouru de frissons, j’avance. Mû par la curiosité et ce goût de vie terminée en bouche.
Et d’un seul coup me voilà passé. J’ai quitté ce monde et en aie rejoint un nouveau.
Ô dieu des mers je te remercie de ce présent.
Le souffle commence déjà à me manquer.
Mes doigts se crispent, ma vision s’obscurcit, je ne goûterai pas ce paysage parfait.
Les sirènes commencent à s’enfuir, les poissons à se faufiler.
Les coraux se ternissent, les épaves se mettent à refluer.
De leurs entrailles des noyés, des cadavres en décomposition, des lambeaux de chairs arrachées.
L’eau me brûle les iris, commence à s’infiltrer.
J’ouvre la bouche, je ne peux crier.
Et le liquide déferle dans ma gorge, se faufile dans ma trachée.
Alors, de mes mains décharnées, je tente de creuser.
De m’enterrer, de ta vue me cacher.
Pour que dans tes souvenirs je cesse d’exister.
Ôter à quelqu’un sa mémoire c’est lui ôter la vie, une partie de son âme, de ses rêves, ses folies.
Les fantômes sont des souvenirs, des âmes damnées.
Mais même les fantômes sont doués de cette faculté.
Inexistante, allégorie, folie ?
Le seul moyen de le savoir c’est d’y goûter.
De mordre dans cette pomme, et de la frôler.
La Mort est partout, elle est aussi la vie.
Et le pire tourment que tu puisses m’infliger, c’est l’oubli…
La marée a rejeté un homme pendant la nuit.
On raconte qu’une ondine l’a porté et l’a déposé près d’un rocher.
Un rocher que l’on dit hanté, car d’étranges évènements s’y sont produits.
Etranges car ils dépassent ce que la raison peut accepter.
Ce que les yeux peuvent discerner.
Et ce que la vie peut révéler.
Son corps gît, inerte, contre la pierre. Il semble minuscule.
Il n’est que le reflet de l’humanité dépourvue de possibilité d’aimer, ridicule.
Les cieux ne peuvent s’empêcher de pleurer.
De sublimes larmes célestes déferlent sur cette âme dépossédée.
Une pluie de cristal sur un monolithe…