Bonjour joyeux forumeurs et forumeuses ![]()
Me voici venu avec une autre nouvelle ( déjà terminée ^^ ) Je vous postes donc ici une première partie...
En espérant que vous passiez un agréable moment de lecture
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Tristesse.
Ce mot, si simple et si lourd à la fois, pouvait résumer sa vie actuelle. Une tristesse enivrée de solitude, des larmes qui ne coulaient plus, emprisonnées dans l’océan de ses yeux, des douleurs qui hurlaient, silencieuses. Jamais son cœur ne s’était senti si faible et pesant, jamais sa vie n’avait été noyée sous un tel flot de sanglots asséchés.
Sally pensait à sa vie d’antan alors que le froid rongeait son corps. L’hiver était en avance, cette année. Début décembre et les arbres semblaient déjà morts, comme d’étranges squelettes ombrés par la nuit… Elle avait observé les feuilles des trembles pâlir et glisser sur l’asphalte de l’avenue sans s’en rendre compte, sans prendre conscience de cette fuite du temps devant ses yeux fatigués de tous leurs tourments. Sa peine endormait son esprit et ses émotions… L’automne et l’hiver s’entremêlaient devant elle, mais, même si la nature s’était peu à peu déréglée au fil des siècles, elle poursuivait l’accomplissement de son éternel cycle de la vie.
Sally s’était installée sur le rebord intérieur de sa fenêtre. Son visage s’appuyait contre la vitre tâchée des pollutions de la ville et, de sa bouche entrouverte, naissait une buée qui gonflait au rythme de sa respiration régulière. Elle avait amené ses genoux contre sa poitrine et enroulé ses bras autour de ses jambes découvertes. Elle examinait l’avenue en cette nuit de décembre. Les trembles se cambraient sous le souffle glacial du vent, leurs feuilles chuintaient, tremblotantes, et leur cime oscillait d’un geste mécanique. Elle pouvait presque les entendre craquer de leur bois sec, murmurer ces mots de souffrance qu’elle s’était imaginée, petite.
Sally se souvint de cette longue allée de dalles en pierres jaunies, bordée de cerisiers, de ces hivers qu’elle vivait en harmonie avec la nature. Ses pas crissaient sur la neige du matin, ce tapis floconneux encore vierge qu’elle prenait plaisir à fouler. Elle examinait la voûte de ces arbres morts couverts d’une neige immaculée, et les écoutait craquer lorsque le vent les agitait. Enfant, elle pensait que les arbres lui parlaient, qu’ils lui adressaient une complainte mortuaire sèche et dérangeante, que de leur écorce s’échappait le flot ininterrompu des paroles de la nature elle-même. Elle entendait leur hurlement dans le silence hivernal, évitant les colonnes de neige qui s’effondraient parfois des branches. Et, dans un souffle où la vie réelle se mêlait à l’imaginaire, elle leur répondait ces mots si simples :
Vous renaîtrez lorsque le printemps sera de retour…
Elle tremblait car le vent, non satisfait de tourmenter ces arbres des villes, s’insinuait également dans son appartement en sifflant au travers de ces murs si mal isolés. Les parois hurlaient au cœur de la nuit, un cri suraigu, effrayant. Seule cette fenêtre semblait l’en protéger. Elle vibrait lorsqu’une bourrasque s’y écrasait, mais elle ne cédait jamais aux grincements. Sally se sentait en sécurité contre son cocon de verre. Il était une armure inébranlable face aux tourments de l’hiver, face à l’inquiétante fraîcheur de la vie, mais le froid, insidieux perturbateur, escaladait les murs tapissés et rampait jusqu’à ses pieds dénudés. Il grignotait peu à peu son corps qui se convulsait de spasmes. Les mâchoires de la jeune fille s’entrechoquaient en une série de macabres claquements qui se perdait dans le vide de son appartement.
Vous renaîtrez lorsque le printemps sera de retour…
Elle se rappela alors qu’à ce terrible hiver tant redouté succèderait le printemps, que le froid serait suivi de la douce chaleur d’un soleil nouveau, que chaque arbre mort ressusciterait et se gorgerait d’une sève vitale et bienfaitrice. Elle imagina une plaine verdoyante emplie de ces rayons chauds et agréables. L’éclatante blancheur des fleurs de cerisier apparut alors dans son esprit. Elle se souvint d’un instant en particulier, de ces secondes banales pour tous mais tellement importantes pour elle, un moment de ceux qui se gravent à jamais dans les mémoires d’une petite fille heureuse.
Elle marchait au cœur de cette allée voûtée de cerisiers, et le vent printanier s’était fait plus violent. Il s’était engouffré dans les branchages de ces majestueux arbres et une multitude de fleurs écloses s’était détachée pour tournoyer dans l’air. Sally se rappela avoir dansé sous cette pluie blanche. Elle avait étendu ses bras en observant le ciel et les avait laissés s’étirer alors qu’elle tournait sur elle-même, bercée par ce parfum entêtant et sucré. Elle s’était laissée porter par la chaleur des rayons du soleil sur sa peau, et cette tendre lumière opaline qui se dégageait des fleurs de cerisiers.
Printemps. Renaissance.
Elle avait toujours associé le printemps au renouveau de la vie, à cette force que déployait la nature pour s’éveiller d’un sommeil de glace et d’obscurité. Une saison qui symbolisait les origines de la vie, la pureté et l’éclatant pouvoir de la nature.
Son regard se porta un instant vers les cieux. Une brume épaisse happait peu à peu les étoiles et répandait une obscurité oppressante sur la ville. Un orage se préparait. Il déverserait bientôt un torrent de pluie contre son cocon de verre.
Les trembles de l’avenue s’agitaient de plus en plus en contrebas. Les branches se pliaient, secouées par le vent qui se levait ; les rares feuilles encore suspendues se détachaient une à une et voltigeaient dans l’air, portées par une main invisible ; le long du trottoir, quelques tourbillons de poussières s’élevaient et heurtaient les immeubles.
Ses mains agrippèrent ses épaules et ses petits doigts frottèrent énergiquement sa peau dénudée. Elle cherchait à offrir un peu de chaleur à ce corps frigorifié. Ses pieds glissèrent sur le rebord de la fenêtre et s’arrêtèrent contre le mur. Elle examina ses longues jambes nues qui se cambraient et s’appuyaient contre la fenêtre.
Elles étaient douces, ce soir.
Elle avait pris le temps de s’épiler, avec une minutie d’orfèvre, sachant pourtant qu’aucun homme n’effleurerait sa peau en cette soirée d’automne, qu’aucune main ne glisserait sur elle, qu’aucune plaisante sensation ne serait assez agréable pour donner naissance à une chair de poule excitante.
Non, ce soir, elle s’endormirait seule, comme toujours…
Non, ce soir, elle serrerait son oreiller bien fort contre sa poitrine et se délecterait, seule, de la chaleur de ses draps, elle se bâtirait un autre monde où l’automne et l’hiver ne seraient que d’horribles histoires contées pour effrayer les enfants, où tristesse et mort ne seraient que des mythes presque oubliés. Cette nuit, elle essaierait, comme à l’accoutumée, d’anéantir ces larmes qui coulaient à l’intérieur depuis quelques mois, de se libérer d’une tristesse trop longtemps vécue et qui asservissait ses pensées.
Elle se dit alors que les beaux jours reviendraient, que ces sombres nuits orageuses et menaçantes allaient être suivies d’un soleil irradiant de joie, de gaieté et d’amour, que toute cette pluie en son cœur serait chassée par un vent chaud et apaisant. Elle savait qu’à l’hiver succèderait le printemps, mais elle savait mieux encore que ce même printemps serait suivi d’un été fiévreux et salutaire.
Oui, l’été était sa période préférée.
Elle s’imagina la douceur matinale des journées de canicules, ces heures annonciatrices d’une chaleur pleine d’une moiteur enivrante où tout notre être se galvanise d’envies et de désirs, le plaisir de la chair, les caresses appuyées qui font vibrer le corps, ces baisers fébriles et tremblants, ce besoin implacable de se jeter dans l’eau agitée d’une fontaine de marbre.
Dans les pensées de Sally arriva cet homme, celui qui lui avait fait connaître le bonheur, l’espace d’un été, celui qui, d’un seul regard, avait éveillé en elle plus de sensations que son corps ne pouvait en supporter. Elle se souvint de cette nuit d’été où il l’avait plaquée contre le mur de la salle à manger, de leur sueur qui se mélangeait alors qu’ils s’embrassaient, excitant un désir qu’elle n’avait jamais éprouvé avant lui. Elle se souvint de son cœur, de ce muscle qui s’était emballé et qui avait fait pulser tout son sang jusqu’à ses joues, de ses mains hésitantes, de son corps qui tremblait tout entier. Elle se rappela la poigne de son amant lorsqu’il l’avait retournée et mise face au mur, de ses baisers électriques contre sa nuque, de la douceur nacrée de ses dents sur sa peau. Elle se remémora cette sensation en elle, envahissante, cette chaleur qui ne cessait de grimper et d’éveiller ses sens, de sa peau brûlante et de ces mains fermes contre son corps frémissant. Elle se rappela ce plaisir qui naissait en son bas-ventre, de l’étrange perception du monde qu’elle avait eu alors, comme si le temps s’était arrêté, comme si, l’espace de ces quelques secondes, elle avait atteint toute la connaissance du monde, comme si, du bout des doigts, elle avait pu effleurer les étoiles, l’univers, la vie et l’entièreté de l’espèce humaine. Elle se souvint avoir tenté d’agripper tout ce qui passait sous ses mains moites alors que son corps hurlait de plaisir et déployait en elle un séisme de bonheur.
Eté. Bonheur.
C’était là l’essence même de cette saison. Non pas qu’elle eut associé les plaisirs charnels au bonheur, mais ces sensations éphémères découlaient d’un sentiment d’une puissance inégalée, d’une force qui avait défié son imagination. L’amour avait été pour elle l’apogée de son existence, la consécration muette de tous ses désirs, cette force inéluctable qui avait éveillé l’été de sa vie.
Toujours très bien écrit, évidemment.
On se refait pas, hein?
Ceci dit je pense que t´aurais dû poster en one-shot (même si ça aurait fait un peu long) car là pour le coup, à part une liste de sentiments qui, il est vrai, finissent par se répéter à la longue, on ne voit pas vraiment où tu veux en venir (peut-être nulle part d´ailleurs? Un texte juste stylistique?)
Enfin bref, excellent sur le plan de la forme, mais le fond pour l´instant on est largué donc un peu moins bien^^ Peut-être que s´il avait neigé ou que j´étais déprimé j´aurais pu juste apprécier le texte en lui-même, mais bon pas d´bol c´pas l´cas. ![]()
merci d´ta lecture Az ^^
alors tu risques d´être déçu sur ce texte
parce que c´est principalement un portrait de femme et de sentiments. C´est aussi a énormément lire entre lignes parce que j´ai jamais bossé autant un texte, en choisissant chaque mot et chaque phrase... tout est un peu dit à demi-mot... ça m´a pris beaucoup de temps. Par contre, lis-le jusqu´à la fin, car elle est importante, même essentielle ^^ et je pense qu´elle devrait te plaire. Ah oui, j´ai oublié de dire que cette nouvelle serait suivie d´une autre qui la complètera... ^^
Bref, merci pour ta lecture, AZ, en espérant te tenir jusqu´au bout
^^ ( en one-shot c´était impossible et gros pavé sur le forum ( plus de 8pages A4... ) )
d´autres lecteurs ? ![]()
Ca, j´avais remarqué que fallait lire un peu entre les lignes. (d´ailleurs dis-le si j´me goure, mais le mec dont tu parles vers la fin, ce serait pas une analogie avec ton "premier amour"?
)
Faudrait je passe cet extrait à ma prof de français pour voir si elle trouve tous les messages interlignaux (
)
Enfin sauf le passage avec le mec parce que déjà que la prof elle est limite perverse sur un passage pas explicite, alors là j´imagine pas... ![]()
Analogie avec mon premier amour ? hmmm... peut-être que c´est une scène vécue, oui...
Sinon bah je veux bien que tu fasses lire le texte entier à ta prof de français ( je t´enverrai le word ^^ ) mais à condition que tu me dises ce qu´elle en a pensé
D´autres lecteurs ? ![]()
Nan mais c´était plus une connerie qu´autre chose quand je disais ça.
Ceci dit, si à un moment je suis amené à parler de ce forum, je pense que pourrais prendre ton texte comme exemple de "texte littéraire à étudier" (vu que moi par exemple, il y a rarement des trucs au second ou troisième degré
), ou mieux : étudier le texte sans citer la source (si on doit étudier un texte au choix), et voir sa réaction une fois que je l´aurais citée. ![]()
lol c´est pas bête ^^ moi j´ai pas de prof de français à la fac´... donc bon
? ![]()
humm... bizarrement je ne l´ai lu que d´un oeil, mes pensées étant entièrement tournées vers autre chose...pour la fin du post par contre, j´étais plus dedans.. vu que ça rejoignait mes pensées (
)
donc malgré le fait que j´étais à 1000 lieues du texte, je ne l´ai pas lâché des yeux et j´ai donc pu l´apprécier (peut-être pas à sa juste valeur)
je le relirai plus attentivement quand la suite arrivera, promis !
c´est fluide comme toujours et donc agréable à lire... un peu "lent" peut-être ? comment dire ?
allez je me tais et j´attends la suite.
"pour la fin du post par contre, j´étais plus dedans.. vu que ça rejoignait mes pensées"
--> notre chère baba serait-elle un tantinet en manque de sensation forte ?
Merci d´avoir lu, comme quoi mon texte chéri ne plait un peu moins
si vous vous voulez je poste tout le reste maintenant, vous aurez une meileure idée du texte dans sa globalité ?
Bah vas-y envoie, t´façon ch´uis partisan des one-shot moi. ![]()
en espérant que ça ne fera pas fuir mes amis lecteurs...
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La pluie commença son ballet liquide.
Ce fut d’abord une simple goutte qui vint secouer l’extrémité d’une branche de l’un des trembles de l’avenue, puis une seconde qui s’écrasa sur la vitre, puis une autre s’en alla humidifier l’asphalte.
La pluie crépitait bientôt contre son cocon de verre. Cette fois-ci, son armure, comme une caisse de résonance, amplifiait les sons, les dénaturait et leur donnait une force peu commune. Les gouttes se muèrent en fins ruisseaux qui serpentaient inlassablement sur la vitre et la sérénade s’accentua. Le clapotis de l’eau lui parvint du toit, des murs, de son abri de verre, et retentit en elle comme toutes ces larmes qu’elle ne pouvait évacuer, il se faisait l’écho d’une tristesse qui noua son estomac et ralentit son cœur.
Un frisson agita son corps lorsque la vitre fut gorgée de la fraîcheur de la pluie. Un spasme violent enflamma ses jambes, et son pied droit glissa du rebord. Elle décolla son visage de la buée de la vitre et quitta son cocon de verre. Le froid, devenu bête vorace, se jeta sur elle et l’engloutit tout entière. Elle frissonna de plus en plus et se précipita vers ses draps. Elle s’y glissa, pensive, lascive, et s’y enroula, cherchant à s’emparer de leur chaleur, mais elle n’y trouva qu’une nouvelle dose d’étranges réminiscences et de bonheurs perdus.
Le passé crachait ses écumes sur le présent, comme toujours, il influençait sa vie d’aujourd’hui, la conditionnait et la guidait. Les souvenirs sont d’immenses phares qui balisent l’océan du temps, ils permettent de savoir où nous voguons et nous évitent la dangereuse rocaille des erreurs afin que jamais nous ne sombrions.
Sally le savait mieux que personne, car le souvenir de cet homme hantait sa vie. L’hiver est suivi du printemps, le printemps de l’été, mais à toutes ces saisons succèdent toujours un automne mélancolique et douloureux.
Oui, l’amour de sa vie l’avait quitté un jour d’automne, un jour où la pluie coulait en flots incessants, où ce ruisseau céleste avait gonflé ses cheveux, imbibé ses vêtements et emporté toutes les larmes de sa vie. Les mots qu’il avait alors prononcés lui revinrent, lancinants et symphoniques, comme quelques fausses notes qui avaient précipité sa vie dans un tourbillon de tristesse.
- C’est fini, avait-il avoué alors que la pluie frappait son visage rougi. Notre histoire, ça ne peut plus durer.
- Nous étions heureux, avait-elle pleuré.
- Toi et moi, ça ne fera plus jamais nous. Oublie-moi.
- Je ne peux pas.
- Alors ne m’oublie pas, mais haïs-moi.
- Pourquoi ?
- Parce qu’il est temps. Parce que la vie suit son cours. Parce que je me suis joué de toi.
- On a passé un été magnifique.
- Illusoire.
- Je ne pourrais pas te haïr…
- Si… et tu sais pourquoi, jeune fille ?
- Ne fais pas ça…
- Parce que ta voix me fait mal ! Parce que chacun des sons qui émane de toi est un coup porté à mon esprit ! Parce que toutes ces phrases que tu prononces sont autant de douleurs qui me compriment le crâne ! Parce que je ne supporte plus ta voix ! Elle me dégoûte ! Elle est comme un poison qui me tue à petit feu ! Parce que ton sourire me donne la nausée, lui aussi ! Ces ridicules fossettes qui se dessinent sur tes joues, ces dents affreusement blanches, cette manière que tu as de pencher ta tête lorsque tu ris… Autrefois il y avait des étoiles dans mes yeux quand je te regardais, aujourd’hui il n’en reste plus qu’une poussière qui me gêne et me gratte. Ton visage m’écœure alors que mon cœur ne t’envisage même plus. Tu n’es plus rien à mes yeux, Sally, tu n’es que le pitoyable résidu d’un amour qui a fait son temps. La simple idée que tes mains puissent se poser un jour sur mon corps me donne de l’urticaire. Ta peau est aussi douce que du papier de verre, tes lèvres sont du bois séché et ton corps me fait l’effet d’un chien crevé… Je ne t’aime plus, Sally, non, d’ailleurs, je ne t’ai jamais aimée… Je ressens une profonde haine pour toi, une répulsion presque maladive. Je hais tout ce qui fait de toi la femme que j’ai eu la bêtise d’aimer… physiquement. J’en viens même à détester ton prénom… Quand je te regarde, là, je n’ai qu’une seule et unique envie : te cogner, sentir mes phalanges se briser contre ton visage. Oh oui, j’aimerais tant te casser la gueule, Sally. Mais je suis un gentleman, je préfère briser ton cœur car ça a le mérite d’être encore plus douloureux pour toi…
Tout était devenu flou autour d’elle. Les arbres, la ville, la pluie, son visage, les phares des voitures qui filaient. Tout avait été emporté par ses pleurs, par sa douleur et par cette haine éphémère qui l’avait alors étreinte. Elle avait vu l’ombre de son amant s’éloigner dans les tourbillons de feuilles jaunies, au cœur de ces étincelles argentées qui éclataient les gouttes d’eau, puis il s’était volatilisé dans une ruelle. Elle avait hurlé, tant la douleur avait été forte, les paumes plaquées sur son visage, sous les éclaboussures des véhicules qui traversaient l’avenue à toute vitesse. C’était en un geste théâtrale qu’elle s’était effondrée sur l’asphalte, qu’elle s’était enroulée sur elle-même, baignant dans des flaques de pluie et de larmes. C’était en un geste dérisoire qu’elle avait tendu ses mains tremblantes vers cet homme qui n’était déjà plus que l’évocation confuse d’un rêve, d’un amour, d’un idéal qui l’avait abandonnée.
Automne. Tristesse.
Comme sa peine avait été immense ! Comme la douleur, imperturbable araignée qui file sa toile dans les méandres de notre esprit, s’était emparée d’elle ! Sally avait haïs cet homme, oui, mais seulement l’espace d’une nuit, le temps qu’elle comprît que jamais plus elle n’aimerait ainsi. Elle détestait maintenant l’automne, car, s’il était synonyme de tristesse à ses yeux, il était plus que jamais devenu le prélude à l’hiver…
Elle voulait s’endormir mais n’y parvenait pas.
Elle avait beau étreindre son oreiller, se forcer à imaginer de belles histoires d’amour, de magnifiques printemps ensoleillés, des étés plus savoureux les uns que les autres, sa tristesse l’emportait toujours et se répandait en elle, assombrissant ses pensées et ses songes, dénaturant jusqu’à sa vision même de la vie.
La pluie s’arrêtait doucement. L’orage n’en était peut-être pas un, finalement. Les gouttes d’eau cessèrent de s’écraser sur la toiture, mais son cocon de verre resta ruisselant quelques minutes, éprouvant ses dernières larmes.
Elle aussi avait éprouvé, ce soir-là d’automne, ses derniers pleurs. Plus aucune larme ne s’était écoulée de ses yeux, plus aucun oreiller ne fut mouillé, plus aucune épaule, plus de rires forcés pour apaiser ses amis qui tentaient de la consoler. Son amant lui avait apporté l’été et l’automne de sa vie tout à la fois, mais cela lui avait coûté une part d’elle-même, cette capacité à évacuer les douleurs et les peines par les yeux, à les laisser couler le long du visage, à extérioriser son désespoir… cette capacité à simplement se guérir.
Jamais elle ne s’était sentie mieux depuis, juste résignée, attendant la fin de son automne à elle, comme les hirondelles attendent la venue du printemps pour sillonner à nouveau l’azur des cieux. Oui, la vie était un cycle perpétuel, son printemps reviendrait, elle renaîtrait par-delà les tristesses, son sourire éblouirait le monde entier et elle s’engouffrerait dans un nouvel été aux couleurs de l’amour passionné.
Ses yeux ne parvenaient pas à se clore.
Elle s’assit sur le rebord de son lit, toujours enroulée dans ses draps et elle examina la vitre, la toiture des immeubles qu’elle pouvait apercevoir et le petit coin de ciel qui se dégageait peu à peu. Ressasser son passé la faisait souffrir, et, comme toujours, le souvenir de cette nuit d’automne était suivi de celui d’un matin d’hiver où tout avait basculé… Elle ne connaissait que trop bien la signification de cette saison à ses yeux, et elle ne redoutait que plus encore la venue de celui qui se préparait.
Ce matin-là, le froid, comme aujourd’hui, la rongeait. Et ce fut une simple sonnerie qui l’avait sortie de son lit, et ce fut un banal appel, de ceux que l’on n’attend pas, qui lui avait annoncé la mort prématurée de ses parents dans un improbable accident de voiture, résultat d’une fragile mais inéluctable chaîne d’évènements.
Ce que Sally ne sut jamais, c’est que ce matin précis, un jeune garçon avait décidé de ne pas se rendre à l’étude, il avait préféré poursuivre sa route le long des murs en briques rouges du collège, et ne sachant que faire, il avait pris entre ses mains innocentes, un caillou usé et déformé par le temps. Il l’avait observé, sentant, au fond de lui, idiot pressentiment que c’était, qu’il tenait, au creux de ses paumes, une pierre qui scellerait à jamais le destin d’un couple heureux. Il avait jeté la pierre de toutes ses forces vers les branchages craquant des arbres morts, elle avait heurté un tronc et effrayé un moineau qui faisait sa toilette. Le volatile s’était alors envolé, fuyant cet étrange acte de barbarie, et avait aperçu une lumière étincelante sur un trottoir. Il avait volé en piquet vers sa proie, frôlant le visage d’un cycliste qui avait dérapé de surprise et s’était écroulé dans un rond point. La voiture qui le suivait pila, juste derrière lui, en klaxonnant. Se faisant, elle avait attendu, moteur rugissant, que le vélo daignât reprendre sa course. Mais le destin des parents de Sally était déjà scellé, et cette chute impromptue avait retardé de quelques suffisantes secondes l’arrivée d’un véhicule qui les heurterait, pressé, en grillant un stop.
Hiver. Mort.
Sally ne pleura jamais ses parents, non elle ne se sépara jamais d’une seule larme pour toutes ces morts hivernales qui avaient jalonné sa vie. Elle s’enferma peu à peu dans un apparent mutisme émotionnel dont elle n’était toujours pas sortie, mais en son for intérieur, et, même si une multitude de sentiments contradictoires s’y battait, la tristesse ébranlait son cœur et son âme.
Vous renaîtrez lorsque le printemps sera de retour…
dernière partie :
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Mais il lui fallait changer.
Oui, pourquoi se murer derrière ses douleurs et ses peines ? Pourquoi attendre simplement le retour des beaux jours ? Pourquoi ne pas lutter ? Pourquoi ne pas reprendre sa vie en main ?
Sally, ébranlée par ce questionnement soudain, se leva et s’accouda à la fenêtre.
Le ciel était dégagé et l’on commençait à distinguer les étoiles dans ce ciel noir velouté d’un bleu sombre. Les étoiles, si belles, si apaisantes, l’appelaient. Elle y avait toujours trouvé une réponse adéquate à ses tourments, printemps, été, automne… hiver, peu importait la saison, peu importait la chaleur ou le froid, peu importait qu’elle fût triste ou heureuse, les étoiles n’avaient jamais changé. Elles avaient gardé leur beauté d’antan, leur charme silencieux et entêtant, cette facilité à nous faire songer aux plus beaux instants de notre vie.
Oui, les étoiles traversaient les saisons et n’en étaient pas affectées.
Elle examina les sombres nuages qui fuyaient l’avenue et dévoilaient de plus en plus ces astres hypnotiques. Elle vit bientôt apparaître une lune argentée, ronde, qui attirait, magnétique, son regard bleuté.
Elle décida soudain, poussée par une envie dont elle ne parvint pas à appréhender l’énigmatique origine, de se rendre dans le petit parc qui terminait l’avenue. L’appel des étoiles, comme les chants irrésistibles des sirènes, était bien trop puissant et générait en elle une impérieuse envie. Elle enfila quelques vêtements, les premiers qui vinrent à passer sous ses doigts et se précipita dans la cage d’escalier. Alors que ses pas cognaient le béton des marches et résonnaient, échos lugubres, dans les couloirs vides de l’immeuble, elle sentait un changement s’opérer en elle, comme un vent qui tournerait et qui, après nous avoir freinés, nous pousserait davantage et nous ferait gagner en vitesse.
Elle se surprit à rire, à dévoiler ses dents blanches, et puis, elle sentit, sensation perdue, quelque larme piquer ses yeux. Ses doigts fébriles glissaient sur la rambarde, les marches défilaient sous ses pieds pressés, une à une, à une vitesse folle, elle en sautait certaines lorsque les paliers arrivaient face à elle, puis reprenait sa course effrénée, plus radieuse encore. La porte d’entrée arriva enfin, elle s’y précipita et la repoussa de ses deux mains. La porte s’en alla cogner le mur, et Sally sortit en courant, les pieds claquant sur les récentes flaques d’eau de l’avenue. Elle respira à pleins poumons la fraîcheur de l’air, souriant aux étoiles comme l’on sourit à son grand amour.
Printemps. Renaissance.
Un bonheur presque palpable bourgeonnait en son cœur pour la première fois depuis si longtemps. Son nouveau printemps. Elle allait tourner une page de sa vie, entamer un nouveau cycle, elle en était certaine, car, déjà, elle sentait renaître en elle l’étincelle de l’envie qui engendrerait, mère des flammes passionnées, un bonheur annonciateur d’un été nouveau.
Elle s’engagea le long de l’avenue, ainsi galvanisée par ces sensations redevenues nouvelles, et défila, guillerette, sous les branchages des trembles mourants, mais alors qu’elle riait presque aux éclats donnant un peu de sa vie à la ville endormie, alors que ses larmes oubliées coulaient enfin sur ses joues, les dernières feuilles des arbres se détachaient au rythme de ses pas. Et dans le souffle venteux, le bois hurla, cria et conversa, et dans un imperceptible déchaînement, la nature lui adressa quelque attention, une mise en garde silencieuse.
Eté. Bonheur.
Sally, elle, loin de son cocon de verre, n’entendait pas, n’écoutait plus, mais se laissait caresser par le vent, curieuse chaleur, qui se faufilait sous ses vêtements, les gonflait et lui éveillait une sensualité qu’elle ne se connaissait pas. Alors elle repensa à cet été brûlant, sentant monter en elle une absurde excitation, et, lorsqu’une bourrasque la fit frissonner, délicate et suave, elle fut prise d’une incontrôlable envie de le sentir à nouveau en elle, de s’imprégner de sa chaleur et de ses caresses décidées. Et l’amour, délicieux désir, et l’amour, impérieux souvenir, afflua dans ses veines et battit en son cœur, et il s’éveilla, ressurgi d’un passé douloureux, pour l’animer d’un espoir infini.
Ses pas cognèrent plus vite, plus fort, sur l’asphalte, et les ombres argentées, nées de la lune, défilèrent, majestueuses, sur son visage béat.
Puis il y eut ces bruits de pas derrière elle, échos incohérents d’une ville muette, des claquements secs qui, s’approchant d’elle, la stoppèrent dans son élan.
Elle sut que c’était lui, elle en était convaincue. Elle en était à ce point certaine qu’elle ferma les yeux, attendant, fébrile, pleine d’une impatience adolescente, qu’il enroulât ses bras autour d’elle. Les pas furent bientôt si proches qu’elle sentit un parfum sucré, un effluve exaltant qu’elle ne reconnut pas mais qui éveilla chez elle un sentiment de bien-être sans précédent.
Et puis le temps, malléable par l’esprit, fut ralentit, et les secondes devinrent éternités.
Un bras se frotta sur son épaule, une main glissa sur sa poitrine, quelques doigts effleurèrent son menton et elle se sentit tout à coup plaquée et retenue contre un torse haletant.
Et son corps, imperceptiblement, se cambra en arrière, délaissant peu à peu son adhérence, et alors, seulement, elle se laissa porter, elle se laissa guider par cette poigne ferme qu’elle aimait tant. Et le vent souffla. Et les arbres craquèrent.
Ses paupières s’entrouvrirent, et, lorsqu’elle découvrit une main gantée, et lorsqu’elle put observer son propre reflet dans la lame ensanglantée d’un couteau de cuisine, brusquement, comme une pierre qui frappe violemment un tronc d’arbre, elle fut triste.
Ce n’était pas lui. C’était un autre. Un autre qui la tuait.
Automne. Tristesse.
Elle y examina son regard bleuté qui défilait entre les gouttes de sang alors que la pointe acérée se dirigeait, inéluctable, vers sa gorge. Un torrent de peine éclaboussa sa vie, un océan qui vint vomir ses vagues écumeuses sur les sables de son existence. Elle n’eut pas peur, pas un instant, seule sa mélancolie l’enivra une nouvelle fois comme la violente réminiscence d’un passé proche. Elle devint ivre, ivre de tristesse, ses larmes se muèrent en cristaux précieux, étincelants sous la lune.
Ce fut alors qu’elle remarqua un détail. Du coin des yeux, elle aperçut la dernière feuille du dernier tremble de l’avenue se détacher, scellant un automne et dévoilant un hiver.
Elle devina, malheureuse, quelle fut son erreur. Elle comprit que ce changement qui s’était opérée en elle quelques minutes plus tôt n’avait pas été le prélude à un nouveau printemps, non, car l’automne de sa vie se devait d’être suivit d’un hiver glacial.
Hiver. Mort.
Et alors elle sentit, douloureuse, la lame ouvrir une brèche dans sa gorge. Le tranchant mal aiguisé déchira sa chair, lacéra sa carotide, puis la lame s’extirpa de son corps, accompagnée d’une gerbe de sang, d’un écarlate teinté des reflets de la lune.
Et puis le temps reprit son cours.
La lame plongea à nouveau. Et encore. Et encore. Et encore… Et la douleur, insupportable d’abord, inimaginable ensuite, inexistante enfin. Et le sang… tout ce sang… Et la lame. Dans sa poitrine. Dans son bras gauche. Dans son cœur. L’épaule. La gorge. Dans son bas-ventre. Et le sang, oui, toujours le sang, qui éclaboussait son visage, se répandait sur l’avenue.
Et le printemps, et l’été, et l’automne… et l’hiver.
Son corps s’effondra. Un coup de pied fut donné, mais elle ne le sentit pas. Des mots furent prononcés mais elle ne les entendit pas. Elle essayait de respirer, mais elle avalait son sang. Rouge. Loin des fleurs de cerisiers.
Elle oubliait ses rêves de renaissance. Printemps.
Elle oubliait l’amour. Eté.
Elle oubliait la tristesse. Automne.
Elle était morte. Hiver.
Très beau, vraiment. Autant la première partie était longue, autant là...
On retrouve encore une fois ApoloJ, ce génie qui sait si bien nous mettre dans la peau d´un personnage. Cette pauvre fille qui, juste au moment où elle se croyait redevenue heureuse, doit faire face à son terrible destin (j´m´en doutais, cela dit au passage
).
Nan vraiment, chapeau.
T´es un Dieu, c´est pas juste. Retourne sur ton Mont Olympe et laisse les pauvres mortels en paix, au lieu de les narguer.
P.S. 20000 caractères, c´est presque autant que le pavé que j´avais posté l´aut´ fois. ![]()
Fan de Kim Ki-Duk? ![]()
Et bien sinon, j´ai beaucoup aimé, même plus que ton autre texte. Ca tient peut-être au fait que c´est plus condensé, je sais pas, en tout cas félicitations ![]()
Enfoirééééééé.
C´est de l´amour vous pouvez pas comprendre. ![]()
3 comms en 3minutes !
Az --> merci beaucoup de ton com, ça me touche ^^ Suis content que ça t´ait plus finalement +)
´taph --> wah, un com du modo
merci, m´sieur. Je crois que je vais essayer de garder ce style et ce genre d´histoire, je m´y sens bien ^^
Amir --> salaud ![]()
"+)"
On voit les habitudes msniques.
Amir, le mec qui sert a rien depuis quelques minutes.
j´ai profité d´une pause dans ma journée pour lire ta nouvelle en entier et j´ai beaucoup plus apprécié qu´hier soir.. ya pas de doute là-dessus, je me suis totalement laissée emporter. Merci pour cet envol dans ma journée ApoloJ !
maintenant il faut que je me remette au travail, dur dur
merci baba ^^ je suis heureux que cela t´ait plu
d´autres lecteurs ? ![]()
Ai lu
Toujours aussi bon, ApoloJ. Je n´ai pas grand chose à dire, comme d´habitude, alors je vais dire comme tout les autres que j´ai beaucoup aimé, et que j´attend un autre texte bien sagement ![]()