Petite suite
Chapitre IV/ Le Royaume de l’Ouest
L’avenue principale du Royaume était recouverte d’une mince couche de neige et était bordée par de multiples maisons et boutiques. A l’entrée du Royaume, on pouvait notamment découvrir une taverne au nom de « Au Voyageurs », proche de la forge, qui d’ailleurs crachait dans les cieux une épaisse fumée noirâtre. Un peu plus loin, on pouvait apercevoir la boutique de Magie, dont un œil entouré de flamme était gravé dans une pancarte en bois. Il y avait aussi une auberge, une écurie, et même une petite boucherie. C’était une ville beaucoup plus grande que le Village Rouge, mais aussi beaucoup plus luxueuse. Dans les vitrines des boutiques trônaient souvent de beaux objets scintillants, des épées incrustée de diamants aux pommeaux en or. Même la taverne servait sa boisson dans des gobelets en argent. A bout de force, la troupe jugea qu’un bon morceau de gibier accompagnée d’une choppe leurs feraient le plus grand bien. C’est ainsi qu’ils ouvrirent la porte de la taverne « Au Voyageur », pénétrant dans la vaste salle éclairée par la lueur de quelques chandeliers. Une délicate odeur de gibier flottait dans l’air, mêlée aux doux aromates de quelques boissons succulentes:
_ Nous voudrions huit part de sanglier, accompagnées de huit gobelets de vins.
Le tavernier s’exécuta en sifflant, heureux de servir tout un groupe. Les Ylfïns s’assirent à une table ronde et dégustèrent leurs repas. Rapidement, l’ambiance fut à la fête et Keorn raconta à nouveau ses bonnes vieilles blagues:
_ Savez-vous comment un Troll s’essuie?
Tous secouèrent négativement la tête en riant, s’attendant déjà à une réponse hilarante.
_ Il court dans les Plaines Ambrées!
Les Ylfïns rirent à gorge déployée, et Llorïk renversa la moitié de son vin sur sa robe tant il avait apprécié la blague. Les idioties fusèrent de toutes part, et Gibraël se surprit même à rigoler à certaines blagues. Tous rirent et se détendirent, sauf Obamïl, qui dévorait sa part de sanglier sans dire mot.
Lorsqu’ils eurent finis de festoyer, les Voyageurs arrivés à bon port sortirent de la taverne, après avoir grassement payé le serveur, puis prirent la direction du Palais. Celui-ci trônait au bout de l’avenue et de la ville. Le quartier des boutiques fut rapidement franchis et le quartier résidentielle se présenta, dévoilant une cinquantaine de maison faites de bois pour la plupart, de pierre blanche pour les plus riches. Llorïk regarda les édifices avec de grands yeux ronds, puis finit par rager:
_ Et pourquoi nous on a pas des maisons comme ça? Pourquoi on vit dans une caverne comme de vulgaires Trolls?
_ Parce que certains sont aussi futés que des Trolls, répondit Ythraël le sourire aux lèvres.
Deux soldats Ylfïns montaient la garde devant la porte, hallebarde en main. Karzak s’approcha d’un pas certain et déclara:
_ Karzak, nouveau Roi du Village Rouge. Je viens avec les derniers du Village, mes compagnons et amis.
_ Les gardes se regardèrent d’un œil surpris, puis finirent pas laisser entrer les Voyageurs.
La salle d’entrée du Palais était rayonnante de lumière. Une centaine de chandeliers étaient fixés sur les murs, éclairant de leurs lueurs vacillantes toute la pièce. Quelques fresques représentant les Rois du Royaume de l’Ouest décoraient les murs, dévoilant des Ylfïns au visage sereins et posés. Un magnifique escalier de marbre montait au premier étage, dont on pouvait apercevoir le long corridor d’en bas. Un valet accourut d’un pas rapide vers Karzak, puis il mena toute la troupe au premier étage, aux appartements du Roi. Le Valet frappa à la porte, puis un Ylfïn vêtu dans une longue robe scintillante ouvrit. De longs cheveux blancs parfaitement coiffés plongeaient dans son dos courbé, alors que deux yeux d’un violet presque pâle scrutaient les nouveaux-venus:
_ Karzak! S’exclama t-il au bout d’un long moment, faisant entrer tout le groupe avec enthousiasme. Quel vent t’amènes par chez nous?
_ Je vous apporte de bien tristes nouvelles, mon Seigneur…
Urdis, Roi du Royaume de l’Ouest, fut stoppé dans son élan. Les sourcils froncés, il fit asseoir toute la communauté sur de majestueux fauteuils brodés de velours, puis entama:
_ Raconte moi tout, Karzak, fils de Jalëk.
_ Il y a de cela quelques jours, nous avons été attaqués, au Village…
Urdis caressa sa longue barbe blanche, puis Karzak continua:
_ Des Nöthrugs… Ils ont pénétré dans le Village et ont tué tous les Ylfïns… sauf nous huit.
_ Mais! Ou est le Roi? Ou est mon frère Jalëk!
Karzak ne répondit pas, baissant la tête. Gibraël vit une larme couler le long de sa joue. Après tout, il venait de perdre son père, et il n’avais pas encore une seule fois montré sa tristesse. Peut être était-il un bon Ylfïn, après tout…
Urdis cacha sa tête dans ses mains et se frotta longuement le visage. Les yeux rougis, il posa enfin une main sur l’épaule de Karzak et dit avec amour:
_ Pauvre fiston. Cela doit être difficile pour toi, comme pour moi…
Puis il se releva avec difficulté et se présenta face à une table, où gisait une bouteille de vin et quelques verres:
_ Le Royaume des Nöthrugs va mal, déclara Urdis en versant du liquide rougeâtre dans un récipient. Leurs Roi est mort il y a peu, et ces créatures… Ont pris le pouvoir. Grâce à leurs malices, ils ont réussi à monter les Nöthrugs contre nous…
_ Mais comment! Cria à demi Karzak, la voix tremblotante.
_ D’après mes sources, ils auraient juré que les Ylfïns ont tué leurs Roi.
_ Mais c’est faux! Hurla Karzak en se levant de son siège.
Le Roi Urdis porta à sa bouche le gobelet et but une longue gorgée de vin rouge. Lorsqu’il reposa le verre sur la petite table basse en bois, un silence pesant s’empara de la pièce.
_ C’est faux, n’est ce pas? Redemanda timidement Karzak, le mains tremblotantes.
_ Falgabas… Prenait trop de pouvoir! Il s’emparait de nombreuses terres qui ne lui appartenaient pas, nous nous devions d’agir!
Le Roi du Village Rouge le toisa avec de grands yeux ronds, puis balbutia tout doucement en se rasseyant:
_ Qu’avez vous fait…
_ J’ai libéré tout un peuple des mains d’un tyran! S’emporta Urdis, dont le teint virait au violacée. Et j’ai certainement sauvé des milliers de vie!
_ Vous avez remis au pouvoir les plus abominables créatures de ce monde! Hurla Karzak en se relevant d’un bond, le doigt pointé sur Urdis. Vous avez tué tout ceux de notre village, nos amis, nos parents… Les Onze Errants vont reprendre le pouvoir, comme auparavant! Qui pourra les arrêter, maintenant!
Urdis souffla longuement, puis s’assit sur son fauteuil, les mains jointes sous le menton.
_ Ce ne sont pas des Dieux… Et ils ont déjà été vaincus dans le passé.
_ Dans le passé, les Grands Ylfïns étaient encore présent pour les chasser!, riposta Karzak, toujours aussi énervé.
_ Il reste un Grand Ylfïn parmi nous! Protesta Obamïl, qui se leva d’un bond, à son tour. Gibraël est notre représentant, j’ai confiance en lui et en sa Magie.
Le Roi du Royaume de l’Ouest écarquilla les yeux et fixa longuement Gibraël.
_ Vous… Vous êtes un Grand Ylfïn? Murmura t-il en balbutiant.
Pour toute réponse, Gibraël hocha légèrement la tête. Il n’aimait pas du tout la position dans laquelle il se trouvait.
_ Reposez-vous donc. Nous parlerons de tout ceci plus tard. Vous trouverez des chambres convenables dans la maison n°27.
Les Ylfïns quittèrent le Palais Royal avec de sombres pensées. Le soleil était au zénith lorsque Karzak, Obamïl, Ythraël et Jormondïl décidèrent de rejoindre les chambres. Les autres, eux, préférèrent visiter un peu la Ville avant la tombée de la nuit. Gibraël et Llorïk décidèrent de se rendre à la forge pour voir les armes qui s’y trouvaient, alors que Keorn et H’rokäl se dirigèrent ensemble vers la taverne, « histoire de se remettre les idées en place », eurent-ils dit.
L’extérieur de la forge était crasseux et repoussant. Le bois constituant la vieille bâtisse était pourri, et Llorïk demanda s’il était possible qu’elle s’arrache littéralement sous le coup du vent. Gibraël esquissa un sourire, puis ils pénétrèrent dans la demeure. L’air y était saturé et portait une légère odeur de souffre fort désagréable. Pourvue d’un seul chandelier, la pièce était plongée dans une obscurité inquiétante. Au fond de la salle demeurait un long comptoir en bois vulgairement taillé, et Gibraël et Llorïk se dirigèrent vers celui-ci. A peine eurent-ils effleurer la longue table qu’une tête surgit de l’ombre pour se retrouver face à Gibraël:
_ Bonjour! Lança le forgeron gaiement. Je ne vous ai jamais vu par ici… Voyageur? Aventurier?
_ Simple Ylfïn du Village Rouge, répondit modestement Gibraël.
_ Le Village Rouge? Ah oui. On raconte que des confrères du Village sont venus nous rendre une visite depuis ce matin. Rien de grave j’espère?
_ Non, rien de grave… Mentit le Grand Ylfïn pour éviter d’attirer l’attention sur lui.
_ Bien, bien… Que voulez-vous, mes amis? Des lances? Des épées? Ou attendez… Un arc pour le jeune Homme?
_ Nous aimerions voir quelques lames, ainsi que des haches, si cela convient.
_ Bien sûr, bien sûr… Veuillez me suivre!
Le vieil Ylfïn trottina gaiement jusqu’à l’arrière de la boutique, suivit de près par les deux frères. La pièce où figuraient les armes et armures du forgeron était complètement différente de la première. Circulaire et faite de pierre grisâtre, elle était éclairée à merveille par une vingtaine de chandelier muraux. La lueur des bougies illuminait gracieusement lames, haches et arc en bois polis. Gibraël regarda le vieil Ylfïn surprenant de vitalité. Son visage était carré, et ses iris bougeaient sans cesse au milieu de leurs orbites. Dénué de toute chevelure, il portait pourtant une longue barbe noire qui arrivée jusqu’à sa poitrine. Il paraissait avoir un âge très avancé, si on se fiait à ses nombreuses rides profondes qui sillonnaient son front et ses joues.
_ Regardez-moi donc ces deux épées! Cria t-il vivement, faisant de multiples signes de la main à Gibraël et Llorïk. Elles appartenaient à des Hommes puissants et riches d’autrefois.
Les deux épées luisaient avidement sous la lumière des bougies. Leurs lames d’aciers brillaient incroyablement, et leurs pommeau en or étaient incrustés de joyaux.
_ Ce sont de belles armes, en effet, dit Gibraël en relevant la tête.
_ Oh oui, de belles armes! Et ces haches! Vous vouliez voir des Haches? Regardez ces haches!
Trois haches à double tranchant trônaient sur une table ronde. Leurs manches bandés de cuir semblaient si épais que Gibraël pensa qu’elle fut trop lourde pour Llorïk, voir même pour lui.
_ Elles sont belle ces haches? Questionna tout excité le forgeron. N’est ce pas?
_ Oui, très belle, répondit Gibraël en regardant le vieil Ylfïn avec distance. N’auriez-vous pas quelque chose de plus… original?
_ Non, mon ami non… Je n’ai que ça!
Puis le vieil Ylfïn retourna dans la pièce d’accueil de la forge. Gibraël regarda d’un air déçu une dernière fois la pièce, puis arrêta soudain son regard sur une lame qu’il n’avait pas vu. Le pommeau était fait d’un métal étrange, détenant une légère teinte rougeâtre. La lame, elle, était d’une finesse incroyable. Jamais Gibraël n’avait vu telle épée. Un énorme rubis trônait sur le centre du manche, brillant de mille éclats.
_ Forgeron? S’exclama le Grand Ylfïn, toujours les yeux rivés sur l’arme.
Le vieux forgeron réapparut en sautillant et sifflotant:
_ Oui, mon bon Monsieur?
_ Cette lame là…
Le forgeron regarda l’arme, puis répondit d’un air attristé:
_ Désolé, mon bon ami. Cette épée est réservée au Roi. Il m’a ordonné de la forger il y a peu.
_ Quel est donc ce métal aussi rouge que les flammes?
_ C’est du Jangbä, répondit le vieil Ylfïn, le sourire aux lèvres. Seuls les plus érudits des forgerons savent forger des épées dans ce métaux. Comme vous le remarquerez, la lame est incroyablement plus affûtée qu’une lame ordinaire. Et pourtant, elle n’en est pas moins résistante.
Gibraël fixa encore l’épée, puis se retourna vivement et rejoignit la pièce d’accueil:
_ Peut être repasserons-nous avant la fin de notre voyage ici, dit le Grand Ylfïn à l’adresse du forgeron.
_ Oh oui, mon bon monsieur. Vous serez le bienvenu!
Puis les deux frères quittèrent la forge sous les sifflements joyeux du vieil Ylfïn:
_ Il a fumé un Grand Jaune ou quoi? S’exclama Llorïk, jetant des regards suspicieux en arrière.
_ Il est vraiment… spécial. Mais qu’importe! Rentrons nous reposer. Demain promet d’être une journée riche en émotion.
Gibraël et Llorïk traversèrent à nouveau l’avenue et pénétrèrent dans une petite maisonnette portant sur la porte le n°27. Lorsque le Grand Ylfïn ouvrit la porte, la chaleur d’un feu de bois lui réchauffa le corps. Cette sensation de bien être intense lui donna un large sourire, et il vit près d’un grand âtre les sept compagnons, assis tranquillement sur des chaises en bois.
_ Tiens, les amis! S’exclama Keorn, l’œil vide. Pre… Prenez-donc un peu de viande, et … et surtout d’la boisson!
Keorn leva sa choppe et en but tout le contenu d’une traite. Décidément, lorsqu’il buvait, ce n’était pas juste pour s’abreuver. Gibraël et Llorïk prirent place sur deux fauteuils autour du feu et Jormondïl leur apporta deux choppes et quelques morceaux de sanglier:
_ Tout droit sortis de la boucherie! Déclara l’Archer avec joie.
Le Grand Ylfïn avala sa part de gibier, puis porta à sa bouche la choppe. C’était un alcool fort, mais incroyablement sucré et délicat.
_ Qu’est ce que c’est ? Questionna Gibraël, l’œil rivé vers le liquide bleuâtre.
_ Un alcool propre à la région! S’exclama H’rokäl, dans un était aussi pitoyable que son confrère Keorn. A c’qui paraît… c’est fait avec des Fleurs d’Océans!
Llorïk scruta le fond du récipient, méfiant. Puis, lorsqu’il se décida à boire une gorgée de la boisson, il recracha le tout par terre en crachotant:
_ Pouah! Qu’est ce que vous avez mis dans mon verre!
Keorn se leva d’un pas incertain, puis pencha sa grosse tête hirsute au-dessus du gobelet du cadet:
_ Ah! C’est de l’alcool d’Edredon! On le fabrique seulement chez les Gobelins. Ils en avaient un tonneau, à la taverne. Pas mauvais… Seulement, le sang de renard donne un goût plutôt amer.
Llorïk devint pâle, puis se leva et partit en courant dehors. Tous partirent dans un rire puissant, l’alcool y étant pour beaucoup:
_ Dites, intervint Obamïl soudainement.
Les Ylfïns se turent, et le conteur taciturne reprit:
_ Connaissez-vous réellement l’histoire des Onze Errants?
Llorïk ouvrit la porte à la volée et hurla les poings brandis:
_ J’vais lui faire la peau! Keorn! Viens ici!
Le gros Ylfïn le regarda avec mépris, avant de lancer:
_ Assied toi là, demi-portion, avant que je ne me fâche.
Le cadet regarda le groupe, surpris. Puis il se résigna à s’asseoir et Obamïl entama:
_ Personne ne connaît la race des Onze Errants. Certains disent que ce sont des Hommes, d’autres des Démons. Et d’autres encore qu’ils sont à eux onze une race à part. Ce qui est sûr, c’est qu’ils maîtrisent la Magie comme personne ici. Dans le passé, ils se vouèrent à l’étude de la Sombre Magie, puis devinrent ce qu’ils sont de nos jours. Des créatures immortels, du moins tant que personne ne les tues, errantes et pourtant avec un but bien précis: Rallier les Royaumes et les plonger dans une ère de décadence. Bien sûr, cette raison est celle des ennemis jurés des Onze Errants. D’autres racontent qu’ils sont les Rois légitimes de notre monde, qu’ils sont nés avec nos terres et qui par conséquent leurs reviennent de droit. D’autres encore pense que ces créatures sont le lien entre les êtres sur terre et les êtres des Abysses. On conte parfois que lorsque les Onze Errants dirigeront le Monde, les Démons ressurgiront de leurs Enfers et se libèreront.
Obamïl prit une pause et Jormondïl en profita pour demander:
_ Qui a chassé les Princes de la Nuit lorsqu’ils étaient au pouvoir des Hommes il y a de cela trois cent ans?
_ Nous. Les Ylfïns. Nous avons toujours mené une guerre acharnée contre ces créatures. Grâce à la Magie des Grands Ylfïns, nous étions parvenus à vaincre leurs armées d’hommes et à les chasser du pouvoir.
_ Mais où étaient-elle durant toutes ces années?
_ Dans les Enfers, répondit Obamïl, avant de boire une gorgée d’alcool.
_ Et je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour les y renvoyer! Cria Karzak, frappant violemment la table en bois de son poing et faisant verser de l’alcool un peu partout. Convainquons Urdis du danger qui rôde autour de nous! Il faut élever une armée contre les Nöthrugs… Et chasser à nouveau les Onze Errants!
La voix de Karzak résonnait dans la maison. Personne ne prit la parole et tous fixèrent leurs verres, muets.
_ Voyez déjà le résultat! Tout notre village a été rasé! Nous sommes les seuls survivants! Keorn, ne veux-tu pas venger ta femme? Ythraël, ton frère serait-il mort pour rien? Et toi, Jormondïl! Ton fils est-il mort en vain?
_ Fermes-là Karzak!
Gibraël s’était levé, furieux. Sa peau habituellement blanche comme neige avait virée au rouge inquiétant. Ses mains posées sur la table tremblotaient légèrement. Le fond de ses yeux luisait d’une couleur bleuâtre, symbole de Grande Magie. Karzak continua pourtant, plus énervé que jamais:
_ Seriez vous assez lâche pour ne pas venger les vôtres? Vous n’êtes que des …
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Le Grand Ylfïn s’ était jeté sur lui, poignard dégainé. Il apposa la lame en acier sur la gorge de son Roi, qui avait les yeux fixés sur l‘arme:
_ Que…
_ Nous sommes tous ici attristés de la mort des nôtres. Ne crois surtout pas que tu es le seul à souffrir. Si jamais tu insultes à nouveau nos compagnons, tu risquerais d’abréger ta vie. Nous n’avons pas encore fait notre deuil, tout comme toi, et je ne tolèrerais plus à l’avenir qu’on insulte et crache sur les nôtres. Vous êtes notre Roi, mais cela ne permet pas tout. Avez-vous compris?
Karzak ne répondit pas. Il regarda fixement Gibraël, sans dire mot. Le Grand Ylfïn se releva finalement et rangea son arme dans une poche intérieur à sa robe. Keorn se leva de son fauteuil, regarda Karzak avec mépris puis déclara:
_ Je vais me coucher, plutôt que d’entendre une personne noble blasphémer.
Peu à peu, la pièce se vida et tout le monde rejoignit un petit lit dans un vaste dortoir.
Gibraël se réveilla et vit que personne n’était encore levé. Il sortit de sa couette et se dirigea vers le salon à pas de loups. Automatiquement, il mangea quelques gâteaux qui étaient là, puis but un verre de vin. Il n’aimait pas trop l’alcool, mais les doux effluves qui émanaient du vin lui donnaient envie. Une fois son repas terminé, Gibraël sortit de la maison et descendit le long de l’avenue. La lune diffusait une lumière blafarde en dehors et éclairait faiblement les toits des bâtisses. Arrivé à la Porte, il demanda au portier de nuit d’ouvrir celle-ci, et un instant plus tard, il se retrouva derrière les Murailles du Royaume. Il dégaina alors son arme et courut dans les profondeurs de l’obscurité, descendant le chemin qui menait aux plaines bordant le Royaume. Ses jambes effleuraient à peine le sol et le propulsaient en de grands bonds. Son cœur, pourtant, battait toujours à la même vitesse: Il était incroyablement entraîné. Il stoppa soudainement sa course, puis agrippa son arme à deux mains. S’ensuivit alors une multitude de coups lancés dans le vide. La lame ancestrale fendait l’air avec une facilité déconcertante et un son aigu presque inaudible en ressortait. Gibraël se baissait en avant, exécutait des pas de côtés, bondissait avant de se retourner sur lui-même et de pourfendre un ennemi inconnu. Son épée virevoltait autour de lui à une vitesse folle, créant une danse presque divine. Puis, dans un geste fulgurant, il extirpa de sa robe son poignard et repartit à un rythme fou, enchaînant coups puissants et coups rapides. La lune éclairait faiblement les lieux, et pourtant, il y voyait clairement. Il vit un sanglier monter le chemin sinueux en trottinant, ainsi que le papillon de nuit voler au-dessus de sa tête, et il vit son jeune frère l’observer non-loin… Le Grand Ylfïn hurla soudainement:
_ Kalghot Un’Inflamma
Un jet de flamme jaillit de la paume de sa main et carbonisa le sanglier, sous les yeux ébahis de Llorïk, posté sur un rocher qui jonchait le sentier:
_ Viens donc, jeune frère.
Gibraël n’obtenu pas de réponse. Il ajouta donc:
_ Je t’ai vu me regarder depuis déjà quelques minutes. Viens, je vais t’apprendre quelques coups.
Le cadet du groupe descendit donc le peu de chemin qui le séparait de son frère, puis regarda celui-ci d’un air ébahi:
_ Tu es impressionnant, murmura t-il.
_ Dégaine ta lame, frère, et entraînons nous.
Le jeune Ylfïn s’exécuta, et sortit la lame de son fourreau.
_ Bien. Attaques-moi de toutes tes forces, comme si ta vie en dépendait. N’ai crainte, tu ne peux me toucher.
Aucune arrogance n’émanait des paroles du Grand Ylfïn. Seule la sincérité était de mise. Llorïk hésita, puis finalement se mit en position de combat. Sans prévenir, il leva son arme loin au-dessus de sa tête, puis l’abattit de toutes ses forces sur son frère. Gibraël plaça son épée horizontalement et para l’attaque sans aucune difficulté. Malgré la puissance du coup, il n’avait pas bougé d’un poil. Llorïk enchaîna avec une estocade rapide, droit vers le bas ventre du Grand Ylfïn. Celui-ci bondit de côté, puis frappa la lame de son adversaire avec force. L’épée de Llorïk s’envola dans la nuit, avant de retomber non-loin:
_ Tiens plus fermement ton manche, frère. Sinon, à la moindre parade, tu perdras ton arme.
Le cadet ramassa son glaive, puis poussa un cri bestial. Il attaqua grâce à un coup de taille son frère, qui para en reculant de quelques pas, puis enchaîna avec un coup vertical puissant. Gibraël fit un pas de côté et la lame de Llorïk se ficha avec force dans la terre. Le Grand Ylfïn s’approcha de son frère pour lui donner conseils, mais celui-ci déterra son arme soudainement et lança un coup puissant vers le flanc de Gibraël. Cette fois-ci, le Grand Ylfïn usa de son arme, parant l’attaque de justesse:
_ C’est bien de prendre au dépourvu son adversaire. Cependant, tes attaques ne sont pas assez variées. A partir de maintenant, je riposte. Continues.
Llorïk courut droit vers son frère, sauta en un bond puissant et donna un coup de pied dans le vide. En effet, Gibraël était déjà passé dans son dos. Le Grand Ylfïn envoya un coup de pied dans le dos de son frère, qui tomba à la renverse:
_ Trop lent, Llorïk, trop lent!
Le jeune Ylfïn se releva avec fureur et jeta son épée par terre:
_ Battons-nous à mains nues! Là, je te battrais!
_ Bien…
Le Grand Ylfïn rangea son épée, puis se mit en position. Llorïk se rua sur Gibraël en hurlant comme un dément. Une fois à portée, il lança un crochet du droit, qui mourut sans jamais toucher sa cible. Gibraël riposta avec une montée de genou droit, directement dans le ventre de Llorïk. Celui-ci se pencha en avant et recula de quelques mètres. Gibraël continua son assaut. Envoyant un coup de poing esquivé par Llorïk, il enchaîna avec un coup de pied qui toucha le bras droit du jeune disciple. Puis, voulant abréger un combat qui ne menait à rien, Gibraël lança un coup de pied circulaire… Qu ne toucha pas sa cible. Le cadet s’était penché en avant, puis avait riposté en envoyant un coup de tête dans le visage du Grand Ylfïn. Sonné, Gibraël battit en retraite. Dans un élan de fierté nouvelle, Llorïk s’approcha de son frère et attaqua de nouveau. Crochet du droit, du gauche, coup de pied latéral… Tout y passa. Et tout fût esquivé par Gibraël, qui ne ripostait plus. Il semblait changer d’idée quant à la fin du combat. Alors qu’il bondissait sur sa droite pour laisser mourir un coup de poing dans le vide, Gibraël vit un épuisement de son jeune frère, qui baissa sa garde. Le Grand Ylfïn en profita pour envoyer un coup de genou dans la mâchoire de Llorïk dans un bond fulgurant. Complètement étourdi, le cadet tomba en arrière pour ne plus se relever:
_ Tu as de bonnes bases à mains nues, en effet. Mais tes parades sont encore bien trop approximatives, et tu devras en apprendre encore beaucoup dans ce domaine. Je crois que nous nous sommes assez entraînés pour le moment. Rejoignons nos amis à la Ville.
Llorïk agrippa la main tendue de son frère, et tout deux rentrèrent en débattant sur telle ou telle coup lancé. Llorïk se vantait encore d’avoir déstabilisé un Grand Ylfïn lorsqu’ils traversèrent les murailles:
_ Simple chance, ripostait Gibraël, le sourire aux lèvres. Et puis, seul le résultat compte. A la fin, tu étais au sol, moi pas.
_ Ouais mais c’était une ruse aussi! Et même un Grand Ylfïn comme toi est tombé dedans. En temps normal, quand tu t’étais approché de moi, j’taurais balancé un coup de pied si fulgurant que ta tête se serait décroché! Et comme tu es mon frère j’ai eu, comment dire… de la pitié!
_ Quand je me suis penché devant toi, répondit Gibraël en riant, tu avais les yeux clos, la respiration anormalement forte et tu semblais sur le point de t’évanouir!
_ Sur le point! Mais j’ai bien résisté!
_ Oui, tu as bien résisté.
Les deux Ylfïns rejoignirent leurs amis, qui se tenaient sur le perron de la maison:
_ Ou étiez-vous, s’exclama Ythraël. On vous attends depuis plus d’une demi-heure!
_ Nous sommes partis nous entraîner, répondit simplement Gibraël. Nous pouvons y aller, maintenant.
La troupe se dirigea donc vers le Palais Royal, puis après avoir demandé au Valet de les reconduire près du Roi, ils se trouvaient tous devant une porte en bois au premier étage. Karzak s’approcha de celle-ci et frappa trois coups. Peu après, un vieil Ylfïn au teint sombre ouvrit la porte, les faisant tous entrer:
_ Nous sommes venus vous faire une proposition, dit Karzak de sa voix la plus sérieuse.
Urdis ne répondit pas. Il souffla déjà longuement, avant même que la réponse ne fut donnée. Karzak continua:
_ Alliez-vous à notre cause. Montez une armée avec vos soldats, et foulons les Terres du Nord. Attaquons les Nöthrugs, battons les et renvoyons les Onze Errants dans leurs Enfers avec les Démons.
La proposition paraissait d’une facilité déconcertante. Le Roi Urdis caressa sa longue barbe, puis finit par déclarer:
_ Nous n’avons aucune raison d’attaquer les Nöthrugs. Après tout, ils ne nous ont jamais cherché querelle!
Alors que Karzak allait hurler de mécontentement, Gibraël avança de quelques pas:
_ Les Nöthrugs vous attaqueront, un jour ou l’autre. Comme toutes les Villes d’Ylfïns de ce monde, voir toutes les races de ce monde. Vous savez aussi bien que nous que les Onze Errants ne vivent que pour dominer le monde. Ensemble, nous pouvons les vaincre. Ensemble…
_ Nos marchandises circulent librement dans leurs Forêts, et les leurs dans notre Royaume. Nous sommes des alliés de marché, en quelque sorte, et donc avons un contrat de paix.
_ Personnes n’a de contrat de paix avec les Onze Errants. Le Roi Falgabas est mort, Urdis!
_ Nous n’attaquerons pas les Nöthrugs et les Seigneurs de la Nuit! Ce ne serait que pure folie! S’emporta le Roi du Royaume de l’Ouest.
_ Si vous ne les attaquez pas, c’est eux qu’ils le feront.
_ Et bien qu’ils le fassent! Nos murailles sont résistantes, et nos soldats preux.
_ Soit. Nous n’avons plus rien à nous dire.
Gibraël tourna les talons et sortit de la pièce. Peu de temps après, tout le groupe de Voyageurs sortit de la salle. Karzak criait encore, lâchant des jurons au sujet du Roi.
_ Rien ne sers de s’énerver. Dans peu de temps, il réaliseras à quel point les Onze Errants sont menaçants. Alors, peut être qu’il agira en conséquence. Espérons seulement que ce temps ne soit pas mortels pour nous tous.
Gibraël parlait avec sa plus grande sagesse, comme à l’accoutumée. C’est ainsi que tous les Ylfïns du Village Rouge restèrent au Royaume de l’Ouest, n’ayant plus de demeure. Ils passèrent de nombreuses journées à boire à la taverne et à manger grassement. Ils passaient le plus grand de leurs après-midi dans les plaines, Yhtraël et Jormondïl chassant pour leurs plus grands plaisirs, les autres se délectant de la nature.
Puis vint un sombre jour, ou ils furent convoqués au Palais. Tous s’y rendirent à la hâte, bien évidemment. Le Roi les attendait dans la salle du trône. Lorsqu’ils pénétrèrent dans la pièce vivement éclairée par les flammes de nombreuses bougies, il se leva les larmes aux yeux:
_ Qu’ai je fait? Vous m’aviez prévenu et me voilà bien mal en point, moi et mon Royaume!
Karzak, Gibraël et les autres prirent place sur des fauteuils disposés face au trône tout en onyx poli du Roi. Celui-ci était dans une nervosité sans égale et parlait tellement vite que les Voyageurs avaient parfois du mal à le comprendre:
_ Nos marchandises! Toutes nos marchandises! Brûlées par les Nöthrugs! Ils ont fermés leurs frontières.
_ Ce n’est pas bien grave, ria ironiquement Karzak, amer. Quelques cotons de plus ou de moins pour un grand Royaume comme le vôtre…
_ Ce n’est pas tout! Cria à demi Urdis, les mains tremblantes. Il y a de cela une journée, mes éclaireurs sont revenus le souffle court. Quatre d’entre eux avaient été tués, les autres m’apportèrent une sombre, Oh oui, très sombre nouvelle…
Un silence pesant régna dans la pièce, avant que Gibraël ne demande:
_ Qui a t-il?
_ Les Nöthrugs vont attaquer une nouvelle ville… La nôtre!
Karzak se leva d’un bond et prit la parole:
_ Ou sont ils?
_ Ils foulent déjà nos plaines du Nord! Dans deux jours, ils seront devant nos murailles!
_ Combien sont-ils? Continua le Roi du Village Rouge:
_ Pas moins de quatre mille…
_ Il n’y a plus de temps à perdre. Urdis, informez vos soldats et montez une armée. Qu’ils viennent! Dans deux jours, mon père sera vengé!
J´oubliais : ![]()
Hummm...sur la forme déjà :
-Encore et toujours pas mal de fautes, toutes ou presque de conjugaison.
-Les dialogues sont très stéréotypés, mais plutôt bien maniés tout de même. Enfin, disons que ce sont des dialogues théâtraux, donc même si perso je préfère le langage "parlé" pour les dialogues, je reconnais que tu manies plutôt bien ce genre.
Le fond maintenant :
-Tu m´as bien surpris quand Urdis a avoué avoir tué le roi Nöthrug. C´est un bon point, parce que ça donne un côté moins tranché au récit.
-Malheureusement, le manichéisme revient illico avec les stéréotypes ultra connus : les Onze lèvent une armée, Urdis va faire de même, ça va être la baston générale, et d´ailleurs j´pense Urdis va mourir et Gibraël va raffler son épée
. Bon, j´ai rien contre les gigantesques batailles (le Siège.
), mais là quand même...moyen. Et le coup du roi buté c´est bien comme je l´ai dit, par contre c´est dommage qu´il se rende compte de son erreur aussi rapidement. Je pense qu´il aurait été plus intéressant que les Nöthrugs attaquent par surprise, mais ça contrarie peut-être tes plans.
-Question con : comment ils font pour se goinfrer dans les tavernes alors qu´ils ont pas un rond? Même question pour le fait qu´ils veuillent acheter des armes, à moins que le Roi leur donne du blé, mais bon...
Enfin bref c´est pas mal, et c´est plutôt bon au niveau de la forme, mais j´ai un peu de mal avec le fond, qui fait un peu trop SdA sur les bords à mon goût. (le Mal incarné, les grandes batailles, le roi qui se rend compte de son erreur qu´à la fin par exemple) Enfin voilà quoi, vivement le prochain pavé. ![]()
Pour les ronds, j´avais pensé à la même chose. J´avais donc déja en tête de l´inclure dans la version corrigée
Pour les dialogues, c´est peut être pas terrible, mais ça restera comme ça quand même
Pour ce qui est de la guerre par contre... Tu as peut être raison. Ce serait pas mal que le Roi soit attaqué par surprise et avoue son erreur à la fin, et pas de suite. A voir...
Pour ce qui est de la ressemblance avec le SdA, je sais pas trop quoi dire... Peut être que j´en suis inspiré sans m´en rendre compte. En tout cas, j´adore les grandes guerres, et otout le bordel, alors forcément
Pis aussi les Onze, fallait s´y attendre, ça allait pas être des gentils petites créatures ![]()
Bien que une surprise t´attendra certainement vers la fin. Tu me donnes envie de la donner pour te contredire, mais je résiste...
Sur ce, la suite quand on fera une autre course au pavé
PS : ![]()