Merci Mutako
Interlude
[A scene in blood on the cross : ]
La pression du canon d’une arme contre sa nuque ne fut nullement une surprise. Il savait que l’autre était derrière lui depuis des heures déjà. Même là, debout au milieu du champ, il était en train de compter les secondes dans sa tête lorsque, rendu à vingt-sept, il avait senti le froid du métal mordre sa peau, juste au dessus du col de son blouson.
L’homme l’avait probablement suivi toute la matinée, mais il ne s’en était rendu compte qu’en début d’après-midi, en sortant du Nirvana, ce café à Katalonia. Afin d’en être sûr, il l’avait trimballé tout le reste de la journée, et l’homme avait été pendu à ses basques. Bien sûr, il savait pourquoi il le suivait, et bien sûr, il savait pourquoi il allait le tuer ce soir. A dix contre un, il savait même de qui il s’agissait.
Le vent s’était levé en même temps que la nuit et les étoiles, et balayait doucement les épis de maïs qui entouraient les deux hommes. Lui ne s’était pas retourné, et l’autre, celui qui tenait l’arme, ne lui avait encore rien dit. L’homme sentait le canon trembler légèrement contre sa nuque ; il pouvait presque sentir la sueur et le malaise de son suiveur. Il aurait sans doute pu le neutraliser sans le moindre effort, s’emparer de l’arme avant que l’autre ne comprenne ce qui était en train de se passer, la retourner contre lui, et l’abattre. Mais trop de doutes subsistaient : il n’avait aucun moyen de savoir si la sécurité était enclenché, ou si l’autre était le genre d’homme à engager une balle seulement dans la deuxième chambre du chargeur, si l’arme le permettait. A ce propos, il ne savait pas non plus avec précision de quel type de pistolet il s’agissait ; sans doute un neuf millimètres classique, à la taille estimée de l’extrémité du canon, et au poids que l’autre faisait peser sur l’outil de mort. Quand bien même, il n’avait vu que la silhouette de son poursuivant, tout au long de cette chaude après-midi, et n’était pas fixé sur son identité. Par conséquent, il refusait de tenter le diable. La seule chose à faire était d’attendre ; l’autre était en position de force, à lui d’abattre ses cartes.
Ce qu’il ne tarda pas à faire.
« Retournez-vous. »
A vrai dire, l’homme était surpris. D’une part, il s’était attendu à un tutoiement, habitude qui a tendance à venir de façon systématique de la part d’un homme qui en menace un autre d’une arme. D’autre part, sa voix était calme et contrôlée, ce qui laissait présager que la personne elle-même était calme et se contrôlait, ce qui n’était pas fait pour rassurer l’homme. Il obéit, et vint lentement faire face à son ennemi. Il lui sembla reconnaître le visage osseux que lui éclairait la lune, mais ne parvint à mettre dessus ni un nom, ni une activité.
« Vous savez qui je suis », demanda le suiveur.
Non, pas demanda. Il croyait que l’homme savait qui il était. Peut-être un avantage.
« Oui, mentit l’homme.
- Et vous savez pourquoi vous êtes ici ? »
C’était une question, cette fois, avec une pointe de doute ; comme si le suiveur savait ce qu’il avait à faire, mais qu’il voulait l’entendre de la bouche même de sa victime.
« Je suis là parce que je m’y suis arrêté, et vous y êtes parce que vous avez saisi l’occasion pour me tuer, répondit-il d’une voix neutre.
- Oui, convint le suiveur d’une voix qui commençait à perdre de son assurance. Mais avant, nous voulons savoir ce que vous savez sur… nous. »
L’homme jeta un bref regard alentours ; s’il y avait quelqu’un d’autre dans le champ de maïs, il l’aurait su avant même que le canon de l’arme ne vienne menacer sa vie. Cependant, il savait à quoi le suiveur faisait référence. Il avait au moins raison sur un point.
« Je ne sais pas grand chose, répondit-il. Je ne suis pas en ville depuis bien longtemps.
- Nous savons, reprit le suiveur. Ouvrez votre blouson, s’il vous plait.
- J’ai peur qu’il ne me plaise guère, s’excusa l’homme.
- Et moi j’ai peur que vous ne soyez guère en position de faire le malin, grogna l’autre, levant légèrement le bras qui tenait le .9 millimètres.
- Très bien, capitula l’homme en écartant les bras. J’ouvre mon blouson. »
Il s’exécuta, non sans pencher subrepticement la tête de côté. Ce qu’il vit le satisfit ; un point rouge visible au-dessus de la gâchette de l’arme. Il défit lentement les boutons de son blouson noir, et en écarta les pans. En dessous, il portait une simple chemise de lin noire, rentrée dans son pantalon, de la même couleur. L’homme parut déçu, puis étonné.
« Sortez votre chaîne », ordonna-t-il.
L’homme plongea la main dans le col de sa chemise, et en tira la chaîne au bout de laquelle pendait un crucifix. Un rictus cruel déforma le visage du suiveur.
« Maintenant, dites-nous ce que vous savez… prêtre. »
Il avait craché le dernier mot, dédaigneusement.
« Non, refusa le prêtre.
- J’ai pas bien compris, s’impatienta l’homme armé.
- Non, je vois ça. J’ai dit non. Si vous vous repentez de vos péchés et…
- Ta gueule ! »
C’était la première fois qu’il perdait son calme, et en venait au tutoiement paradoxalement rassurant. Ca pouvait être un bon point. Pouvait. Le canon de l’arme s’approcha davantage de la poitrine du prêtre, et l’autre ouvrit la bouche. Le prêtre agit à ce moment précis.
Il lança ses bras en avant, dans deux directions différentes. Son poing gauche alla heurter la mâchoire du suiveur, tandis que la main droite écartait le pouce du corps de l’arme. Sans doute plus par réflexe que par volonté de tuer, l’homme pressa la détente. Il y eut un clic qui sembla recouvrir le silence de cette nuit noire, et rien d’autre. L’homme enfonça par deux autres fois la gâchette, pour que ne jaillisse que deux autres clic de l’arme.
« La sécurité », murmura le prêtre.
L’autre avait compris avant que ce dernier n’y fasse allusion ; à ce moment-là, il se rendit néanmoins compte de ce que les seuls doigts qui pouvait relever le levier étaient enserrés dans la main du prêtre. Son autre bras, le droit, était maintenu baissé par la main gauche de l’homme. Celui-ci pivota rapidement sur lui-même, sans lâcher ses prises ; lorsque son dos fut collé à la poitrine du suiveur, et que le revolver fut devant eux deux, entre les poignets ridiculement croisés du suiveur, pointé sur rien, il lâcha le bras droit de l’homme, et lui envoya son coude au visage. Son oreille pratiquement collée à ce dernier, il entendit nettement le nez se briser. La prise sur l’arme s’affaiblit, et il l’ôta sans difficulté de la main de l’homme, qui tomba à genoux, criant de douleur.
Le prêtre fit sauter de l’index la sécurité, et pointa l’arme vers le front du suiveur. Celui-ci s’arrêta aussitôt de crier, et, ses mains plaquées sur son visage ensanglanté, dit d’une drôle de voix nasillarde :
« Vous pouvez pas me tuer, vous… vous… vous êtes prêtre ! »
Il avait balancé cette dernière phrase comme s’il s’agissait d’une vérité universelle qu’il exposait à un enfant borné. L’homme, debout face à lui, la lune se découpant derrière sa tête en une auréole qui donnait à la situation un aspect à la fois macabre et grotesque, arma le chien.
« Et ta sœur ? » s’enquit le prêtre.
La détonation fut brève et roula le long du champ de maïs, et le corps partit à la renverse, où il s’étala sur ses jambes encore pliées sous lui.
Le prêtre réactiva la sécurité et glissa l’arme dans sa ceinture, en prenant toutefois garde, comme il l’avait appris, à ne pas se brûler les parties. Puis il s’agenouilla près du cadavre de l’homme, et embrassa la croix qui pendait à son cou. Il traça une autre croix en l’air, au-dessus du visage hagard du suiveur.
« Au nom du père, du fils, et du Saint-esprit… »
J´ai moins aimé cette suite là, malheureusement. On a du mal à suivre l´action, j´ai rien pigé à la bagarre. Et puis les "hommes" et les "suiveurs" nous déroutent un peu au début.
Bref, c´est un peu moins bon que d´habitude. <POnd nous vite une bonne suite qui réhausse le niveau ![]()
Il est vrai que c´est un peu brouillon (il faut éviter d´employer "l´homme" quand ça peut s´appliquer aux deux protagonistes, et si le second n´est pas un homme, bah...comme à ce moment on le sait pas, c´est pas grave
), mais bon. Aucun autre problème au niveau du style, nickel chrome.
Et ce prêtre ne serait-il pas ce cher Dave? J´avoue que c´est le "Et ta soeur" qui m´y a fait penser, quant à savoir pourquoi...
La suite? ![]()
Arf, désolé ![]()
Merci quand même d´avoir lu ![]()
Bah enfin tu fais apparaître le mouvement et le rebondissement, avec une recette bien connue et qui fonctionne toujours, l´action importante qui met en scène des personnes inconnues et pour le moment totalement marginaux par rapport à l´histoire en cours... Enfin moi j´ai bien aimé ce chapitre, pas trop long, même si j´ai vraiment rien compris durant la bagarre ![]()
Souite ![]()
erf! moi non plus j´ai rien pigé.
En même j´vois aps trop comment tu peux l´améliorer, si tu veux eviter les répétitions...
Vu que les persos ont pas trop de noms avec lequels on peut les désigner...
Arf ![]()
Merci quand même à vous deux ![]()
J´ose espérer que tu feras une suite Epitaph ! ![]()
Je suis en retard! Très en retard! C´est impardonable! Je suis impardonaaable
Mais... moi j´ai bien aimé. Certes moins que les précédents chapitres mais quand même. Je n´ai pas eu de problème pour la bagarre, mais je suis assez habituée à ce genre de choses, c´est peut-etre pour ça. M´enfin, je vois pas trop pourquoi un homme voudrait tuer un prêtre combatant plutôt bien et ayant une bonne conaissance des armes, mais bon... j´ai bien l´intention de le savoir! Alors dépèche toi de mettre la suite ![]()
Merci^^
J´essaierai de finir la suite pour ce soir, si j´ai le temps.
Chapitre 3
[A Scene in moody pine and grassy game : ]
Dale Chandler ne resta qu’une dizaine de minutes au téléphone. Lorsqu’il se dirigea de nouveau vers le comptoir, deux des verres du cocktail de Betty avaient disparu, et la glace pilée du sien commençait à fondre. Il se rassit à sa place, et vida d’une traite la moitié restante de sa boisson.
« Vous restez longtemps à Katalonia, mons… Dale ? » interrogea Betty. Interprétant mal le silence pendant lequel l’homme faisait descendre une gorgée de chantilly, elle ajouta : « Désolée, je voulais pas paraître indiscrète.
- Y’a pas de mal, assura Dale en se léchant les lèvres d’un geste rapide. Eh bien, ça va dépendre, mais ça ne devrait pas durer plus de deux semaines, trois grand maximum. Le temps de voir tous les intéressés, de faire des allers-retours entre eux pour négocier des GIE, et cetera… »
Les adolescents n’avaient pas la moindre idée de ce qu’était un GIE, mais ils hochèrent poliment la tête. Dale vida le reste de son Kansas Cherry-Mint, fit claquer le verre sur le comptoir, et se leva. Il fouilla dans les poches de sa veste, et en sortit un portefeuille au cuir craquelé.
« Ah non, non non, intervint Betty. Euh… cadeau de la maison. »
Dale hésita. Avant d’avouer à Robert que sa première impression du Kansas n’était pas si négative, il se serait presque attendu à voir Steve lui dire qu’il avait laissé le compteur tourner, dehors. Finalement, il reconnaissait que l’ado avait l’air d’un brave gars, et que son amie semblait tout aussi gentille.
« Merci beaucoup, Betty, fit-il en rangeant son portefeuille. Merci à toi aussi, Steve, sans toi, je poireauterais toujours au milieu d’un champ. A charge de revanche.
- Bah, lâcha l’adolescent avec un geste de main univoque, normal. J’allais pas passer devant vous sans m’arrêter. »
Il avait dit cela comme il aurait dit que bien sûr, on ouvrait sa braguette avant de pisser, et Dale dut se faire violence pour ne pas lui rétorquer que c’est ce qu’aurait fait n’importe quel New-Yorkais.
« Merci quand même, se contenta-t-il de dire. Bon, eh bien on se recroisera sans doute, ajouta-t-il en lançant sa veste sur son épaule. Il se peut que je passe souvent ici, boire un verre ou manger un morceau.
- Avec plaisir, répondit Betty en employée modèle. A la prochaine, alors. »
Il salua les jeunes gens, et s’avança vers la sortie. Il s’immobilisa sur le pas de la porte et, pivotant sur ses bottes à 120 dollars qu’il ne tarderait pas à foutre aussi loin que le bas de sa valise le permettrait, lança d’une voix forte :
« Au fait, euh… le Motel des Deux Pins, vous savez où c’est ? »
Ils savaient où c’était, bien sûr, Dieu bénisse les trous paumés du Middle West plus petits qu’un bloc de l’East Side et leurs habitants. Et puis, il finirait sans doute lui-même par connaître le moindre recoin de cette petite ville ; il espérait juste repartir avant que ce ne soit le cas.
Le Motel des deux pins était retranché derrière son parking aussi petit qu’exempt de véhicules. Dale s’arrêta un instant face à lui, cherchant dans son esprit le qualificatif le mieux à même de décrire le bâtiment bas, aux rangées de chambres étalées sur deux étages vers la gauche, et prenant appui sur un bloc plus petit, sans doute la réception. Il trouva enfin un terme tout à fait approprié : c’était un Motel. Le Motel, même ; celui qu’on imagine forcément en parlant de Motel, celui qu’on voit dans n’importe quel film de série B, celui qui masque ses fissures et son manque d’entretien par une lumière basse et tamisée. Celui devant lequel un haut panneau proclame en néons clignotants le nom de l’établissement. Dale Chandler releva la tête, et sourit en posant les yeux sur l’enseigne. "Aux Deux Pins, le meilleur Motel de Katalonia", proclamait celui-ci en agressives lettres rouges. Le soleil disparaissait derrière les collines, et celles-ci n’allaient sûrement pas tarder à se mettre à luire faiblement. Les enseignes des motels luisaient toujours faiblement, non ? Avec une ou deux lettres hors-service, généralement.
« J’ai une réservation au nom de Chandler. Dale Chandler. »
Il lui avait fallu traumatiser la sonnette pendant deux bonnes minutes pour que le gérant arrive de son pas traînant et chaloupé, et se hisse sur l’escabeau qui était de l’autre côté du comptoir. Dale avait considéré le nain avec un mélange d’amusement et de scepticisme quand il l’avait vu s’emparer d’un registre aussi grand que lui et l’abattre avec force sur le comptoir, dégageant un nuage de poussière. Après avoir silencieusement parcouru quelques lignes du cahier, il avait tendu sa petite main vers Dale, se présentant :
« William Dunant. Enchanté, M. Chandler, et bienvenue à Katalonia ! »
Il s’exprimait d’une voix fluette aux accents britanniques qu’affectionnaient tout particulièrement les types de la haute, et Dale s’imagina un instant le petit homme en smoking, une flûte de mousseux à la main, discutant politique et base-ball avec une douzaine de prétendus bourgeois. Il sourit à cette pensée, et prit doucement la main de Dunant :
« Merci », répondit-il simplement.
Il laissa le gérant griffonner quelques lignes sur son registre, et signa en bas de la page lorsqu’il le lui demanda. Puis, après que ce dernier ait attrapé un imposant trousseau de clés derrière lui, il suivit le nain hors de la réception, le long du rez-de-chaussée du motel proprement dit.
Sa chambre était la dernière de la rangée, l’informa Dunant, et il ne serait guère dérangé par de quelconques voisins, le seul autre occupant du Motel étant un prêtre, logeant dans la chambre située juste au-dessus de la sienne.
« Un homme charmant, ça oui, et pas du genre à vous prêcher la bonne parole ou à vous vendre son catéchisme à la moindre occasion. Et discret, en plus, oui ! Un locataire parfait, même. Vous devriez bien vous entendre, je parie. »
Ils étaient arrivés à l’extrémité du motel au terme de la tirade du tenancier, qui se dressait maintenant sur la pointe des pieds pour insérer la clé dans la serrure de la chambre 028. Il poussa la porte en avant, laissant Dale entrer le premier. Celui-ci jeta sa veste et sa valise sur le lit, et s’avança jusqu’à la fenêtre. Les Deux Pins était à l’extrémité ouest de la ville, et l’arrière de l’établissement était bordé d’un immense champ de maïs, séparé du motel par une petite route à deux voies.
« Le petit déjeuner est servi de sept heures à dix heures, reprit Dunant en frappant les oreillers. Déjeuner buffet, de midi jusqu’à ce qu’il en reste plus, et dîner de dix-huit heures à vingt-deux heures. C’est ma femme qui cuisine tout elle-même, et sans me vanter, c’est un vrai cordon bleu. Elle a même gagné un prix, l’an passé, c’est vous dire !
- Je vois, fit Dale en suivant du regard le petit homme qui inspectait le mini-bar.
- Ouais. Voilà, si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites le 0 sur le téléphone, je serai là avant que vous ayez pu dire "ouf". »
Il regagna la porte, suivit de Dale, et détacha du trousseau la clé de la chambre qu’il lui tendit.
« Voilà. Oh, si vous voulez de la compagnie pour dîner, l’autre locataire descend en général vers vingt heures. Un homme charmant, oui. Charmant. »
Il était déjà reparti, achevant sa phrase à l’intention du couloir vide.
Dale regarda le parking tout aussi vide, la route déserte, le motel vacant, et soupira.
« Bah putain, ça va être folklo. », lâcha-t-il.
Il ne resta en tout et pour tout qu’une heure dans sa chambre, le temps de prendre une douche, de se changer, et de cacher son pistolet au fond du mini-bar, derrière Johnny Walker.
Encore dix minutes plus tard, la nuit entièrement installée, après avoir prudemment contourné la réception, il entrait dans le seul endroit vivant de Katalonia.
Le Nirvana était relativement agité ce soir. Relativement, parce que si la musique ne parvenait pas à masquer les cris, rires et discussions, tout cela restait bien en-deçà de son bar fétiche de la 37e Ouest. Le rez-de-chaussée était encombré de personnes assises comme debout, pour la plupart des lycéens, et il dut jouer des coudes pour arriver jusqu’au comptoir. Deux écrans de télévision, de chaque côté de la salle, étaient allumés, et c’est de là que venait la musique. Dale reconnut les publicités d’avant match, et se souvint du programme sportif de ce soir. Tout semblait l’œuvre d’un grand farceur cosmique, se dit-il alors. Tout, depuis son arrivée au Kansas, semblait avoir été fait pour l’emmerder. Tout, depuis la voiture jusqu’à la ville réplique de Twin Peaks, en passant par sa malchance exposée sur fond de guitares par les groupes de sa jeunesse, tout était là pour qu’il se sente poursuivi par une poisse de grande envergure, une blague cosmique de premier ordre. Là-haut, un salopard devait se pisser dessus depuis son nuage en suivant les Aventures de Dale au Kansas.
Le match devait voir s’opposer les City Chiefs et les Giants, autrement dit, le Kansas contre New-York.
« Va chier, maugréa Dale, adossé au comptoir, le regard posé sur un des écrans plasma où apparaissaient les sigles des deux équipes.
- Euh… bonsoir », fit une voix hésitante derrière lui.
Il pivota vers Betty, qui avait laissé tombé ses cheveux en cascade depuis la dernière fois, et lui sourit.
« Désolé, dit-il, j’étais perdu dans mes pensées. T’aurais une table, ou même de la place au comptoir, pour manger un truc ?
- Bien sûr, fit-elle joyeusement, presque toutes les tables de l’étage sont libres. Suivez-moi. »
Elle contourna le comptoir et s’engagea dans l’escalier en colimaçons, suivi de Dale, qui essaya de ne pas trop regarder son avantageux postérieur. La serveuse s’arrêta face à une table ronde, laissant Dale s’y installer.
« Je vous apporte la carte ?
- Euh non, ça ira… Un hamburger avec des frites, ça sera parfait.
- Et comme boisson ?
- Euh… Une bière, s’il te plaît.
- Ca arrive tout de suite ! » s’exclama-t-elle en pivotant vers l’escalier, laissant Dale dans la semi pénombre agréable de l’étage.
Effectivement, presque toutes les tables étaient libres. Seules deux étaient occupées, en fait, une par un couple d’une quarantaine d’années, l’autre par un homme seul, qui avait les yeux levés vers Dale. Celui-ci le salua d’un signe de tête, et l’homme lui répondit pareillement.
Il y eut soudain une grande acclamation venant du rez-de-chaussée, et Dale se tourna vers l’écran qu’il voyait encore parfaitement, par-dessus la rambarde à laquelle était collée sa table. Le match venait de commencer, et Betty lui apportait sa bière.
« Putain, New-York, t’as intérêt d’assurer », murmura-t-il une fois la serveuse repartie, en plongeant les lèvres dans son verre.
« Tiens, c’est lui là-haut, près de la balustrade, avec la bière. Oh, j’te parle mec ! »
Alex détacha avec peine son regard de l’écran, et se tourna vers Steve.
« Tu disais ?
- Je disais, reprit Steve, assis au comptoir à côté de son ami, que c’est lui, juste au-dessus, là. »
Alex se dévissa la nuque pour regarder à l’étage.
« Ah ouais, ton pote le New-Yorkais… Chambers ?
- Chandler, rectifia Steve. Dale Chandler.
- Ouais. Ben à part sa bière, je vois pas grand-chose de lui là tout de suite. Mais je tâcherai de m’en remettre assez vite », ajouta-t-il en se retournant vers l’écran.
La foules des spectateurs poussa une vive acclamation, saluant le touch down réalisé à l’instant par le quaterback des Kansas City Chiefs. Bien qu’ayant raté ce passage, Ales et Steve se joignirent aux applaudissements.
Au même moment, Betty déposait un hamburger monumental devant Dale, et s’éloignait d’un pas dansant. L’homme, une frite à la main, se rendit compte que la personne à l’autre table avait l’air de se hisser sur sa chaise pour avoir un aperçu du match. Captant son regard, Dale désigna la chaise vide face à la sienne. Un peu de compagnie qui ne serait pas celle de lycéens lui ferait sûrement du bien. L’homme sembla hésiter, puis se leva, son assiette à la main, et s’approcha de Dale.
« Vraiment, ça ne vous dérange pas ?
- Mais non, assura Dale, je vous en prie.
- Je vous remercie, fit l’homme en s’asseyant. Alvaro Giovanni, ajouta-t-il en tendant la main.
- Dale Chandler, fit l’intéressé en la lui serrant, s’étonnant de n’entendre aucune pointe d’accent italien dans la voix de son interlocuteur. Alors, vos pronostics ?
- New-York contre le Kansas ? fit Giovanni en souriant. Qui d’autre que New-York peut l’emporter, monsieur Chandler ?
- Connaisseur, hein ? »
Dale s’octroya une gorgée de bière, observant subrepticement l’autre homme par-dessus le bord de son verre. Il portait une chemise noire, et semblait tout droit sorti d’un défilé de mode, ou d’un fantasme de la jeune serveuse, avec son visage fin, sa barbe de quelques jours et ses cheveux noirs mi-longs qui lui tombaient sur le front et les tempes. Dale fut bien forcé d’admettre, en refusant de s’appesantir sur le sujet, qu’Alvaro Giovanni était plutôt bel homme.
« Vous êtes de passage en ville, n’est-ce pas ? demanda ce dernier.
- C’est exact », répondit Dale.
Il était devenu brusquement suspicieux, sans raison particulière. C’était tombé comme un vent qui se lève d’un coup, sans prévenir, et ça avait déclenché une alarme dans sa tête, presque inaudible, mais du genre de celles qu’il avait appris à écouter. Peut-être était-ce dû à la façon dont l’homme venait de lui poser sa question, faussement décontracté, regardant par-dessus la balustrade au moment même où il la posait. Ou peut-être Dale Chandler avait passé une mauvaise journée, et commençait à devenir parano, depuis avant même son départ de la grosse pomme. Néanmoins, il avait l’impression que tout ce qui sortirait de la bouche de l’homme ne serait que mensonge.
« Et vous ? lui demanda-t-il. Vous êtes de Katalonia ? »
Alvaro Giovanni eut un rire bref.
« Non, non, pas du tout. Je suis également de passage, mais mes fonctions m’amèneront peut-être à demeurer ici quelques temps. Que faites vous dans la vie, si ce n’est pas trop indiscret ?
- Représentant en assurances », répondit Dale d’un ton qu’il trouva trop pressé. Il se força à faire un pause, mâchant un morceau de hamburger, et renchérit, d’un ton qu’il voulait neutre et désintéressé : « Et vous-même ?
- Je suis prêtre », répondit Alvaro Giovanni.
Un hurlement strident retentit à cet instant précis.
Faute de frappe: "Ales et Steve" ![]()
Toujours aussi génial...
Je préfère quand même cette partie à la précédente. Mais au moins, on ne se demande pas ce dont est capable ce cher prêtre ^^
J´ai l´impression que ça va vraiment commencer, alors je n´ai qu´une chose à ajouter: dépeche toi de nous pondre la suite, jeune hobbit!
Cette fois çi, ça rattrape largement le truc d´avant. L´action est claire, précise, le coup du motel m´a fait marrer, bref c´est trés bien. la suite, mon cher ![]()
Merci vous deux ![]()
Ce dernier chapitre est vraiment bien je trouve.
Celui du combat dans le champ de blé n´était pas mal non plus quoi qu´un peu confus. Voilà ![]()
Oui moi aussi je trouve que ce dernier chapitre est meilleur, y fait avancer l´histoire qui est encore un peu confuse pour moi (le combat aussi), sinon ben le style est bon ... et puis voila !!
on attend la suite ![]()
Merci vous deux
(bis)
Lu et approuvé ![]()
Aucun commentaire.
Ben on va aller loin avec ça ![]()
Au fait, un carambar au premier qui devine ce que fait vraiment Chandler, y´a des indices quand même.
et beh, on l´aura attendue cette suite! (sisi, deux semaines c´est trop long...)
Et ben rien à dire, c´est excelent
.
Et euh... un jour, je serais quoi dire face à un de tes textes ![]()
Bon, j´espere que tu nous fera pas attendre aussi longtemps la prochaine fois!
...
je me sens tellement utile en ce moment ![]()