« Vous en avez sûrement entendu parler, reprit le conducteur du ton de celui qui s’apprête à raconter pour la énième fois une histoire passionnante. C’était y’à quatre mois, en pleine nuit. Je m’en rappelle, parce que je campais avec Alex et Karl… »
Dale sourit. Comme toute histoire locale, où qu’elle soit racontée, il y avait forcément un passage qui commençait par « je m’en rappelle, parce que je… ». Ajourd’hui, c’était le camping, mais quand le jeune garçon la raconterait dans deux mois, il s’en rappellerait peut-être parce que cette nuit là, il raccompagnait sa petite amie chez elle, ou que les Socks venait de marquer un home-run décisif au dernier tour de batte. Il mit un terme à ses pensées et se concentra sur l’histoire que le jeune homme racontait, somme toute, d’une façon assez neutre, sans se mettre particulièrement en avant ; Dale en conclut que le récit avait de grandes chances d’être vrai.
« On était devant la tente, dehors, et on venait de faire un feu. Il était dix heures passées, il faisait nuit noire, et on voyait les étoiles briller. C’est quelque chose dans le Kansas, les étoiles, M’sieur Chandler. On a l’impression qu’on pourrait les attraper rien qu’en tendant le bras… Enfin bref, il faisait nuit, donc. On entendait pas un bruit à part les crépitements du feu, et j’me souviens que Karl a dit…
« Je crois que ça va péter », dit Karl.
Steve et Alex se tournent vers lui. Il fait nuit, et ils n’entendent aucun bruit à part le crépitement de leur feu. Autour de celui-ci traînent les emballages de nourriture qu’ils rassembleront dans les sacs plastiques avant d’aller se coucher dans la tente du père de Karl. Pour l’heure, rien ne presse ; ils sont assis devant le feu, Alex a sorti le pack de bières de la glacière, la nuit et le Kansas sont à eux.
« Hein ? lâche Steve.
- Je crois que ça va péter », répète Karl, étrangement sérieux.
Les deux autres échangent un regard, puis lèvent la tête vers le ciel. Aucun nuage ne masque les étoiles, qui paraissent si proches qu’on a l’impression de pouvoir les attraper rien qu’en tendant le bras. Si un orage doit éclater au Kansas, ce ne sera soit pas ce soir, soit pas ici.
« Qu’est-ce que tu… » commence Steve.
Il ne peut finir sa phrase que Karl, son poids réparti sur une jambe, son postérieur soulevé du sol, laisse échapper un gaz long et odorant, sous les expressions dégoûtées de ses amis.
« Oh putain, Karl ! peste Alex. T’es lourd, mec ! »
Steve acquiesce en lançant une barquette de viande vide à la tête du jeune garçon. Les trois campeurs gardent le silence un moment, l’odeur se dissipant, puis tous éclatent de rire en même temps.
« Le prochain, fait Alex une fois calmés, fait le devant le feu, ça le ravivera. »
Les garçons se remettent à rire, tandis qu’Alex passe à chacun une cannette de Budweiser, la seule bière que boive son père.
Ils passent le reste du pack de bière à parler de tout et de rien, avec une certaine propension à aborder certains sujets d’importance comme les filles, le lycée, les filles, le Nirvana, récemment relooké, les filles, et un peu des filles.
Au milieu de sa dernière Bud, Karl s’immobilise, la tête légèrement inclinée.
« Je crois que ça va péter, répète-t-il.
- Karl, prévient Alex, recommence et je te promets que tu dors dehors.
- Non sérieux, enchaîne l’adolescent, je crois que ça- »
Il n’achève pas sa phrase qu’effectivement, ça pète.
Un son monstrueux vient leur violenter les tympans, un son que tous identifient, pour ne l’avoir entendu qu’au cinéma, comme étant celui d’une explosion. La seconde d’après, alors que l’écho de la déflagration se fraye un chemin le long des champs de maïs, le ciel s’embrase.
Une boule de feu d’un blanc intense, d’abord aussi grosse qu’une étoile, apparaît au-dessus de leurs têtes, avant d’enfler et de grossir de façon presque obscène. Une seconde explosion, à peine moins forte, retentit, et le centre blanc de la boule de feu se colore d’un jaune lumineux qui s’étend rapidement au bord de la sphère monstrueuse, qui occulte à présent une bonne partie de leur ciel. Pendant un bref instant, chacun des trois garçons y voit aussi clair qu’en plein jour. Puis, comme si elle retournait de cacher dans les hauteurs insondables de l’univers, la boule de feu se flétrit, se replie sur elle-même, avant de disparaître totalement, laissant pour seule preuve de son existence son empreinte incandescente imprimée sur la rétine des trois ados.
« Putain, c’était quoi ? »
C’est Steve qui a parlé, d’une voix parfaitement calme, parfaitement audible aussi. Personne ne lui répond, parce que personne ne sait quoi lui répondre. Même si des mots se bousculent dans la tête de chacun (Ovni E.T. comète météorite trou noir Stargate satellite fusée armée putain de merde prototype nucléaire), personne n’ose en sortir aucun.
L’instant d’après, ça pète pour la troisième fois.
Une autre explosion, plus faible aussi bien en taille qu’en intensité lumineuse, a lieu dans le ciel. L’instant qui suit, une traînée lumineuse descend vers le sol.
« Une étoile filante ? suggère Karl, sceptique.
- Je crois pas », répond doucement Steve.
Ils sont debout, à présent, la tête levée vers les étoiles et cette chose qui se dirige vers eux. Car, aussi haute et lointaine qu’elle se trouve encore, ils en sont persuadé, elle arrive vers eux. Où elle va tomber, ils ne peuvent le savoir ; les chances que ça écrase leur tente sont infimes, mais ils y pensent quand même sans rien dire. Ca arrive vite ; ils voient le mouvement de la chose, et imaginent sa vitesse à la façon dont elle passe devant les étoiles du tableau noir suspendu au-dessus d’eux.
Puis ça disparaît. C’était là, et l’instant d’après, il ne reste plus rien de cette trace dorée en forme de larme. Le ciel nocturne a retrouvé sa quiétude, les étoiles y sont toujours accrochées, toujours brillantes, toujours inaccessibles.
Steve est le premier à rompre le silence :
« Putain… C’était quoi, ça ?
- Aucune idée », répondent en même temps Alex et Karl, sincères.
Steve s’apprête à dire quelque chose d’autre, n’importe quoi qui achève ce silence, lorsqu’il y a une brusque lumière vive, accompagnée d’un courant d’air qui les fait tomber à genoux. La traînée (Steve la compare aussitôt à une queue de spermatozoïde dorée) passe au-dessus d’eux, si près qu’ils comprennent ce qu’ils supposaient seulement, à savoir que le halo doré est en fait une enveloppe de flammes. Un bruit accompagne la chose dans sa chute, une sorte de sifflement grave, un son qu’aucun des trois ne réussira par la suite à reproduire avec exactitude. Karl crie. Steve le voit crier mais ne l’entend pas. Il crie lui aussi, du moins croit-il. Alex leur tourne le dos, aussi ne sait-il pas, mais il pense qu’Alex crie aussi.
Puis la chose s’écrase – ils l’entendent heurter le sol, et exploser pour la quatrième et dernière fois. La nuit s’accapare de nouveau le calme qui l’a trop longtemps quitté, et les garçons se relèvent, chancelant, des pointes de flèches lumineuses et sonores leur vrillant la rétine et les tympans.
« Et maintenant ? questionne Steve.
- On va voir », répond Alex.
Ce n’est pas une question, les deux autres le comprennent bien. Ce n’est pas non plus une suggestion ou une invitation ; Alex va voir, et ils viennent avec lui. Ils échangent sans rien dire un regard qui les met tous d’accord, et s’élance en courant à l’assaut de la colline sur le flanc de laquelle est montée la tente, abandonnant derrière eux leurs affaires. La chose qui vient de quitter le ciel s’est abattue à moins de trois-cents mètres d’eux ; plus tard, un homme de la NASA leur dira qu’ils ont eu une chance de tous les diables qu’elle ne se soit pas écrasé sur eux, que vue sa trajectoire, il s’en est fallu de peu qu’elle les réduise en cendres.
Pour l’heure, ils s’arrêtent au bord du lac, croyant à peine ce qu’ils voient.
Le lac est en feu.
De sa surface huileuse, sur laquelle se reflètent habituellement les constellation, ressortent de nombreux débris de métal et d’autre matériaux qui leur sont inconnus. Une longue plaque ressemblant à un panneau solaire est parcourue de petits éclairs bleutés, avant de lentement disparaître sous l’eau. Quelques autres morceaux d’acier sont parcourus de la même électricité résiduelle, qui se propage à la surface de l’eau et gagne quelques autres débris épars.
Sur la surface miroitante dansent de hautes flammèches d’un orange ardent, ondulant au gré du vent qui vient de se lever. Autour de l’étendue d’eau se trouvent également des flammes et débris ; Alex se penche pour en ramasser un. Il se redresse comme si l’objet l’avait mordu, en poussant un bref cri de douleur. Exposant sa paume aux deux autres, il révèle une zone de peau plus rose que le reste, en forme de croix.
Steve, Karl et Alex, sa main douloureuse plaquée contre son torse, restent trois bons quarts d’heures devant le lac qui continue à engloutir lentement la chose tombée du ciel, avant que les premiers gyrophares ne viennent faire clignoter l’horizon en rouge et bleu.
Excellent. Rien à dire, à part qu´il me semblait que les miles c´était uniquement anglais...
Enfin bref, vivement la suite. ![]()
J´ai trouvé certain passage un peu lourd au début. En revanche, j´ai adoré le passage sur l´accident, trés bien écrit, trés bien fait.
"Même si des mots se bousculent dans la tête de chacun (Ovni E.T. comète météorite trou noir Stargate satellite fusée armée putain de merde prototype nucléaire), personne n’ose en sortir aucun. "
j´adore ce passage
Voila, la suite ![]()
Tout lu et bien aimé.
L´intro, je pense que l´avis de Steve aurait suffit.
Alex arrive, ça soule vite, et même si y a un regain d´interêt avec betty-Lou et les deux autres, bah ça reste moyen...
Sinon, premier chapitre excellent, et le deuxième tout autant...
Peut être la vulgarité est trop utilisée sans que ça n´apporte rien...Je pense que tu devreéi y aller plus mollo... ![]()
Voilà, voilà...
Non, il me semble qu´on peut employer les miles aux US, mais je suis pas catégorique.
Sinon, merci à vous trois ![]()
(et coucou hipop
)
Perso j´ai tout de même trouvé l´intro assez réussie dans sa façon de procéder. Elle présente assez bien les caracs de ces quelques persos, et les différentes histoires, en brieveté. C´est vrai qu´en relisant, le deuxieme est trop c/c du premier, on croirait souvent que t´as juste changé les adjectifs et quelques verbes. Mais le ton est parfaitement là.
Ca vient ptet du fait que je suis en train de lire "it", et stephen king procède un peu comme ça d´une certaine manière: il donne toutes les infos sur les persos quand il les présente, leur vie ( enfin leur vie adulte ) etc, mais ne les disperse pas ( sauf pour leur vie d´enfants et évidemment quelques traits de caractère ).
Et moi je trouve ca plutot accrocheur franchement, et puis c´est original par rapport aux intros qu´on voit d´habitude sur le forum.
Vala juste mon ptit avis ^^
Eheh, je savais bien que je trouverais une faute:
"Ils échangent sans rien dire un regard qui les met tous d’accord, et s’élance en courant"
Sinon bah j´aime
Même s´il est vrai que la redondance de l´intro est un peu lourde. En fait j´ai juste survolé la partie d´Alex après avoir lu les premières phrases.
Bon ben c´est vrai que les autres passages sont en fait nettement supérieurs à l´intro, mais je pense qu´on en a déjà assez parler. ![]()
Du tout bon, sinon.
Merci à vous^^ Et merci pour la faute, Linka ![]()
Wow, je suis impressionné. C´est la première fic que je lis sur le forum écriture et je ne suis pas déçu !
J´ai bien aimé l´intro; les oppositions entre Steve et Alex m´ont beaucoup plus. En revanche, l´avis de Betty-Lou me semblait de trop.
Sinon au niveau des (ou du) premier(s) chapitre(s), je le(s) ai dévoré(s) ! L´histoire est prenante et le style agréable : elle sens bon le Kansas
Vivement la suite !
Bienvenue Tip-Ex, et merci à toi ![]()
Up.
Mets la suite au lieu de uper pour rien ![]()
Je uppe pas pour rien, je uppe pour que tu viennes m´emmerder, Linka ![]()
Le lien qui vous unit est teinté de tant de mystère...
« On est resté là trois bons quarts d’heure, disait l’adolescent, le regard toujours posé sur la route, avant que la police n’arrive. »
Bien sûr, son récit n’avait pas contenu autant de détails, tant de minutie. Pourtant, sans doute Dale en avait-il décelé une bonne partie, à la façon dont le narrateur le racontait, d’une voix teintée d’une nostalgie sous-jacente dont il ne se rendait peut-être même pas compte. Un sourire éclaira le visage de Steve, et il continua son histoire :
« La police, c’était deux voitures, le Shérif et son adjoint. Ils avaient l’air encore plus hébétés que nous. Ils nous ont demandé ce que c’était, qui faisait brûler le lac. Comme si on en avait la moindre idée ! Ensuite, pendant qu’ils délimitaient un périmètre de sécurité, d’autres voitures sont arrivées. Y’avait un ranger, qui patrouillait pas loin, et même un camion de pompiers et une ambulance. Et des journalistes, bien sûr. Je sais pas comment ils ont su qu’on était là les premiers, peut-être parce qu’on était les seuls à pas avoir d’uniforme, sans doute. Toujours est-il qu’ils sont venus vers nous, avec leurs flashs et leurs micros. Le Shérif nous a poussé vers l’ambulance, et a refermé la porte sur nous, ce qui fait qu’on a rien pu nous demander avant. »
L’adolescent marqua un pause, le temps d’adresser un sourire amusé à son passager.
« On a tous les trois eu notre photo dans le journal, vous savez ? Dans celui de Katalonia, dans celui de l’état aussi. Vous l’avez p’têt même vue, allez savoir ? »
Dale en doutait ; s’il se souvenait maintenant de l’incident dont parlait le jeune garçon, il avait fallu attendre la page quatre du Tribune – aussi rare et incroyable que ç’ait été – pour en lire le récit. Il se contenta pourtant de hocher la tête, et Steve poursuivit, débrayant à l’approche d’un virage :
« Bref, le lendemain matin, la police nous a demandé ce qu’on avait vu, c’est à dire la même chose que tous les habitants qui avaient le nez levé cette nuit-là. On leur a demandé ce que c’était, ce truc qui est tombé, mais ils en savaient rien non plus. Il a fallu attendre midi que deux experts de la NASA reviennent du lac pour qu’on sache, mais on s’en doutait déjà tous plus ou moins, rapport au téléphone qui marchait plus. »
Nouvelle pause dans le récit, et Dale se dit qu’il était passé maître dans l’art de le rendre intéressant. La ville était à moins de trois miles lorsque l’adolescent reprit :
« C’était le satellite des télécommunications, celui qui assure le réseau et tout, pour le Nord de l’état, les Smoky Hills surtout, et aussi un peu le Sud du Nebraska. D’après eux, il avait du être heurté par une comète, ou un petit météore. Il avait dû être trop petit pour être perceptible sur leurs écrans de contrôle, mais suffisamment pour endommager le satellite au bon endroit, et le faire tomber de l’espace. Un des deux mecs nous a dit qu’on avait eu beaucoup de chance ; en entrant dans l’atmosphère, le satellite s’est en partie désagrégé, et c’est seulement un morceau qui a fini dans le lac. Il a aussi dit que si toute la machine était tombé, on se serait pris notre forfait Internet sur le coin de la gueule. C’était un marrant. »
Nouvel arrêt dans le récit, suffisamment prolongé pour que Dale Chandler fut certains que ce n’était pas un nouveau break.
« Chouette histoire, commenta-t-il simplement.
- Vraie à 100%, précisa le lycéen sans aucune véhémence.
- Je te crois, répondit néanmoins Dale, je te crois. Je me souviens l’avoir lu dans le journal », ajouta-t-il.
Steve hocha la tête, l’air concentré sur sa conduite.
« Et après tout ça, qu’est-ce qu’il s’est passé ? s’enquit l’homme assis à sa droite.
- Pas grand-chose, répondit vaguement Steve. Le gouverneur a fait savoir au maire, qui nous a fait savoir à nous, qu’un nouveau satellite allait être remis en orbite d’ici peu. En attendant, on a passé une semaine sans téléphone, fixe ou portable, et sans Internet. A la fin de la semaine, ils avaient installé des relais aux quatre coins de la ville, et la NASA nous a offert cents cabines téléphoniques. Cents cabines ! Vous vous rendez compte ? On a au moins trois cabine par rue, toute rondes et métallisées, avec le logo de la NASA en gros sur le côté. C’est trop marrant, on se croirait dans un studio de cinéma. »
Dale sourit en s’imaginant une ville encombrée de plus de téléphones publics qu’elle n’en avait besoin, au design futuriste en contradiction frappante avec ses bâtiments qui n’avaient pas dû beaucoup changer depuis les quatre-vingts dernières années.
« Donc, poursuivit Steve, le téléphone classique remarche dès la fin de la semaine, et Internet la semaine d’après. Par contre, pas les portables. Des fois, on captait quand un hélico ou un avion avec son propre système passait assez bas, mais pas plus de quelques minutes. Donc, les gars de la NASA on installé des grandes antennes à certains endroits de la ville : le lycée, le centre commercial, le Nirvana – c’est un café -, la caserne des pompiers et le commissariat, et l’hôpital. Et avec tout ça, y’a encore les trois quarts de la ville où on capte que dalle, et en dehors, c’est pire. Voilà pour l’histoire ! » conclut-il joyeusement.
« Ouais, chouette histoire, répéta Dale, et il n’avait pas à se forcer pour paraître convaincant.
- Elle a du succès, c’est vrai, sourit Steve. On a dû la raconter deux-cents fois chacun, rien que la première semaine ! Y’a des filles que j’avais jamais vu qui m’ont adressé la parole, et même une qui a voulu sortir avec moi, alors qu’elle m’avait traité de connard la semaine d’avant. C’était marrant, quoi. »
Ca l’était sûrement, convint Dale en souriant. A la radio, Lynyrd avait été remplacé par Bowie, puis par les Stooges. Pour l’heure, Deep Purple emplissait l’habitacle, Gilian chantant que personne ne prendrait sa voiture, qu’il allait la faire foncer, bébé, qu’elle était la star de l’autoroute, sa voiture, à la vitesse du son, qu’elle allait, un vrai ouragan.
C’est bien moi, ça, pensa Dale, même la radio du Kansas se fout de ma gueule.
Chapitre 2
[A scene in mint and cherry : ]
Ils entrèrent dans la ville qui était exactement comme Dale s’y attendait ; des bâtiments rectangulaires et bas alignés au cordeau, des habitants se saluant en souriant, des rues et trottoirs impeccables, des façades colorées tout aussi propres. Il régnait comme une atmosphère inconnue du New-Yorkais, qu’il attribua hâtivement à l’air des petites villes de campagne. Steve dirigea le pick-up vers la gauche de la rue principale, judicieusement nommée "Main Street", et s’engagea peu après au travers d’un portail ouvert, encastré dans un mur de briques rouges foncées. Devant s’ouvrait la gueule béante d’un atelier, en face duquel des carcasses de voitures s’alignaient sur un côté, face à quelques autres véhicules, certains le capots ouverts, d’autres sur un élévateur mécanique. Le pick-up vint se ranger sur le côté droit en un créneau impeccable, et les deux hommes en descendirent.
Alors que les deux hommes marchaient vers l’atelier, un homme en sortit, son bleu de travail maculé de gasoil l’identifiant aussitôt comme un garagiste. A vrai dire, pour Dale, c’était LE garagiste, celui qu’on aurait vu sortir d’un film des années 50, entre deux pompes de Texaco rouge et argent, à la rencontre de son infortuné futur client, auquel il serrerait la main après s’être essuyé les siennes sur un chiffon rouge, qu’il glisserait ensuite dans sa poche de poitrine. Bien sûr, il aurait encore les mains un peu sales, peut-être même le visage légèrement noirci, mais est-ce que ce n’était pas ça aussi, le rôle d’un garagiste ? Dès les premiers pas et les premiers mots échangés, le conducteur d’un engin défaillant devait savoir que Le Garagiste travaillait, devait voir ce travail, même si ce n’était que de l’huile sur les mains et de la sueur sur le front. Et puis, sans vraiment y penser consciemment, Dale Chandler se disait que dans n’importe quelle ville de cette envergure, le garagiste local venait toujours vers vous en s’essuyant les mains sur un chiffon, même s’il n’avait pas touché un moteur depuis des jours, de la même façon qu’on vous servait un café en portant un tablier blanc trois heures après la dernière cuisson. Ca fait partie des conventions, sans doute.
« Salut Steve », lança le mécano d’une voix rauque et puissante en tirant un mouchoir rouge de sa poche de poitrine, et en commençant à s’essuyer les mains. Il semblait deviner que Dale était le véritable client, comme il devinait que Steve l’avait ramassé sur la route, à côté d’une voiture en rade. Il regarda l’homme tandis que Steve lui exposait le problème, puis, après avoir fait retrouver à son mouchoir l’abri relatif de sa poche, tandis sa main vers le New-Yorkais :
« Ted Hunnigan, Monsieur Chandler. Alors comme ça, votre voiture est en panne, hein ?
- Oui, répondit Dale en serrant la main du garagiste chauve et massif. Elle est en carafe au bord de la route euh… je sais même pas quelle route, à vrai dire, ajouta-t-il avec un sourire d’excuse.
- La route Est, intervint Steve. Celle qui passe près du champs de Billingsley. A environ… oh, huit-dix miles de la ville, je dirais.
- Très bien, fit le garagiste en se balançant sur ses jambes, si vous voulez bien me suivre à l’intérieur quelques minutes, monsieur Chandler. »
L’intéressé acquiesça, et avança derrière le mécanicien, Steve marchant toujours à côté d’eux.
L’intérieur de l’atelier était spacieux et frais, grâce notamment à la batterie de ventilateurs qui s’activaient au plafond. Il y avait un bureau, collé contre un mur, et surmonté de l’inévitable calendrier orné d’une pin-up. C’est vers ce bureau que le conduisait Ted Hunnigan, qui, après avoir invité son client à prendre place sur un des deux sièges, s’assit à sa place. Steve restait debout entre les deux hommes, à côté du bureau ; aucun des deux ne semblait savoir s’il lui appartenait de l’inviter à s’asseoir. Finalement, Dale, écartant le second siège du bureau, lui dit :
« Tu peux t’asseoir aussi, Steve. »
Le jeune homme s’assit donc, remerciant l’homme, et laissant la parole au garagiste, qui avait commencé à écrire sur une feuille de papier.
« De quel modèle est la voiture, monsieur Chandler ?
- C’est une Ford Thunderbird, de euh… j’ignore de quelle année. Plus de 1970, peut-être.
- Belle voiture, commenta l’autre homme sans lever la tête de sa feuille. Les papiers du véhicule ? »
Gêné, Dale se rendit compte qu’ils les avaient laissé là où l’homme de l’aéroport les avait mis, à savoir dans le pare-soleil. Il y avait d’ailleurs laissé également son permis de conduire.
« Bah, c’est pas grave, lui répondit le garagiste en reposant son stylo. Vous êtes de passage, ou vous restez à Katalonia ?
- Je reste pour quelques jours au moins, répondit Dale.
- Bien, s’exclama presque Hunnigan, bien. » Il consulta sa montre, et reprit : « Notre seule dépanneuse est partie y’a moins d’une heure de l’autre côté de la ville, et devrait pas être de retour avant encore une bonne heure. Dès qu’elle sera effectivement revenue, j’enverrai Mac chercher votre voiture, et on avisera alors. Y-a-t-il un numéro de téléphone auquel on peut vous joindre, M. Chandler ? », ajouta-t-il en reprenant son stylo.
Dale pensa vaguement à son téléphone portable, puis à l’histoire de Steve.
« Je logerai au motel des deux pins, répondit-il finalement.
- Très bon choix, rétorqua le garagiste. William Dunant est un hôte remarquable, et sa femme Teresa est sans doute la meilleure cuisinière de tout le Kansas. »
Il finit d’écrire sur sa feuille, puis se leva. Steve et Dale l’imitèrent, et marchèrent à sa suite vers l’extérieur ensoleillé. Une fois là, Dale se tourna vers Ted Hunnigan :
« Une dernière chose, pourrais-je utiliser votre téléphone ? »
Le garagiste frotta son front lisse d’un air gêné.
« J’ai bien peur que non, répondit-il. Il marche pas. Ceci dit, vous aurez aucun mal à trouver une cabine gratuite dans la ville. Figurez vous que la NASA… »
Il se lança brièvement dans le récit que lui avait servi Steve à l’aller, n’en racontant heureusement qu’une courte partie.
« Très bien, fit Dale, tendant la main au-dessus du sol poussiéreux. Merci, M. Hunnigan.
- Ted, répliqua l’homme en la lui serrant. Tout le monde m’appelle Ted, ici. Ted le mécano, comme dans cette vieille chanson de… de… enfin, cette vieille chanson !
- Deep Purple, renseigna Steve en souriant. "Ted the Mecanic", de Deep Purple.
- Je vois, dit Dale en hochant la tête, non sans penser que cela faisait deux fois dans la même journée que Deep Purple semblait se foutre de sa gueule et de sa caisse. Merci à vous, Ted. Je repasserai sûrement demain, en fin de journée.
- Pas de problème, conclut le mécano. Au fait, jolies bottes ! »
L’homme était debout, les mains sur les hanches, face à l’adolescent, une main sur le capot tiède de son pick-up.
« Bon, Steve… D’abord, merci pour tout, je te dois une fière chandelle. Juste une dernière petite chose, tu pourrais m’indiquer un endroit où je pourrais boire un truc et passer un coup de fil ? »
Il faillit ajouter quelque chose comme "si ça existe", mais se retint de justesse. Tous les habitants du Kansas n’étaient pas des péquenots, en atteste son jeune conducteur, alors peut-être que tous les endroits dans les trous paumés du Kansas n’étaient pas si miteux que ça.
« Le Nirvana, répondit aussitôt Steve, d’un ton de certitude inébranlable. Montez, ajouta-t-il en commençant à faire le tour du véhicule, je vous emmène.
- Non, opposa doucement Dale, c’est gentil, vraiment, mais t’as assez fait pour moi. Indique moi juste le chemin, ça sera largement suffisant. Et puis, t’as sans doute mieux à faire que de jouer les guides touristiques. »
Steve était déjà perché derrière son volant lorsque Dale acheva sa phrase. Il se pencha par la vitre ouverte et, souriant, acquiesça :
« C’est vrai ouais, j’ai des projets, j’avais presque oublié. J’ai un rendez-vous euh… (il consulta sa montre, puis haussa les sourcils) ouais, dans un quart d’heure. Au Nirvana. Vous grimpez ? »
Dale lui rendit son sourire sans avoir à se forcer, puis contourna le pick-up par l’autre côté.
« Merci beaucoup, Steve, fit-il une fois assis. J’ai bien de la chance que tu sois passé par là ce soir.
- Ouaip », convint simplement l’adolescent en plaquant sa main droite derrière le siège passager pour manœuvrer.
Excellent, vivement la suite et vivent les commentaires très utiles comme celui-ci.
(et pour rajouter un peu d´inutilité, parce que sinon ça fait trop sérieux : "et les deux hommes en descendirent.
Alors que les deux hommes marchaient vers l’atelier, un homme"==>Trois fois le même mot en deux lignes : chapeau!
D´ailleurs t´utilises très souvent le mot "homme")
![]()
ya le "peut-être parce qu’on était les seuls à pas avoir d’uniforme, sans doute." aussi ![]()
Mais que va-t-il se passer? Vous le saurez dès que ce cher petit hobbit aura la gentillesse d´écrire et de poster la suite de cette formadible histoire ![]()
Merci à vous deux
Désolé pour ces quelques fautes, merci de les avoir relevées^^
Bah figure toi que j´ai moins aimé ce chap´!
va savoir pourquoi...
Enfin, le truc c´est que...
Je veux la suite!