Avant de rechercher le meilleur projet visant à nous assurer la paix perpétuelle, commençons par voir sur quoi repose notre paix toute relative présente. Notre paix repose sur la dissuasion, nucléaire ou pas, cette dissuasion fonctionne selon un principe très simple : le pays attaqué doit être en mesure d’infliger plus de dégâts au pays attaquant qu’il n’en a lui-même subis. En clair : « si tu m’envoies une bombe sur la gueule, je suis en mesure de t’en envoyer deux. » Un pays voulant dissuader ses voisins de l’attaquer devra donc avoir une armée plus conséquente que ces derniers. Mais ses voisins, s’ils veulent eux aussi être en sécurité, devront de même avoir une armée plus grande. Cette dissuasion implique de facto une course sans fin à l’armement.
Toutefois, cette course est très loin de suffire pour dissuader un ennemi potentiel. En effet, si un pays belliqueux voit que celui qui cherche à attaquer a la possibilité de riposter, il fera tout pour l’empêcher de riposter : il le détruira purement et simplement. Notre arsenal nucléaire rend cette possibilité tout à fait envisageable. L’état des nations qui comptent sur leurs armées est donc celui d’une guerre perpétuelle où, au gré des alliances et des ruses, personne n’est assuré d’être jamais en sécurité.
Pour y remédier, il suffit d’examiner, comment, à une autre échelle, les hommes entre eux (et non pas les nations) y ont remédié. Comme je l’expliquai sur ce topic (
https://www.jeuxvideo.com/forums/1-55-552579-1-0-1-0-0.htm ), les hommes à l’état de nature sont eux aussi dans une guerre perpétuelle. Remarquant que cet état est certainement le moins aisé à leur conservation, ils ont décidé d’un commun accord d’aliéner leur droit de défense à un État. En effet, à l’état de nature, les hommes sont seuls juges de ce qui est bon ou non à leur conservation, ils sont libres de tuer et risquent donc eux-mêmes d’être tués pour un oui ou pour un non. Dans une société civile, ils s’obligent d’un commun accord à respecter des lois que la police est là pour faire respecter. Par exemple, tuer un voleur qui cherche à vous détrousser revient à le condamner à mort dans un procès ou vous êtes à la fois partie civile, juge et bourreau, en violation de toute les lois de l’équité. Seul l’Etat est là pour faire respecter, via la police, un processus judiciaire équitable et accepté par tous.
Pour en revenir aux nations, il suffit d’y appliquer la même chose, à plus grande échelle. En effet, les nations sont similaires à un homme en l’état de nature : elles sont libres de tout vis à vis des autres de puissances tant qu’aucune loi internationale n’a été prise. Les nations n’ont pas encore compris le danger du processus dans lequel elles sont imbriquées. Par exemple, les grecs ont longtemps considéré la guerre comme une bonne chose, ce n’est que quand Athènes a failli être détruite qu’ils ont compris les ravages qu’elle pouvait faire. Quand les nations auront compris cela elles feront la même chose que les hommes, à savoir qu’elles désigneront une organisation supranationale de type fédérale à laquelle elles aliéneront tous leurs droits de défense, c’est-à-dire leurs armées. Les armées nationales disparaîtront au profit d’une « police du monde » qui règlera tous les conflits selon une jurisprudence établie unilatéralement.