On pose souvent la question : Que reprochez vous au libéralisme ?
Et bien, en ce qui me concerne, je reproche peu de chose au libéralisme classique.
On pense souvent à tort par exemple que Smith, Turgot, Jefferson ou Condorcet défendaient le non-interventionnisme et la suprématie de l’individu sur la société. Cela est faux, ni Smith, ni Turgot n’étaient non-interventionniste ni même individualiste.
Ces deux points sont pourtant la base de la discorde de beaucoup d’opposants.
Mais concrètement Condorcet et Jefferson défendaient un service public fort dans certains domaines (l’éducation, l’énergie par exemple) tout comme Walras.
Smith défendait l’intervention de l’état quand elle était « d’utilité publique » ou qu’elle profitait au « bonheur de la communauté ».
Je rappellerai aussi sa considération sur l’enrichissement : « Pourquoi a-t-on plus qu’un quignon de pain et une masure ? Pour être regardé »
Il limitait d’ailleurs lui même sa théorie de la main invisible : « L’intérêt particulier de ceux qui exercent une branche particulière de commerce ou de manufacture est toujours, à quelques égards, différent et même contraire à celui du public »
Quand a Turgot, lui aussi, tout comme Smith pensait que « si la sauvegarde des droits naturels exclus certaines interventions de l’état, elle en exige d‘autres »
Il mit sa pensée en application en créant par exemple un service public de la chimie qui permit de découvrir la composition du salpêtre et par la même occasion de le produire de manière synthétique. Cette création préservait le droit de propriété qui était bafoué, puisque les caves étaient visités pour en extraire le salpêtre.
Alors concrètement, les pères fondateurs du libéralisme ne défendaient ni la non-intervention de l’état, ni la suprématie de l’individu sur la société. La différence saute donc aux yeux avec Friedman ou Hayek. Les classiques proposaient plus de libertés mais pas forcement moins d’état. Turgot voulait limiter « au respect des droits naturels » et Smith voulait « plus de bonheur ».
L’application actuelle et celle de Friedman et Hayek qui eux défendent les thèses du non interventionnisme et de l’individualisme ou encore leurs approbations des inégalités de revenus qui selon Hayek empêcherait la liberté du marché « de produire ce qui est, dans un certain sens, un optimum » (d’inégalité ? de paupérisation ?)
Alors finalement entre ce nouveau libéralisme et le classique il y a peu de points communs.
En conclusion, est-ce que défendre la non-intervention et la suprématie de l’individu ne serait pas mal connaître le libéralisme?