"Cher monsieur Besancenot,
Si je prend mon Parker favori aujourd´hui dans ma cellule de la Santé, c´est que j´ose espérer que vous vous pencherez sur ma lettre, ou tout du moins, qu´on s´y penchera pour vous.
Comme vous le savez sans doute, je fais partie du groupe des cinq cents prisonniers politiques issus de l´association libérale Liberté Chérie, groupe dont vous aviez demandé l´internement et le suivi psychiatrique. Depuis trois ans déjà, je me vois infligé quotidiennement des séances de propagande par vos zélés médecins. Quelques thèmes abordés : le devoir de solidarité, l´intérêt général comme religion, la propriété bourgeoise, le héros Trotsky, la peste libérale... j´en passe et des meilleures. Ces heures de travail « collectif, solidaire et citoyen » ne m´ont rien apporté si ce n´est un renforcement de mes convictions. Sur mon lit (peu confortable au demeurant), je continue de réciter Rothbard (en particulier ce passage «A long terme, c´est nous qui l´emporterons... La botte cessera un jour de marteler le visage de l´homme, et l´esprit de liberté brûle avec tant de force dans sa poitrine qu´aucun lavage de cerveau, aucun totalitarisme ne peuvent l´étouffer. »), puis je pense à Hayek, Revel, Tocqueville et rêve d´épouser le sosie de la sculpturale Ayn Rand à l´heure où d´après la télévision d´Etat, des cours de marxisme sont dispensés dès l´école primaire.
Vous pourriez constater de vos yeux propres l´échec des méthodes staliniennes (ah non, je sais ô combien vous haïssez ce mot) si vous n´étiez pas trop occupé par votre « Révolution prolétarienne ».
En conséquence, je vous saurais gré de commuer ma peine en un châtiment plus dur : l´exil aux Etats-Unis d´Amérique. Vous n´avez de cesse de conspuer ce pays, sans aucun doute à juste titre. Il me semble donc que m´envoyer dans cet enfer ultra-libéral m´éclairera plus sur les joies du système solidaire tant vanté. En sus, mon départ permettra d´économiser le travail des fonctionnaires du Service de la Répression. Ainsi, vous concilierez un succès certain (au su des médias prolétariens, il me paraît impossible d´apprécier l´infâme contrée de la présidente Rice) et une efficacité accrue de votre administration. Il vous appartient cependant de juger, je ne veux jouer ici que le rôle du conseiller avisé.
En priant pour recevoir une réponse favorable à ma requête,"