27 novembre 2003
La France bat l´Allemagne, mais pas l´Angleterre...
Les évènements sportifs donnent parfois l´occasion de faire des parallèles amusants avec les évolutions économiques. Dans un monde où le discours des économistes est souvent ennuyeux, il ne faut certainement pas s´en priver. Ainsi, la victoire de l´équipe de France de football au Mondial 98 et à l´Euro 2000 avait été de pair avec une croissance époustouflante de l´économie française : 3,7 % par an de 1998 à 2000. Inversement, l´écroulement des Bleus lors du Mondial 2002 avait coïncidé avec l´entrée de l´économie hexagonale dans une ère de croissance molle, qui n´est malheureusement toujours pas terminée.
Pourtant, dans cette traversée du désert, la France peut toujours s´enorgueillir d´une " réussite" : sa croissance est toujours supérieure à celle de l´Allemagne. Ainsi, alors que depuis 2001, cette dernière a connu deux récessions et affiche une croissance annuelle moyenne de 1,3 % de 1997 à nos jours, la France a évité la récession et vu son PIB augmenter de 2,3 % par an sur la même période. Comble de la " réussite" : en dépit de la forte reprise du climat des affaires dans l´industrie germanique depuis l´été dernier, le PIB allemand devrait tout juste stagner en 2003, tandis que celui de l´Hexagone devrait croître de 0,2 %, voire 0,3 % si l´INSEE pratique quelques révisions statistiques dont elle a le secret.
Or, comme par hasard, les Bleus du ballon rond ont largement dominé leurs homologues allemands la semaine dernière en les battant 3-0. Sur le terrain économique, notre victoire s´explique principalement par trois qualités que les Allemands ne possèdent pas :
- un mini baby-boom depuis 1998,
- un secteur de la construction très vigoureux,
- un fort dynamisme des services qui permet de contrecarrer l´atonie industrielle.
Mais ce qui est vrai au foot et en économie vis-à-vis de l´Allemagne ne l´est pas forcément au rugby et en matière de croissance vis-à-vis des Anglais. Ainsi, à l´instar des rugbymen français, les performances de l´économie hexagonale restent très loin du dynamisme de leurs homologues britanniques : 45 trimestres consécutifs de hausse du PIB outre-Manche, une croissance de 2,9 % par an depuis 1993, un taux de chômage de 3 % ( 5 % aux normes du BIT). Mais ce dynamisme n´est pas fortuit, il s´explique notamment par un pragmatisme de la politique économique qui tranche avec le dogmatisme des Français et des Eurolandais.
Cette réussite passe notamment par une Banque d´Angleterre qui défend deux objectifs, l´inflation et la croissance, mais aussi par une dépense et une dette publiques qui ne représentent que respectivement 40 % et 32 % du PIB. A titre de comparaison, ces poids sont de 54 % et 62 % dans l´Hexagone. Parallèlement, la structure de l´économie britannique est beaucoup plus souple, réactive et flexible, en particulier en matière de création d´entreprise et d´emploi. Voilà ce que nous devons réaliser en France pour espérer retrouver le chemin d´une croissance durablement supérieure à 2 %.
N´oublions pas que, tant sur le terrain économique que sportif, la victoire est un travail d´équipe. Les membres de cette dernière doivent donc être solidaires, savoir reconnaître leurs erreurs et pratiquer les ajustements ( voire les réformes) nécessaires pour les corriger. Ils doivent également être continuellement motivés, ne pas être perturbés par des pressions ( fiscales ou réglementaires par exemple) trop importantes et, surtout, être confiants quant à leur capacité de gagner. C´est lorsque ces forces sont présentes que la France gagne, car elle nous a montré qu´elle savait gagner au foot, au rugby ou en économie. A l´inverse, si les dissensions, les rigidités et la défiance l´emportent, la France perdra. Et ça aussi, nos équipes de football ou de rugby nous ont souvent montré que nous savions bien le faire...
Marc TOUATI
supportez l´equipe de France, c´est supporter la croissance!!!