Turquie: la menace néo-ottomane
" 100 millions d’habitants; l’Europe peut gérer cela" proclamait l’année dernière Mesut Yilmaz, Premier ministre turc, suite à ce qui ressemblait à une acceptation conditionnelle par l’Union de la candidature de la Turquie. Le processus, même s’il peut encore être long, est désormais théoriquement inarrêtable: avant deux décennies, la Turquie et ses futurs 100 millions d’habitants seront membres de l’Europe moderne.
Au-delà de l’absurdité économique d’une telle entrée ( différence importante de développement et de PNB, qui en ferait un poids pour l’Europe et que souligne encore plus la crise financière turque actuelle) et du bilan en terme de Droits de l’Homme ( torture généralisée, violations des libertés récurrentes), l’inclusion dans l’Union de la Turquie est une aberration historique. Pendant cinq siècles, nous avons été en conflit avec la puissance ottomane. Celle-ci entendait conquérir l’Europe et éradiquer le Christianisme et nous n’avons dû notre salut qu’à la détermination de certains de nos ancêtres, en dépit de la trahison d’autres…Plus généralement, c’est contre l’islam en tant que force civilisatrice et idéologique que l’Europe s’est souvent rassemblée. 14 siècles de lutte sont plus déterminants que l’islamophilie des convertis et des intellectuels en mal d’orientalisme.
La force démographique et religieuse de la Turquie de demain en fait un ennemi naturel. Et même si l’ennemi peut être en soi respectable, ce n’est pas pour cela qu’il faut être aveugle. La jet-set corrompue et occidentalisée des bords de la mer Noire représente une minorité; la majorité des Turcs se définit comme un ensemble ethniquement et culturellement homogène et ne jetterait pour rien au monde son nationalisme même dans les faubourgs de Hambourg ou de Paris.
En attendant la réalisation de ce funeste développement, la Turquie nous importe ici plus particulièrement par le rôle de pôle d’immigration vers l’Europe et de diffusion de l’islamisme. La force des islamistes est apparue ces dernières années avec la montée en puissance électorale du Fasilet Partisi qui bien que dans le collimateur des militaires turcs n’en continue pas moins à jouer son rôle de rassemblement et d’émulation des activistes musulmans. Le Fasilet est proche des Frères Musulmans, eux-mêmes en étroite symbiose avec l’Arabie Saoudite. Aux franges du parti naviguent même des organisations radicales impliquées dans le meurtre de dizaines de personnes et qui font partie de la nébuleuse wahhabite. De plus, la diaspora turque dans l’Union -plus de trois millions de personnes- est quadrillée par les intégristes. Le gouvernement turc, officiellement laïque, n’en joue pas moins un jeu trouble en organisant l’Islam de cette diaspora sur des bases fondamentalistes.