PARIS ( AFP) - Jacques Chirac a appelé à la " vigilance" et à la " détermination" contre l´antisémitisme qui " n´a pas sa place en France" en inaugurant mardi le Mémorial de la Shoah, au coeur du quartier parisien du Marais.
" Je veux redire avec gravité que l´antisémitisme n´a pas sa place en France. L´antisémitisme n´est pas une opinion. C´est une perversion. Une perversion qui tue", a déclaré le président de la République.
" Qu´elle suinte par l´écrit, la parole, la télévision, l´ordinateur ou le satellite, cette haine est intolérable", a poursuivi Jacques Chirac en faisant valoir que le gouvernement " met et mettra tout en oeuvre pour que cesse l´antisémitisme". Il a ajouté que " si la France est déterminée à la vigilance, à l´intransigeance dans son combat contre le refus de l´autre, c´est parce qu´elle n´ignore rien de son histoire et de ses responsabilités passées".
Rendant hommage " aux Justes, conscience et honneur de notre pays" qui ont sauvé la vie de nombreux juifs de France, Jacques Chirac a ajouté: " Je n´oublie pas non plus les heures les plus sombres de notre histoire". " La France se devait de reconnaître sa responsabilité. Elle se doit de tout faire pour rester fidèle à l´héritage humaniste qu´elle avait alors trahi", a-t-il déclaré.
Jacques Chirac a été le premier président de la République à avoir reconnu la responsabilité de l´Etat français dans la déportation des juifs, dans un discours au Vel d´Hiv le 16 juillet 1995.
Il a aussi estimé que la " blessure" infligée au peuple juif " suffirait à elle seule à justifier, si besoin était, la nécessité d´un Etat dont l´existence garantisse le +plus jamais ça+": " Israël dont la France est l´amie et qui aspire légitimement, comme les Palestiniens et tous les peuples de la région, à vivre en paix et en sécurité, dans des frontières sûres, acceptées et reconnues par tous".
L´ancienne ministre Simone Veil, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, Eric de Rothschild, président du Mémorial, Roger Cukierman, président du CRIF, Serge Klarsfeld, président de l´association des Filles et Fils des déportés juifs de France, étaient notamment présents, ainsi que le président de l´Assemblée nationale Jean-Louis Debré, le maire de Paris Bertrand Delanoë, Bernadette Chirac et Anne-Marie Raffarin, ainsi que plusieurs ministres.
Des portraits de personnes qui ont échappé à la déportation dans les camps parce qu´elles étaient cachées en France, sont projetées au mémorial de la Shoah, le 24 janvier 2005 à Paris
© AFP Jack Guez
Au début de la cérémonie, les participants ont observé un moment de silence en hommage à tous les déportés. Le Mémorial se veut institution de référence en Europe pour la Shoah, comme le musée de l´Holocauste à Washington ou Yad Vashem à Jérusalem.
Jeudi matin, Jacques Chirac inaugurera en Pologne la nouvelle exposition du pavillon français à Auschwitz, où il prononcera une allocution, avant de participer, dans l´après-midi, à la cérémonie internationale marquant la libération par l´Armée rouge du camp nazi.
Pour leur part, le ministre de l´Education nationale, François Fillon, et la présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, Simone Veil, se rendront ensemble mardi à Drancy ( Seine-Saint-Denis). Dans cette ville d´où quelque 67.000 hommes et femmes ont été déportés vers les camps, notamment Auschwitz, M. Fillon et Mme Veil se rendront au lycée Eugène Delacroix où ils dialogueront avec des jeunes de Drancy, élèves de CM2, 3e, 2e et 1e.
M. Fillon et Mme Veil iront ensuite au mémorial de Drancy où ils déposeront une gerbe. Cette cérémonie se déroulera en présence de Serge Klarsfeld, président de l´association des fils et filles des déportés juifs de France