C'est l'occasion de citer un passage d'Alain que j'ai lu tout à l'heure :
"Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l'obéissance il assure l'ordre ; par la résistance il assure la liberté. Et il est bien clair que l'ordre et la liberté ne sont point séparables, car le jeu des forces, c'est-à-dire la guerre privée à toute minute, n'enferme aucune liberté ; c'est une vie animale, livrée à tous les hasards. Donc les deux termes, ordre et liberté, sont bien loin d'être opposés ; j'aime mieux dire qu'ils sont corrélatifs. La liberté ne va pas sans l'ordre ; l'ordre ne vaut rien sans la liberté. Obéir en résistant, c'est tout le secret. Ce qui détruit l'obéissance est anarchie ; ce qui détruit la résistance est tyrannie. Ces deux maux s'appellent, car la tyrannie employant la force contre les opinions, les opinions, en retour, emploient la force contre la tyrannie ; et, inversement, quand la résistance devient désobéissance, les pouvoirs ont beau jeu pour écraser la résistance, et ainsi deviennent tyranniques. Dès qu'un pouvoir use de force pour tuer la critique, il est tyrannique. Voilà d'après quoi un citoyen raisonnable peut d'abord orienter ses réflexions.
Au point où nous en sommes, et étant posé que le droit de critiquer est dans nos institutions et dans nos moeurs, je vois que la désobéissance est le moyen assuré de fortifier le virus tyrannique, dont le pouvoir n'est jamais tout à fait exempt.[...]
Je lis souvent une revue d'instituteurs syndicalistes ; il est clair qu'ils se donnent à leur métier ; il suffit de lire ce qu'ils écrivent sur les leçons de grammaire ou d'arithmétique pour en être assuré. Voilà les fruits de la liberté. Si dans leurs congrès, ils définissaient bien clairement le devoir de résistance et le devoir d'obéissance, la tyrannie serait sans forces."