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Une constatation de Maurras

sejr
sejr
Niveau 10
01 avril 2013 à 02:09:23

Slt,

Je vous propose un extrait de l'article Le Cinquantenaire de la République de Charles Maurras parut en 1925. Ce texte n'est pas sans présenter des analogies sur le politique d'aujourd'hui... c'en est même déroutant.

"... Ce qui me plaît et d’ailleurs me choque, et au surplus m’émerveille,
dans ces pauvres petites apologies de la République, c’est que bien peu
abordent franchement la question du résultat ! C’est au résultat que l’on juge
un mode de gouvernement. C’est pour les résultats produits par la royauté
(création, constitution, organisation millénaire de la patrie) que nous adhérons
à la royauté. C’est pour les résultats moraux, territoriaux, nationaux
qu’elle a produits depuis cent trente ans que nous abhorrons la démocratie.
C’est pour la qualité particulièrement décadente et diviseuse de ses résultats
de tout ordre que la troisième République nous semble proclamer sa propre
déchéance.
Naître de la défaite ; se voir recommander et imposer par Bismarck et pour
la commodité de Bismarck ; parler quinze ans de revanche et en un demisiècle
ne savoir ni ne vouloir choisir l’heure de cette revanche ; ne pouvoir
éviter cependant la guerre allemande ; ne l’avoir ni prévue ni préparée ; se
la voir imposer ; en porter tout le poids ; y sacrifier toute la fleur de sa
population ; ne savoir même pas travailler à l’abréger utilement ; mais la
terminer avant l’heure ; en laisser le fruit à tous ses alliés ; manquer la paix
après avoir manqué l’armistice ; perdre toute autorité sur la mer sans même
avoir retrouvé, sur le continent, les frontières de 1814 ; se placer, dans l’ordre
maritime comme dans l’ordre financier, à la merci des alliés anglo-saxons
de façon d’autant plus complète qu’un immense empire colonial leur est
offert, pour ainsi dire, comme un gage indéfiniment tentateur ; subir tous ces
revers extérieurs en raison composée d’une abominable politique intérieure
de divisions religieuses, morales, domestiques, fiscales et sociales qui a brisé
net l’essor de la natalité et, par là même, la plupart des autres virtualités
nationales ; vivre ou bien plutôt végéter sous une direction empirique et
routinière qui livrait la continuité comme le progrès aux impulsions des
éléments et des parties, quand ce n’était pas des partis, le tout sans vue
d’ensemble ni plan général ; n’avoir ni chef constant ni ministres stables,
ni règle arrêtée ; osciller perpétuellement d’une fièvre d’agitation stérile,
faussement dite « avancée », à une inertie plus stérile encore, faussement
qualifiée de « conservatrice » ; être, toutes choses égales d’ailleurs, moins
nombreux, moins puissant, moins éclairé qu’en 1870, où l’on était moins
nombreux, moins puissant et moins éclairé qu’en 1789. C’est tout ce dont
cette troisième République peut essayer de se réjouir ou de s’enorgueillir !
L’entreprise est si faible en soi et, pour le spectateur, elle est si ridicule qu’il y
aurait de notre part une certaine bonté d’âme à lui donner trop d’importance.

Pour qui sait voir, les tristes débats fiscaux de la Chambre illustrent
bien et font parfaitement ressortir la nature profonde du parlementarisme
républicain.
C’est un régime idéologique et absolutiste, d’une part, impulsiviste de
l’autre.
Il est absolutiste et idéologique en ce sens que, à un moment donné, tout
s’y trouve sacrifié de façon absolue à un « Idéal » : n’importe lequel. Cet Idéal
peut changer chaque jour, au gré de l’impulsion. Mais quel qu’il soit, il doit
tout ployer, tout briser, tout pulvériser.
Dans cette espèce de théocratie versatile, le dieu du Jour, de l’Heure,
de l’Instant, est revêtu de tous les attributs de puissance, de perfection et de
bonté, illimitée et absolue.
Ce n’est pas un dieu, ce n’est même pas « le Dieu ». C’est Dieu pur.
De bons chrétiens comme Boileau raillaient parfois l’innocent travers
ecclésiastique dérivé de préoccupations éternelles appliquées à l’ordre terrestre
:
Abîme tout plutôt ! C’est l’esprit de l’Église.
Dans la vérité des faits, les personnes ecclésiastiques sont modérées,
pondérées et équilibrées par leur sens affiné et profond des réalités.
Si l’Église eût été aussi despote que le disait Boileau en riant ou que le
croyait sincèrement Voltaire (janséniste d’origine, comme nous le rappellent
les belles conférences de M. Bellessort) notre Église de France n’eût pas
donné à la monarchie un si grand nombre de politiques supérieurs. L’Église
a toujours associé un sens aigu du relatif à l’enseignement théologique de
l’absolu.
La contre-Église républicaine est incapable de ces distinctions et de ces
approximations ; ses absolus sont successifs, elle fait et défait tour à tour
ces provisoires faux dieux ; à son moment chacun impose une obédience
plénière, un nivellement, un écrasement complet des volontés et des intérêts,
des pensées et des sentiments. Hier, à propos du Vatican, le Laïcisme était Dieu. Aujourd’hui, la Répression rigoureuse des fraudes est Déesse.
Tout doit céder à la fureur du matin ou du soir. On objecte la loi, loi faite
de la veille ou du siècle passé ? Il n’y a plus de loi que celle qu’il s’agit de
barbouiller séance tenante. On objecte le Code ? Le Code doit marcher avec
tout le reste. Vous tuez la famille ? Vous brisez le foyer ? Et, dans un pays
de petite propriété comme la France, vous anéantissez toutes les espérances,
toutes les providences de l’avenir ? Il n’importe. Une seule chose importe :
faire payer. On payera. On sera sucé, rongé, mangé, vidé, tué, mais on payera !
On payera, morbleu ! Le vieux parti républicain fait figure de personnage de
comédie. Tout est subordonné à sa passion et à sa manie ; là-devant, tout
doit céder, ou fondre, s’évanouir ou se prosterner dans la poudre.
Oui, telle est la fureur qui administre et gouverne ce pays depuis quarante
ans. Nous avons dit les résultats. Ils ne sont pas pour étonner. L’étonnant,
c’est plutôt la résistance du territoire, l’endurance de la population,
le maintien de la nationalité, la survie de la France ; par quelle étrange et
fière accumulation de vitalité tout cela n’est-il pas épuisé depuis de longs
jours ! "

:fish: Qu'en pensez-vous ???

Pseudo supprimé
Pseudo supprimé 01 avril 2013 à 09:56:18

Ca ne manque pas d'intérêt . Maurras est un de nos grands intellectuel français.

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