Scolari ou l´art du contre-pied
Luis Felipe Scolari a annoncé mardi que Ronaldinho (Paris SG) et Ronaldo (Inter Milan) seront, sauf cataclysme, du voyage avec la sélection brésilienne pour la prochaine Coupe du Monde. En revanche, le sélectionneur brésilien ne cédera pas sous la pression d´un public hostile à ses méthodes concernant le retour de Romario.
Trente-septième minute du match contre la Yougoslavie, le public brésilien du stade Fortaleza scande le nom de Romario sans interruption. Quelques jours plus tôt, Felipe Scolari n´avait pas jugé opportun de rappeler l´ancien buteur de Barcelone dans les rangs d´une sélection brésilienne qui peine à inscrire des buts. Idole du pays et véritable héros de la Coupe du Monde 94, Romario n´en demeure pas moins un attaquant fantasque à la réputation douteuse. Pilier de bar, allergique au travail, "trop indiscipliné" selon Scolari... Tout ce qu´il ne faut pas à la Seleçao, qui doit composer avec un énergumène qui cultive déjà cette réputation : Vampeta, l´éphémère milieu de terrain de l´Inter et du Paris SG.
L´entraîneur moustachu se suffit des prestations de Luizao et d´Edilson, ses hommes à lui, et encaisse sans broncher les virulentes critiques dont il est l´objet. Luis Felipe Scolari cultive cette image "brut de décoffrage" et ne justifie que très rarement ses choix, ou alors de manière maladroite. Au pays de la samba, on goûte très peu ces pratiques surtout quand il s´agit de la "Seleçao", que l´on considère comme le sacro-saint de la culture brésilienne. Ainsi, à son arrivée à l´aéroport de Fortaleza, il est accueilli au son des "buro, buro". Traduction faite, Scolari est un imbécile qui ne saurait amener le Brésil au sommet du football mondial. Qu´à cela ne tienne pour le successeur d´Emerson Leao au poste très exposé de sélectionneur, qui n´a eu de cesse de protéger ses joueurs... et ses choix. "Je suis toujours ma propre route, se justifie ainsi "Felipao". Donc, tout se focalise sur moi".
Dur, dur, vous l´aurez compris, d´être sélectionneur au Brésil, dont le public cultive toujours le principe naïf du joueur en forme automatiquement appelé en sélection nationale, même au détriment de l´équilibre du groupe. Les mœurs des supporters n´évoluent que très peu, mais heureusement pour les quadruples champions du Monde, certains joueurs rayonnent et font encore rêver.
"Ronaldo et Ronaldinho d´ores et déjà Mondialistes"
Très satisfait du comportement de sa doublette Ronaldinho-Ronaldo face à la Yougoslavie, Scolari a semble-t-il trouvé la clé des champs en optant pour l´association de ces deux artistes. Si le joueur de l´Inter Milan avait converti les deux actions franches qu´il s´est procuré contre les Yougoslaves, nul doute que la satisfaction aurait été totale. Mais lui préfère déjà se référer à la confiance que lui accorde le sélectionneur. "Je remercie Félipao pour m´avoir donné cette chance, a ainsi déclaré Ronaldo. "Je dois redevenir le meilleur, et si j´ai raté quelques buts, je les réserve pour la Coupe du Monde". Ronaldo a moins de deux mois pour se refaire une santé en béton, sans se soucier d´une non-convocation pour le Mondial.
Autre élément qui effectuera à coup sûr le voyage en Corée du Sud et au Japon : Ronaldinho Gaucho. L´attaquant parisien, qui a retrouvé l´ensemble de ses sensations, est la grande satisfaction du match Brésil-Yougoslavie. Instigateur du jeu, placé derrière les pointes, "Ronnie" a, s´il en était encore besoin, démontré que le futur de la "Seleçao" lui appartenait. A sa sortie du terrain, le Brésil a perdu toute inspiration provoquant ainsi les réactions virulentes du public. "Je suis satisfait de mon match et du jeu qui se met en place dans l´équipe", rappelait Ronaldinho à la fin du match, stigmatisant par la suite la grande versatilité des supporters.
En officialisant les convocations de Ronaldo et de Ronaldinho pour le Mondial, Luis Felipe Scolari s´est délesté d´une possible vague de rumeurs, très en vogue du côté du Brésil, et donc de nombreux tracas. Mais si la sélection auriverde et surtout ses supporters ne reviennent pas à la raison, les joueurs, annihilés par cette pression dévastatrice, ne risquent pas de ramener un titre de champion du Monde et une cinquième étoile sur le maillot légendaire de la "Seleçao".