Chapitre 9 : Le dragon des plaines
Link finit par s’éclipser discrètement du bal, et gagna la ville basse. Malgré l’heure tardive, il y régnait encore une certaine agitation. Des hommes et des femmes déambulaient dans les rues, poussant des brouettes ou portant des tonneaux sur leur épaule. Des marchands interpellaient les passants pour leur vendre de la nourriture ou divers babioles. Link acheta à un vieil homme un morceau de viande dans du pain et une pomme qu’il mangea tout en cherchant l’auberge. Après renseignement, il la trouva dans une rue animée, bordées d’échoppes, de tavernes et d’autres auberges Une pancarte de bois se balançant au gré du vent et représentant un dragon rouge volant au dessus d’une étendue d’herbe lui confirma qu’il était arrivé. Il poussa la porte et entra dans une vaste salle où étaient dressées plusieurs tables rondes. Les buveurs s’interrompirent un instant pour le regarder puis reprirent leurs conversations. Link s’approcha du bar derrière lequel un homme était occupé à essuyer des verres.
« Bonsoir, je souhaiterais une chambre.
-Ah, fit le vieil homme, un large sourire étirant ses traits, tu dois être Link ! Ma fille m’a parlé de toi. A vrai dire, elle n’a pas parlé de grand-chose d’autre. Bon»… il se retourna et examina plusieurs clés suspendues à des crochets. « Chambre 11, premier étage. »
Link jeta un œil au tableau indiquant les tarifs, déposa le montant correspondant sur le comptoir, remercia le vieil homme et monta les escaliers. En haut, il croisa Silöe.
-Bonsoir, fit-elle. Ta chambre est prête.
Elle avait coiffé ses longs cheveux bruns en une queue de cheval, et ses grands yeux verts pétillaient.
-Merci beaucoup, répondit le jeune homme. Et bien, à demain matin. Elle lui souhaita une bonne nuit et descendit. Link gagna sa chambre, enleva ses bottes, sa ceinture et sa chemise, et se laissa tomber sur le lit. Il fixa le plafond de longs moments, mais le sommeil ne venait pas. Il entendait les sons étouffés venant de la salle commune ; il ne devait plus rester personne. Il entendit un pas traînant dans le couloir, et une porte se refermer. Il en conclut que l’aubergiste était parti se coucher et que sa fille finissait le travail en bas. Soudain, il entendit un bruit de verre brisé, et un cri étouffé. Il bondit, prit son épée, et, torse et pieds nus, descendit l’escalier.
Il s’arrêta un instant en bas, tapi dans l’ombre, à l’écoute.
-Nous savons que Link est ici. Dis nous dans quelle chambre et nous ne te ferons pas de mal.
-J’ignore de quoi vous parlez ! C’était la voix de Silöe, affolée.
Link se mit à quatre pattes et rampa derrière le bar. Il s’assit dos à celui-ci, écoutant. Il devait y avoir deux hommes. Il jeta un prudent coup d’œil sur le côté, et ses doutes se confirmèrent. Silöe était assise sur une chaise, les genoux repliés contre la poitrine. Les 2 hommes étaient de chaque côté d’elle, leur sabre à la main. C’étaient 2 des hommes qui les avaient attaqués à leur arrivée à Cebeltahya.
-Allons, reprit l’un des hommes. Dis le nous, ou nous serons contraints de vérifier toutes les chambres. J’imagine que l’une d’elle est occupée par ton père.
-Je ne vous dirait rien ! répliqua la jeune fille d’un air buté.
-Bien, reprit l’homme. Vas déjà voir les clés qui manquent derrière le bar.
Le deuxième homme obéit et avança vers Link. Silöe le suivit du regard, quand elle aperçut Link ; celui-ci lui fit un signe de la tête.
-Attendez ! Cria Silöe ! Il est dans la chambre 11… je vous en prie, ne lui faites pas de mal.
Le deuxième homme regarda le premier. Celui-ci lui ordonna d’aller dans la chambre.
Alors qu’il montait les escaliers, Link vérifia subrepticement que l’autre ne regardait pas vers lui, puis suivit l’autre homme en haut. Il était déjà arrivé à sa chambre et la fouillait. L’hylien se cache derrière la porte, puis attendit. Lorsqu’il entendit l’homme en noir revenir vers lui, il donna un fort coup de pied dans la porte, qui vint heurter l’homme au visage et l’assomma. Puis il redescendit et entra tranquillement dans la salle.
-Je crois que vous me cherchez, lança-t-il. J’aimerais savoir pourquoi.
-Nous ne pouvons te permettre de réveiller les Dieux. Renonce et il ne sera fait de mal à personne. Persévère et tu mourras, entraînant des innocents dans ta chute.
-Je n’abandonnerai qu’une fois mort ! Rugit Link en pointant son épée vers l’homme. Si tu te crois à la hauteur, viens donc.
L’homme sourit et s’avança rapidement. Il lança plusieurs attaques que Link contra ; puis l’hylien attaqua à son tour, moins vite, mais avec plus de force. Silöe était réfugiée dans un coin de la salle. Le combat se faisait de plus en plus violent, les coups d’épée de plus en plus nombreux. Link sauta sur une table, et fit pleuvoir une pluie de coup sur son adversaire, qui eut de plus en plus de mal à se protéger. Link envoya son pied dans le menton de l’homme en noir qui recula en chancelant.
-Je ne suis peut-être pas assez fort pour te vaincre ce soir, mais nous finirons par t’avoir un jour où l’autre.
Il sortit en courant, et Link se lança à sa poursuite. Il le suivit à travers une succession de ruelles obscure, jusqu’à le voir entrer dans un grand bâtiment. Une menuiserie. Il y entra à son tour. Il avançait sur une passerelle de bois ; à sa droite un peu plus bas se trouvait un long tapis roulant actionné par une série d’engrenages. Des morceaux de bois de diverses tailles avançaient sur le tapis, qui se terminait par une grande lame d’acier qui s’abattait à intervalles réguliers sur les morceaux de bois. Il n’y avait aucune trace de l’homme en noir. Soudain, un pied surgit de sa gauche et le poussa sur le tapis ; il pivota sur lui-même et attrapa le pied au dernier moment. Les 2 hommes tombèrent sur le tapis, l’homme en noir agenouillé sur Link, un poignard à la main. Le jeune homme retenait le poignet de son attaquant d’une main, tout en appuyant l’autre sur son visage. Il parvint à faire tomber l’homme sur le côté et son poignard au sol. C’était maintenant lui qui avait le dessus. La lame se rapprochait de plus en plus.
-Qui êtes vous et que me voulez vous ? Hurla Link pour se faire entendre par dessus le bruit des machines.
-Peu importe qui nous sommes ! Cria l’homme en retour ! Tu ne dois pas réveiller les Dieux !
-Dites moi pourquoi ! Vous allez mourir ! fit il en regardant l’énorme lame.
-Moi, j’y suis prêt ! Et toi, l’es tu vraiment ?
La lame était à moins d’un mètre. Link regardait successivement la lame et le regard serein de l’homme. Il arracha sa capuche. C’était celui contre lequel il s’était battu dans la clairière.
La lame n’était plus qu’à une dizaine de centimètres de leurs têtes. Il pouvait voir des échardes voler dans tous les sens. Il poussa un grognement de rage, et sauta du tapis, vers la droite. L’homme roula et tomba à gauche du tapis. Les 2 se relevèrent, et se fixèrent. La sortie était du côté de l’homme ; Link ne pourrait jamais l’attraper avant qu’il ne parte.
-Abandonnes, c’est mieux pour tout le monde !
-Mieux pour tout le monde, ou juste pour vous ?
L’homme sourit, et, après qu’une grosse souche de bois mort fut passée entre eux, il avait disparu.
Link aperçut le poignard de l’homme au sol, le ramassa et le passa à sa ceinture. Puis il repartit vers l’auberge.