Chapitre 7 : Entretien avec sa majesté
Le chevalier blessé mourut peu après. Ses frères d’armes l’enterrèrent au pied d’un arbre et plantèrent son épée sur sa tombe. Le silence s’était abattu sur la procession. Maerlin avait appris à Link que les cavaliers noirs étaient les membres d’un groupe secret nommé « les Illdiluems », et qu’ils oeuvraient dans l’ombre au retour du Dieu obscur. Ce qui expliquait leur volonté de les empêcher de réveiller les autres Dieux. Ce qui n’expliquait en rien la crainte et l’étonnement de leur chef à la vue de la triforce. Il savait aussi que « Sheltay » pouvait être traduit par « étranger », ou « lointain voyageur », ce second qualificatif étant plus adapté à son cas. Mais le prêtre ignorait la signification de «Faerlyn».
Ils arrivèrent un après-midi en vue d’une grande cité entourée de hautes murailles de pierres.
-Regarde dit Fizbran en déroulant une carte. Voici Ilonya. Il pose son index sur la carte, a peu près au centre. La ville était plus grande que n’importe quelle cité qu’il n’eut jamais vue ; elle était bâtie au pied d’une falaise, ce qui lui conférait une position assez stratégique.
-Des tunnels parcourent l’intérieur de cette falaise, l’informa Fizbran comme s’il lisait ses pensées. En cas de siège, on peut évacuer les blessés, et se réapprovisionner.
Link continua à parcourir la carte des yeux. Ilonya était entourée d’une vaste plaine. A l’Ouest, l’herbe se changeait en sable, le sable en eau de mer ; c’était les fameux archipels dont avait parlé Maerlin. La terre d’Aldusir. Au Sud s’élevait une immense chaîne de montagnes ; la terre de Bélial. A l’Est, une jungle d’une étonnante densité recouvrait presque toute la hauteur de la carte ; la terre d’Alicéia. Et au Nord, loin après la ville, s’étendait une vaste banquise ; la terre de Krastoth. Le but ultime de sa mission.
-Maître Maerlin et le capitaine Fizbran, accompagnés de Link, d’Hyrule! Cria le garde a l’entrée de la salle du trône.
Les 3 hommes s’avancèrent le long d’un tapis rouge. De chaque côté de la longue salle rectangulaire, des hommes et des femmes, richement vêtus, le regardaient avancer d’un air curieux. Il avait quitté sa tunique verte et, après un bain chaud, avait revêtu une chemise de coton blanche et un pantalon noir. S’il avait laissé son bouclier dans sa chambre, il avait gardé son épée, ainsi que son ocarina, tous deux passés à sa ceinture. Plusieurs jeunes filles gloussèrent sur son passage, ce qui acheva de le mettre mal à l’aise. Combien il aurait été heureux de galoper dans la plaine sur le dos d’Epona !
Le capitaine et le prêtre s’inclinèrent au pied du trône, et Link les imita.
-Comme votre majesté l’a, dans sa grande clairvoyance, ordonné, nous revenons accompagnés d’une personne qui pourra nous aider dans la résolution du problème qui nous occupe, votre grandeur. Maerlin avait débité tout cela d’un trait, et on sentait la répugnance qu’il éprouvait à se comporter ainsi.
Le roi fixa Link d’un air hautain.
-Bien, fit il. Puisse cet acte rattraper tes erreurs passées, prêtre ( ce mot sonnait comme une insulte à sa bouche). Ah! Si on m’avait dit qu’un jour, la magie s’allierait à l’acier, et que, qui plus est, cela aurait des conséquences positives, je ne l’aurais pas cru! Il partit d’un éclat de rire sonore.
Link vit le militaire serrer les poings, et les commissures des lèvres du prêtre blanchir. Il se releva à moitié et darda un regard farouche sur le roi. C’était un homme âgé, et qui avait l’air de savoir mieux manier la cuiller que l’épée.
-je suis ici à la demande de maître Maerlin et du capitaine Fizbran. J’ai fait un long voyage pour venir sauver votre monde. Je ne me doutais pas que son sort vous intéressait si peu, majesté.
-Ahaaa, fit le roi d’un ton joyeux, ce garçon me plaît! Et j’ai faim! Fit il d’un ton sonore. Je t’invite à partager mon repas, nous pourrons faire plus ample connaissance. Venez aussi, vous deux.
Link avait vu des cochons manger avec plus de distinctions que le roi d’Ilonya. Les plats se succédaient à une vitesse hallucinante, et rien ne semblait pouvoir entamer l’appétit du souverain. Quand enfin il consentit à se lever de table et à gagner un petit salon, Link crut bien qu’il ne supporterait plus la vue d’une seule pâtisserie de sa vie.
Le roi se cala dans un fauteuil, et invita les 3 hommes à faire de même.
-Bien Link, tu sais donc tout sur la situation actuelle. Je ne suis pas un homme d’action, je vais laisser le prêtre répondre à tes questions.
-Je n’en ai qu’une : que devrais-je faire?
Maerlin se leva et s’approcha d’une fenêtre.
-Tu dois réveiller les 4 Dieux. Chacun est plongé dans le sommeil dans un temple, Chacun sur sa terre. Nous entrerons dans ces temples, et là, j’espère qu’il se passera quelque chose avec la triforce. Je te fais confiance. Tu as le signe, acheva-t-il en souriant.
-Nous devons faire vite, ajouta Fizbran. J’ai parlé à nos espions, de plus en plus de créatures se dirigent vers Darkiliath. Des humains aussi, des mercenaires. Majesté, je suggère que nous surveillions plus étroitement les routes du Sud.
-Hein ? Oui, oui, faites donc, bien sûr, aucun problème. Bien, il y a actuellement une réception dans la salle de bal à laquelle je suis évidemment très attendu. Il se leva et se dirigea vers la porte. Mais venez donc y faire un tour. Notre ami aux oreilles pointues semble faire sensation auprès de ces dames. J’insiste pour vous y voir. Sur quoi il sortit.
-Sa majesté est… commença Link.
-C’est un imbécile, le coupa Fizbran. Un noblion qui pense qu’être roi est porter de beaux vêtements et parler fort avec d’autres nobles. Un imbécile!
-Il n’a pas l’air très préoccupé par le sort de son monde…
-Il pense que si danger il y a, son armée n’aura aucun mal à le repousser. Il ne mesure pas à quel point tout ce qui existe aujourd’hui est menacé…
-Maerlin s’approcha de la porte. Bon, le roi nous a convié à une fête il me semble. Il serait judicieux de ne pas le faire attendre. Il sortit.
Fizbran s’apprêtait à sortir quand il remarqua la réticence de Link.
-C’est que je ne suis pas très à l’aise en public… surtout s’il y a beaucoup de monde…
-Allons, n’aies pas peur. Ce n’est pas si terrible. Il y aura des personnes de ton âge, et tout le monde n’est pas comme le roi. Et puis, il faut bien que le peuple voie son nouveau héros ! Sans parler des jeunes filles, ajouta-t-il en souriant.
S’il savait qu’en ce moment, Link n’avait qu’une seule jeune fille à l’esprit… Il suivit néanmoins le capitaine jusqu’à la salle de bal.