Chapitre 4 : Un portail, une jument et un adieu
Ainsi Link s’entraîna avec les chevaliers tous les jours. Il apprit que Roland, en plus d’être le lieutenant de Fizbran, était son petit frère. Il apprit également à connaître les chevaliers. C’étaient tous des hommes humbles et simples, qui avaient rejoint la chevalerie parce qu’elle leur offrait une vie en accord avec leurs idéaux. Les onze chevaliers avec qui il voyageait venaient des 4 coins de Cebeltahya et formaient la fine fleur de la chevalerie.
Il en apprit également davantage sur Maerlin. Il était né fils du prêtre d’un petit village, mais ses dons l’avaient rapidement fait remarquer d’un prêcheur itinérant qui l’avait alors pris sous son aile ; il avait rapidement grimpé les échelons de l’ordre d’Aldusir, jusqu’à devenir le Grand prêtre à la mort de son prédécesseur. Au fond, les 13 autres voyageurs ressemblaient assez à Link : aucun n’avait eu la chance de mener une jeunesse normale ; se retrouvant mêlé à quelque chose de grand qui les dépassait, ils avaient choisi d’écouter leur cœur plutôt que leur raison. Le jeune homme se sentait bien avec eux, mieux même qu’au village.
Ils arrivèrent en vue du portail un matin. C’était un grand cercle flottant à quelques centimètres du sol. Il était noir, et semblait tournoyer sur lui-même. On aurait plutôt dit un tourbillon.
-Link, je suis navré mais seuls les êtres humains peuvent franchir un portail. Les chevaux doivent rester ici.
Link mit pied à terre et enleva le mors de sa jument.
-Ca va aller Epona, tu sauras retrouver le chemin de la maison. Bien qu’aujourd’hui je ne sois plus certain d’avoir une maison…
Il caressa mélancoliquement l’encolure d’Epona.
-Ne t’inquiète pas, chez moi, tu seras toujours le bienvenue, dit une vois douce derrière lui.
Il se retourna, et fut tellement stupéfait qu’il lâcha la bride d’Epona.
-Zelda ! euh je veux dire… euh… princesse… Il s’inclina.
-Voyons, fit-elle d’une vois amusée en s’approchant, les amis ne s’appellent pas par leur titre !
-Euh oui, bien sûr répondit Link, dont le visage prenait progressivement la couleur du soleil levant.
-Regarde ça murmura un des chevaliers derrière lui, il tue des monstres à 12 ans, et il à peur d’une fille !
Zelda et Link avaient rejoint Fizbran, Roland et Maerlin.
-Mon père m’a envoyé vous souhaiter bonne chance, messires. Puissiez vous réussir dans votre quête.
-Merci, votre altesse répondit le vieil homme en s’inclinant. Capitaine, Lieutenant, venez m’aider pour les préparatifs.
Les 3 hommes s’éloignèrent, laissant Link et Zelda seuls face à face. Link avait l’air de plus en plus mal à l’aise. Surtout lorsque la princesse lui prit les mains et plongea son regard dans le sien.
-Promets moi d’être prudent, Link. Ne fais rien d’inconsidéré.
-Comme aller sauver un monde d’un Dieu maléfique ? demanda Link en souriant.
-Oh Link, j’aurais tellement aimé que tu n’aies pas à faire ça ! Comme j’aurais aimé que nos destins ne soient pas si chaotiques ! Comme j’aurais voulu pouvoir mener une vie normale !
-On ne peut aller contre le destin, Zelda. Toi et moi mieux que personne le savons. Il faut l’accepter, et faire au mieux pour aller dans son sens.
Zelda posa sa main sur la joue de Link. Son contact était doux et frais.
-Par les Dieux, murmura-t-elle, comme tu as changé… Je t’en supplie, reviens vivant. Je sais que nous avons vécu des choses étranges tous les 2, mais j’aimerais vraiment… enfin je veux dire… j’aimerais que nous passions du temps ensemble tous les 2… dans d’autres circonstances… moins troublées.
Des larmes lui montèrent aux yeux. Link fut totalement désemparé et ne sut que répondre. Zelda se leva sur la pointe des pieds et l’embrassa rapidement sur la bouche. Le contact de leurs lèvres fut bref et intense. Link sentit une boule de plomb monter et descendre dans sa poitrine. La princesse posa ensuite ses lèvres contre son oreille et lui chuchota :
-Reviens moi. Ta princesse a besoin de toi.
Elle courut vers Epona, la monta, et partit au galop. Link restait immobile, les bras ballants. Il sentit une main se poser sur son épaule, et une voix lointaine lui dire :
-Tu la reverras, je te le promets. Allons-y.
Il suivit Roland vers le portail.